vignette|180px|Rue des tombes au Cimetière du céramique à Athènes, dans lequel se trouvait, selon Plutarque, celle du gymnosophiste Zarmanochegas. vignette|170px|Sculpture d'un yogi dans le temple Birla Mandir, à Hyderabad, Inde. vignette|180px|Représentation de l'ascèteKundakunda, Ācārya jaïn dans un temple de l'État de Karnataka, Inde. Les gymnosophistes (en grec ancien : γυμνοσοφισταί, gymnosophistaí, « sages nus ») sont durant l'Antiquité des philosophes indiens samnyâsin (renonçants) qui promouvaient une vie ascétique, détachée des biens matériels. Ils étaient ainsi appelés par les Grecs parce qu'ils vivaient nus (γυμνος, gymnόs).

Cependant l'origine géographique de ces sages a été flottante : ils sont souvent qualifiés d'Égyptiens par un auteur comme Philostrate d'Athènes, et l'on trouve l'expression « gymnosophistes égyptiens » chez Eusèbe de Césarée et Jérôme de Stridon.

Histoire Les gymnosophistes étaient connus durant l'Antiquité. Plusieurs auteurs, comme Plutarque, rapportent des histoires à leur sujet. Plutarque raconte notamment la rencontre d'Alexandre le Grand avec dix gymnosophistes « Vie d'Alexandre », chap. 64. . Calanos se sacrifie en montant sur un bûcher devant Alexandre et toute l'armée macédonienne. :

Diogène Laërce, dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, rapporte que Pyrrhon d'Élis, un des fondateurs du scepticisme, aurait été influencé par eux lors de son voyage avec AlexandreDiogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre IX, Chapitre IX, 61 ; 63. (lire en ligne). :

Trois siècles plus tard, un autre gymnosophiste, Zarmanochegas, se brûle dans Athènes devant Auguste.

Pline l'Ancien, dans son encyclopédie Histoire naturelle, décrit l'Inde dans le septième livrePline l'Ancien, dans Histoire naturelle, Livre VII, 14 (lire en ligne). :

Lucien de Samosate, dans Les fugitifs, imagine un dialogue entre La Philosophie et ZeusLucien de Samosate, dans Les fugitifs (lire en ligne). :

Héliodore, dans son roman Les Éthiopiques, narre l'histoire de Chariclée, princesse d'Éthiopie élevée en Grèce. Dans le livre IX, le roi Hydaspe lui parle . Les gymnosophistes sont plus présents dans le livre XHéliodore, Les Éthiopiques livres IX, chap. XXV. (lire en ligne) et X, chap. II, IV, VI, IX, XI et XIII..

Doctrine La doctrine des gymnosophistes nous est connue par la Géographie de Strabon, qui s'appuie sur le récit du philosophe et historien Onésicrite qui a accompagné Alexandre le Grand en Inde. Ces sages faisaient profession de vivre dans la retraite et de mépriser la douleur, doctrine proche de l'ascétisme. Ils s'abstenaient de femme et de vin, allaient nus et gardaient la barbe longueStrabon, XV, I, 60. Strabon, puis au le théologien chrétien Clément d'Alexandrie, 1, 15, 71 (éd. Colon, 1688, p. 305, A, B)., distinguent parmi les gymnosophistes, les shramanas et les brahmanes.

Influence sur la philosophie

. Leur existence attestée permet de soutenir l'hypothèse de contacts intellectuels entre l'Inde et la Grèce, et donc d'une naissance simultanée de la philosophie en Inde et en Grèce. Ainsi, à l'opposé de l'idée d'un miracle grec, entre autres à cause de l'invention de la philosophie, certains auteurs (tels que Roger-Pol Droit) parlent de naissances simultanées en Grèce, Inde et Chine. Droit affirme même que les Grecs ne pensaient pas que la philosophie était seulement grecque.

