La commanderie du Mas Deu (en catalan et traditionnellement la Comanda del Masdéu) se situe dans le département des Pyrénées-Orientales à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Perpignan sur la commune de Trouillas.

Historique

, cette commanderie rurale a été fondée dans la paroisse de Villemolaque à la suite de plusieurs donations pieuses, dont celle de Guillaume et Orgollosa de Villemolaque. Ce fut la principale commanderie templière établie dans le diocèse d'Elne et le diocèse de Narbonne, ainsi que la maison-mère du Comté de Roussillon dès 1138.

Le rôle de cette commanderie était plus d'ordre matériel que militaire, contrairement à celles de la Catalogne lors de la Reconquista. En effet, il s'agissait plus d'un monastère qui cultivait la terre et élevait du bétail pour subvenir aux besoins de l'ordre du Temple en Terre sainte. Elle était le centre de la vie économique rurale, mais aussi centre de la vie religieuse pour les frères et leurs familiers, avec son église dédiée à Sainte Marie et son cimetière.

Lors de la croisade contre les Albigeois, les Templiers du Mas-Deu avaient d'amicales relations avec les seigneurs cathares de la région. Ils en ont même recueillis certains, dont Pons du Vernet et le Vicomte Pierre de Fenouillet (qui combattit Simon de Montfort).

En 1262, Jacques d'Aragon dit « le Conquérant », partage les héritages de ses fils : le Roussillon est ainsi destiné à son second fils, Jacques II de Majorque, et à la mort du Conquérant en 1276, le Comté est intégré au Royaume de Majorque. Celui-ci devint vassal de la couronne d'Aragon, par le traité d'Anagni de 1298.

Lors de l'arrestation des Templiers ordonnées en France par Philippe le Bel en 1307, on recense dans la commanderie vingt-six Templiers dont quatre chevaliers, quatre chapelains et dix-huit frères-sergents. Mais celle-ci n'est pas immédiatement concernée par cet ordre, car hors juridiction française. Les Templiers du Mas Deu eurent ainsi le temps d'organiser leur révolte, et se réfugièrent au Château de Miravet, possession templière en Aragon. Ils s'enfermèrent dans la forteresse en se mettant sous la protection de Raymond de Guardia (ou Raymond Saguàrdia), commandeur du Mas Deu. Ils résistèrent aux troupes royales jusqu'en , avant d'être arrêtés. Le commandeur Raymond de Guardia fut alors jugé et finalement acquitté. Il se retira au Mas Deu. Il ne tomba pas dans l'oubli puisqu'on le voit encore, selon Muntaner, envoyé par la reine mère de Majorque en , pour aller à la rencontre de son petit-fils, Jacques II de Majorque, qui rentrait de Sicile et le ramener à Perpignan.

Le pape Clément V, déclare l'Ordre éteint le , et ordonne de faire comparaître tous les Templiers des provinces, et de les faire juger par des conciles provinciaux. S'ils sont absous, on pourra leur donner une pension prise sur les biens de l'Ordre. En Catalogne le mot de la fin est donné par l'archevêque de Tarragone, Guillem de Rocabertí, qui prononce, le , l'innocence de tous les Templiers catalans.. L'Église se préoccupe de leur sort et conseille de les accueillir dans des couvents. Ainsi nous connaissons le détail des sommes attribuées à chacun d'eux, les chevaliers, au nombre de quatre, mais également les non-nobles et les frères servants. Raymond Saguàrdia absous, réside au Mas Deu avec une pension viagère dès . Les autres nobles du Mas Deu rejoignent leurs familles respectives, comme Berenguer de Coll qui s'en retournera vivre dans la vallée de Prats de Mollo, dont il est originaire, et où l'on retrouve sa trace jusqu'en 1350. Ils sont peu à peu rejoints par d'autres frères originaires du Roussillon. Le dernier survivant des Templiers roussillonnais est le frère Berenguer De Coll, qui vivait encore dans la vallée de Prats de Mollo en 1350, année où un membre de sa famille, Tristan, avait encore procuration pour venir toucher sa pension en son nom..

Possessions Elle était de forme quadrangulaire, entourée de rempart d'une hauteur pouvant atteindre cinq mètres et renforcée par quatre tours carrées à chaque angle. On peut encore apercevoir de nos jours la tour nord-ouest.

En plus des bâtiments conventuels, on pourra noter une église du , ainsi qu'un four banal.

