Anne Catherine Emmerich (en allemand Anna Katharina Emmerick), née le à Coesfeld (principauté épiscopale de Münster) et morte le à Dülmen (province de Westphalie), est une religieuse et mystique catholique, appartenant à l'ordre des Augustines. Vénérée comme bienheureuse par l'Église catholique depuis 2004, elle est commémorée le selon le Martyrologe romain.
Biographie thumb|left|200px|Fermette où Anne-Catherine Emmerich a vécu, Coesfeld-Flamschen, Allemagne.
Anne Catherine Emmerich naît dans une famille de modestes paysans. Enfant, elle est déjà très attachée à l'Église et se représente les histoires de la Bible comme si elle les vivait. Elle ne fréquente l'école que quatre mois. À l'âge de 13 ans, elle devient domestique puis suit une formation de couturière et travaille aux environs de Coesfeld, avant d'entrer en 1802 et de son propre vœu dans le cloître des de Dülmen.
Pendant le temps qu'elle passe au couvent, elle est fréquemment malade. Quand le cloître est sécularisé, en décembre 1811, elle devient gouvernante de l'abbé Lambert, un prêtre qui a fui la France. Bientôt, elle est si malade qu'elle ne peut plus sortir de chez elle. Elle déclare avoir reçu les stigmates et, au cours des douze années qui suivent, avoir enduré chaque vendredi la Passion de Jésus-Christ. Selon ses dires, elle a des visions d'événements relatives à la création et au salut, dont une du tombeau d'Adam et Ève. Cela attire l'attention des autorités profanes et religieuses, qui procèdent à une enquête. De nombreuses personnes viennent à son chevet pour demander réconfort et consolation.
Dans le cadre de son procès de béatification, l'Église catholique reconnaît en 2003 comme miracle attribué à son intercession une guérison survenue en Allemagne en 1880.
thumb|200px|Sa sépulture, crypte de l'église Sainte-Croix, Dülmen, Allemagne. Entre 1816 et 1824, le poète Clemens Brentano prend note de ses visions. Ses retranscriptions remplissent 40 cahiers in-folio. Il est difficile de faire la part de ce qui a été effectivement dit par la mystique allemande et de ce qui peut constituer une réélaboration du poète. Brentano décrit en détail des scènes et des récits (avant tout) du Nouveau Testament et de la vie de Marie. Mel Gibson a utilisé les visions du chemin de croix dans son film La Passion du Christ.
À la suite des visions d'Anne-Catherine, la sépulture et la maison de la Vierge Marie auraient été redécouvertes en 1881 par l'abbé Julien Gouyet sur une colline près d'Éphèse.
Les restes d'Anne-Catherine Emmerich reposent dans la crypte de l'.
Le premier procès de béatification fut suspendu en 1928, avant tout en raison des difficultés concernant l'authenticité et l'attribution des textes publiés par Brentano, mais il fut rouvert en 1973 et se termina le avec sa béatification par le pape Jean-Paul II.
La fête de Anne-Catherine Emmerich a lieu le , jour de son décès.
Stigmates et autres phénomènes
Les phénomènes décrits dans cette section sont connus principalement par des témoignages contemporains et par les récits ultérieurement publiés autour d'Emmerich. Leur interprétation surnaturelle ainsi que l'attribution de certains de ces récits font l'objet de discussions.
Les stigmates
Selon les témoignages recueillis autour d'Emmerich, elle aurait ressenti dès 1799 les douleurs de la couronne d'épines, accompagnées de saignements chaque vendredi qu'elle aurait cherché à dissimuler. À l’automne 1807 auraient commencé les douleurs des stigmates aux pieds et aux mains, sans écoulement de sang ni marque extérieure. Le , une marque en forme de croix serait apparue sur sa poitrine et aurait saigné périodiquement. Les derniers jours de 1812, des marques aux mains, aux pieds et au côté deviennent visibles et des saignements sont rapportés. Emmerich affirma sous serment aux enquêteurs ecclésiastiques qu'aucune vision n'avait accompagné cette stigmatisation.
