Alice Guy (ou Alice Guy-Blaché à partir de son mariage en 1907) est une réalisatrice, scénariste et productrice française, née le à Saint-Mandé (Val-de-Marne) et morte le à Wayne (New Jersey).
Elle est la première réalisatrice de l'histoire du cinéma. Elle a travaillé en France et aux États-Unis.
Elle réalise l'un des tout premiers films de fiction, La Fée aux choux, en 1896. À partir des années 1920, elle sombre très vite dans l'oubli, ce qui est considéré a posteriori par certains comme un effacement subi de son vivant, contre lequel elle tente de lutter, en parallèle de sa reconversion dans l'écriture de contes pour enfants. En 1955, elle est décorée de la Légion d'honneur, prémisse d'un début de réhabilitation. Plusieurs de ses films sont perdus.
Première réalisatrice de films Pionnière du cinéma, Alice Guy propose à Gaumont, chez qui elle est initialement secrétaire, de tourner de courtes fictions pour soutenir la vente des caméras et projecteurs. Avec La Fée aux choux, qu'elle tourne en 1896, elle est la première réalisatrice de l'histoire du cinéma.. À la fin des années 2010, cette œuvre est considérée par certains médias comme la première fiction de l'histoire du cinéma..., cette primauté est historiquement attribuée à Louis Lumière pour L'Arroseur arrosé, tourné un an plus tôt.. Georges Méliès avait également commencé à faire des films depuis le début de cette année, et en grand nombre.. Les films de Méliès ont en fait été projetés le tandis que le film d'Alice Guy aurait été tourné en août-septembre de cette année, selon Victor Bachy. Les fictions en dessin animé, réalisées par Émile Reynaud selon la technique de l'animation sans caméra sur une bande de spéciale, datent, quant à elles, de 1892, et précèdent ainsi ces deux fictions aux formats argentiques à perforations Edison ou Lumière..
Alice Guy est aussi l'autrice de La Vie du Christ, souvent considéré comme le premier péplum de l'histoire du cinéma mondial, qui propose les premières représentations filmiques de la , en plusieurs épisodesLa Crèche à Bethléem, La Fuite en Égypte, L'Entrée à Jérusalem, La Cène, Le Jardin des oliviers, Jésus devant Pilate, La Flagellation, Le Chemin de croix, Le Crucifiement, La Descente de croix, La Résurrection., qui ont ensuite été une source d'inspiration pour beaucoup d'autres cinéastes, français ou américains.
Elle est également la première à avoir l'idée de faire un making-of à l'occasion du tournage de l'une de ses phonoscènes.
À la suite du succès de La Fée aux choux en 1896, Léon Gaumont décide de lui confier la direction d'un service spécialisé dans les vues animées de fiction de son groupe. Alice Guy devient alors la femme la plus influente du cinéma, la société Gaumont étant à l'époque la deuxième plus importante production au monde, juste derrière le groupe Pathé.
En 1910, elle quitte la Gaumont et devient la première femme à créer une société de production de films, la Solax Film Co, sur le site de TV5MONDE, durant sa période américaine, avant la naissance d'Hollywood.
Elle réussit dans ce milieu d'hommes parce qu'au début, on ne prête guère attention aux films de fiction, ce qui lui permet de montrer ses qualités dans les multiples tâches que demandent la production et la réalisation d'un film, puis de conserver son poste quand la maison Gaumont grandit avec le cinéma industrialisé et se tourne vers la distraction populaire.
