Théognis de Mégare, en grec ancien , est un poète élégiaquePoésie morale de maximes. grec du , actif vers 540 av. J.-C., longtemps considéré à tort comme un moraliste. Plus de la moitié des poèmes élégiaques conservés avant la période hellénistique sont contenus dans les 1400 vers attribués à Théognis. On appelle le corpus qui lui a été attribué les Theognidea. Les principales informations que nous avons sur lui proviennent de la Souda. Ses poèmes sont écrits en distiques élégiaquesCourtes strophes composées de deux vers, un vers long, l'hexamètre, et un vers plus court, le pentamètre..

Éléments biographiques thumb|Fragment de papyrus avec les vers 254-278 (éd. Bekker) de Théognis. ap. J.-C. Oxford.

Membre de l'aristocratie dorienne et ennemi du parti populaire, Théognis a peut-être contribué à gouverner Mégare. C'est un aristocrate terrien, mais il s'exila à la suite du coup d'État contre le parti oligarchique et du triomphe de la démocratie. Cet exil, qu'il vécut dans une amertume profonde, le conduisit à Sparte, puis en Eubée, en Sicile et à Thèbes. Théognis voit dans cette mise à l'écart de l'aristocratie l'origine de tous les problèmes de la société. Ne pouvant rien faire contre cela, il en conçoit un haine profonde pour le peuple. Il vécut en outre dans la pauvreté, état qu'il jugeait déshonorant, étant donné ses origines et ses principesMarguerite Yourcenar, La Couronne et la Lyre, Gallimard, coll. « Poésie », 2010 [ 1979], 120.. Il mourut probablement à Thèbes.

Œuvre Théognis écrit en dialecte ionien. Nous avons de lui, selon Robert Brasillach, environ six cent distiques « moraux » et une soixantaine « d'érotiques ». Poète didactique avec qui l'élégie prend un ton politique et moral, il a pour interlocuteur le jeune noble Cyrnos, fils de Polypaos, auquel il dévoile ses préceptes politiques et moraux. Il fait de sa fierté d'aristocrate et de poète conscient de sa valeur le sujet de ses vers.

Son expérience de la révolution, ou stasis, de Mégare le fait se tourner vers les thèmes de la décadence, de l'effondrement des valeurs aristocratiques, du mythe hésiodique de l'âge d'or et de la dikê, justice humaine à ses yeux absente de la cité. Il s'exprimait avec véhémence contre les rancunes politiques qui séparent les partisans de l'aristocratie (dont il fait partie) et les partisans de la démocratie.

Selon Suzanne Saïd, si ses élégies restent politiques, leur auteur soutient non plus une politique du juste milieu, mais défend le point de vue d'un aristocrate terrien dont les biens ont été enlevés : Et il formule dans ses élégies des attaques virulentes et des considérations désabusées. Il s'en prend à un monde dans lequel , et où des gens sans valeur

Style Sur le plan stylistique, il manifeste sa volonté de style (ou volonté d'art: Kunstwollen), dans laquelle il voit un aspect fondamental de son travail d'écrivain, et il est probablement le premier poète à en parler :

Jugements et postérité vignette|Kylix de Tanagra (Béotie), début du Un participant à un banquet chante « Ω παίδον kάλλιστε » (Ô très bel enfant), premier hémistiche du vers 1365 de Théognis. Musée national archéologique d'Athènes.Théognis apparaît deux fois chez Xénophon: tout d'abord dans les Mémorables (Livre I, chapitre 2), où Socrate le cite: ; puis il est mentionné au chapitre II du Banquet [de Xénophon] : Banquet, chap. 2 (v. la fin de la division / : Mémorables, I, 2 (v. la division ).. En outre, Aristote rapporte sous forme de proverbe l'opinion de Théognis soutenant que l'on peut retirer quelque entraînement à la vertu de la vie en compagnie des hommes, dans ce vers : Des gens de bien viennent les bonnes leçonsÉthique à Nicomaque, Livre IX, chap. 12, 1172a, trad. Jules Tricot, Paris, Vrin, 1979, . . On conserve aussi de nombreux vers érotiques qui lui sont attribués; également une sentence issue de ses ElégiesV. 432-434 selon laquelle les médecins méritent des honoraires particuliers s'ils guérissent la perversité et l’aveuglementAristote, dans son Éthique à Nicomaque, X, chap. 19, 1179b, reprend et cite cette idée : « Si les raisonnements étaient en eux-mêmes suffisants pour rendre les gens honnêtes, ils recevraient de nombreux et importants honoraires, pour employer l'expression de Théognis, et cela à bon droit. » (trad. J. Tricot, Vrin) . Ce qui fait dire à Jean Carrière que Et il faudra attendre le , et Athénée, pour que quelqu'un relève la présence de dans sa production.

Nietzsche a consacré à Théognis son premier grand travail de philologie classique, en 1864, alors qu'il était encore à Pforta, travail qui lui valut les plus hautes louanges de ses professeurs, même si lui s'en disait insatisfaitRüdiger Safranski, Nietzsche. Biographie d'une pensée, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2019 , . Cette thèse a été publiée en anglais en 2015.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie Éditions et traductions Théognis, Poèmes élégiaques, édités et traduits par Jean Carrière, Paris, Belles Lettres, 2003 , 284 p. M. L. West (éd.), Iambi et elegi graeci ante Alexandrum cantati, vol. 1, Oxford, Clarendon Press, 1989 éd., revue et augmentée, 256 p.

Poètes élégiaques de la Grèce archaïque. Solon - Tyrtée - Théognis - Xénophane et les autres, Traduits et présentés par Yves Gerhard, Ed. de l'Aire, Vevey, 2022 .

Études

Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque, , Hachette, 1884

Voir aussi

Articles connexes Archiloque Solon

Liens externes Traduction des poèmes authentiques de Théognis par Yves Gerhard sur http://chaerephon.e-monsite.com/pages/litterature/poesie-elegiaque/poesie-elegiaque-solon-1.html Théognis, dans Histoire de la littérature grecque sur Wikisource

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