vignette|redresse=0.8|Crucifiement de Sainte Julie, panneau central du Triptyque de la martyre crucifiée, Jérôme Bosch (v. 1501), palais des Doges, Venise.

Le crucifiement ou la crucifixion est une ancienne méthode d'exécution consistant à placer le supplicié sur une croix, un support en forme de T ou un arbre et à l'attacher par divers moyens (clous, cordes, chaînes, etc.). Il existe plusieurs variantes du supplice que l'on retrouve à différentes périodes (dès l'Antiquité) et dans différentes civilisations.

Plusieurs recherches semblent indiquer que la mort a lieu par asphyxie, du fait de la traction sur les muscles supérieurs qui entraîne une compression du diaphragme.

Histoire

Dans la mythologie grecque, le supplice de Sétée rappelle le crucifiement de la captive troyenne par les Grecs à leur retour de la guerre de Troie dont la date est estimée au Lycophron, Alexandra, , 1075-1082.. Les historiens font remonter cette pratique aux Perses, s'appuyant sur Hérodote qui rapporte dans ses HistoríaiHérodote, Histoires I, 128 ; III, 125 ; III, 132. que fait crucifier . Des récits bibliques et dans la Bible Segond. suggèrent que le supplice est peut-être plus ancien, vers le . Le crucifiement est ensuite appliqué en Inde puis s'étend tout autour du bassin méditerranéen chez les peuples barbares, Phéniciens, Scythes, Celtes, Bretons. Il est plus tard appliqué par les Grecs, notamment par Alexandre le Grand, et les Carthaginois, notamment dans la répression de la guerre des Mercenaires. Les sources textuelles grecques et latines (Hérodote, Thucydide, Tacite) mentionnent que ces peuples utilisent plusieurs techniques (supplicié pendu ou cloué à un poteau, un arbre, une croix de forme variée) mais ces sources doivent être maniées avec précaution car la terminologie employée est insuffisante pour déterminer la différence entre un crucifiement et d'autres formes de suspension..

Le crucifiement est peut-être dérivé de l'empalement des Assyriens, ces deux supplices étant faciles à mettre en œuvre, ne nécessitant que peu de préparation et ayant un aspect dissuasif sur les témoins de la scène. Il est originellement associé à des sacrifices humains religieux et à une méthode d'exécution..

Chez les Romains, cette peine est infamante et réservée, en général, à ceux qui ne sont pas citoyens romains. Pratiquée surtout entre les et , elle est attestée à partir de pour des esclaves (), XXII, 33, 2. et sera appliquée ensuite aux brigands et aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques, et exceptionnellement, à titre d'humiliation supplémentaire, à des nobles, parfois même des citoyens romains lorsque la gravité de leur crime les faisait considérer comme déchus de leurs droits civiques, « Crucifixion », Anchor Bible Dictionary, Volume 1, 1992, .. Les Romains codifient ce supplice et rendent la hauteur du support proportionnelle à la gravité de la faute, augmentant ainsi la visibilité du crucifié.. Appien mentionne qu'après la défaite de Spartacus en , six mille de ses partisans furent crucifiés le long de la Via Appia, de Rome jusqu'à CapoueSi dans le film de Stanley Kubrick, Spartacus est crucifié, le vrai Spartacus meurt en combattant. Plutarque, Vie de Crassus, XI, 10 et Florus, Histoire du peuple romain, II, 14.. Les Romains connaissaient aussi le crucifiement privé, supplice infligé par un maître à son esclaveLex Libitina Puteolana de la fin du Cité par Charlier, 144..