Biographie Origines familiales En 1863, Émile Guy, propriétaire d’une chaîne de librairies au Chili en collaboration avec Charles BouretJean-Claude Seguin, « Alice Guy : 2. Les origines », Le GRIMH, 12 mai 2025., à Valparaíso et Santiago, épouse à Paris, Marie Clotilde Franceline Aubert dite « Mariette », sans profession. Quelques jours après le mariage, Mariette et Émile se rendent à Santiago du Chili. Mariette revient dix ans plus tard à Paris pour y accoucher de son cinquième enfant.. Alice Ida Antoinette. Guy voit le jour le . à Saint-Mandé, aux portes de Paris. Sa mère repart au Chili, Alice est confiée à ses à Carouge, en Suisse, jusqu’à l’âge de trois ans, puis rejoint ses parents au Chili. Elle apprend l’espagnol avec ses nourrices chiliennes. À six ans, elle rentre en France et rejoint ses grandes sœurs en pension. Au Chili, la famille Guy fait faillite. Le frère d’Alice meurt à 17 ans d’une maladie cardiaque, suivi de près par son père. Alice vit alors avec sa mère à Paris et fait des études de sténodactylographie, une profession rare à l’époque. Elle doit travailler jeune à cause d’un revers de fortune familiale. La chance veut qu'elle soit présente à la naissance du monde moderne et qu’elle fréquente les Lumière, Gaumont, Marey et Demenÿ..
Carrière française Alice Guy entre à 21 ans comme secrétaire de direction au Comptoir général de la photographie, dont Léon Gaumont est employé. Mais la société, mal gérée, est forcée de déposer son bilan. Avec deux associés, Léon Gaumont la rachète, gardant le personnel, dont Alice.
Alice Guy s'intéresse de près aux bouleversements techniques de la photographie. Elle suit des cours avec Frédéric Dillaye, un photographe avant-gardiste qui lui apprend le développement des plaques photographiques, l'utilisation des différents matériels de laboratoire et le trucage photographique. Elle suit également les expériences de Wilhelm Röntgen concernant les photographies par rayon X.
En , Alice Guy assiste avec son employeur, Léon Gaumont, à une projection privée des frères Lumière, organisée dans les locaux de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, au de la rue de Rennes à Paris (actuellement 4 place Saint-Germain-des-Prés). Léon Gaumont envisage de suivre l'exemple de Louis Lumière et de démarcher sa clientèle aisée afin de lui vendre des appareils de projection de vues animées. Seule la vente des machines l'intéresse, .. Fin 1895, Léon Gaumont rachète les brevets d'un système peu performant, le Phonoscope, à son inventeur, Georges Demenÿ (ancien bras droit d'Étienne-Jules Marey), dont la société vient d'être liquidée. Léon rebaptise la caméra de prises de vues le « Biographe », et l'appareil de projection le « Bioscope ».
Alice Guy essaye bien de convaincre son employeur de compenser les défauts du procédé en faisant cadeau aux acheteurs des appareils, de quelques « vues comiques » dans l'esprit de L'Arroseur arrosé. Léon Gaumont, réticent, finit par l’autoriser à tenter un essai . En 1896, Alice Guy, alors âgée de 23 ans, réalise La Fée aux choux.. Elle-même se désigne comme Une seconde version est réalisée en 1900.Dietrick, Janelle, Alice & Eiffel, A New History of Early Cinema and the Love Story Kept Secret for a Century, pp. 193–203, 2016Dietrick, Janelle, La Fée aux Choux, Alice Guy's Garden of Dreams, 2018..
Le succès de cette bande décide Léon Gaumont à lui confier la direction d'un service spécialisé dans les vues animées de fiction, ce qu’elle fait de 1896 à 1907, tournant elle-même les premières bobines, et choisissant ensuite ses collaborateurs. C’est ainsi qu’en 1904, Alice Guy embauche Ferdinand Zecca qui réalise Les Méfaits d’une tête de veauD'après les mémoires d'Alice Guy, Zecca travaille en temps normal pour Charles Pathé mais se retrouve momentanément sans emploi . M. Gianati donne 1903 pour cette embauche, Sadoul et McMahan 1904. Elle fait aussi débuter dans la profession comme réalisateur Louis Feuillade, qui va devenir le préféré de Léon Gaumont, et comme décorateur Henri Ménessier. Le film lisse de de large employé au moment de ces débuts, trop cher et peu fiable, sera remplacé par du film à perforations Edison, de de large, auquel on adaptera la caméra et le projecteur Gaumont.. Les procédés Demenÿ, archaïques, seront aussitôt définitivement abandonnés.
