L'université de Constantinople, également connue sous le nom d'université du Palais de la Magnaure (en grec : Πανδιδακτήριον της Μαγναύρας) est la dénomination regroupant les institutions d'enseignement supérieur qui existèrent dans la ville de Constantinople au cours de la période byzantine, bien qu'on ne puisse pas dire qu'il y ait eu une continuité réelle, mais plutôt des refondations successives et des formes diverses. Des sources font remonter sa fondation en 425"The Formation of the Hellenic Christian Mind" par Demetrios Constantelos, : "The fifth century marked a definite turning point in Byzantine higher education. Theodosios ΙΙ founded in 425 a major university with 31 chairs for law, philosophy, medicine, arithmetic, geometry, astronomy, music, rhetoric and other subjects. Fifteen chairs were assigned to Latin and 16 to Greek. The university was reorganized by Michael ΙII (842–867) and flourished down to the fourteenth century". par l'empereur Théodose II sous le nom de Pandidakterion (Πανδιδακτήριον).

Plusieurs chercheurs considèrent le Pandidakterion comme la première université dans le monde. Les centres d'enseignement supérieur byzantins ressemblent toutefois davantage aux écoles antiques qu'à la structure corporative des universités médiévalesRobert Browning : "Universities, Byzantine", in: Dictionary of the Middle Ages, Vol. 12, Charles Scribner's Sons, New York, 1989, pp. 300–302 (300): . Néanmoins, le Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge identifie le Pandidakterion comme une « institution universitaire »Marina Loukaki: "Université. Domaine byzantin", in: Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge, Vol. 2, Éditions du Cerf, Paris, 1997, , p. 1553: .

Histoire Fondation Il y eut un enseignement supérieur à Constantinople dès le , même si à l'époque les centres principaux étaient plutôt Alexandrie, Antioche et Athènes, et Beyrouth pour le droit : Constantin avait fondé dans sa nouvelle capitale une bibliothèque publique, qui avait au , et Julien en ajouta une autre.( ou est la référence pour ces chiffres ? )

Dès le règne de Constance II, des enseignants importants, patronnés par l'empereur, exerçaient dans la capitale : Libanios, Thémistios, Euanthius, Charisius... Par une Constitution du , l'empereur Théodose II organisa un corps de 31 professeurs qu'il installa dans le « Capitole », un temple construit au sur le modèle de celui de Jupiter capitolin à Rome, mais qui était christianisé, et qui se trouvait au bord du Philadelphion, la bifurcation de la Mésè, artère principale de la villeVoir C. Mango, Le développement urbain de Constantinople (), De Boccard, 1990, 28-30.. Les professeurs de cet « Auditorium » détenaient le monopole de l'enseignement en public dans la ville (et devaient s'abstenir eux-mêmes de tout enseignement privé) ; leur nomination appartenait au sénat ; sur les 31, il y avait 10 grammairiens de langue grecque, 10 de langue latine, 5 rhéteurs grecs, 3 latins, 1 philosophe grec et 2 juristes latinsCod. Theod., XIV, 9, 3 ; XV, 1, 53.. Cet « Auditorium » du Capitole fonctionnait encore au milieu du , sous JustinienJean le Lydien, De Magistr., III, 29. ; il n'en est plus question ensuite dans les textes. Justinien lui-même développa l'enseignement du droit, concentré dans la capitale surtout après la destruction de Beyrouth par un séisme et un raz-de-marée en 551 ; l'enseignement juridique semble avoir été installé dans la Basilique impériale, près du PalaisAgathias de Myrina, Anthologia graeca epigrammatum Palatina, IX, 66..

Sous Héraclius, Étienne d'Alexandrie, que l'empereur avait fait venir dans la capitale, enseigna dans un établissement appelé le Πανδιδακτήριον ; il semble que les cours en général, et non pas seulement ceux de droit, se donnaient alors dans la Basilique impérialeD'après ce qui ressort du Dialogue entre Philosophie et Histoire, de Théophylacte Simocatta, éd. de Boor, 20-22.. Mais la mort du « professeur œcuménique » (titre de signification discutée) laissa Constantinople sans enseignement de haut niveauSi l'on en croit l'Autobiographie d'Anania de Shirak, qui affirme qu'on venait de la capitale suivre les cours de Tychicus de Trébizonde..

