Le Méditerranée est un ferry appartenant à la compagnie française Corsica Linea. Construit par les Chantiers de l'Atlantique pour la SNCM entre 1987 et 1989, le navire est alors baptisé Danielle Casanova, nom d'une militante communiste et résistante corse, morte en déportation à Auschwitz en mai 1943. Mis en service en sur les lignes de la continuité territoriale entre le continent et la Corse, il est alors le plus grand car-ferry de la Méditerranée et le plus rapide au monde dans sa catégorie. Remplacé en 2002 par le nouveau Danielle Casanova, il est renommé Méditerranée et affecté aux lignes entre la France, la Tunisie et l'Algérie. Transféré au sein de Corsica Linea en 2016 à la suite de la liquidation de la SNCM, il devient un navire saisonnier ne naviguant plus qu'entre juin et septembre et désarmé à la digue du port de Marseille le reste de l'année.
Histoire Origines Vers la fin des années 1980, la SNCM commence à se pencher sur le remplacement du car-ferry Provence. Dans son plan d'entreprise de 1978, la compagnie prévoyait déjà sa sortie de flotte pour 1985, d'autant plus que son exploitation s'était avérée déficitaire à l'issue de la saison 1981. Pour lui succéder, les équipes de la SNCM ont alors entrepris la conception du « projet », car-ferry gros porteur qui permettrait de faire face à la demande estivale sur les lignes de la Corse enregistrant à cette époque une constante progression. Dès l'été 1982, les principales caractéristiques de ce futur ferry sont arrêtées, celles-ci font état d'un navire de plus de de long et jaugeant plus de 30 000 tonneaux, naviguant à plus de et capable de transporter un peu moins de 2 500 passagers et sur trois niveaux de garage. Cette forte capacité est permise par l'important volume de la coque qui permettrait également l'aménagement de locaux plus confortablesSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). Le navire défini, la SNCM doit désormais attendre l'aval des instances de l'État pour pouvoir passer commande. Pour que celle-ci soit envisageable, la progression annuelle moyenne du trafic doit être de 4,5 % entre 1981 et 1985. Contre toute attente et malgré des résultats favorables dans un premier temps, la progression de la demande en saison estivale va ralentir et même opérer une baisse significative à partir de 1983 en raison d'un contexte politique tendu en Corse. La situation ne permettant pas de déterminer la nécessité du renfort d'un navire supplémentaire à court terme, la mise en service du « » à l'horizon 1985 est alors compromise. La compagnie tentera tout de même par deux fois de faire valider le projet le et le , mais là aussi, la tendance du trafic se révèlera trop faible pour justifier le remplacement du Provence par une nouvelle unité. C'est finalement le , à l'occasion des négociations en vue du renouvellement pour cinq ans de la convention entre la SNCM et l'État pour la desserte de la Corse, que les instances autorisent la commande du « » dès lors que le montant de la subvention sera fixé à la suite des négociations entre la SNCM et l'Office des transports de la région Corse (OTRC). Le montant approuvé, l'OTRC avalise de son côté le projet, mais dans l'attente de la signature de la convention, la mise en service du futur navire, initialement prévue pour 1988, est repoussée d'un an. Le , la commande est officiellement passée auprès des Chantiers de l'Atlantique.
Si les caractéristiques techniques du navire avaient été établies dès 1982, les aménagements intérieurs vont pour leur part connaître d'importantes modifications. Initialement, les installations étaient plus proches de celles de l‘Estérel et du Corse, avec notamment la présence d'un bar-salon de , d'une véranda et d'une brasserie de ainsi que d'un cinéma de . Cependant, une étude menée en 1985 auprès de la clientèle va démontrer que les attentes de celle-ci ont évolué. Le principe des « trains des mers », qui a guidé la conception des car-ferries de la flotte depuis 1976, apparaît maintenant comme obsolète, les passagers réclament dorénavant plus de confort et des prestations de plus grande qualité. En raison également de la relative brièveté des traversées, ces locaux communs se doivent d'être fonctionnels et capables de pouvoir accueillir indifféremment peu de personnes en hiver et beaucoup de monde en été. Ainsi, la conception des parties communes est entièrement revue et intègre à présent un grand self-service, un petit restaurant, un grand bar-salon principal, un bar de luxe plus petit, des grandes surfaces de circulation, un cinéma, et une galerie marchande. Au total, un pont entier est consacré aux locaux communs. S'agissant des installations, la répartition va davantage se concentrer sur des places en couchettes. Ainsi, la capacité en traversée de nuit va se partager entre en au sein de cabines équipées de sanitaires et en complétées par pullman.
L'attribution du nom du navire a été à l'origine d'un débat politique. Alors que l'assemblée de Corse avait proposé pour la deuxième fois le nom de la militante communiste et résistante corse Danielle Casanova, le secrétaire d'État à la mer, Ambroise Guellec, annonce le , une dizaine de jours après la commande du navire, que celui-ci sera baptisé Île de Beauté. Devant le refus de l'État d'accéder à la requête des instances corses, un comité baptisé « Un car-ferry nommé Danielle Casanova » se constitue à l'initiative de l'ancien député Paul Cermolacce et recueille de nombreuses signatures. Il porte également la problématique jusqu'au président de la République François Mitterrand alors en pleine campagne pour l'élection présidentielle de 1988. Celui-ci répond favorablement par l'intermédiaire de son directeur de campagne, Pierre Bérégovoy. C'est ainsi qu'après la réélection de François Mitterrand, le navire prend définitivement le nom Danielle Casanova.
