vignette|Partisans biélorusses dans la Biélorussie occupée par les nazis en 1943. La guérilla (de l'espagnol guerrilla ) est un ensemble de combats d'unités mobiles et flexibles pratiquant une guerre de harcèlement, d'embuscades, de coups de main menée par des unités irrégulières ou des troupes de partisans, sans ligne de front. Elle peut être aussi bien urbaine que rurale.
Les combattants se livrant à la guérilla sont appelés guérilleros, mais il arrive qu'on emploie le mot guérilla pour désigner l'ensemble des combattants : la guérilla castriste, par exemple.
Les tactiques de guérilla sont une des plus anciennes formes de guerre dissymétrique ; contrairement au terrorisme, elles ne visent pas les civils. Les principaux auteurs modernes de la théorie de la guérilla sont Abdelkrim al-Khattabi (lors de la bataille d'Anoual), Fidel Castro, Thomas Edward Lawrence, Mao Zedong, Che Guevara et le Front de libération nationale en Algérie, mais sa théorisation est bien plus ancienne : elle remonte à l’empereur byzantin Nicéphore II Phocas.. À la différence de la guerre dissymétrique, la guerre asymétrique est toujours celle du faible au fort, visant des cibles collatérales faibles et sans défense, telles les institutions civiles de l'autorité contestée.
Selon Robert Taber The War of the Flea : Guerrilla Warfare, Theory and Practice, Paladin, Londres, 1977., la guérilla a pour but politique de renverser une autorité contestée par de faibles moyens militaires très mobiles utilisant les effets de surprise et avec une forte capacité de concentration et de dispersion. La tactique des commandos britanniques durant la Seconde Guerre mondiale est proche de celle de la guérilla, mais diffère dans le but qui est militaire pour les commandos et politique pour la guérilla. Les « forces spéciales » d'aujourd'hui sont les héritières directes de ces commandos britanniques. Souvent, il y a confusion entre guérilla et commando dont la similarité est dans la tactique et la différence dans la stratégie à la fois militaire et psychologique pour atteindre le but de renverser un gouvernement.
Le but politique se réalise par des stratégies militaires et des stratégies diplomatiques combinées qui orientent et délimitent des tactiques possibles, comme celle du couple « terrorisme et propagande » souvent rencontré et parfois confondu avec la guérilla.
Étymologie et traductologie Le mot, lui-même provenant de l'espagnol « guerrilla » (littéralement « petite guerre »), a initialement décrit les tactiques pour résister au régime imposé en Espagne par Napoléon Bonaparte, notamment par Juan Martín Díez qui est réputé avoir orienté les armées espagnoles vers cette stratégie.
Souvent constaté dans la presse francophone depuis la fin du , l'emploi erroné du terme « guérilla » pour désigner les combattants eux-mêmes (correctement nommés guérilleros.) n'est pas une métonymie mais une faute de traduction de l'anglais, langue dans laquelle guérilleros se dit guerillas, faux ami du français « guérilla »..
Guerre politique thumb| Des armes saisies par Tsahal. Dans ce butin de guerre figurent les grands classiques des guérilleros depuis la guerre du Viêt Nam : une mitrailleuse PKM, trois fusils d'assaut AKM et un lance-roquettes Type 69 (rpg 7).La guérilla est essentiellement une guerre politique depuis son origine moderne espagnole dans la lutte contre l’invasion napoléonienne. Alors, son champ opératoire dépasse les limites territoriales d’une guerre conventionnelle de conquête territoriale pour entrer dans l’entité politique même : le « » d’Aristote.
La guerre des Cévennes (1702-1704), opposant des paysans protestants du sud de la France au pouvoir royal qui avait proscrit et cherchait à réprimer toute forme religieuse non catholique, peut être considérée comme un prototype de guérilla.
C'est avec les guerres de la Révolution française et du Premier Empire que ce phénomène va connaître un tournant historique majeur. Les guérillas deviennent alors de véritables stratégies politico-militaires, fortement marquées idéologiquement, le plus souvent « à droite » du fait de l'importance de la motivation religieuse et de leur opposition à la République française (Chouannerie entre autres) ou à l'Empire.
Tout au long du , cette tendance à l'idéologisation se poursuit, en particulier en Amérique latine. Un glissement idéologique « vers la gauche » se fait alors partiellement sentir. C'est durant la même période que cette idéologie politico-militaire rencontre un courant artistique et littéraire : le romantisme. Dès lors, ces deux mouvements ne cesseront plus de s'influencer mutuellement.
En effet, l’humain est considéré comme l’objectif premier dans une guerre politique et comme la cible militaire de la guérilla. L’humain a son point central critique et névralgique dans l’esprit. Ceci s'illustre dans la devise de l’UNESCO : « Comme c’est dans l’esprit des hommes que naît la guerre, c’est dans l’esprit des hommes que nous devons ériger les remparts de la paix » (). La guérilla est une guerre de conquête du cœur et de l’esprit. Lorsque le cœur et l’esprit sont touchés, l’animal social () est acquis sans recevoir nécessairement une seule balle ou un seul éclat d’obus.
La guérilla naît et se développe dans un environnement politique et à travers un combat constant pour contrôler le domaine de la mentalité politique inhérent à l’animal social qu’est l’humain. La collectivité humaine constitue l’environnement et le contexte qui orientent et délimitent les configurations et les activités possibles de la guérilla, dans la perspective de la théorie des contextes en écopolitique d’une approche écosystémique. C’est en ceci que l’expression de Mao Zedong du « guérillero dans la population, comme un poisson dans l’eau » devient claire et intelligible dans sa largeur et sa profondeur. En effet, une guérilla conquérante est celle qui correspond à une réponse appropriée au contexte socio-politique et à l’environnement physique. En effet, la guerre et la guérilla sont des formes de communication dans laquelle sont immergées différentes parties prenantes. C’est une forme de relation orientée vers un certain but.
