Hòa thượng Thích Quảng Đức, né Lâm Văn Tức en 1897 et mort le , est un bonze vietnamien, bouddhiste mahāyāna, célèbre pour s'être immolé par le feuLa vidéo de son immolation sur YouTube ou DailyMotion est une reconstitution pour le documentaire italien Mondo cane 2, dailymotion.com. le à Saïgon, en signe de protestation contre la répression anti-bouddhiste ordonnée par le président catholique Ngô Đình Diệm L. Shelton Woods, Vietnam: a global studies handbook, ABC-Clio, 2002, pages 151-52..
Le cliché de la scène de l'auto-immolation, largement diffusé dans la presse internationale, fait dire au président John Fitzgerald Kennedy : Zi Jun Toong, Overthrown by the Press: The US Media's Role in the Fall of Diem, Australasian Journal of American Studies 27 (July 2008), 56–72..
Elle vaut à son auteur, Malcolm Browne, le prix World Press Photo of the Year en 1963, et le prix Pulitzer en 1964, catégorie , qui lui est conjointement décerné avec David Halberstam, autre journaliste américain à avoir couvert l'évènement.
Cette photo provoque un impact psychologique considérable sur l'opinion internationale, et met la pression sur le pouvoir vietnamien. Dans un premier temps, Diệm, promet des réformes, espérant calmer les bouddhistes. Mais les promesses ne sont pas tenues et la situation se détériore davantage. Et alors que les manifestations se poursuivent, les Forces spéciales de l'armée de la République du Viêt Nam, fidèles à Ngô Đình Nhu, le frère de Diem, mènent une répression féroce à l'échelle nationale. Elles détruisent de nombreuses pagodes et s'emparent du cœur de Thich Quảng Đức. D'autres moines, nonnes et laïcs vietnamiens s'immoleront ensuite. Les pertes humaines et matérielles sont considérables.
Finalement, ces excès conduisent les États-Unis à soutenir activement le coup d'État pour renverser Diệm, qui est assassiné le Stanley Karnow, Vietnam: A history, New York : Penguin Books, 1997, p.267. ..
Biographie vignette|Ninh Vân, province de Khánh Hòa, Viêt Nam Au pied de la montagne. Les informations sur la vie de Thích Quảng Đức proviennent de diverses organisations bouddhistes. D'après celles-ci, il est né dans le village de Hội Khánh, dans le district de Vạn Ninh de la province de Khánh Hòa au centre du Viêt Nam.
Son nom de naissance est Lâm Văn Tức. C'est l'un des sept enfants de Lâm Hữu Ứng, son père, et de Nguyễn Thị Nương, sa mère.
À l'âge de sept ans, il commence a étudier le bouddhisme auprès du Hòa thượng (« Très Vénérable » en vietnamien) moine Thích Hoằng Thâm, son oncle maternel qui devient son premier Maître spirituel. Celui-ci l'élève comme son fils. Par la suite, le jeune Lâm Văn Tức change son nom pour s'appeler désormais Nguyễn Văn Khiết.
À l'âge de quinze ans, il fait vœu de devenir shramanera (moine novice). Puis, à l'âge de vingt ans, il est ordonné moine (Bhikkhu) sous le nom dharmique de Thích Quảng Đức. Après son ordination, il décide de se retirer à la montagne, à proximité de Ninh Hòa, afin d'y faire une retraite en solitaire durant trois ans.
Au terme de cette période d'isolement, il décide de retourner à la vie sociale et fonde la pagode Thien Loc, située sur la même montagne...
Ensuite, pendant deux ans, il mène une vie de moine itinérant dans le centre du Viêt Nam afin d'y diffuser l'enseignement du dharma, avant de se fixer à la pagode Sac Tu Thien An près de la ville côtière de Nha Trang.
En 1932, il est nommé inspecteur de l'Association bouddhiste de Ninh Hòa, puis inspecteur des moines de la province de Khánh Hòa. Durant cette période passée dans le centre du Viêt Nam, il assume en outre la responsabilité de la construction de 14 pagodes. En 1934, il s'installe dans le Sud, et parcourt les provinces pour y diffuser les enseignements du bouddhisme. Il se rend également au Cambodge, où, pendant deux ans, il étudie les enseignements de la tradition theravāda, avant de revenir au Viêt Nam, où il se réinstalle.
