vignette|redresse=1.4|Illustration d'un dragon ailé et crachant le feu par Friedrich Justin Bertuch (1806). thumb|upright=1.4|Peinture d'un dragon oriental par le Japonais Hokusai (1844).

Le dragon est une créature légendaire représentée comme une sorte de gigantesque reptile, ailes déployées et pattes armées de griffesDictionnaire de l'Académie française, neuvième édition.

Dans de nombreuses mythologies à travers le monde, on retrouve des créatures « reptiliennes » aux caractéristiques plus ou moins similaires, désignées comme « dragons »David Jones, An Instinct for Dragons, 2002, Routlege.

Présentation Par son apparence reptilienne, le dragon est intimement lié à la terre. Cependant, il se détache du monde terrestre par sa capacité à voler, ce qui le distingue des rampants, à l'image des serpents (le plus souvent malfaisants) que l'on retrouve de par le monde (nâga, aspic…)"Les dragons, Mythes et légendes", G.Ragache & F.Phillipps, Hachette Jeunesse, 1990.. Ces derniers s'opposent, au contraire, aux créatures aériennes, physiquement ou symboliquement : en Égypte, Horus dieu faucon fils d'Osiris l'adversaire d'Apophis le serpent, en Asie, Garuda aigle géant combattant les serpents nâga…

Une distinction principale est cependant à faire entre les dragons occidentaux et les dragons orientaux, tous deux portant de très nombreux noms en fonction de la région. Ses représentations varient cependant énormément en fonction des civilisations. Symbole de vie et de puissance en Chine, protecteur en Indonésie, protecteur de trésors en Grèce antique ou encore maléfique et ravisseur de princesses en Europe médiévale.

Étymologie vignette|gauche|Apparence précoce du mot « dracan », issu du vieil anglais, dans le poème épique BeowulfBeowulf; a heroic poem of the 8th century, with tr., note and appendix by T. Arnold, 1876, p. 196..

Le mot dragon existe déjà en ancien français et vient du latin qui signifie « grand serpent, dragon », lui-même issu du grec (génitif ), « serpent, grand animal marin ».Δράκων, Henry George Liddell, Robert Scott, A Greek-English Lexicon, at Perseus project. Les termes grec et latin font référence à tout grand serpent, pas nécessairement mythologique. Le mot grec est vraisemblablement dérivé du verbe qui signifie « je vois » (dont l'aoriste est ).

Le terme est entré dans la langue anglaise au début du à partir du vieux français, tandis que Draco a donné, dès le , l'équivalent allemand..

Origines

Des origines mal définies Il est difficile de déterminer une origine géographique ou historique aux dragons. Leur apparition semble dater des premières civilisations, peut-être même du Paléolithique supérieur. En appliquant des outils statistiques à divers types de dragons à travers le monde., puis à divers récits racontant le combat contre le monstre., Julien d'Huy a en effet pu montrer l'existence d'un signal phylogénétique très similaire pour les dragons et pour les récits de combat, ces deux ensembles s'organisant en une progression géographique qui laisserait supposer une origine africaine du motif. Le motif aurait ensuite atteint l'Asie du Sud-Est, avant de se diffuser en Australie puis en Amérique et, dans une dernière vague, vers l'Europe paléolithique..

Le proto-dragon, tel qu'il a pu être statistiquement reconstruit, était en partie serpent ; il gardait les sources et autres points d’eau, pouvait voler et apparaissait lorsque la pluie et le soleil s’interpénètrent. Il possédait des écailles et des cornes, ainsi qu’une pilosité humaine. Il s'opposait à la foudre et au tonnerre. Enfin, il pouvait provoquer des inondations et des tornades. Cet ensemble de traits se retrouve encore dans les mythologies du monde entier, ce qui laisse supposer que cette reconstruction serait au moins partiellement vraie.