On trouve en effet la mention de gymnosophistes chez certains présocratiques, et certains disciples de Socrate (dont Onésicrite qui aurait croisé Calanos à Taxila), ce qui indiquerait des contacts dès le

Renaissance Dans Funérailles et diverses manières d'ensevelir les Romains, Grecs et autres nations (1581), Claude Guichard citeLivre III, p. 354-355. les auteurs antiques :

Dans l’essai II, 29, De la vertuÉdition Villey, p. 708 ; Édition Céard, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 2001, p. 1097, Montaigne cite l'exemple des gymnosophistes après celui des femmes indiennes qui suivent leur époux dans la mort (la Sati, pratique considérée comme pervertissant le mythe original de la Déesse Sati, car contraire, selon les brâhmanes, à l'ahimsâ, « non-violence ») :

Marguerite Yourcenar les mentionne aussi dans les Mémoires d’Hadrien, où elle fait dire à l'empereur : ; et aussi, "en quoi la souffrance de l'herbe qu'on coupe diffère essentiellement de celle des moutons qu'on égorge". page 19, mémoires d'Hadrien.

Dans la littérature

Chez Philostrate Les brahmanes indiens, connus donc sous le nom de gymnosophistes deviennent des personnages dans la littérature, et on en trouve la trace dans le roman grec. Ainsi, dans sa Vie d’Apollonios de Tyane, Philostrate (m. vers 230 ap. J.-C.) présente Apollonios de Tyane comme un thaumaturge rattaché à l'école de Pythagore qui explore le monde dans trois directions : l'est jusqu’à l’Inde, le sud jusqu’en Éthiopie, l'ouest jusqu’en EspagneJean-Philippe Guez, « Roman grec » in (?) J.-PH. Guez (dir.), Romans grecs et latins, Paris, Belles Lettres, 2016, LV + 1296 p. . À un moment où les Grecs s'interrogent sur leur culture, Philostrate voit ces Brahmanes comme de grands sages, qui de plus maîtrisent parfaitement le grec attique, et qui mettent en œuvre une parfaite éducation grecque (paideia). Mais, relève Jean-Philippe Grez,

Autres auteurs Pourtant, les auteurs grecs de fiction ont apprécié le thème du voyage dans un pays lointain — parmi lesquels l'Inde et l'Éthiopie — et ils idéalisent volontiers leurs habitants — les barbares — dans les domaines de la morale, de politique ou encore de la philosophie. Les portraits romancés que l'on trouve dans ces ouvrages annoncent le « bon sauvage ». Mais il faut aussi dire que les brahmanes décrits par Onésicrite ressemblaient fortement à des philosophes cyniques grecsVoir Arrien, Anabase. Expédition d'Alexandre, Livre VII, chap. 1. .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Sources Plutarque, Vie d’Alexandre, ; Vie de Lycurgue, . Lucien, Les fugitifs, § 1-11 Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre VII Héliodore, Les Éthiopiques, livre X (et IX) Glaude Guichard, Funérailles et diverses manières d’ensevelir les Romains, Grecs et autres nations, Lyon, Jean de Tournes, 1581.

Études

Articles connexes Samnyâsin (Sannyasin, Renonçants), Sannyâsa ou Renoncement), Shramana (Śramaṇa), en bouddhisme, hindouisme, jaïnisme, ajivikisme Sâdhu, renonçant non-moine, Fakir Swami, Brahmane Ācārya Moksha Yoga Jaïnisme, Sectes Digambara Ajivika, Chârvâka Calanos et , gymnosophistes rencontrés par Alexandre le Grand, Pyrrhon, et sa troupe à Taxila Pyrrhon d'Élis, et ses disciples Philon d’Athènes, Timon de Phlionte Néopythagorisme, dont Nigidius Figulus, Eudore d'Alexandrie, Apollonios de Tyane, Moderatus de Gadès Zarmanochegas, gymnosophiste mort à Athènes vers -21 Yoga nu, Naturisme, Naturisme chrétien, Gymnosophie, dont nudité, ascétisme et méditation, (1930) Lebensreform, Naturphilosophie (Allemagne, Suisse, 1880-1920), Adolf Just,

Liens externes

Strabon sur les Gymnosophistes : Géographie XV-1, §63, sur les Brahmanes : §59, sur les Garmanes ou Shramanas : §60.

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