Par l'indiscrétion d'une sœur, qui découvre les plaies des mains le , ces phénomènes arrivent à la connaissance de la ville. Le médecin de Dülmen, Franz Wilhelm Wesener (1782-1832), qui rendit visite à la malade avec l'intention initiale d'examiner de manière critique son cas, devint par la suite l'un des principaux témoins médicaux de ces phénomènes.
Le , le vicaire général Clemens Auguste von Droste-Vischering (1773-1845), futur archevêque de Cologne, vint accompagné du Druffel et du supérieur du séminaire Bernard Overberg (1754-1826). Le Krauthausen, ancien médecin du couvent, tenta de traiter les blessures, mais sans succès ; il fut également chargé d'une surveillance médicale assidue.
Suivi médical
Le W. Wesener se chargea des soins médicaux. Son Journal, rédigé de à , ainsi que l'Histoire abrégée qu'il écrivit l'année de la mort d'Anne-Catherine pour une revue médicale, constituent des témoignages contemporains importants sur son état de santé et sur les phénomènes qui lui étaient attribués.
Hiérognosie
W. Wesener rapporte chez A.-C. Emmerich plusieurs épisodes interprétés par ses contemporains comme relevant de la hiérognosie. À partir de 1817, , comme auparavant l'abbé Lambert et le P. Limberg, lui attribue une sensibilité particulière aux objets considérés comme sacrés, notamment la faculté de reconnaître des reliques ou des hosties consacrées pendant ses extases. Clemens Brentano, de son côté, rendit le Wesener attentif au fait qu'Emmerich disait accepter volontairement de prendre sur elle les maladies et souffrances d'autrui.
Dans son Histoire abrégée, le docteur s'en explique : . Wesener rapporte également des cas de guérison subite qu'il met en relation avec ces phénomènes.
Les visions et les écrits de Clemens Brentano
Un témoignage indirect
La plupart des visions d'A.-C. Emmerich lui ont été attribuées par le poète romantique Clemens Brentano. Ces ouvrages racontent la vie et la passion du Christ et la vie de la Vierge d'après le récit, quasi-journalier, d'A.-C. Emmerich, fait à Brentano de 1818 à 1824.
Selon les récits publiés par Brentano, Emmerich aurait vu la passion du Christ et l'aurait suivi, pendant trois ans, dans ses voyages à travers la Palestine et hors de celle-ci. Ces textes comportent de nombreuses descriptions de la géographie, des habitants et des mœurs de ces régions, ainsi que des récits portant sur des périodes beaucoup plus anciennes de l'histoire biblique.
Le travail considérable de Clemens Brentano ( feuillets de notes diverses) parut en trois fois :
en 1833, neuf ans après la mort d'A.-C. Emmerich, La douloureuse Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Das bittere Leiden unsers Herrn Jesu Christus), précédée d'une esquisse biographique de la stigmatisée. en 1852, La vie de la Vierge Marie (Leben der heiligen Jungfrau Maria) : l'impression commencée fut interrompue par la mort de Clemens (1842), remaniée et poursuivie par son frère Christian, mort en 1851, et achevée par sa belle-sœur, dix ans après la mort de Clemens. en 1858-1860, six ans plus tard, les trois volumes de La vie de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, (Das Leben unsers Herrn und Heilandes Jesu Christi) publiés par le rédemptoriste K. E. Schmöger d'après les manuscrits de Brentano, profondément remaniés et amendés.
La polémique
Les titres des ouvrages diffèrent quant à la manière de présenter leur contenu : écrit Clemens Brentano (Nach den Betrachtungen der gottselingen A.K. Emmerick) dans le premier ouvrage, tandis que emploie en tête du dernier (Nach den Gesichten der gottselingen A.K. Emmerick…aufgeschrieben von C. Brentano).
