Le créole louisianais (autonyme : ou : ; ) est une langue créole à base lexicale française qui est parlée en Louisiane et a de nombreuses ressemblances avec d'autres créoles à base lexicale française des Caraïbes, comme le créole haïtien et surtout le créole guyanais.

Comme le créole antillais, le créole louisianais est parlé essentiellement par la communauté noire et tient une grande partie de son lexique du français populaire véhiculaire de l’époque coloniale (comme le créole antillais), qui était la langue maternelle des planteurs et était très répandu en Nouvelle-Orléans. L’usage du créole louisianais est aujourd'hui restreint essentiellement aux paroisses d'Orléans (ville de La Nouvelle-Orléans), de Saint-Bernard, de Saint-Tammany, de Saint-Charles, de Saint-Jean-Baptiste, de Jefferson, de Bâton-Rouge-Ouest, de la Pointe Coupée, des Avoyelles, de Sainte-Marie, de l'Ibérie, de l'Assomption et de Saint-Landry.

Le créole, à la suite de la fusion des communautés francophones, a exercé une certaine influence sur le français louisianais, dialecte du français qui a une grammaire proche du français standard et dérive presque uniquement du français acadien tel qu’il était parlé dans la colonie française d’Acadie (les provinces maritimes du Canada et le Maine, aux États-Unis).

Cependant, le créole louisianais applique un lexique d'origine française à un système grammatical et a une syntaxe très différente de la grammaire et de la syntaxe du français.

En 2023, on estime que moins de parlent le créole louisianais..

Dénominations Le créole louisianais se dénomme lui-même ou . En anglais, on le nomme également Gombo French ou, péjorativement, courimavini. Du fait de son origine noire, on parle aussi de français nèg’ ou nèg’.

Géographie

La plupart des Créoles vivent dans le sud ou le sud-ouest de la Louisiane. Ils sont nombreux aussi à Natchitoches sur la rivière aux Cannes et, dans une moindre mesure, dans le sud-est du Texas (Houston, Port Arthur, Galveston) et à Chicago. En Californie, les créolophones dépasseraient en nombre même celui de la Louisiane et vivent surtout à Los Angeles, San Diego et San Bernardino et dans le nord de l'État (San Francisco, Sacramento, comté de Plumas, comté de Tehama, comté de Mono, comté de Yuba).

La paroisse de Saint-Martin forme le cœur de la région créole. D'autres communautés existent autour du bayou Teche (paroisse de Saint-Landry) et les paroisses des Avoyelles, de I'Ibérie et de Sainte-Marie. Il y a de petites communautés à False River (paroisses paroisses de Terrebonne et de la Pointe Coupée) et sur le Mississippi (paroisse de l'Ascension) et dans les paroisses de Saint-Charles, de Saint-Jacques et de Saint-Jean-Baptiste (Klingler; Marshall; Valdman).

Contexte socio-culturel de la créolité en Louisiane L'expression « Créole louisianais » fait habituellement référence aux populations créoles de Louisiane aux États-Unis et à ce qui y est associé. En Louisiane, l'identité créole peut tromper puisqu'elle n'a rien à voir avec la langue créole.

Pendant les colonisations françaises et espagnole de la Louisiane, l'usage de l'adjectif « créole » était réservée aux gouvernements coloniaux. On utilisait le nom « créole » pour toute personne, produit ou animal né dans la colonie. L'esclave créole valait nettement mieux que l'Africain puisqu'il parlait déjà une langue compréhensible aux Français (donc le français ou le créole louisianais) et était moins réceptif aux maladies dues au climat de la colonie.

La vente de la colonie française de Louisiane en 1803 provoqua une division culturelle entre les francophones de la colonie et les anglophones venus administrer le nouveau territoire. Le premier gouverneur du territoire de Louisiane, William C. C. Claiborne, un Américain né dans le Tennessee, avait comme but principal d'assimiler la colonie francophone de Louisiane et allait donc rapidement entrer en opposition avec l'ancienne classe dirigeante francophone. La première étude du créole est rapportée par Charles César Robin dans son ouvrage Voyages dans l’intérieur de la Louisiane (Paris, Buisson, 3 vol.) « Louisiana Creole » par Thomas A. Klinger et Ingrid Neumann-Holzschuh, in: The Survey of Pidgin and Creole Languages Volume II: Portuguese-based, Spanish-based, and French-based Languages, Oxford, Oxford University Press, 2013, ..

