Casse-Pipe, parfois improprement orthographié sans tiret et/ou en minusculesLa confusion vient principalement du fait que le quatrième album, le seul qu'on trouve encore parfois dans le commerce, est intitulé simplement casse pipe (ni tiret, ni majuscules); toutefois, les crédits des livrets indiquent l'orthographe avec deux majuscules et un tiret., est un groupe de musique français, originaire de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d'Armor. Il est formé en 1990 par Louis-Pierre Guinard et Philippe Onfray, rapidement rejoints par Daniel RiotUne des principales sources du présent article est ce site, basé sur des entretiens accordés à l'auteur par le groupe. Le groupe a ensuite intégré Gil Riot et Tonio Marinescu à la fin 1991, puis Christophe Menguy et Christophe Lecouflet fin 1994, et enfin Daniel Pabœuf en 1997. Gil Riot et Daniel Pabœuf quittent le groupe à l'automne 2001 ; Gil Riot est alors remplacé par Manu Le Riboter.
À l'été 2002, le groupe reformule son concept musical, ce qui provoque le départ de Philippe Onfray, Daniel Riot, Tonio Marinescu et Manu Le Riboter ; les deux derniers sont remplacés respectivement par Boris Sellem et Philippe Brosse, et le groupe, qui se sépare en cette même année, se rebaptise Louis Pierre. Début 2004, il devient trio avec le départ de Boris Sellem. Cette dernière formation cesse toute activité à la suite de l'été 2005.
Le groupe tire son nom du roman inachevé Casse-pipe de Louis-Ferdinand Céline. et s'inscrit résolument dans la tradition de la chanson noire, réaliste et engagée, avec un souci littéraire particulier; on le rapproche parfois de Têtes Raides, La Tordue ou Miossec.
Le répertoire canonique de Casse-Pipe associe reprises, compositions autour de poèmes extérieurs au groupe, et créations entièrement internes. Les reprises sont pour la plupart des chansons de l'entre-deux-guerres, le reste venant de différentes autres époques ou des précédents groupes des membres. Les textes extérieurs sont tirés de poètes disparus, ou bien sont écrits à l'intention de Casse-Pipe par des auteurs contemporains. Le tout marie noirceur existentielle, chansons d'amour désespérées, pamphlets anarchistes et des histoires abordant sans complexes"[...] revendiquer quelque chose de politiquement incorrect [...]", Louis-Pierre Guinard interrogé dans Captain Café la toxicomanie, la criminalité, l'alcoolisme, la pauvreté, les discriminations, l'occupation, etc. Ces textes très sombres n'excluent pas l'humour ou l'ironie, surtout si l'on tient compte de l'interprétation qui en est faite. De plus, le style musical oscille entre bal populaire (accordéon omniprésent, rythmes de java et de tango) et cabaret (saxophones en sourdine, clarinette, batterie jouée aux balais, etc.), l'ensemble formant à dessein un mélange étrange, où beaucoup de chansons peuvent être lues à double sens.
Biographie Rencontre et débuts C'est à l'été 1989 que Philippe Onfray, passant au Sunset d'Erquy, y entend Louis-Pierre Guinard chantant La Chanson de Craonne (une valse de mutinerie datant de 1917) alors même qu'il vient juste de lire Casse-pipe de Louis-Ferdinand Céline (qui raconte son incorporation dans l'armée). Les deux hommes s'apprivoisent peu à peu l'un l'autre et reprennent le répertoire de Bal Perdu en l'augmentant de divers apports : des chansons traditionnelles, des classiques (Serge Gainsbourg, Ferré), ainsi que des emprunts à Pierre Mac Orlan) ; Philippe Onfray reprend l'accordéon et propose de baptiser le duo Casse-Pipe.