L'Ancien Testament précise que la peine capitale appliquée chez les Juifs est la lapidation, le crucifiement n'étant donc pas une peine prévue par la loi juive. Cependant, Flavius Josèphe rapporteFlavius Josèphe Guerre des Juifs 1, 97s. que vers , huit-cents pharisiens sont crucifiés au centre de Jérusalem sur ordres d'Alexandre Jannée ; il rapporte égalementFlavius Josèphe, Antiquités juives 17, 295. les ordonnés en par le légat romain Varus. Selon le Nouveau Testament, Jésus de Nazareth est condamné à mort par le préfet romain Ponce Pilate et exécuté par crucifiement ; on parle dans ce cas de sa crucifixion. Le culte de la croix répandu par Hélène explique une désaffection de ce supplice, puis son interdiction par Constantin et son remplacement par l'exécution sub furcaSozomène, Histoire ecclésiastique, I, 8 ; Aurelius Victor, XLI, 4. : le condamné est attaché à un poteau en forme de Y majuscule puis fouetté jusqu'à ce que mort s'ensuive. Thème infamant dans la culture chrétienne aussi bien que dans le paganisme gréco-romain (pour qui la beauté corporelle constitue par excellence l'attribut du Divin), la représentation du Christ en croix est rare dans l'art paléochrétien..

Types de crucifiements

Déroulement de l'exécution chez les Romains

Chez les Romains, chez qui ce châtiment était un supplice infamant et servileC'est-à-dire réservé à l'origine aux esclaves, puis étendu à tous les étrangers non libres de l'Empire romain, coupables de crimes : fuite (pour les esclaves), brigandage, sédition, etc. Les citoyens romains, avaient droit, quant à eux, à la peine honorable de la décapitation ; il leur était même accordé le droit de se suicider, et ainsi avoir leurs dispositions testamentaires respectées. Les affranchis, en revanche, perdaient leur statut du fait de leur crime, redevenaient esclaves, et partant, subissaient le même sort que ceux-ci., le condamné était attaché et/ou cloué bras écartés avec des cordages (effet de garrot) sur une poutre (patibulumQui a donné le mot français « patibulaire », c'est-à-dire « qui mérite de porter une croix ».) sur laquelle était attachée le motif de sa condamnation (titulus). Le patibulum, doté d'une mortaise, était fixé, soit au sommet (crux commissa en forme de T), soit en dessous (crux immissa) d'un pieu (stipes) qui était ensuite fiché en terre — la croix de Jésus était vraisemblablement une crux immissa puisque, selon les Évangiles, un écriteau était fixé au sommet, et relativement haute puisqu'un soldat lui donne à boire avec une éponge imprégnée d'eau vinaigrée (la posca, boisson distribuée aux légionnaires) au bout d'une branche d'hysope. Les pieds, encloués ou attachés, reposaient parfois sur une console en bois (suppedaneum) fixée sur le montant vertical. Le condamné pouvait aussi être cloué à un arbre.

La peine était parfois précédée de supplices préliminaires (flagellation), censés « préparer » le condamné au crucifiement, sans l'achever prématurémentQuinte-Curce, VII, 11, 28.. Le supplicié devait ensuite porter sa croix (ou selon les sources, uniquement le patibulum) jusqu'au lieu de l'exécution, toujours hors de la ville, généralement sur un promontoire ou une croisée des cheminsVoir par exemple Plaute, Miles gloriosus.Charlier, 144. afin de mettre son supplice bien en évidence aux yeux des passants.

Des travaux récents montrent que les pieds étaient cloués soit au niveau du calcanéus (cas du squelette d'un crucifié, , retrouvé dans la banlieue de Jérusalem en 1968), soit dans l'espace de Mérat (entre le cunéiforme, le et l'os naviculaire)Charlier, 146..

Crucifiement au Japon vignette|170px|Gravure de Laureano Atlas représentant les Vingt-six martyrs du Japon, 1744. Le crucifiement (haritsuke)Petra Schmidt, Capital Punishment in Japan, éd. Brill, 2002, , extrait en ligne. a été pratiqué au Japon parmi d'autres supplices durant l'époque Sengoku.. On a souvent évoqué une influence consécutive à l'arrivée de chrétiens, mais cette pratique de supplicier des gens sur des cadres — plus exactement que des croix — remonte au , même s'il semble que la symbolique chrétienne ait été assimilée lorsqu’il s'est agi de supplicier des chrétiens au Dani Botsman, Punishment and Power in the Making of Modern Japan, éd. Princeton University Press, 2007, extrait en ligne.. Le supplicié était ligoté à deux barres horizontales sur une poutre verticale et, une fois la croix érigée, transpercé de traits de part et d'autre. Le corps était laissé durant trois jours. Au , à l'époque de Toyotomi Hideyoshi, le crucifiement tête en bas était courant. Il a existé une variante pour les chrétiens crucifiés : en bord de mer à marée basse pour que la marée montante les submerge jusqu’à la tête, pour un supplice (appelé mizuharitsuke) qui pouvait durer plusieurs jours. Le crucifiement était encore pratiqué au Japon dans la deuxième partie du Dani Botsman, Punishment and Power in the Making of Modern Japan, éd. Princeton University Press, 2007 extraits en ligne..