Construction Le navire est mis sur cale à Saint-Nazaire le et mis à l'eau dans la forme B le . Le , il est transféré dans la forme Joubert pour un dernier carénage à l'issue duquel il réalise ses essais en mer au large de Saint-Nazaire du 4 au . Il bat à cette occasion le record mondial de vitesse pour un ferry conventionnel en atteignant 26 nœuds. Le Danielle Casanova est livré à la SNCM le et succède en tant que navire amiral au Napoléon. Ce navire apporte également un lot de nouveautés. Extérieurement, il se caractérise par une bande bleue turquoise le long des hublots du pont 6, préfigurant la nouvelle livrée « SNCM Ferryterranée » qui sera appliquée au reste de la flotte l'année suivante. Il inaugure aussi un nouveau système d'embarquement par carte pour chaque passager où figurent toutes les informations concernant le voyage et notamment, pour les occupants de cabines, un code confidentiel pour accéder à l'installation réservée, chaque cabine étant désormais équipée de serrures électroniques se déverrouillant au moyen d'un digicode. Ce système équipera par la suite le reste de la flotte. Son arrivée marque également la fin de la notion de séparation des installations entre la et la au profit de la classe unique, les cabines étant désormais catégorisées selon le niveau des prestations. Enfin, il est le premier navire de la SNCM à être immatriculé dans un port Corse, en l'occurrence, celui d'Ajaccio, et non à Marseille.
Service SNCM (1989-2016) thumb|left|Le Danielle Casanova au début de sa carrière en 1989. Le , le Danielle Casanova quitte Saint-Nazaire à 8h05 pour rejoindre Marseille. Après un voyage effectué à 24 nœuds en moyenne, le navire arrive pour la première fois dans la cité phocéenne le et accoste à 10h17 au poste 82. Les jours qui suivent, il est officiellement présenté aux autorités et au public, respectivement le 15 et le . Le lendemain , sous les ordres du commandant Pellicot, le Danielle Casanova appareille à pour sa traversée inaugurale à destination d'Ajaccio, avec à son bord . Le lendemain, le navire arrive pour la première fois dans son port d'attache où cérémonie de baptême débute à 10h00, en présence notamment du Ministre de la Mer Jacques Mellick, de Claude Abraham, président de la SNCM ainsi que du président des Chantiers de l'Atlantique. La marraine du navire est Homère Philippi, sœur aînée de Danielle Casanova. À la suite de la cérémonie, le navire appareille à midi, avec à son bord 1 500 personnes, pour une sortie en mer entre Ajaccio et Bastia, où il arrive à , en croisant le long des calanques de Piana. Le Danielle Casanova entame ensuite sa carrière commerciale au service de la continuité territoriale entre la Corse et le continent, essentiellement depuis Marseille ou Toulon vers Ajaccio et Bastia.
Du au , au cours de son premier arrêt technique, les pales des hélices sont remplacées afin de réduire un problème de vibrations ressenties au pont 7 arrière. La marque commerciale « SNCM Ferryterranée » est également peinte sur la coque du navire à l'origine vierge de toute inscription. Quelques semaines plus tard, entre le 26 et le , le Danielle Casanova achemine jusqu'à Tripoli les de la caravane du Rallye Dakar 1990 et se partage avec l’Estérel le transport des véhicules et hélicoptères.
Le à partir de , le navire est affrété par l'État afin de rapatrier des militaires français d'Arabie saoudite dans le cadre de l'opération Daguet. Ainsi, après avoir achevé une traversée entre Marseille et Ajaccio, le Danielle Casanova quitte la Corse à à destination de Yanbu. Après avoir parcouru à la vitesse moyenne de , le car-ferry atteint l'Arabie saoudite le à . Un effectif de et montent à bord dans la soirée et le navire quitte Yanbu le lendemain à . Après avoir effectué le voyage en sens inverse, le Danielle Casanova arrive à Toulon le à sous grand pavois, accueilli par un bateau pompe. Le navire réalisera par la suite un deuxième voyage dans ce même cadre entre le 2 et le .
thumb|Le Danielle Casanova dans le port d'Ajaccio en 1995. À partir de la saison estivale 1993, la SNCM recrute pour la première fois du personnel hôtelier féminin à bord de ses navires. C'est dans ce cadre qu'à la fin du mois de juin, douze jeunes femmes embarque à bord du Danielle Casanova, toutes recrutées en tant qu'inscrites maritimes au même titre que les hommes. Devant l'obligation de leur fournir des cabines et des sanitaires séparés, elles sont ainsi logées à l'avant du pont 9 sous la passerelle de navigation. À l'issue de la saison, l'expérience s'avère un succès, les équipes féminines se sont rapidement intégrées aussi bien au sein de l'équipage qu'auprès des passagers, si bien que la démarche sera renouvelée dès la saison suivante sur l’Île de Beauté, puis le Monte d'Oro et le Paglia Orba, et enfin au reste de la flotte à l'exception notable du Liberté.
Le , alors que le navire effectue une traversée entre Bastia et Marseille, l'officier de quart reçoit un appel de détresse émis par un voilier en difficulté. Se trouvant à proximité, le Danielle Casanova se déroute pour porter assistance aux six passagers du voilier. En raison des mauvaises conditions météorologiques, l'équipage ne peut faire monter ces six personnes à bord au moyens d'une échelle. Les occupants du voilier sont ainsi hélitreuillés par un hélicoptère de la BAN d'Hyères puis transférés à bord du car-ferry. Quelques mois plus tard, le , également entre Bastia et Marseille par mer forte et vent d'Ouest, l'équipage repère vers un petit feu de détresse blanc. Cinq minutes plus tard, le navire est dérouté par le CrossMed l'informant qu'une opération de recherche est en cours afin de retrouver un canot pneumatique à la dérive, avec à son bord deux occupants. L'embarcation sera retrouvée une vingtaine de minutes plus tard et les deux occupants seront transférés à bord du Danielle Casanova.