Léonid Ilitch Brejnev (prononcé, en français, en , ; en ), né le à Kamenskoïe et mort le à Moscou, est un homme d'État soviétique d'origine ukrainienneПамяти великого украинца днепропетровца Леонида Брежнева, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, et donc principal dirigeant de l'URSS de 1964 à 1982. Il fut en outre président du Præsidium du Soviet suprême (fonction honorifique de chef de l’État) à deux reprises, de 1960 à 1964 et de 1977 à 1982.

Né en 1906 au sein d'une famille ouvrière, il va à l'université et en sort avec un diplôme d'ingénieur. En 1929, il adhère au Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS). Il sert pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que commissaire politique d'abord au Caucase, puis sur le front ukrainien.

Proche de Nikita Khrouchtchev, il prend la direction en 1956 de l'industrie de la défense, puis devient en 1960 président du Præsidium du Soviet suprême, avant d’être nommé secrétaire général du PCUS en 1964.

Son autorité, d'abord partagée, s'affirma progressivement à la tête du Parti et de l'État, atteignant son apogée durant les années 1970, avant que la vieillesse et la maladie ne limitent progressivement son rôle politique au profit des membres de la nomenklatura.

Biographie Enfance et années de formation thumb|left|Carte d'identité de Léonid Brejnev avec photo de 1941.

Léonid Brejnev naît à Kamenskoïe (Dniprodzerjynsk de 1936 à 2016), dans le gouvernement de Iekaterinoslav (actuelle Ukraine) en 1906, fils d'un métallurgiste russe« Kamenskoye, at the beginning of the twentieth century, was a growing industrial town on the right bank of the River Dnepr. Although its location, in the oblast of. Yekaterinoslav, meant that it was part of Imperial Russia, the fact that the oblast was also part of Ukraine was critical in determining the character of the lives of. For one thing, the majority were not Ukrainians, but Russians, recent arrivals who had come to the region to work in the new heavy industry born out of the Russian industrial revolution. One such Russian was Ilya Yakovlevich Brezhnev, who had arrived, with his newly married wife, Natalya, early in 1906. When they left home in the small Russian village of Brezhnevo, Natalya was already pregnant, and their first son, Leonid Ilyich, was born on 19 December 1906. » Thomas Crump, Brezhnev and the Decline of the Soviet Union, Routledge, 2013, . Comme de très nombreux jeunes prolétaires aux temps de la révolution russe il reçoit une éducation technique, en gestion du territoire puis en métallurgie. Une fois diplômé, il devint ingénieur dans l'industrie métallurgique de l'Est de l'Ukraine. Il intègre en 1923 l'organisation de jeunesse du Parti communiste, le Komsomol, puis le Parti lui-même en 1931.

En 1935-1936, il fait son service militaire obligatoire. D'abord engagé dans un corps de blindés, il suit des cours sur les chars d'assaut avant de servir finalement comme commissaire politique. Il devient ensuite directeur du collège technique de métallurgie de Dniprodzerjynsk. Il est rapidement transféré au centre régional de Dniepropetrovsk, dont il devient en 1939 le secrétaire du Parti chargé des importantes industries militaires de la ville.

Il fait partie de la génération de Soviétiques qui ne connurent pas la période ayant précédé la révolution russe, trop jeunes même pour avoir participé aux luttes pour la succession de Lénine au poste de dirigeant du parti en 1924. Au moment où il entre au Parti, Joseph Staline en était déjà le maître incontesté ; Brejnev, comme beaucoup d'autres jeunes communistes, trouva dans le système stalinien un chemin tout tracé. Les membres du Parti qui avaient survécu aux grandes Purges de 1937-1938 obtinrent des promotions rapides, puisque ces éliminations ouvraient de nombreux postes dans les niveaux haut et moyen du parti et de l'État : Brejnev est le modèle même de ces carrières fulgurantes.

La guerre (1941-1945)

En , l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique et Brejnev participe à l'évacuation des industries de Dniepropetrovsk, avant que la ville ne tombe entre les mains des Allemands, le . Comme la plupart des membres du Parti de rang moyen, il est enrôlé dans l'Armée rouge comme commissaire politique. En effet, l'Armée rouge appliquait le principe du double commandement : toutes les formations militaires étaient sous les ordres d'un officier professionnel et d'un commissaire politique. En octobre, Brejnev devient délégué de l'administration politique pour le front du Sud, avec rang de commissaire de brigade.

thumb|right|Brejnev (à droite) en 1942, commissaire politique

En 1942, à la suite de la dissolution du front du Sud, balayé par l'offensive d'été allemande, Brejnev est nommé délégué politique du front de Transcaucasie. En , alors que l'Armée rouge multiplie les offensives destinées à reconquérir l'Ukraine, il devient chef du département politique de la qui est affectée au Premier front ukrainien. Le commissaire politique responsable de ce front n'est autre que Nikita Khrouchtchev, le futur mentor de Brejnev. Les deux hommes s'étaient rencontrés pour la première fois en 1931 et Khrouchtchev avait déjà soutenu Brejnev au début de sa carrière. À la fin de la guerre, Brejnev occupe le poste de commissaire politique du Quatrième front ukrainien qui entre à Prague après la capitulation allemande.

Pour Léonid Brejnev, comme pour tous les Soviétiques de sa génération, la Seconde Guerre mondiale est une expérience décisive. Il y apprend la nécessité d'avoir de l'organisation et de la discipline. Marqué par les horreurs de la guerre, il gardera aussi à jamais l'angoisse d'en voir une éclater de nouveau. En 1974, il confie au président américain Gérald Ford ne pas vouloir « infliger ça de nouveau au peuple ». Selon lui, à la fin d'une guerre, « il n'y a que des perdants ».

