(ancien égyptien : peut-être Serq ou Ouhâ) est peut-être un roi de la période prédynastique de l'Égypte antique, c'est-à-dire vers la fin du avant l'ère commune, bien que la réalité de son règne ne soit pas acceptée par tous les chercheurs.
Attestations
Tête de massue
vignette|Tête de massue de - Ashmolean Museum, Oxford.
La seule preuve picturale de son existence est la « tête de massue du roi Scorpion » qui a été trouvée dans le dépôt archéologique principal dans un temple de Nekhen (Hiérakonpolis) par les archéologues James Edward Quibell et Frederick William Green pendant la saison des fouilles de 1897-1898. Elle est actuellement exposée à l'Ashmolean Museum à Oxford. La stratigraphie de cette tête de massue a été perdue à cause des méthodes de ces archéologues, mais son style semble la dater de la toute fin de la période prédynastique.
La tête de massue représente un seul grand personnage portant la couronne blanche (ḥḏt) de Haute-Égypte. Il tient une houe, qui a été interprétée comme un rituel impliquant soit que le roi coupe cérémonieusement le premier sillon dans les champs, soit qu'il ouvre les digues pour les inonder. L'utilisation et le placement de l'iconographie sont similaires à la représentation du roi Narmer sur l'avers de la palette de Narmer. Le roi est précédé par des serviteurs, le premier de la rangée semble jeter des graines d'un panier dans le sol fraîchement coupé. Un deuxième serviteur (sa représentation est partiellement endommagée) porte un énorme paquet de gerbes de céréales, ce qui renforce l'interprétation d'une cérémonie de semailles, peut-être liée à la fête-Sed ou à une cérémonie de fondation, peut-être celle d'un temple, voire d'une cité. Au-dessus des serviteurs, une rangée de porte-étendards, qui portent les mêmes étendards que ceux vus sur la palette de Narmer, précède le roi. Au-dessous des serviteurs royaux, une route et un paysage avec des gens et des maisons sont préservés.
Derrière le roi (sur le côté gauche), deux porteurs d'éventails suivent le roi. À gauche du porte-éventail, des fagots de papyrus sont représentés. Derrière ceux-ci, dans la partie supérieure, on voit un groupe de danseurs et un prêtre ; le prêtre garde un palanquin Repw.t. La partie inférieure est perdue à cause des dégâts. Le défilé festif regarde dans la direction opposée du roi et de ses porte-drapeaux ; une vue d'ensemble étendue révèle que les deux cortèges se rejoignent au centre de toute la scène du relief de la tête de massue. En ce centre même, des savants tels que K. M. Ciałowicz, E. J. Baumgärtel et T. H. Wilkinson pensent voir les minuscules traces des pieds et de la spirale de la couronne rouge ; une deuxième rosette dorée est clairement visible. Ces traces renforcent la présomption selon laquelle la scène de la tête de scorpion contenait autrefois la représentation d'une deuxième figure du roi, portant la couronne rouge de Basse-Égypte. Dans ce cas, la tête de massue montrerait le roi comme le souverain de toute l'Égypte.
Le registre du haut offre un défilé des symboles des étendards de l'armée du Sud — Haute-Égypte — qui brandissent sur chaque hampe un oiseau mort, un vanneau huppé, pendu par le cou. Les vanneaux — oiseaux des marais — servaient à l'origine à désigner les gens du Delta ou Basse-Égypte, au Nord. Cette scène est peut-être une allusion à une probable victoire remportée par le roi Scorpion sur le royaume des pêcheurs du Delta. Sur un fragment non connexe, sont représentées d'autres enseignes auxquelles sont suspendus sur la gauche des arcs à double courbure (incomplets mais reconnaissables). Pour les anciens Égyptiens, les « Neuf arcs » symbolisent la totalité des puissances étrangères à l'Égypte. L'ensemble du registre supérieur représenterait donc de façon allégorique, la victoire des provinces du Sud sur les populations du Delta et d'un certain nombre de pays étrangers, victoire qui a finalement abouti à la victoire finale de Narmer et à l'unification du pays.
Étiquettes en ivoire
De nombreuses petites étiquettes en ivoire représentant un scorpion ont été trouvées. Elles proviennent d'Abydos, de Minshat Abou Omar et de Tarkhan. Certaines montrent le scorpion tenant le signe hiéroglyphique de la « terre irriguée »Ce signe a plusieurs significations lors des périodes suivantes, mais se rapporte globalement au sens de province, de domaine voire de jardin. et il est contesté, si cette combinaison claire de signes a une signification plus profonde : le scorpion pourrait représenter le roi dans son rôle de souverain d'un certain (mais non nommé) nome. D'autres étiquettes montrent le scorpion près d'un signe d'hirondelle, signifiant « le scorpion est grand ». Une étiquette unique montre le scorpion tenant un long bâton et frappant un ennemi. Comme de nombreux graffitis montrent un sanctuaire avec un héron sur le toit à l'arrière, il a été suggéré que était originaire du Bouto.
Inscriptions
vignette|Marque en argile portant le nom du roi (d'après Dietrich Wildung).
