Le carnaval est un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Il consiste en une période pendant laquelle les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade constituée de musiciens, de danseurs et de chars décorés.
Héritiers de rituels antiques tels que les Lupercales et la Guillaneu, ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l'Épiphanie, soit le , et le Mardi gras avant le mercredi des Cendres une fête mobile entre le et le .
Étymologie vignette|Jour des Blancs et Grand Défilé du Carnaval des Noirs et Blancs de Pasto, Colombie.|gauche Le nom masculin carnaval apparaît en français sous la forme carneval en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval »Marguerite de Navarre, L'Heptaméron, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : « Ung jour, en masque, à ung carneval […] ».
C'est un emprunt [consulté le 2017]. [consulté le 2017]. à l'italien ou carnevaloEntrée dans le Dictionnaire de français, en ligne sur le site des éditions Larousse [consulté le 2017].. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »Étymologie de Carnaval sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales ; Lo Zingarelli, Vocabolario della lingua italiana ; Henriette Walter, Le français dans tous les sens, Robert Laffont éditeur, Paris, 1988, page 106.. Il signifie donc littéralement « enlever la viande ». C'est pourquoi on doit dire .
Des étymologies fantaisistes ont été jadis avancées, telle que « caro vale » pour « adieu la chair »..
En 2015, Claire Tancons remet au jour l'étymologie apocryphe du terme carnaval, proposée par Michel Foucault, du , qu'elle lie aux bateaux d'esclaves durant la traite négrière.
Jusqu'au , le nom masculin carême-prenant a été utilisé en français à égalité avec carnaval. Il a été orthographié de diverses manières : caresme-prenant, quaresmeprenant, etc. On le retrouve dans le journal de Pierre de l'Estoile, chez Molière, etc. En France on peut trouver des variantes régionales de carême-prenant, telles que caramentran en ProvenceCaramentran - Carnaval en Provence..
De carême-prenant, on a dérivé deux expressions. L'une : « tout est de carême-prenant », pour parler de certaines libertés, en particulier dans le domaine des mœurs, qui se prennent ou prenaient traditionnellement pendant le carnaval. L'autre, pour désigner une personne costumée en carnaval, ou en général quelqu'un d'habillé de façon ridicule. Dans cette situation, on entend crier « Au secours, au secours, votre fille on l'emporte, Des carêmes-prenants lui font passer la porteRégnard, le Bal, scène 18. ». On trouve aussi dans le Bourgeois gentilhomme de Molière : « On dit que vous voulez donner votre fille en mariage à un carême-prenant »Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, acte, scène 7..
Du nom carnaval dérive l'adjectif carnavalesque (relatif au carnaval), mais aussi certains régionalismes tels que carnavaleux et carnavalier : le premier désigne, dans la région de Dunkerque, en Belgique et au Québec, un participant au carnavalJe vis à Dunkerque, site officiel de la ville de Dunkerque : (au moment du carnaval) « On devient très vite acteur parmi des milliers d'autres acteurs : par un air de musique reconnu, par des amis rencontrés, par l'interpellation anonyme de carnavaleux chaleureux »...Les mots du carnaval, Office québécois de la langue française, consulté en ligne le 5 mai 2011. ; le second un artiste créant des œuvres pour le carnaval tels que chars, des géants, des grosses têtes, etc. Les « carnavaliers » les plus célèbres de France sont établis à Nice où le métier se transmet de père en fils depuis 1870 et où ce mot est traditionnellement utiliséSite de l'office québécois de la langue française : « Carnavalier / Carnavalière : Artiste ou artisan qui travaille à la conception des chars et des personnages faisant partie des défilés d'un carnaval »..
Périodes du carnaval alt=Magie du Carnaval - Rio de Janeiro|vignette|390x390px|Char du défilé de Rio de Janeiro.La période carnavalesque varie fortement entre les lieux ;
En Europe, elle se déroule généralement à la période hivernale, au plus tôt en novembre et au plus tard en mai. Quelques traditions masquées commencent à la Toussaint, et le carnaval d'Allemagne commence le à précises, lors des foires de la Saint-Martin. La majorité des carnavals européens a toutefois lieu après Noël, débutant soit à l'Épiphanie, pour la Saint-Antoine et le tuage du cochon, à la Chandeleur, un mois, quinze jours, ou le jeudi avant Mardi Gras. D'autres carnavals, tels que les Laetare, ont lieu à la mi-carême. Enfin, en Scandinavie, les carnavals ont lieu autour de la Pentecôte, et celui de Notting Hill se déroule au mois d'août.
Plus particulièrement en Suisse, le carnaval de Bâle débute le lundi suivant le mercredi des Cendres, à du matin, tandis qu'à Lucerne, il commence le jeudi gras également à du matinCarnaval Portail officiel d'informations sur la Suisse.. En Grèce, il s'appelle Apokriá et se termine le Lundi pur.
Histoire Différentes hypothèses des origines de Carnaval vignette|droite|upright|Déguisement lors des Anthestéries (Grèce, vers -400). Vase conservé au musée du Louvre Les traditions de carnaval ont été apparentées à de nombreuses autres traditions, sans pour autant établir de filiation évidente par une continuité ininterrompue des pratiques ; les hypothèses sont plutôt basées sur des analogies de pratiques.
Préhistoire Plusieurs hypothèses ont été formulées quant aux origines du carnaval.
Pour le philologue Karl Meuli, la présence des masques, qui représentent les morts« Quiconque se masque entre parmi les fantômes » selon André Varagnac, cité par Viviana Pâques : Carnaval, fête du mariage et de la mort. Revue des Sciences Sociales, 1975, nº4, pp 276-294. (p. 278), permet de rapprocher le carnaval d'une forme préhistorique de culte des ancêtres. Le folkloriste Claude Gaignebet, quant à lui, lie les déguisements d'ours au totémisme qui serait aussi présent dans les peintures rupestres.