L'après-guerre : l'ascension politique En , il quitte l'Armée rouge avec le rang de major-général. Il vient de passer la totalité de la guerre comme commissaire politique et non comme militaire.

Après avoir participé aux projets de reconstruction de l'Ukraine, il devient premier secrétaire du parti à Dniepropetrovsk. En 1950, il devient délégué au Soviet suprême. La même année, il est nommé premier secrétaire du Parti en Moldavie. En 1952, il devient membre du Comité central et candidat (membre de second rang) du Politburo.

Cette ascension fulgurante jusqu'aux sommets du Parti n'aurait pas été possible sans le soutien permanent de Nikita Khrouchtchev, qui domine depuis les années 1930 l'organisation bureaucratique et politique de l'Ukraine.

À la mort de Staline, en , alors que la succession est encore incertaine, la taille du Politburo est réduite, Brejnev n'en fait pas partie. À titre de compensation, il est nommé chef du directoire politique de l'armée et de la marine, au grade de lieutenant général, une place très importante. Cette promotion est probablement due au nouveau pouvoir de son mentor Khrouchtchev, qui succède à Staline comme Premier Secrétaire du Parti et, comme son prédécesseur, en fait progressivement le principal centre du pouvoir. En 1955 Brejnev est nommé premier secrétaire du Parti au Kazakhstan, un poste stratégique.

En , Brejnev est rappelé à Moscou pour contrôler l'industrie militaire, le programme spatial soviétique, l'industrie lourde et les grands travaux d'infrastructure. Il est désormais un personnage clé et en , il soutient Khrouchtchev dans sa lutte contre la vieille garde stalinienne menée par Viatcheslav Molotov, Gueorgui Malenkov et Lazare Kaganovitch pour la direction du Parti. La défaite de ces derniers lui ouvre les portes du Politburo.

En 1959, Brejnev devient Secrétaire du Comité central et le obtient le titre de Président du Præsidium du Soviet suprême, c’est-à-dire de chef de l'État. Ce poste ne conférait pas de réels pouvoirs, mais permettait d'aller à l’étranger, ce qui éveilla chez Brejnev un goût indéfectible pour les objets de luxe occidentaux. Il est alors âgé de 53 ans.

Jusque vers 1962, la place de Khrouchtchev comme chef du Parti est solide, mais les performances économiques décevantes, les réformes brouillonnes de l'éducation et de l'appareil économique, et ses tirades de plus en plus grandiloquentes et imprévisibles commencent à inquiéter ses pairs, qui veulent une direction plus collectiviste. En apparence, Brejnev demeure loyal mais, à partir de 1963, il prend part à un complot, aux côtés notamment d'Alexis Kossyguine, d'Alexandre Chélépine et de Nikolaï Podgorny, avec pour but de remplacer Khrouchtchev. Cette année-là, il succède à comme premier Secrétaire du Comité central et devient par ce poste le successeur officiel de Khrouchtchev. Le , alors que Khrouchtchev est en vacances, les conspirateurs convoquent le Comité central, qui les adoube et transmet à Khrouchtchev l'annonce de sa propre démission. Ce dernier n'a pas à cœur à livrer bataille et accepte sa mise à la retraite : « Je vous remercie de me donner l'occasion de me retirer, dit-il à ses collègues, avant d'ajouter : Je vous demande de rédiger ma lettre de démission et je la signerai. » Brejnev devient Premier Secrétaire du Parti, et par conséquent dirigeant principal de l'Union soviétique, Alexeï Kossyguine devient lui Président du conseil des ministres. Le dernier défenseur de Khrouchtchev, Anastase Mikoyan, récupère pour un an la présidence du Soviet suprême avant de l'abandonner à Nikolaï Podgorny.

Les dirigeants soviétiques attendent de Brejnev et de son équipe d'accroitre la planification, d'accélérer la croissance économique et d'établir une meilleure protection sociale. Sur le plan international, ils souhaitent la poursuite de la politique de détente avec le bloc américain, tout en continuant de défendre les acquis du communisme à l'étranger.

À la tête de l'URSS Politique intérieure thumb|Brejnev en 1973. Pendant les années Khrouchtchev, Brejnev avait approuvé la déstalinisation (dénonciation de la dictature de Staline, réhabilitation des victimes des purges et libéralisation limitée de la vie politique et intellectuelle soviétique). Mais dès qu'il prend le pouvoir, le processus est interrompu ; sans retour aux méthodes terroristes de gouvernement, on peut cependant assister à une réhabilitation insidieuse de Staline et à l'étouffement progressif de la liberté de ton des intellectuels. Dans un discours en commémorant le vingtième anniversaire de la défaite de l'Allemagne, Brejnev mentionne Staline d'une manière positive pour la première fois. Le , il prend le titre de Secrétaire général du PCUS, que Khrouchtchev avait remplacé par celui de Premier Secrétaire. En 1966, le procès des écrivains Iouli Daniel et Andreï Siniavski, inédit depuis l'époque stalinienne, marque le retour d'une chape de plomb sur la vie culturelle soviétique. Dirigée par Iouri Andropov, la police politique (le KGB) se voit octroyer des pouvoirs de contrôle et de répression accrus et perfectionnés contre toute forme de dissidence. Mais, dans l'ensemble, l'Union soviétique de l'ère Brejnev est remarquablement calme en comparaison du passé russe. Le , Brejnev est l'objet d'une tentative d'assassinat par un déserteur de l'armée soviétique qui se trompera de cible.