Le Bourg-l'Abbaye, nommée parfois Le Bourg-l'Abbaye-lez-Pithiviers, est une ancienne commune du département du Loiret, absorbée par Pithiviers, le . Histoire Ce bourg se forma près de l’église consacrée à la Vierge et aux apôtres Pierre et Paul. Ce prieuré clunisien s’appelait communément Saint-Pierre du Bourg-l’AbbayeCe prieuré possédait un domaine à Guignonville — cf : Max Poitel, Archives de pierres du Canton d'Outarville, Loiret (Époque gallo-romaine et Moyen Âge), in Revue archéologique du Centre, 1966, volume 5, n° 1, p. 46 ; son prieur était seigneur féodal de la paroisse. Il fut fondé en 1070 par la famille seigneuriale de Pithiviers, pour se faire pardonner divers péchés, en premier lieu celui de simonie pour Haldéric de Pithiviers, évêque d'Orléans.
En 1763, Jean-Joseph Expilly indique : « BOURG-L'ABBAYE, dans l'Orléanois-Propre , Diocèse & Intendance d'Orléans , Parlement de Paris , Élection de Pithiviers. On y compte 19. feux. Cette Communauté n'est séparée de celle de Pithiviers , que par la rivière d'ŒufJean-Joseph Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Paris, 1763, vol.1, p.477 . »
En , l'Assemblée nationale vend à la municipalité du Bourg-l'Abbaye des biens nationaux (probablement le prieuré ou ce qu'il en reste) pour la somme de 30 688 livres & 7 sousDécret portant vente de domaines nationaux à la Municipalité de Bourg l'Abbaye pour la somme de 30,688 l. 7 sols - Du 20 Décembre 1790 Séance du soir, dans Collection générale des décrets rendus par l'Assemblée Nationale, Paris : Baudoin, décembre 1790, p.241 .
En nivôse an II (1793), elle prend le nom révolutionnaire de Bourg-Bon-Accord.
Géographie Le domaine était situé au Petit-Senyves, entre Pithiviers et Dadonville; un précepte royal, du , indique que l'église est située au-dessus du Gué de l'EssonneL'Essonne et l'Œuf sont une seule et même rivière ; une charte donnée en 1092 précise que l'église se trouve à la tête du pont, le premier pont de l'Abbaye donc. vignette|Plan de la commune de Bourg l'Abbaye en 1810 (la parcelle du prieuré est numérotée 66 et les vestiges du prieuré portent le n°65) Elle était une des plus petites communes de France en superficie : 13 ha 51 ares.
Sa position topographique correspond à la partie du territoire de Pithiviers compris entre la rivière Œuf et la limite communale avec Dadonville. .
Prieuré Saint-Pierre : fondation, essor et fin du prieuré
La Fondation
Plusieurs chartes de l'abbaye de ClunyCes chartes ont été publiées par Alexandre Bruel dans Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, Paris, 1976. Les numéros que nous donnerons en référence des chartes citées correspondent à la numérotation utilisée dans cet ouvrage. nous permettent de retracer les prémices de la création du prieuré Saint-Pierre de Pithiviers. Tout semble partir d'un don d'Oldéric (Ouldaricus), chevalier du château de Pithiviers et neveu d'Hadéric (Ayricus), évêque d’Orléans, à la communauté des frères de Cluny. Entre 1063-1067Charte 3398. Les termini post et antequem de l'écriture de cette charte sont donnés par la mention d'Hadéric de Broyes comme évêque d'Orléans, charge qu'il occupa de 1063 à 1067 avant d'être destitué pour crime de simonie (cf Gallia christiana, t. VIII, pr. c.495), celui-ci décide d'abandonner les coutumes qu'il possédait sur un alleu situé à SenivesIl s'agit ici du Petit-Senives à ne pas confondre avec le Grand-Senives situé au nord de Pithiviers. (Sine Aquis).