Il supervise la construction de dix-sept nouvelles pagodes, soit au total 31 lieux de culte érigés sous sa responsabilité. La dernière d'entre elles, dédiée à la déesse Quán Thế Âm (sanskrit IAST Avalokiteśvara), est située dans le district de Phú Nhuận, province de Gia Định, en banlieue de Saïgon (la rue dans laquelle elle a été construite, a été renommée rue Thich Quang Duc en 1975).
Après la période consacrée à la construction de ces édifices religieux, il est simultanément nommé président du Groupe des Experts des Cérémonies et Rites de la Congrégation des moines vietnamiens, et moine supérieur de la pagode Phuoc Hoa, qui était alors le siège de l'Association des Études Bouddhistes du Vietnam (AEBV).
Lorsque le siège de l'association sera transféré à la pagode Xá Lợi, alors principale pagode de Saïgon, il démissionnera de ses fonctions de moine supérieurThích Nguyên Tạng (2005), Tiểu Sử Bổ Tát Thích Quảng Dức (en Vietnamese), Fawker: Quảng Đức Monastery (published 1 May 2005), retrieved 20 August 2007..
Contexte religieux vignette|Drapeau bouddhique. Les enquêtes démographiques de l'époque font ressortir qu'entre 70 et 90 % de la population vietnamienne est bouddhiste Marvin E. Gettleman, Vietnam: History, documents and opinions on a major world crisis, (1966), New York, Penguin Books, pp. 275-276 et 366.Article intitulé "The Religious Crisis", publié dans le Time Magazine (14 June 1963), retrouvé le 21 août 2007.Spencer C.Tucker, Encyclopedia of the Vietnam War, Santa Barbara: ABC-CLIO(2000), pp.49, 291, 293. .Daniel Ellsberg, "The Situation in South Vietnam – SNIE 53-2-63", The Pentagon Papers, (10 juillet 1963), Gravel Edition, Volume 2,pp.729-733..
Ngô Đình Diệm, qui appartient à la minorité catholique, mène une politique de discrimination à tous les niveaux de l'État : attribution des postes au sein des services publics, nomination des hauts-gradés de l'Armée, attributions de terrains, avantages fiscaux et commerciaux, favorisent exclusivement les membres de la communauté catholiqueSpencer C. Tucker, Encyclopedia of the Vietnam War, Santa Barbara : ABC-CLIO(2000), p.291 .. Un jour, oubliant qu'il s'adressait à un officier supérieur bouddhiste, Diem lui dit : « Placez vos officiers catholiques aux postes sensibles. On peut leur faire confiance ! »Marvin E. Gettleman,Vietnam: History, documents and opinions on a major world crisis,(1966), New York, Penguin Books, pp. 280-282..
De nombreux officiers se convertissent au catholicisme afin de favoriser leurs carrières Marvin E.Gettelman, Vietnam: History, documents and opinions on a major world crisis, New York, Penguin Books (1966), pp. 280-282.. En outre, dans les villages, les armes à feu d'auto-défense ne sont distribuées qu'aux paysans convertis Gilbert Harrison, South Vietnam: Whose funeral pyre?, The New Republic (29 June 1963), p. 9.. Certains prêtres entretiennent leurs propres milices armées Denis Warner, The Last Confucian, New York, Macmillan (1963)., convertissent de force, pillent les villages et brûlent les pagodes. Ceci en toute impunité, car les autorités gouvernementales ferment les yeux sur leurs agissementsBernard Fall, The Two Viet-Nams, Praeger Publishers (1963)..