À Tarkhan et à Minshat Abou Omar, plusieurs vases en pierre et en argile ont été retrouvés. Ils portent des serekhs royaux et la lecture du nom à l'intérieur est contestée. Plusieurs égyptologues (dont Thomas Schneider, Dietrich Wildung et Herman TeVelde) sont convaincus que les serekhs présentent une figure de scorpion fortement stylisée. D'autres, tels que Günter Dreyer et Wolfgang Helck, n'en sont pas si sûrs et le lisent comme une version mal dessinée du nom du roi Ka.
Sur la deuxième cataracte du Nil, non loin du lac Nasser Gebel Sheikh Souleiman (Soudan), une grande gravure sur la roche représente une grande figure de scorpion marchant sur des ennemis tués. Leur mort est démontrée en les représentant debout, la tête en bas, frappés par des flèches ; deux autres figures tiennent encore leur propre arc et tirent. Grâce aux plumes d'autruche et aux arcs, les ennemis peuvent être identifiés comme des Nubiens, puisque la plume d'autruche et l'arc étaient les attributs typiques pour symboliser les Nubiens. Le scorpion fait face à une figure humaine avec une barbe artificielle et un couteau de cérémonie dans une ceinture ; la figure tient une longue corde, à laquelle sont attachés les Nubiens capturés. L'ensemble de la scène est interprété comme représentant le roi célébrant sa victoire contre des Nubiens hostiles.
Identité
Nom
Le nom et le titre du roi Scorpion sont très contestés dans l'égyptologie moderne. Son nom est souvent introduit par un signe de rosette ou de fleur (?) dorée à six ou sept feuilles. Cet emblème se trouve sur de nombreux objets des périodes de la dynastie 0 et de la ; il disparaît jusqu'à la fin de la , lorsqu'il réapparaît chez des officiels de haut rang, tels que Khabaousokar et A'a-akhty (tous deux datés de la fin de la ). Sa signification précise a fait l'objet d'intenses discussions ; l'interprétation la plus courante est celle d'un emblème signifiant « nomarque » ou « grand seigneur ». Pendant les périodes protodynastiques et au début de la , il était évidemment utilisé comme désignation pour les rois ; dans des périodes beaucoup plus tardives, il était attribué aux hauts fonctionnaires et aux princes, en particulier à ceux qui servaient comme prêtres pour la déesse Seshat. Ainsi, la rosette d'or est devenue un emblème officiel de Seshat. La lecture du signe de la rosette est également contestée. La plupart des linguistes et des égyptologues la lisent Neb (pour « seigneur ») ou Nesou (pour « roi »), et ils sont convaincus que la rosette dorée était une sorte de précurseur du serekh ultérieur.
La figure du scorpion, qui sous-tend le nom de , est généralement lié à la déesse Serket, introduite plus tard, mais des égyptologues et des linguistes tels que Ludwig D. Morenz, H. Beinlich, Toby Wilkinson et Jan Assmann ont souligné que la déesse n'a pas été introduite avant la fin de l'Ancien Empire. Dans cette optique, le symbole du scorpion de la période protodynastique ne devrait pas être associé à Serket. Morenz souligne que, dans les cas où un animal fétiche est inclus dans le nom d'un souverain, l'animal a généralement une signification différente, plutôt cultuelle et politique. Le scorpion en tant qu'animal signifiait généralement des choses dangereuses, comme « poison » et « maladie », mais il pouvait aussi signifier « mauvaise haleine », dans des contextes militaires « tempête » et « attaque ». Comme on ne sait pas très bien quelle signification réelle était réservée à l'animal dans le nom du roi, les spécialistes l'appellent généralement « roi ».
Figure historique
Il existe plusieurs théories concernant son identité et sa position chronologique. Certains égyptologues, comme Bernadette Menu, soutiennent que, parce que les rois égyptiens de la semblent avoir eu plusieurs noms, Scorpion était la même personne que Narmer, simplement avec un autre nom, ou un titre supplémentaire. Ils affirment également que le style artistique de la tête de massue de présente des similitudes évidentes avec celui de la célèbre tête de massue de Narmer.
D'autres chercheurs, dont T. H. Wilkinson, Renée Friedman et Bruce Trigger, ont identifié le roi comme étant le « Gegenkönig » (dirigeant adverse) de Ka (ou Sekhen) et Narmer. À l'époque de , l'Égypte était peut-être divisée en plusieurs royaumes mineurs qui se combattaient entre eux. On suppose alors que Narmer a simplement conquis le royaume de , unifiant ainsi pour la première fois l'ensemble de l'Égypte.
Cependant, tous les égyptologues ne sont pas d'accord. Par exemple, à la suite de la découverte de reliefs au Ouadi ‘Ameyra dans le Sinaï, notamment d'Iry-Hor et de Ka au Sinaï, celui d'Iry-Hor nommant d'ailleurs la ville de Memphis (la plus ancienne attestation découverte), des égyptologues comme Pierre Tallet pensent que l'Égypte étaient déjà unifiée avant Narmer, voire dès le règne de . Ce dernier propose que les différents documents (palette de Narmer, inscriptions rupestres du Ouadi ‘Ameyra, etc.) ne sont que des opérations de maintien de l'ordre. Ainsi, le roi ne serait alors pas un souverain concurrent de Narmer, bien que sa place chronologique, voire sa réalité historique en tant que roi distinct des autres rois connus (le symbole du scorpion en tant qu'animal dangereux pourrait être un symbole royal par excellence à cette période, ne désignant donc pas le roi par son nom mais par sa fonction), ne soient pas assurées.
Règne
Situation politique