vignette|Alice Guy en 1906. En 1898-1899, Alice Guy innove dans le choix des sujets en tournant plusieurs scènes de la vie et de la Passion de Jésus-Christ. L'ensemble a une durée exceptionnelle de , mais les bobines sont vendues séparément, comme autant d'épisodes. .. Le succès commercial inspire d’autres productions sur le même sujet (Lumière, Pathé…).. En 1906, elle complète ces différents épisodes par une production à gros budget pour l'époque, avec 300 figurants et 25 tableaux, soit plus de de film (environ 1/2 heure). Elle reçoit pour celle-ci les félicitations de Louis Gaumont, et la médaille de la ville de Milan.
alt=|gauche|vignette|Chronomégaphone Gaumont : les deux lecteurs de disque, appelés « Elgéphone » (LG étant les initiales de Léon Gaumont), forment le système « Chronomégaphone » pour équiper en son les salles de cinéma qui programment les « Phonoscènes » dirigées par Alice Guy, 1910. Entre 1902 et 1906, Alice Guy réalise, ou dirige la production d’une centaine de phonoscènes. enregistrées à l'aide d'un couple de machines inspiré du Chronophone de Georges Demenÿ, et grandement perfectionné par Léon Gaumont. Sont ainsi conservées pour la postérité des prestations de chanteurs d’opéra et de chansonniers populaires comme Dranem ou Félix Mayol, réalisant le rêve de Thomas Edison qui imaginait le même couple dès 1887, qui aurait permis d’. À cette occasion, Alice Guy fait tourner le premier making-of d’un film, intitulé aujourd'hui Alice Guy tourne une phonoscène.
Les réalisations personnelles d'Alice Guy sont de plusieurs centaines de films, très courts, comme le sont tous les films à l'époque, et dans tous les genres possibles. Elle aborde aussi des thèmes sociaux qui lui tiennent à cœur. Ainsi, son court métrage sarcastique de 1906 intitulé Les Résultats du féminisme, dans lequel hommes et femmes échangent leurs rôles, reste actuel par son évaluation inversée du principe « deux poids, deux mesures ». C'est un film qui montre l'organisation domestique inversée : les hommes à la cuisine et aux couches à changer, et les femmes confortablement allongées sur des sofas, bavassant, fumant et houspillant la « gent masculine ». Cette même année 1906, Une femme collante et Madame a des envies mettent en avant, ici encore avec ironie, des clichés sur le désir féminin. , remarque l'historienne du cinéma Shelley Stamp.
En 1907, elle épouse Herbert Blaché, un opérateur issu de l'agence Gaumont de Londres, qu'elle avait rencontré brièvement en France en 1906. et mieux connu lors d’un voyage professionnel en Allemagne quand il était directeur de l’agence Gaumont à Berlin. Léon Gaumont envoie Blaché comme expert de son Chronophone auprès d'un industriel de Cleveland aux États-Unis, à qui il a cédé des droits d'exploitation.. Alice Guy se fait remplacer par Louis Feuillade comme directeur artistique et part avec son mari.
Carrière américaine gauche|vignette|Alice Guy et Herbert Blaché (1916). Alice Guy et son mari s'installent aux États-Unis à New York dans le quartier de Flushing, et tentent de promouvoir l'invendable Chronophone de Gaumont. Elle y met au monde sa fille, Simone, en 1908. En 1910, elle monte son propre studio alors qu'elle est enceinte de son deuxième enfant, Reginald.
En 1910, Alice Guy crée sa propre société, la Solax Film Co, dont elle est présidente et directrice de production, Moving Picture World, octobre 1910.. Les premiers studios sont construits à Flushing. Devant le succès, ceux-ci deviennent trop exigus, et deux ans plus tard, en 1912, de nouvelles installations les remplacent à Fort Lee (New Jersey). Solax devient l’une des plus grandes maisons de production des États-Unis juste avant l'émergence d'Hollywood. Ces studios connaissent un fort développement et accueillent d'autres compagnies de cinéma : la Goldwyn Pictures corporation s'y installe de 1916 à 1917 avant de rejoindre les studios d'Universal ; Pathé en loue une partie en 1918, tout comme Lewis J. Selznick en 1917. En tout, plusieurs centaines de films y sont tournés. La Metro Pictures Corporation y fait ses débuts comme distributeur des films de la Solax..
vignette|Affiche de The Lure (film perdu), 1914.