En , ils testent avec un certain succès huit morceaux en public en première partie de Sue et les Salamandres, au Barracuda de Daniel Riot. Ce dernier est tout de suite emballé par leurs chansons, et il décide de les prendre en charge pour les faire tourner et les sonoriser en concert. Ils étoffent peu à peu leur répertoire et drainent ainsi un public grandissant. Leurs affinités respectives, pour le théâtre d'une part, et pour les ambiances scéniques classes d'autre part, les poussent naturellement à une approche théâtrale des concerts ; un ami photographe les invite à monter un véritable spectacle autour de leurs chansons. C'est ainsi que naît, début dans le bistrot de Quessoy (aménagé pour l'occasion en théâtre) un spectacle de 22 morceaux nommé Sur les traces de Johnny Palmer ; le soir de la dernière, au moment d'entamer La Javanaise, ultime rappel du spectacle, les fusibles sautent ; quelques minutes plus tard, la nouvelle de la mort de Gainsbourg arrive dans la salle.
Le spectacle lui-même est abandonné, mais les chansons qui le constituent forment l'essentiel du répertoire de Casse-Pipe, que le duo continue de faire voyager un peu partout en Bretagne; le seul élément de décor sauvegardé de cet essai est le rideau de velours rouge en fond de scène, qui devient une marque de fabrique. Le public rock, a priori peu intéressé par ce répertoire, est quand même souvent interpellé par cette version française et à l'accordéon de Anarchy in the U.K.. Casse-Pipe participe également au spectacle Hommes de feu et chants de braise, monté par la MJC de Lamballe pour le centenaire de la mort de Rimbaud; les chansons sont entrecoupées de petits quatrains du poète. Toujours en 1991, Casse-Pipe tente une aventure plus littéraire en travaillant sur l'adaptation de Le Condamné à mort, de Jean Genet, mais le projet est finalement remisé; toutefois, la lecture de Journal du voleur inspire à Louis-Pierre Guinard le premier jet de Stilitano, qui deviendra un classique de Casse-Pipe. De même, c'est à cette période que Denis Flageul, qui travaille déjà avec Philippe Onfray, commence à leur écrire des textes qu'ils mettent en musique; une collaboration qui ne se démentira plus.
De nouveaux membres Début 1992, l'entregent de Daniel Riot a permis au groupe de largement sillonner la région, pour un total de 200 concerts. C'est naturellement que Gil Riot, le frère de Daniel, guitariste et compositeur de talent, vient rejoindre Casse-Pipe pour un concert; le courant passe très bien, et il est rapidement intégré, tandis que Philippe Onfray rejoint également Gil au sein de Dizzy Romeo (les deux formations ont même fait un concert ensemble à la fin de 1991). Après quelques concerts de Casse-Pipe en trio, le Comité des Profètes leur propose de clôturer, en , le festival de Mauron (à l'occasion duquel musiciens, comédiens et graphistes envahissent rues, bars et centre culturel de la petite bourgade, jusqu'au Bois de la Roche, où les musiciens jouent campés sur une remorque de tracteur) avec une formation étendue; René Boisard à la basse, Paul Gasnier au violon et Tonio Marinescu à la batterie viennent étoffer le trio; en quelques répétitions, le répertoire de 18 morceaux est prêt. Mais l'ouverture du festival est perturbée par l'absence d'un groupe: Casse-Pipe, en quatuor avec Tonio Marinescu, pourvoit sans sourciller au remplacement, puis assure sa prestation normale à six ; mais la formule à quatre les a séduit, et c'est naturellement que cette formation restera par la suite. Celle-ci est rapidement consolidée par une cinquantaine de concerts, notamment la clôture du festival Art Rock en octobre..
En parenthèse de la tournée, et dans le but de travailler dans l'urgence et de bousculer les codes du concert, le groupe réinvente, avec le soutien du Comité des Profêtes, le concept de tournée mondiale: Une ville = Un monde, l'enjeu étant de jouer dans un maximum d'endroits d'une même ville au cours d'une même journée. Ce marathon demande le travail d'une dizaine de techniciens chargés d'installer les salles avant l'arrivée du groupe, tout démonter après la prestation et emmener le matériel ailleurs pour recommencer. Les lieux sont le plus souvent des bars, mais quelques endroits plus décalés sont également au programme, notamment une laverie automatique et un marché; à chaque étape, Casse-Pipe joue un quart d'heure et draine peu à peu un public croissant, malgré une promotion préalable assez discrète, et le tout se termine vers quatre heures du matin. Le groupe réitèrera l'expérience en à Brest, où, après avoir écumé notamment un hôtel et le Foyer des Marins de l'Arsenal, ils termineront la journée dans un restaurant du quartier chaud sur une reprise de La Javanaise chantée par 200 personnes...