Les plus anciennes traces connues de représentations du dragon remontent quant à elles à la Mongolie au Néolithiquehttps://www.franceinter.fr/emission-le-grand-bain-pleins-feux-sur-les-dragons, 4,30 - , et au , dans une tombe néolithique de Xishuipo, site archéologique de la province du Henan, en Chine : formée de coquillages, sa forme se détache nettement aux côtés du défunt. La découverte de cette tombe date des années 1980Métropolitan museum, La Chine de 8000 à 2000 ACN. Une autre représentation, vieille de , constituée de briques de couleur, fut découverte sur les murs de la porte d'Ishtar, une des monumentales portes de Babylone.

Selon l'égyptologue Christiane Desroches Noblecourt la légende de Saint Georges terrassant le dragon trouve son origine dans la mythologie égyptienne, adaptée au fil des siècles, jusqu'à arriver en Europe via l'empire romainChristiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l'Égypte, Édition Télémaque, 2004 .

Il s'agit là d'une figure religieuse imaginaire, tout comme le sont le sphinx, les sirènes ou toute autre créature fabuleuse. Celles-ci s'appuient davantage sur des espèces animales existantes, que l'homme hybride à sa fantaisie, que sur la découverte d'un squelette gigantesque (il est d'ailleurs décrit comme dans le LarousseLe Nouveau Petit Larousse Illustré, 1940 et Le Petit Larousse illustré 1999). On trouve ainsi des monstres aux formes semblables, mais néanmoins différents, dans presque toutes les cultures antiques, et ces mythes se sont par la suite « contaminés » les uns les autres, pour s'approcher de la figure actuelle, désormais universelle.

Dinosaures et autres fossiles vignette|Le dinosaure Iguanodon bernissartensis, reconstitution d'artiste, 1896.

Contrairement à ce qui est parfois représenté dans la fiction, les premiers humains n'ont jamais côtoyé les dinosaures non-aviens, 66 millions d'années les séparant : c'est pourquoi la relation entre dinosaures et dragons est controversée. Toutefois, l'hypothèse selon laquelle les fondateurs des premières civilisations ont pu trouver des fossiles de dinosaures dégagés par l'érosion est envisagée, et certains cas sont attestés : ainsi, des ossements découverts dans le Sichuan sont attribués à un dragon par l'historien , vers 300 av. J.-C.... De même, un œuf fossilisé d'autruche (décrit comme Struthiolithus chersonensis) était attribué au à un dragon par des paysans chinoisC. R. Eastman, « On remains of Struthiolithus chersonensis from northern China with remarks on the distribution of struthious birds » dans Bulletin of the Museum of Comparative Zoology, n°32, 1898, pp. 125-144, Harvard College.Éric Buffetaut, « Dragon's eggs from the "Yellow Earth" : the discovery of the fossil ostriches in China » dans Revista Chilena de Historia Natural, 2021, p. 2068..

Grands reptiles De grands reptiles, comme les crocodiles, pourraient aussi avoir contribué à la diffusion du mythe. En effet, il arrivait que le crocodile du Nil, dont l'aire de répartition était beaucoup plus importante à l'époque antique, atteigne la rive nord de la Méditerranée.

Le Varan de Komodo et des cousins comme le Megalania prisca (éteint mais qui a probablement côtoyé l'homme), peuvent également avoir inspiré des légendes de dragons.

Protée Dans La Gloire du Duché de Carniole (Die Ehre dess Hertzogthums Crain), Janez Vajkard Valvasor décrit les mythes et légendes slovènes faisant du Protée anguillard un bébé dragon. En effet, lors des crues, cet animal cavernicole est expulsé des grottes où il vit. Les populations locales en concluaient que de grands dragons vivent sous la croute terrestre et que ce petit animal en est la larve..