Vers 1070Charte 3438. Le roi Philippe 1er ordonna la rédaction de cette charte, ce premier don à la communauté de Cluny s'accompagne d'un autre plus important. Les seigneurs de PithiviersLa famille de Pithiviers compte alors les seigneurs temporels et des membres titulaires, ou anciens titulaires, de charge ecclésiastiques. Parmi eux, Guy (Wido), surnommé le large, son fils Thibault, ses neveux Oldoric et Gauthier, Hadéric (Hadéricus), ancien évêque d'Orléans (Cf. note 7) son frère Isembard (Hysimbardus), et son neveu Guy, abbé du Moutier-Neuf Saint-Jean de Poitiers, qui conseilla cette donation, soucieux du rachat de leurs péchés et de ceux de leurs ancêtres, décident de céder un domaine situé à Senives entre Pithiviers et Dadonville (inter Pitueris castrum et Dadonis villam) ainsi que des terres à GuignonvilleDes bornes portant des motifs sculptés représentant une crosse abbatiale sur une face et deux clefs entrecroisées sur l'autre, symbole du prieuré Saint-Pierre de Pithiviers, ont été retrouvées sur la commune de Grenneville, en bordure de la commune de Guignonville, lors d'opérations de remembrement. Six d'entre elles furent acquises en 1961 par le Docteur Max Poitel auprès de divers propriétaires. La collection archéologique du Docteur Poitel fut achetée par la commune d'Outarville en 2003 (Guagnoni villam). Hadéric, ancien évêque d'Orléans, cède également des alleux dont la liste sera détaillée en 1080 lors de la confirmation des donationsIl s'agit de sa maison d'Orléans et de tout ce qu'elle contient, d'une partie de son alleu de Monte Barresto (Montbarrois, à 23KM au sud-est de Pithiviers) et de tous ses autres alleux (cf. charte 3552). L'évêque d’Orléans, Raynier de Flandres, profita de cette donation pour consacrer un cimetière sur les terres de Senives et y poser la première pierre d'une église, la future église prieurale. L'ensemble fut probablement enclos derrière un mur.
Ces donations furent confirmées par un précepte royal accordé par Philippe et daté du Charte 3552. L'église est alors placée sous le vocable de la Vierge (ecclesia sancta Maria de Pitueris).
Dans une chartes de 1092Charte 3664. Cette charte exempte l'église des coutumes envers l'église Sainte-Croix d'Orléans. L'évêque d’Orléans Jean impose la liberté de l'église notamment vis-à-vis des habitants de Pithiviers. C'est la naissance d'un bourg à part entière de Pithiviers et qui deviendra plus tard le Bourg l'Abbaye. Cette charte est donc la dernière à désigner l'église de Senives comme Ecclesia Pithuerensis castri., l'église est dite « donnée à Dieu et à Saint-Pierre de Cluny ». C’est ce dernier patronage qui restera par la suite pour désigner le prieuré clunisien de Pithiviers. L'église paraît être alors à même d'accueillir les célébrations de l'office divin. Le personnel officiant pourrait donc déjà être formé par un embryon de communauté monastique issue du chapitre de Cluny. En tout cas, il ne peut s'agir de religieux de Pithiviers puisque cette charte instaure des libertés de l'église de Senives par rapport au diocèse et impose que l'office divin n'y soit célébré que pour les seuls habitants de ce lieu. Cette liberté vis-à-vis de l'église Sainte-Croix d'Orléans sera sujette à de nombreux litiges par la suite, provoquant des conflits de juridiction entre l'évêque d'Orléans et le prieur de Saint-Pierre de Pithiviers.
Il est difficile de dater précisément l’installation définitive des moines mais une charte d’Charte 3905 confirme, par la voix du roi Louis VI, les libertés accordées aux moines clunisiens résidant « de l'autre côté du pont de Pithiviers »Il s'agit du pont qui enjambait l'Essonne. L'église y est placée sous les vocables de la Vierge et des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, protecteurs du domaine de Cluny. Une autre charte octroyée au mois de décembre de la même annéeCharte 3907 confirme une nouvelle fois (mais pas au nom de Jean, évêque d'Orléans) aux moines de l'église « Saint-Pierre de Pithiviers » les privilèges qu'ils avaient reçus.