C'est à cette période que l'identité de Casse-Pipe s'affine, pour prendre sa forme définitive: Le répertoire se concentre sur la chanson réaliste et la musique trouve son équilibre entre musette et jazz, le tout dans un esprit plutôt punk. De même, le fonctionnement interne du groupe se stabilise, dans un esprit libertaire : Les membres étant tous « un peu anar, un peu anti-tout », l'unanimité est la règle (« faut qu'tout l'monde soit d'accord ! ») ; il est à noter, sur ce point, que les techniciens (Daniel Riot et plus tard Christophe Lecouflet) sont considérés comme faisant partie intégrante du groupe. Le succès à Art Rock permet au groupe d'être soutenu par la scène nationale de La Passerelle et la municipalité de Saint-Brieuc, dans l'optique d'enregistrer un album. Le groupe étant soucieux de son indépendance et de maintenir une dimension humaine, Daniel Riot, toujours régisseur général et sonorisateur, propose de monter l'association Casse-Pipe Production et d'obtenir une licence d'organisateur de spectacle. Le groupe a déjà travaillé avec Christophe Lecouflet en début d'année pour un concert à la MJC de Quintin ; le décorateur, fasciné par les ambiances du quatuor naissant, collabore peu à peu plus étroitement avec eux et va développer l'ambiance des concerts (lumière, scénographie, boîte à fumée).
En , Casse-Pipe investit donc La Passerelle pour travailler sur son répertoire, qui compte à présent trente chansons, et y faire le tri pour définir le contenu du disque ; Paul Gasnier (violon) et Sam Manson (piano, violoncelle) sont également invités. C'est finalement onze chansons (quatre compositions, sept reprises) qui sont retenues. Entretemps, Casse-Pipe a rassemblé économies, subventions et prêts bancaires. En juillet, le groupe et ses invités entrent au Studio Philpen de Philippe Penin à Châteaugiron pour l'enregistrement de Chansons noires - tome 1, sous la production artistique de Chris Mix. Le disque, auto-produit sous le label Casse-Pipe Production, se présente comme une couverture de série noire de la NRF (Deux bandes verticales jaune et noire), où le célèbre logo "Série Noire - NRF" est d'ailleurs détourné en Chansons noires - NCF (probablement pour « nouvelle chanson française », ce qui est a priori ironique étant donné l'importance des reprises et le poids de l'hommage dans le répertoire« J’aime cette citation de Prévert : 'La nouveauté, c’est vieux comme le monde.' » (Louis-Pierre Guinard).) ; le livret, conçu par Daniel Riot et Philippe Onfray, est agrémenté de dessins de Tonio Marinescu (en filigrane des textes) et de portraits photographiques des musiciens sur scène.
Dans son contenu musical, le disque est balisé par trois petits instrumentaux bruitistes (un en ouverture, un à mi-parcours, un en conclusion) qui rappellent l'ambiance du bar et dont les titres sont en forme de jeux de mots autour de cet univers; il délivre assez radicalement l'essence de Casse-Pipe, avec ses histoires sordides (Stilitano, Carnaval, La Complainte de Kesoubah) et ses morceaux toxiques (La coco des enfants sages, L'étoile rose) entrecoupés de chansons d'amour sans espoir (Jolie Nanon, Le Tango à cran d'arrêt) et d'évocations cafardeuses (Foutu dimanche, La Chanson de Mac Orlan, Les Escaliers, Tout fout le camp). La terrible noirceur du propos contraste avec l'ambiance de bal populaire distillée par la musique, typique de ce style (Foutu dimanche, Carnaval, Le Tango à cran d'arrêt, Les Escaliers), et l'humour noir (la référence enfantine à Bonne nuit les petits dans La coco des enfants sages, et la grandiloquence de Tout fout l'camp).
Promotion et nouvelles expériences scéniques