La conception de la guérilla comme une lutte politique a placé les opérations psychologiques au rang des facteurs décisifs pour obtenir des résultats favorables. Alors, la cible à atteindre des guérilleros est le cœur et l’esprit de la population, toute la population, ses troupes, les troupes adverses et surtout la population civile attentiste dont l’adhésion ou la désertion fait la différence entre la victoire ou la défaite de la guérilla. De la Seconde Guerre mondiale au temps présent, les exemples illustratifs sont très nombreux.
L’histoire de l’Armée populaire vietnamienne est une illustration emblématique de cette conception de la guérilla comme guerre politique, de la naissance avec la « Brigade de propagande armée » jusqu’aux divisions lourdes des grandes batailles soutenues par la milice locale des paysans en armes qui forment la base des troupes régionales. La guérilla n’est pas seulement les pièges et embuscades de ces paysans en armes des combattants de l’ombre..
Guérilla et propagande La nature et l’environnement de la guérilla ne permettent pas des opérations psychologiques par des médias de masse de haute ou moyenne technologie comme le cinéma, la radio et la télévision. Par la conquête du cœur et de l’esprit, la guérilla se réfère bien plus aux contacts humains directs de la « propagation épidémique » de proche en proche sur le terrain, comme une contagion pour éveiller les consciences, plutôt qu’à une « irradiation » à partir d’un centre avec des médias de masse entre des personnes qui ne se connaissent pas et ne se reconnaissent pas. Un exemple de « propagation épidémique » est la rumeur qui se répand de proche en proche, comme une contagion, entre des personnes qui se connaissent et se reconnaissent du type « quelqu’un qui a vu quelqu’un qui a vu l’ours ».
La rumeur répand une « vérité » plus vraie que la « vérité véridique », comme l’ont montré Edgar Morin et son équipe avec la « Rumeur d'Orléans » de 1968 où des jeunes femmes ont été capturées pour la « traite des blanches », selon cette rumeur. Même s’il n’y a eu aucune disparition signalée à la police, c’était que la police fut complice, dans le coup de ce trafic, selon cette propagation épidémique de la rumeur. Cette vérité véridique de la rumeur résistait à toute validation scientifique en accusant la science complice, en inventant même un sous-marin remontant la Loire navigable seulement par des barges à fond plat et de faible tirant d’eau.
La conscience politique individuelle de la guérilla et les raisons de la lutte sont aussi importantes que l’aptitude au combat. C’est le « Devoir » et « Vouloir » de la guerre psychologique, par rapport au « Pouvoir » et « Savoir » de la et de l’expertise militaires. Cette conscience politique et cette motivation sont rendues possibles par : Le développement du potentiel de lutte des guérilleros en même temps que la raison de cette lutte et la motivation de lutter. La reconnaissance par les guérilleros eux-mêmes du lien vital avec la population dont le soutien est essentiel pour la survie, le développement et la reproduction des deux parties. L’échec de la guérilla de Che Guevara en Bolivie semblait être attribuable à la rupture de ce lien avec la population. Le développement de ce lien comprend la confiance de la population en la guérilla comme un facteur important du changement insurrectionnel qui est la base psychologique pour des politiques mises en place, après de petites victoires en petites victoires. Ainsi, les zones « libérées » deviennent des modèles réduits de la vie future dans la société promise. Le développement de proche en proche de ce lien de confiance en la guérilla dans la reconstruction du pays, de l’échelle locale à l’échelle nationale, de petites victoires en petites victoires, de zones « libérée » en zones « libérées » dans le cours de la guerre de libération. Dans les Guerres d’Indochine, ce fut ces « hiérarchies parallèles » clandestines qui ont fait perdre l’Indochine aux Français, selon Bernard B. Fall, et le Viêt Nam aux américains. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’administration gaulliste a pu mettre en place ces hiérarchies parallèles administratives en concurrence avec l’État français de Vichy. La promotion et la valorisation de la participation des guérilleros et de la population dans les affaires civiques des programmes nationaux de reconstruction.
Le développement, la promotion et la valorisation se fondent sur la capacité des guérilleros à persuader la population dans des rencontres en face-à-face de la dynamique de groupes, au niveau local des petites unités pour la propagation de la rumeur de proche en proche afin d’obtenir le soutien actif de la population, essentiel et vital pour le succès de la guérilla. À cette persuasion dans la promesse du mieux est alliée la dissuasion dans la promesse du pire avec des exécutions publiques, cruelles et ostentatoires des « traîtres » et « collaborateurs ». Ce fut le fait aussi de la Résistance française pendant l’occupation nazie, comme dans toute guérilla.
Trop souvent, nous percevons la guérilla seulement du point de vue des combats tactiques. C’est une erreur fatale et extrêmement dangereuse pour les gouvernements qui affrontaient cette guérilla avec les « forces spéciales » de commandos. Ces gouvernements ont tous perdu en se trompant de guerre et en ignorant (aussi bien dans la signification française de « ne pas savoir » que dans la signification anglaise de « ne pas vouloir savoir ») que la guérilla soit une guerre politique et que le but de la guérilla soit politique dont la lutte armée ne soit qu’instrumentale.