Ce fut alors que les anciens habitants de la Louisiane commencèrent à s'identifier en tant que Créoles pour se distinguer des anglophones. En Nouvelle-Orléans, la rue du Canal allait marquer la frontière linguistique entre les quartiers de langues française/créole et anglaise, d'où le nom du célèbre carré français de La Nouvelle-Orléans, où vivaient les francophones de la ville.

Lorsque les États-Unis planifiaient d'abolir l'esclavage dans les territoires américains, les mulâtres libres de la Louisiane se rangèrent du côté des États confédérés, esclavagistes. Sous les administrations française et espagnole de la Louisiane, la loi coloniale reconnaissait trois rangs de la société louisianaise (Blancs, « gens de couleur libres » et esclaves), ce qui n'existait pas en Nouvelle-Angleterre.

Cette particularité permit l'émergence d'une nouvelle identité dans la colonie, celle des gens de couleur libres. Lorsque les États-Unis gagnèrent la guerre de Sécession, l'homme de couleur libre crut son identité menacée par la suppression de l'esclavage, qui le plaçait dans la même catégorie que les anciens esclaves. Comme avaient fait les Blancs quelque 40 ans plus tôt, les anciens hommes de couleur libres revendiquèrent l'appartenance au groupe des Créoles pour faire la distinction avec l'ancien esclave.

Quant aux esclaves francophones, ils ont cherché à se constituer une identité catholique et créolophone, mais cette distinction s'est estompée dans les années 1960, avec le Mouvement américain des droits civiques et la Marche des fiertés noires, lorsque les Noirs devaient alors choisir entre une identité créole et l'assimilation à la communauté des Noirs anglophones, beaucoup plus influente.

Au début du , le créole louisianais est en voie de disparition, aucun mouvement linguistique officiel n'ayant été créé pour le préserver.

Néanmoins, l'identité créole est à nouveau revalorisée en raison d'un nouvel engouement pour le français louisianais, qui est encouragé par le gouvernement louisianais.

Grammaire En général, la grammaire du créole louisianais est très proche de celle du créole haïtien. Les articles définis en créole louisianais sont et pour le singulier et pour le pluriel. Contrairement au français, le créole louisianais place ses articles définis après le nom. Comme il n'y a pas de genre pour les noms, les articles du créole louisianais ne varient que sur critère phonétique, « a » étant placé après les mots finissant par une voyelle et « la » après ceux finissant par une consonne.

Un autre aspect du créole louisianais qui est différent du français est la conjugaison. Les verbes du créole louisianais ne varient ni selon la personne, ni le nombre, ni le temps. Les temps sont marqués par un jeu de particules ou simplement par le contexte.

Vocabulaire Le vocabulaire du créole louisianais est issu de mots d'origine française, afro-caribéenne, amérindienne et espagnol. De nombreux mots relatifs aux plantes, à la topographie et à la faune sont d'origine amérindienne, en particulier du chacta. Le créole louisianais possède des vestiges des langues ouest- et centre-africaines (bambara, wolof, kongo la pratique du vaudou.

Chiffres et nombres Les nombres français sont inclus pour comparaison.

Nombre Créole louisianais Français1unun2dédeux3trò, trwahtrois4katquatre5senkcinq6sissix7sètsept8withuit9nèfneuf10disdix

Pronoms personnels Anglais Créole louisianais FrançaisImojeyou (informal)totuyou (formal)vouvousheli, çailsheli, çaellewenou, nou-zòt (nous-autres)nousyou (plural)vou, zòt, vou-zòt (vous-autres)vousthey (masculine)yéilsthey (feminine)yéelles

Formules usuelles Anglais Créole louisianais FrançaisHello. / Good morning.Bonjou.Bonjour.How are things?Konmen lé-z'affè?Comment vont les affaires ?How are you doing?Konmen to yê?Comment allez-vous ? / Comment vas-tu ? / Comment ça va ?I'm good, thanks.Çé bon, mèsi.Ça va bien, merci.See you later.Wa (twa) pli tar.Je te vois (vois-toi) plus tard. (À plus tard.)I love you.Mo laimm twa.Je t'aime.Take care.Swinn-twa.Soigne-toi. (Prends soin de toi.)Good evening.Bonswa.Bonsoir.Good night.Bonswa. / Bonnwí.Bonne nuit.