Le statut particulier « privé », qui avait été imposé par l'administration coloniale française, et dont l'obtention était nécessaire pour être autorisé à organiser ou participer à des activités relevant du bouddhisme, a été abrogé par DiệmStanley Karnow Stanley Karnow, Vietnam: A history, New York: Penguin Books (1997),.. D'autres avantages ne sont accordés qu'aux villages catholiques : exemption des « travaux-corvées » d'intérêt général, répartition préférentielle de l'aide matérielle accordée par les États-Unis. Les villages bouddhistes ne reçoivent que la portion congrue.. L'Église catholique romaine, le plus grand propriétaire foncier du pays, bénéficie d'exemption fiscale et n'est pas soumise à la réforme agraireJoseph Buttinger, Vietnam: A Dragon Embattled, Praeger Publishers (1967).. Le drapeau du Vatican est arboré à l'occasion de tous les événements publics célébrés au Sud-Vietnam. En 1959, Diệm dédie le pays à la Vierge Marie Gilbert Harrison,"Diem's other crusade", The New Republic (22 June 1963).. vignette|Drapeau du Vatican. Mais début le mécontentement des bouddhistes est à son comble, à la suite de l'interdiction de déployer leurs bannières à l'occasion de Vesak qui célèbre l'anniversaire du Bouddha historique. Cette décision est prise par le frère aîné de Diệm, le cardinal Ngô Đình Thục, archevêque de Huế, qui encourage tous les catholiques à agiter ce jour-là le drapeau du Vatican.
Bravant l'interdiction, une foule se forme et se dirige vers la station de la Radiodiffusion nationale. Les troupes gouvernementales tentent en vain de les stopper et tirent sur les manifestants. Neuf personnes sont tuées. Diệm refuse d'en assumer la responsabilité, qu'il attribue au Vietcong communiste. Ce déni ne fait qu'attiser la colère des bouddhistes, lesquels manifestent de plus en plus, réclamant l'égalité religieuse que Diệm leur refuse..
Le jour de l'acte Avant l'acte Le , un porte-parole des bouddhistes informe les reporters américains qui sont à Saïgon, que « quelque chose d'important » va se dérouler le lendemain matin, à proximité de l'Ambassade du Cambodge. Bien que la « crise bouddhiste » (en vietnamien : Biến cố Phật giáo) » dure déjà depuis plus d'un mois, la plupart d'entre eux n'accordent aucune attention particulière à cette information. À l'exception de quelques-uns, dont David Halberstam du New York Times, et Malcolm Browne, chef du bureau de l'Associated Press à Saïgon. Le matin suivant, mardi , ils sont présents sur les lieux.
En fin de matinée, ils voient arriver une voiture, une Austin Westminster sedan de couleur bleu ciel, qui roule au pas, suivie d'environ trois-cent-cinquante moines et nonnes bouddhistes, répartis en deux colonnes. La procession s'est élancée d'une pagode proche. Ils portent des bannières, sur lesquelles ils dénoncent, écrit en vietnamien et en anglais, les persécutions que subissent les bouddhistes, et demandent au gouvernement de respecter les promesses faites en matière d'égalité religieuse.
Le véhicule s'immobilise au carrefour des rues Phan Đình Phùng et Lê Văn Duyệt (maintenant rues Nguyễn Đình Chiểu et Cách Mạng Tháng Tám), non loin du palais présidentiel (aujourd'hui palais de la réunification). Trois moines en descendent. Le premier place un coussin au milieu de la rue ; le second ouvre le coffre de la voiture d'où il retire un bidon rempli d'essence ; le troisième est Thích Quảng Đức, qui va calmement s'asseoir sur le coussin, en position du lotus, posture traditionnelle de méditation.
Le second moine l'asperge d'essence sur la tête, jusqu'à la dernière goutte, puis va rejoindre le cercle des processionnaires qui s'était formé autour de Đức, qui fait tourner entre ses doigts les grains de bois d'un chapelet, tout en prononçant : « Nam mô A Di Đà Phật ! ("Louange au bouddha Amitābha !") Pour plus détails sur cette invocation, se reporter à l'article Nianfo (Wikipedia en français). Enfin, il craque une allumette qu'il laisse tomber sur lui-même. Ses robes et son corps s'enflamment. Un nuage de fumée noire se forme autour de lui et l'enveloppe.
Quelques jours avant son geste, il avait rédigé le texte suivant (extrait) :
L'acte d'auto-immolation, ainsi qu'il s'est déroulé, a été le fruit d'une décision collégiale, prise par l'ensemble du corps monastique. Un autre moine s'était porté volontaire pour l'accomplissement final. Mais la qualité de Hòa thượng (Très Vénérable) de Thích Quảng Đức a prévalu pour la désignation.
Le journaliste David Halberstam (a qui sera décerné le Prix Pulitzer en 1964, conjointement avec le photographe Malcolm Browne, Catégorie « International reporting », pour leur couverture de l'évènement), écrira plus tard :
Après l'acte