Albany et Boston sont les noms de codes des opérations menées respectivement par les parachutistes des 101 et 82 divisions aéroportées américaines dès la nuit du 5 au dans le cadre général de l'opération Overlord, dont l'opération Neptune fut la phase d'assaut. Elles furent précédées par la mise en place des () et suivies par l'atterrissage des planeurs de ces mêmes divisions.
Les opérations des unités planées ont reçu, quant à elles, d'autres appellations : Opération Chicago et Keokuk pour la , Detroit, Elmira, pour la . Le sont exécutées les opérations de ravitaillement parachuté Memphis et Freeport et les opérations planées Galveston et Hackensack. L'imbrication de ces opérations dans leur exécution fut telle qu'il n'est pas possible de les décrire isolément. C'est pourquoi elles sont rassemblées dans ce même article.
Organisation des divisions aéroportées upright=0.8|gauche|vignette|General Major M. Taylor, Div upright=0.8|gauche|vignette|General Major M. Ridgway, Div
Chaque division aéroportée comprend : un QG ; trois régiments d'infanterie parachutiste (PIR - Parachute Infrantry Rgt) ; un régiment d'infanterie planée (GIR - Glider Infrantry Rgt) ; un régiment d'artillerie de campagne à quatre bataillons ; un bataillon d'artillerie antiaérienne (AAAB - Airborne Antiaircraft Artillery Battalion) ; une unité de reconnaissance planée ; un bataillon de génie ; des unités logistiques et médicales ; des pathfinders (éclaireurs) provenant des diverses unités mais regroupés pour la mission de balisage avant l'arrivée du gros des troupes.
L'effectif total d'une division est d'environ , dont presque .
Chaque régiment d'infanterie parachutiste ou plané (PIR ou GIR) comprend trois bataillons. Chaque bataillon comprend lui-même trois compagnies de fusiliers. Les neuf compagnies de fusiliers d'un même régiment sont désignées par une lettre de A à I. C'est ainsi que dans la série télévisée Frères d'armes, le capitaine Richard D. Winters prend le commandement de la E company (101st Airborne Division), à la suite du décès du capitaine Thomas Meehan III le : c'est-à-dire la du de son régiment (en l'occurrence, le du colonel Sink).
Le est renforcé par un bataillon du .
Le régiment d'artillerie de campagne comprend un bataillon parachuté (obusier de fixé sous l'avion pour le largage) et deux bataillons d'artillerie planée.
Unités Division Airborne Division Airborne Commandant Major General Matthew B. Ridgway Major General Maxwell D. Taylor Adjoint Brigade General James M. Gavin Brigade General George P. Howell Brigade General Pratt (tué le 6 juin)Pathfinders Major Roberts Capitaine LillymanParachute Infantry Regiment (PIR)Régiment d'infanterie parachutiste 505 PIR Colonel William E. Ekman 501 PIR Colonel Howard R. Johnson507 PIR Colonel George V. Millet502 PIR Colonel George Moseley (blessé le 6 juin)508 PIR Colonel Roy E. Lindquist506 PIR Colonel Robert SinkGlider Infantry Regiment (GIR)Régiment d'infanterie sur planeurs325 GIR Colonel Harry L. Lewis327 GIR Colonel George S. WearField ArtilleryArtillerie de campagne319 et 320 GFABGFAB : initiales de Glider Field Artillery Battalion376 et 456 PFABPFAB : initiales de Parachute Field Artillery BattalionColonel Francis A. March321 et 907 GFAB377 et 463 PFABBrigade General Anthony McAuliffeAntiaircraft ArtilleryArtillerie antiaérienne80 AAABAAAB : initiales de Airborne Antiaircraft Artillery Battalion81 AAABBataillon génie307 EB Lt.Colonel Robert S. Palmer326 EB Lt.Colonel John C. PappasLogistiqueTransmissionMPPl Recce
Carte 600px|centré
Légende : Les lettres correspondent à l'emplacement des dropping zones (DZ) A, C et D pour la N, T et O pour la
Mission vignette|droite|La Fière Derrière Utah Beach, le terrain inondé et la configuration du réseau routier sont très favorables à l'ennemi pour mener un combat retardateur et pour lancer des contre-attaques. De plus, cette plage est isolée par rapport à l'ensemble. La mise en place d'une tête de pont aéroportée, tout en assurant le flanc ouest du débarquement, doit faciliter l'accès à l'intérieur des terres aux troupes qui vont débarquer sur cette plage.