Dans ses « méditations » ou ses « visions », divers faits, discours et attitudes semblent provenir d'apocryphes ou de légendes hagiographiques. La part de Brentano, consciente ou non, semble importante, ce qui rend difficile de déterminer ce qui provient des déclarations d'Emmerich et ce qui relève de la rédaction personnelle de l'écrivain.
Les aléas de leur publication ne simplifient pas le discernement. concluait d'ailleurs Joachim Bouflet, un des spécialistes d'A.-C. Emmerich, dans son avant-propos à la réédition récente de la Vie de la Vierge Marie.
L'authenticité et l'interprétation des visions attribuées à A.-C. Emmerich ont fait l'objet de controverses. Clemens Brentano et, à sa suite, K.E. Schmöger, Th. Wegener, J. Niessen et d'autres les considèrent comme d'authentiques révélations surnaturelles privées, notamment en raison de précisions topographiques qui leur semblaient difficiles à expliquer autrement. En revanche, d'autres y ont signalé des inexactitudes.
L'étude des sources a permis de déceler de nombreux emprunts. Christian Brentano a consigné le fait dans ses notes au Journal de son frère. Clemens a reconnu l'influence des écrits de Martin de Cochem dans La douloureuse Passion. Les travaux de L. Stahl (1909), de H. Cardauns (1916) et de W. Hümpfner ont également mis en évidence ces emprunts.
Les ouvrages publiés sous le nom d'Emmerich ont également été critiqués pour la présence de motifs antisémites et racistes. Philip A. Cunningham, du Center for Christian-Jewish Learning du Boston College, relève notamment un ton antisémite persistant, la reprise de l'accusation de meurtre rituel contre les Juifs, la représentation démonisée de personnages juifs et des caricatures physiques antisémites. L'historien jésuite John W. O'Malley relève pour sa part, dans la Vie du Christ publiée par Schmöger à partir des documents de Brentano, un passage faisant de Cham l'ancêtre de peuples noirs décrits de manière péjorative. L'historien David M. Goldenberg reproduit le même passage dans son étude sur l'histoire de la malédiction de Cham : . L'origine exacte de ces passages demeure toutefois incertaine : Cunningham souligne qu'il est impossible de déterminer s'ils proviennent d'Emmerich elle-même, de Brentano ou d'une combinaison des deux.
Position de l'Église catholique
Attribution des visions
En 1927, la Congrégation des rites, se fondant sur les travaux de W. Hümpfner, renonçait à son tour à considérer les notes et la rédaction de Brentano comme des écrits d'A.-C. Emmerich et à l'en rendre responsable.
C'est cette position que reprend le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints lors de la béatification d'Anne-Catherine Emmerich en par Jean-Paul II. .
Dans son homélie de béatification du 3 octobre 2004, Jean-Paul II évoque principalement la dévotion d'A.-C. Emmerich à la Passion du Christ, sa vie spirituelle et sa manière de supporter la maladie.
L'Église et les révélations privées
La position de l'Église catholique sur les révélations privées figure dans les articles 66 et 67 du Catéchisme de l'Église catholique (1992). Ces deux articles rappellent qu'elles ne sont pas une alternative à l'Évangile : « Au fil des siècles il y a eu des révélations dites « privées », dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas « d’améliorer » ou de « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’Histoire. »
Bibliographie Les visions d'Anne-Catherine Emmerich La Douloureuse Passion de Jésus-Christ – Anne-Catherine Emmerich / Clemens Brentano – éditions F.X. de Guibert, Paris – 2004 . Cette réédition récente, qui correspond à la première œuvre publiée, la seule du vivant de C. Brentano, a été adaptée par Lina Murr Nehmé La Passion – Anne-Catherine Emmerick – Presses de la Renaissance – 2004 – édition entièrement retraduite par Joachim Bouflet - . Elle correspond au même ouvrage La Vie de la Vierge Marie – Anne-Catherine Emmerick – Presses de la Renaissance, Paris 2006. . Texte intégral. La traduction originale et la présentation sont de Joachim Bouflet et comportent deux chapitres supplémentaires extraits des « Visions. »