Antiquité De nombreuses fêtes antiques ont été aussi invoquées comme ancêtre du carnaval : c'est notamment le cas de la fête celte d'Imbolc, notamment pour expliquer l'utilisation de soufflets ou de vessies gonflées, mais aussi des Sacées, fêtes babyloniennes durant lesquelles un souverain fictif était sacrifié afin de raccorder les calendriers lunaires et solaires, les Bacchanales grecques et romaines, les Saturnales, les Lupercales, les Kalendae de janvier, ou les fêtes d'Isis du début du printemps, marquées par le lancement d'un « char naval ».
Christianisme thumb|Le combat de Carnaval et de Carême, Pieter Brueghel l'Ancien (1559).|gaucheDeux hypothèses distinctes présupposent une origine chrétienne au carnaval.
La première consiste, comme l'ethnologue Arnold van Gennep, à considérer le carnaval comme une réaction populaire aux privations du Carême. L'un des arguments est étymologique, conférant comme origine au carnaval le latin carne levare (enlever les viandes) et l'italien carne vale (adieu viandes).
La seconde hypothèse, venant notamment du folkloriste consiste à considérer le carnaval comme une stratégie consciente de l'Église chrétienne, lui permettant d'intégrer les coutumes païennes tout en les utilisant pour symboliser le mal. D'autres traditions chrétiennes se rapprochent du carnaval, telles que la fête de saint Antoine abbé ou la Saint-Nicolas d'Autriche.
Les géants processionnels sont un témoignage de cette origine, en particulier dans le nord de la France et la Belgique, où ils sont une évolution de saints chrétiens célébrés.
Moyen Âge vignette|upright|droite|Schembartlauf, Nüremberg, 1472 Au cours du Moyen Âge, les cortèges des confréries professionnelles se muent petit à petit en carnavals urbains, par l'arrivée de pièces de théâtre comiques qui deviennent par la suite la Commedia dell'arte. Des hypothèses rapprochent le carnaval d'autres traditions médiévales, telles que les fêtes des fous.
Renaissance Laurent le Magnifique est un grand mécène du carnaval, pour lequel il commande des chars aux thèmes mythologiques.
La Renaissance est aussi l'époque d'apparition du Carnaval dans les Antilles, apporté par les colons européens qui en excluent les populations afrodescendantes et esclavagisées ; celles-ci organisèrent leurs propres cérémonies qui rencontrent depuis un grand succès.
Tradition antillaise Les carnavals aux Antilles sont devenus des festivités très populaires avec l'arrivée des colons et des esclaves aux . Les esclaves qui ne pouvaient pas participer aux carnavals des Européens organisèrent leurs propres cérémonies qui rencontrent depuis un grand succès. Avec l'émigration importante de la communauté antillaise, se créent de nouveaux carnavals : ainsi, à Londres, le Carnaval de Notting Hill, créé dans les années 1960, est un des évènements les plus importants du Royaume-Uni, qui rassemble près de deux millions de personnes chaque année.
Le est une période de reflux du carnaval en Europe : celui de Venise se mue en lieu d'intrigues politiques, quittant la rue pour les bals masqués ; en France, la Révolution a associé fête et politique, ce qui par contre-coup porte préjudice au Carnaval, qui ne revient qu'à la fin du .
vignette|Spectateurs et danseuses lors du carnaval de Funchal 2026 Plus généralement les années 1970 sont l'occasion de la revitalisation des carnavals ruraux ; ces nouvelles éditions sont l'occasion de réinventions de traditions, afin de préserver les cultures régionales et de proposer des évènements touristiques, où le carnaval devient un spectacle plutôt qu'un évènement auxquels tous participent.
Le est aussi l'époque de l'apparition des masques pour enfants.
Formes Masques et travestissement vignette|280x280px|La diablada, typique du carnaval d'Oruro. Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi le masque a une fonction apotropaïque.
Les travestissements de tous genres, les bals nocturnes et masqués, les promenades du dimanche gras et du mardi gras sont les principaux amusements auxquels on se livre pendant le carnaval. Le carnaval de Venise et en général ceux des pays méridionaux sont les plus célèbres et les plus brillants.
Chars
Repas
Farces et brimades
Mise à mort de la personnalisation du carnaval La mise à mort de la personnalisation du carnaval prend des formes très diverses : être humains vivants, animaux, mannequins de divers matériaux, qui sont ensuite brûlés, noyés, enterrés, fusillés, décapités, pendus, empalés…
.
Musiques de carnaval vignette|Murga.
Murga: Argentine, Panama, Uruguay Diablada : Bolivie Samba, Axé, Forró, Maracatu, Frevo : Brésil Conga : Cuba Mazurka, Valse, Polka, Quadrille, Piké djouk, Biguine : Martinique, Guyane, Guadeloupe Kompa : Haïti Huayno : Pérou Guggenmusik : Suisse Steel drum, calypso puis soca : Trinité-et-Tobago
Thèmes et interprétations du carnaval Renouveau printanier de la nature vignette|Reines du Carnaval de Nantes de 1922, carte postale conservée au musée de Bretagne|gauche Une conception du carnaval consiste à le considérer comme un rite de purification, servant à tuer les démons de l'année écoulée afin de permettre la renaissance magique de la nature et des hommes. Les pratiques liées au souffle, tels que vessies gonflées, jeux de pète-en-gueule et soufflaculs, sont articulées avec ce thème de la mort et de la vie.