Dans ce cadre, les missions sont : Pour la : s'emparer des débouchés des quatre routes venant de la plage à travers la zone inondée et numérotées, du sud au nord, sorties 1 à 4 détruire la batterie d'artillerie allemande déployée à Saint-Martin-de-Varreville s'emparer des ponts sur le canal de Carentan et de l'écluse de la barquette (qui permettrait, dit-on, l'inondation) détruire deux ponts sur la Douve protéger la tête de pont face au sud et à l'ouest Pour la : saisir et tenir le nœud routier de Sainte-Mère-Église s'emparer des passages sur le Merderet (La Fière et Chef-du-Pont) détruire des ponts sur la Douve protéger la tête de pont face au nord et à l'ouest
Mise en place de pathfinders 400px|droite|vignette|Eisenhower s'entretenant avec les hommes du PIR (Parachute Infantry Regiment) de la Aéroportée quelques heures avant leurs parachutages. Aérodrome de Greenham Common, Angleterre. 5 juin 1944. Le soldat portant le autour du cou est le Lieutenant Wallace C. Strobel (Compagnies A/E). Six zones de saut appelées DZ (Dropping Zone) ont été prévues. Chacune d'elles est identifiée par une lettre. Les DZ A, C et D, situées entre la route N13 et Utah Beach, sont attribuées à la ; les DZ O, N et T, situées à l'ouest de Sainte-Mère-Église, à la .
Des éclaireurs, appelés pathfinders, sont chargés d'aller les baliser afin de permettre le parachutage de masse ( et matériel) qui doit suivre. Pour chaque DZ, trois C-47 (appelés Dakotas par les Britanniques) sont chargés de parachuter chacun une équipe (stick) de . Deux C-47 sont ajoutés pour le largage de pathfinders chargés de rejoindre et de baliser des LZ (Landing Zone) qui seront utilisées plus tard pour l'atterrissage des planeurs. Il va de soi que les équipages chargés de larguer les pathfinders sont sélectionnés parmi les plus expérimentés en navigation aérienne.
Une équipe de pathfinders comprend une dizaine de spécialistes chargés du balisage tandis que les autres hommes sont chargés de leur protection. Le balisage est réalisé à la fois avec des moyens visuels (lampes, la nuit ; panneaux et fumigènes, le jour) et des moyens radio-goniométriques. Les lampes utilisées sont conçues pour être vues uniquement du ciel et ne sont allumées qu'au dernier moment. Les moyens radio-goniométriques consistent en émetteurs radio (AN/PPN-1A Beacon) plus connus sous le nom de balises Eureka amenés, à raison de deux par stick, par les pathfinders. Les avions leaders de formation sont, quant à eux, équipés d'un système Rebecca qui les guide vers la balise.
Les pathfinders de la sont largués vers , heure de Londres, c'est-à-dire le avant minuit, heure française. Le largage se fait assez correctement mais parfois à de la DZ et les avions de la DZ D, qui l'avaient dépassée, ont dû faire demi-tour. Un avion manque ; il est tombé en mer.
Les pathfinders de la sont largués une heure plus tard. Seul le balisage de la DZ O est réalisé complètement ; c'est là que le parachutage ultérieur sera le plus précis. Pour la DZ N, la proximité d'Allemands empêche l'utilisation des lampes ; seules les balises sont installées ; le parachutage du 507 PIR sera une catastrophe.
Zones et largages (Carte des vols).