Expressions populaires du créole louisianais

Les expressions suivantes sont issus du livre de Lafcadio HearnLafcadio Hearn, Gombo Zhebes: Little dictionary of creole proverbs, selected from six creole dialects. Translated into french and into english, with notes, complete index to subjects and briel remarks upon the creole idioms of Louisiana, New York, Will A Coleman, 1885 : « Bon-temps fait crapaud manqué bounda » (Le bon temps fait manquer de derrière au crapaud). « Bouki fait gombo, lapin mangé li » (Le bouc fait le gombo, le lapin le mange). « Ça va rivé dans semaine quatte zeudis » (Cela va arriver dans la semaine de quatre jeudis). « CaponCapon est un terme de reproche, plus ou moins synonyme de fourbe ou hypocrite vive longtemps » (Le capon vit longtemps). « Chatte brilé pair di feu » (Le chat brûlé a peur du feu). « Chien jappô li pas morde » (Le chien qui jappe ne mord pas). « Cila qui rit vendredi va pleuré dimanche » (Celui qui rit le vendredi va pleurer le dimanche). « Cochon conné sir qui bois l'apé frotté » (Le cochon sait bien sur quel arbre [bois] il va se frotter). « Compé Torti va doucement ; mais li rivé coté bite pendant Compé Chivreil apé dormi » (Compère Tortue va doucement ; mais il arrive au but pendant que Compère Chevreuil dort). « Coupé zoré milet fait pas choual » (Couper les oreilles du mulet, n'en fait pas un cheval). « Craché nen laire, li va tombé enhaut vou nez » (Crachez dans l'air, il vous en tombera sur le nez). « Di moin qui vous laimein, ma di vous qui vous yé » (Dites moi qui vous aimez, et je vous dirai qui vous êtes). « Dolo toujou couri larivière » (L'eau va toujours à la rivière). « Faut jamais porté déil avant défint dans cerkeil » (Il ne faut jamais porter le deuil avant que le défunt ne soit dans le cercueil). « Faut pas marré tayauÀ l'origine taiau désigne le cri du chasseur, en créole il sert pour désigner le chien de chasse avec saucisse » (Il ne faut pas attacher le chien qui (taïaut) avec des saucisses). « Jamais di : Fontaine, mo va jamais boi to dolo » (Ne dis jamais : Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau). « LagniappeFriandises offertes aux enfants chez l'épicier c'est bitin qui bon » (Lagniappe c'est du bon butin). « Laguerre vertie pa tchué beaucoup soldats » (La guerre avertie ne tue pas beaucoup de soldats). « Lamisère à deux, Misère et Compagnie » (La misère à deux, c'est Misère et Compagnie). « Laplie tombé, ouaouaron chanté » (Quand la pluie tombe, les grenouilles chantent). « La-tché chatte poussé avec temps » (La queue du chat pousse avec le temps). « Macaque dit si so croupion plimé cas pas gàdé lezôt » (Le macaque dit que si son croupion est plumé, ça ne regarde pas les autres). « Maringouin perdi so temps quand li piqué caïman » (Le moustique perd son temps quand il pique le caïman). « Merci pas coûté arien » (« Merci » ne coûte rien). « Mette milâte enhaut choual, li va dî négresse pas so maman » (Mettez un mulâtre [en haut] sur un cheval—il [va dire] dira qu'une négresse n'est pas sa maman). « Mo bien comra mo yé, parole rare » (Je me trouve bien comme je suis, ce sont des paroles rares). « Mo va pas pre ré vous bâton pou cassé mo latête » (Je ne vais pas vous prêter un bâton pour me casser la tête). « Où y'en a charogne, y'en a carencro » (Où il y a de la charogne, il y a des vautours). « Piti à piti, zozo fait son nid » (Petit à petit, l'oiseau fait son nid).