Elle avait en sa possession onze commanderies de taille inférieure, deux seigneuries et de nombreuses terres..:

Maisons du Temple : Argelès-sur-Mer Bages Corbos (Sournia, lieu-dit « Courbous ») et Centernach (Saint-Arnac) en Fenouillèdes Le Mas de la Garrigue, situé à proximité du Réart.. L'actuel « Mas Delfau » selon Rodrigue Tréton. qui se trouve à l’extrême sud-est de la commune de Perpignan Orla. à la suite d'un achat tardif à la famille d'Oms en 1271 Palau-del-Vidre à la suite de la donation du comte Girard en 1172 Perpignan Prugnanes en Fenouillèdes Saint-Hippolyte au début du Villeneuve-de-la-Raho

Seigneuries : Nyls et Terrats

Les revenus de la commanderie

Ils provenaient en premier lieu de la terre et de l'élevage. Cependant, l'exploitation agricole primera sur l'élevage qui sera rejeté dans les zones montagneuses et excentrées du Vallespir. La plus grande partie des revenus provenaient de l'exploitation directe des réserves seigneuriales conséquentes surtout autour du Mas Deu, de Perpignan (Mailloles), du Mas de la Garrigue, de Palau-del-Vidre, de Saint-Hippolyte, de Bages et d'Orle. Les Templiers roussillonnais ont ainsi développé la vigne par une politique volontariste de baux à comptant en particulier à Mailloles.

Soucieux de dégager des capitaux visant à appuyer la sainte croisade en Orient, les Templiers du Mas Deu prélevaient des droits sur le marché de Perpignan, ont mis en place des points de vente sur le marché perpignanais (étals et boutiques), ont fondé des fabriques, en particulier des tanneries et des ateliers de confection de cuir, des moulins situés en bordure de rivière à Mailloles, Nyls, Nidolères et Saint-Arnac, avaient le monopole des fours à pain de Perpignan, des droits sur la pêche à Salses et sur les salines de Torreilles et d'Alénya, possédaient une tuilerie située au-delà de la porte de Mailloles. Ils procédaient également à l'exemption de tous droits pour le vin exporté à Collioure et tenaient des revenus tirés de l'immobilier perpignanais. L'essentiel de ces revenus sont mentionnés dans le terrier de 1264. Ce dernier ne fait cependant pas état des revenus tirés de l'élevage et d'éventuels bénéfices dans le domaine judiciaire. Nous savons, pour finir, que les Templiers du Mas Deu se sont comportés comme de véritables entrepreneurs dans deux secteurs : la conquête de nouvelles terres et les lotissements.

Le site du Mas Deu

De nos jours, la commanderie du Mas Deu est en ruines, à la suite d'une explosion d'un dépôt de munitions allemand en 1944. Il reste peu de choses du bâtiment médiéval. La majorité de l'élévation visible aujourd'hui date du , avec de nombreux éléments du , lorsque le Mas Deu servit de centre de production vinicole. De la commanderie médiévale à proprement parler, il ne reste que la base des bâtiments du , en pierres arrondies disposées en arête-de-poisson. Le seul élément médiéval encore entièrement visible est l'église Sainte-Marie. Aujourd'hui, celle-ci est convertie en grange et il reste peu de choses de l'édifice originel. On distingue cependant une nef unique en arc brisé sans ogive, caractéristique de l'art roman tardif roussillonnais ( - ). On a retrouvé dans l'église plusieurs pierres tombales et sarcophages en marbre blanc (qui ne sont plus sur place maintenant), dont une avec des écritures arabes. La commanderie du Mas Deu est sur une propriété privée et ne peut pas se visiter.

Les commandeurs du Mas Deu

Une première liste de ces commandeurs a été dressée en 1910 par Joaquín Miret y Sans dans Les Cases dels templers i hospitalers a Catalunya. puis une seconde plus étoffée concernant les templiers par Émile-Guillaume Léonard en 1930.. Dans une publication plus récente, The Templars in the Corona de Aragón d'Alan John Forey (1973), on trouve les commandeurs de la plupart des commanderies ibériques (dont le Mas Deu faisait partie) mais l'auteur renvoie à la liste de Monsieur Léonard concernant cette commanderie.. E.G Léonard faisant état d'une baillie du Mas-Deu (bajulia Templi Mansi Dei, Bajuli forensis Domus Mansi Dei) dite aussi baillie des « maisons du pays de Roussillon » (balliviae Domorum Ruscinonis pagus). Le bailli étant un subalterne du commandeur, au même titre que le sous-commandeur et le chambrier.

La liste ci-dessous est établie à partir des chartes relatives au Mas Deu publiées par Rodrigue Tréton en 2010..