DZ Division Unités à larguer De… à… (Hr UK) Nb avions Unités aériennes Aérodrome de départ A 2/502 PIR 36 438 TCG Greenham 502 PIR 45 438 TCG Greenham 1/502 PIR 36 436 TCG Membury 377 PFA 54 436 TCG Membury C 506 PIR 45 439 TCG Upottery 2/506 PIR 36 439 TCG Upottery 3/501 PIR 45 435 TCG Welford D 2 et 3/501 PIR 45 441 TCG Merryfield 2/501 PIR 45 441 TCG Merryfield 3/506 et unité génie 45 440 TCG Exeter O 2/505 PIR 36 316 TCG Cottesmore 3/505 PIR et 456 PFA 36 315 TCG Cottesmore 1/505 PIR et unité génie 48 315 TCG Spanhoe N 2/508 PIR 36 314 TCG Saltby hq 508 PIR et artillerie 24 314 TCG Saltby 1/508 PIR 36 313 TCG Folkingham 3/508 PIR 36 313 TCG Folkingham T 2/507 PIR 36 61 TCG Barkston Heath 3/507 PIR 36 61 TCG Barkston Heath 1/507 45 442 TCG Fulbeck
Légende : DZ : Drop Zone (mot anglais signifiant Zone de parachutage) PIR : Parachute Infantry Regiment ; 1/ signifie de ce régiment PFA : Parachute Field Artillery TCG : Troop Carrier Group (unité aérienne de transport de troupes) Les avions sont des C-47, mieux connus sous le nom de Dakota
Exécution Les parachutages droite|vignette|Mannequin représentant le parachutiste de la aéroportée John Steele, qui est resté accroché au clocher de l'église lors de sa descente en parachute, le à Sainte-Mère-Église.
Partant de divers aérodromes du sud-ouest de l'Angleterre, les itinéraires aériens se rejoignent avant de survoler la mer ; ils traversent le Cotentin d'ouest en est. Quelque , escortés par des Mosquito, larguent, entre et , et leur matériel.
Les de la arrivent en premier, à bord de . C'est une nuit de pleine lune mais le temps est couvert sur la Normandie (8/10 de nébulosité). La Flak (artillerie antiaérienne allemande) entre en action. Toutes les DZ n'ont pas pu être éclairées à temps. De nombreux pilotes manquent d'expérience et seuls les avions leaders, soit un sur neuf, sont équipés du système de détection des balises. Dans ces conditions, beaucoup ne parviennent pas à garder le contact avec leur chef de formation et les parachutages se font de manière approximative. Certains hommes sont même largués à plus de de leur DZ.
Le largage de la commence vers , à l'aide de . Ici aussi, la dispersion est grande. Plusieurs hommes tombent dans les inondations des vallées de la Douve et du Merderet. Il y a moins de noyades que ce qui a parfois été dit. Beaucoup de matériel, par contre, est perdu et les hommes qui s'extirpent des marais ne sont guère opérationnels. Comme deux sticks de la qui y étaient déjà tombés un peu avant eux, quelques parachutistes atterrissent directement sur le village de Sainte-Mère-Église. Le plus connu d'entre eux est certainement le soldat John Steele dont le parachute est resté accroché au clocher de l'église. Toutefois, l'historien Jean Quellien rapporte que Steele n'était pas le seul para resté accroché au clocher et qu'un deuxième homme se serait retrouvé un temps dans cette situation, avant de pouvoir se détacher. De plus, il explique que les deux hommes étaient suspendus de l'autre côté de l'église,et non face à la grande place de Sainte-Mère église.
Seul, le parachutage du sur la DZ O constitue une réussite.
upright=2.5|centré|vignette|Carte des DZ prévues - Source Imperial War Museum
L'exécution des missions Peu après leur arrivée au sol, les officiers se rendent compte de l'impossibilité de regrouper leurs unités. En conséquence, des groupes hétéroclites, avec parfois des hommes des deux divisions, se forment autour des gradés. Les groupes qui se croisent s'assemblent. Ce sont finalement des colonnes de qui, menées par un colonel ou un commandant de bataillon, vont se charger d'exécuter les missions prévues. Des petits groupes isolés coupent les fils téléphoniques, réalisent des coups de main aux endroits où ils se trouvent et créent ainsi la confusion et l'insécurité chez les Allemands.
Une colonne menée par le lieutenant-colonel Ewell (3/501 PIR), comptant dans ses rangs les généraux Taylor et McAuliffe s'empare de la sortie 1 (Poupeville). Le lieutenant-colonel Strayer (2/506 PIR) regroupe quelque et, après de durs combats, défend la sortie 2. Le lieutenant-colonel Cole (3/502 PIR) avec finit par contrôler les sorties 3 et 4. Les débouchés de Utah Beach sont ainsi assurés. Des Allemands seront pris au piège, coincés entre les parachutistes et les troupes débarquées. Le contact avec ces dernières est réalisé vers .
La batterie de Saint-Martin-de-Varreville a été détruite par les bombardements mais des parachutistes occupent la position. Le lieutenant-colonel Cassidy (1/502 PIR) rassemble plusieurs hommes et assure la défense face au nord.