Essor et difficultés du prieuré
Pendant le XIIe siècle, le prieuré Saint-Pierre de Pithiviers, possession de l'abbaye mère de Cluny et protégé par le roi de France, connaît, semble-t-il, une période florissante. La petite communauté de moines vit honnêtement des terres qui lui furent allouées dès l'origine et des autres donations qui vinrent s'y ajouter. Ainsi, en 1130Charte 4011, Louis VI confirmait les donations faites au prieuré par le chevalier Gilbert l’Étranglé (Gilbertus Strangulatus) de ses alleux de VerrineVillage dépendant de la commune de Bouille-en-Gâtinais situé à une dizaine de kilomètres au sud de Pithiviers (Vesinis).
En 1131Charte CLX, la sagesse des moines de Saint-Pierre leur valut probablement d'être choisis pour être médiateurs dans un conflit qui opposait l'abbaye de la Sainte-Trinité du Tiron-au-Perche et son prieuré Saint-Laurent de Mareau-aux-Bois au seigneur Simon, fils de Béroard de Pithiviers. Les pourparlers eurent lieu au prieuré Saint-Pierre. L'un d’eux, Guy de Pithiviers, fut secrétaire de Pierre le Vénérable à Cluny au XIIe siècle.
Parmi les maigres sources écrites pouvant fournir quelques informations sur l'histoire du prieuré à l'époque médiévale, il existe des séries de chapitres généraux et de visitesLa publication de Dom Gaston Charvin, Statuts, chapitres généraux et visites de l'ordre de Cluny, Paris 1965-1982, 10 vol., servira de référence pour les diverses mentions de chapitres et visites relatives au prieuré Saint-Pierre qui suivront. effectuées par l'ordre de Cluny. Ainsi apprend-on d'une visite faite en 1289Charvin, t. I, p.455 que deux moines (socii) et un prieur occupaient les lieux. Cet effectif sera constant par la suite. Les visiteurs notèrent laconiquement que « la maison était dans un bon état spirituel et temporel ».
La prospérité, même modeste, de l'établissement due à ses privilèges et aux revenus de ses terres, suscita quelques convoitises et le rapport d'une visite effectuée le Charvin, t. II, p.439 en donne une illustration. Le prieur dut défendre énergiquement les droits de l'égliseSelon les termes de la visite : « Jura ecclesie viriliter defenduntur » et s'opposer fermement aux prétentions de la reine Clémence, veuve du roi Louis X, qui réclamait la garde du prieuré Saint-PierreLa reine Clémence avant les mêmes prétentions à Yèvre-le-Châtel avec la condition exigée par Philippe V, frère de Louis X, que cette dernière versât à la cathédrale d'Orléans une « gouttière » de 213 livres (remplace en 1440 par une indemnité (AH) ». Ses prétentions s'appuyaient sur l'assignation d'une partie de son douaire sur le prieuré. Le prieur refusa et un procès eut lieu devant le Parlement de Paris en présence du roi Philippe V à qui fut confirmée la garde du prieuré Saint-Pierre.
Le prieur paraît devoir lutter également contre les prétentions de l'évêque d'Orléans, comme le signale brièvement la fin de la visite. Des différends au sujet de la juridiction du prieuréLe cas est signalé dans une visite de 1330. Charvin, t. III, p.101. l'opposeront régulièrement au diocèseLes lites contra episcopum Aurelianensem sont de nouveau évoqués lors d'un chapitre général en 1327 (Charvin, t. III, p.247) et des procès concernant la juridiction sont mentionnés en 1339 (Charvin, t. III, p.269) et 1358 (Charvin, t.III, p.509). La censive du prieuré venait butter contre celles de l'évêque d'Orléans et des chanoines de la collégiale Saint-Georges. Les bornes marquant ces limites de juridictions étaient rassemblées à Pithiviers sur la place des Bornes (aujourd'hui place du Général De Gaulle). En 1280, un acte du Parlement de Paris restreint la justice du prieuré au seul Bourg-l'Abbaye. Ceci n'empêchera pas les litiges avec l'évêché., mais aussi plus largement, à des « personnes puissantes »« potentes personnas » lors d'un chapitre général en 1336. Charvin, t. III, p.214.