Crucifiement en Islam Récit dans le Coran Le Coran mentionne plusieurs fois le crucifiement . Dans la Sourate Al-A'raf (Coran 7:124), Fir'awn (Pharaon en arabe) dit qu'il va crucifier ses propres sorciers pour avoir accepté la religion de MoïseCoran 7:124..

De même, dans la sourate Youssouf (Joseph dans l'islam), Joseph prédit à un de ses compagnons de cellule après avoir interprété son rêve qu'il sera crucifié par le pharaonCoran 12:41.:

Le crucifiement dans la jurisprudence islamique L'islam s'est répandu dans des contrées, où de nombreuses sociétés, y compris les empires sassanide et romain, utilisaient autrefois le crucifiement pour punir les traîtres, les rebelles, les voleurs et les esclaves criminels.. Le Coran fait référence au crucifiement dans six passages différents, dont le plus significatif pour les développements juridiques ultérieurs est le verset 33 de la sourate 5, Al-Ma'ida (La table servie) : Il existe des hypothèses contradictoires sur l'origine de ce verset :

D'après Abdullah ibn Abbas :

D'après :

Quoi qu'il en soit, la première exécution judiciaire par crucifiement de l'histoire islamique aurait eu lieu sous le califat d'Omar ibn al-Khattâb :

Oumm Waraqah, fille d'Abdullah ibn Nawfal al-Ansariyyah, rapporte : Le narrateur a dit :

La jurisprudence islamique (fiqh) classique applique le verset 33 de la sourate 5 principalement aux bandits de grand chemin, en tant que hadd (c'est-à-dire une peine légale qui, en vertu de la charia, est prescrite et fixée par Dieu). La préférence pour le crucifiement par rapport aux autres peines mentionnées dans le verset ou pour leur combinaison (que a qualifié d' est soumise à des dans la jurisprudence classique. La plupart des ouléma exigeaient, à la suite d'Abdullah ibn Abbas. :

la mort et le crucifiement en cas de pillage combiné avec le meurtre ;

la mort sans crucifiement en cas de meurtre sans pillage ;

l'amputation croisée (main droite et pied gauche) en cas de pillage sans meurtre ;

l'exil en cas d'intimidation des passagers, sans meurtre ni pillage.

Cependant, certains ont soutenu l'exécution par d'autres méthodes, y compris pour le premier scénario. Les principales méthodes de crucifiement sont :

l'exposition du cadavre du coupable après exécution par une autre méthode, attribuée à et en particulier à Ahmad et Ash-Shâfi'î., ou à ceux qui se sont inscrits dans leurs méthodologies : les hanbalites et les chaféites. ;

l'exécution du coupable par une autre méthode après son crucifiement, attribuée aux malikites (ou, du moins, à la majorité d'entre euxPeters 2005, p. 38.), à la plupart des hanafites, à la plupart des jafarites, à certain chaféites et aux imams Malik, Abou Hanifa et al-Awza'i ;

la mise en croix du coupable vivant pendant trois jours et la grâce en cas de survie, attribuée aux chiites.

La plupart des juristes (fuqaha) classiques limitent la période de crucifiement à trois jours. Le crucifiement consiste à fixer ou à empaler le corps sur une poutre ou un tronc d’arbre. Divers avis minoritaires ont également prescrit le crucifiement comme peine pour un certain nombre d’autres crimes. Des cas de crucifiement dans la plupart des catégories prescrites par le droit pénal musulman ont été enregistrés dans l’histoire de l’islam, et l’exposition prolongée des corps crucifiés était particulièrement courante pour les opposants politiques ou religieux. (appelés zanadiq).

Le crucifiement dans les pays musulmans Arabie Saoudite