Dragons occidentaux

vignette|redresse=1|Saint Georges combattant le dragon. Tableau de Raphaël (vers 1503-1505). Dans la tradition occidentale (mythologie grecque, celtique et nordique), il s'agit d'une créature reptilienne ailée et soufflant le feu, que nombre de héros ou dieux devront combattre afin d'établir l'ordre sur le monde. Ce sont avant tout des créatures liées à la terre et au feu, symbole de la puissance des forces naturelles. Ils rejoignent par ces caractéristiques les anciennes créatures chthoniennes à l'allure de serpent des mythologies indo-européennes : Apollon combattait Python (I, 4, 1), Krishna rivalisait avec KaliyaSister Nivedita & Ananda K.Coomaraswamy: Myths and Legends of the Hindus and Bhuddhists, Kolkata, 2001 , Rê luttait contre Apophis

Ils garderont par la suite cet aspect sauvage à des fins plus matérielles la plupart du temps associées à la surveillance de quelque chose. Cette caractéristique est inscrite dans le nom même du dragon : l'origine du mot grec () dérive de (), aoriste du verbe () signifiant « voir, regarder d’un regard perçant ».

Le christianisme fait du dragon le symbole du mal, l'incarnation de Satan et . L'Apocalypse de Jean décrit le combat du Dragon contre le Messie. La légende dorée, les histoires des saints sauroctones évoquent de nombreux saints, martyrs et archanges triomphant du dragon qui est l'incarnation du mal.

Dragons asiatiques

vignette|gauche|Tête de dragon dans une danse du dragon chinoise traditionnelle (Helsinki, 2000).

Contrairement à leurs homologues européens, les dragons asiatiques, bien qu'associés aux forces de la nature, sont dangereux mais pas vraiment hostiles. Ils ne montrent pas le caractère souvent violent des dragons occidentaux. Ils diffèrent aussi de par leur apparence : ils sont plus fins et aériens et ne possèdent pas spécialement d'ailes.

On retrouve une représentation fort semblable du dragon notamment en Chine, au Japon, en Corée et au Viêt Nam. Ses caractéristiques physiques et symboliques ne varient que de façon minime entre ces civilisations : esprits associés au climat, ils sont puissants et vénérés. On les associe régulièrement au pouvoir en place.

Dans les cultures autochtones d'Amérique vignette|redresse=1.5|Peinture pariétale ojibwé sur le site d'Agawa Rock dans le parc provincial du Lac-Supérieur. Pictogrammes représentant la « panthère d'eau » accompagnée à gauche d'un canoë et en dessous de deux . Les mythologies autochtones d'Amérique ne semblent pas faire part de légendes concernant les dragons au sens où nous les concevons. Dans la croyance des Aztèques le serpent bénéficiait d'un statut important de par, entre autres, sa capacité à muer. On retrouve la racine coatl (serpent en nahuatl) dans le nom de plusieurs divinités : Cihuacóatl (femme serpent) ou Coatlicue (la dame aux serpents) mais également Quetzalcóatl (serpent à plumes, aussi présent dans la mythologie maya par exemple, sous le nom de Kukulkan) ou Mixcoatl (serpent de nuages au caractère aérien).

Des représentations de la panthère d'eau, notamment les peintures rupestres ojibwé sur le site d'Agawa Rock, sont interprétées comme des dragons ou « dinosaures » par les créationnistes américains pour affirmer que les dinosaures ont coexisté avec l'homme, conformément au récit de la création dans le Livre de la Genèse..

Analyse cryptozoologique

Dans un cadre cryptozoologique, plusieurs théories ont été émises, tentant d'expliquer les particularités morpho-physiologiques des dragons tel que décrit dans la littérature, en fonction des savoirs scientifiques actuels, et éventuellement d'en prouver l'existence. Elles ne sont toutefois que supposées, ne reposant sur aucune recherche de preuves réelles comme c'est le cas pour l'existence d'autres cryptides tel que le Yéti. Ces hypothèses sont souvent regroupées sous le terme de dracologie ou dragonologie.

Il existe cependant un lézard, appelé dragon volant, de la famille des Agamidae qui plane d'arbre en arbre dans les forêts primaires de Bornéo. Ils ne possèdent pas d'ailes mais l'ouverture de ses côtes lui permet d'étendre la peau de sa cage thoracique comme des voiles et passer ainsi d'arbre en arbre.

Certaines questions sont récurrentes dans ce genre de projets, telles que : si les dragons existaient, comment pourraient-ils cracher du feu ? auraient ils 4 ou 6 membres? Quelle serait l'ontogenèse des ailes ?