Période troublée Le devenir de l'enseignement dans les deux siècles suivants est très incertain. Le patriarche Nicéphore, dans son Breviarium (écrit vers 780), affirme que l'enseignement « disparaissait » (ήφανίζετο) avec d'autres institutions pendant la guerre civile des années 711-715Breviarium, 52.. Cependant l'existence d'hommes instruits au , et le fonctionnement ininterrompu de l'État byzantin, prouvent à l'évidence qu'un enseignement autre que primaire continua toujours d'être dispensé dans la capitaleP. Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris, 1971, ch. 4, et A. Moffatt, « Schooling in the Iconoclast Centuries » dans A. Bryer et J. Herrin (dir.), Iconoclasm, Birmingham, 1977, 85-92.. Il semble qu'à partir du au moins, et sans doute avant, des cours publics aient été donnés dans des églises : sous le patriarcat de Taraise (784-806), il s'en donnait dans la cathédrale Sainte-Sophie et dans une église des Chalcoprateia W. Lackner, « Ein byzantinisches Marienmirakel », dans Βυζαντινά, 13, 2, 1985, pp. 833-860. ; Antoine Kassymatas enseignait la grammaire dans l'église des Saints-Théodores Ta Sphôrakiou avant son accession au patriarcat en 821Scriptor incertus de Leone Armenio, Corpus de Bonn, 350.Les églises des Chalcoprateia et l'église Saint-Théodore Ta Sphôrakiou se trouvant de part et d'autre de la Basilique impériale, il est possible qu'il faille voir là une continuité avec l'enseignement donné en ce lieu au temps d'Héraclius ; voir P. Magdalino, Constantinople médiévale : études sur l'évolution des structures urbaines, De Boccard, 1996, 37-40.. À cette époque aurait également vécu le grammatikos Georges Choiroboskos, dont on a conservé un important matériel de cours.

Renaissance macédonienne Léon le Mathématicien, l'un des initiateurs de la « Renaissance » byzantine du , ne trouva, paraît-il, dans la capitale, dans les premières décennies du siècle, ni d'enseignement de bon niveau, ni de bibliothèque, à même d'étancher sa soif de connaissanceThéophane continué, PG 109, col. 109, 215. La bibliothèque publique de Constantin, victime d'un incendie en 476, aurait été intégralement reconstituée (selon un passage des Byzantiaka de l'historien contemporain Malchos de Philadelphie, conservé dans les Excerpta de incendiis de Constantin VII Porphyrogénète), mais on ignore ce qu'elle devint ensuite.. Étant parvenu à acquérir une grande science en voyageant, ( ou est la référence ? quels lieux ? )

il ouvrit, à son retour, une école dans une maison particulière, puis, remarqué par l'empereur Théophile et son ministre Théoctiste, il fut installé par eux dans l'église des Quarante-Martyrs, sur la grande artère appelée la Mésè (en 829-832 ou 838-840 selon les sourcesThéoph. cont., éd. cit., col. 200-206, et Syméon Magistros, éd. Bekker, 638-640.).

À une date indéterminée située sans doute entre 855 et 863, le césar Bardas installa Léon et trois autres professeurs dans le palais de la Magnaure (une partie du palais impérial) : Léon enseignait la « philosophie » (c'est-à-dire donnait un enseignement général), Théodore (ou Serge), un de ses disciples, la géométrie, Théodègios l'arithmétique et l'astronomie, et Komètas la grammaire. Il ne semble pas qu'il faille voir ici la fondation d'une « université » officielle (qui serait d'ailleurs de très petite dimension), mais un simple acte de mécénat de la part de Bardas. On ignore ce qu'il advint de cette école de la Magnaure après la disparition de son patron et de ses professeurs ; mais elle laissa un grand souvenirJoseph Génésios, Basileiai, Corp. Script. Hist. Byz., 98.. ( Vraiment ? on ne parle pas de cette école )

Au , Constantin VII Porphyrogénète réinstalla des professeurs dans la Magnaure, mais on ne peut pas dire dans quelle mesure il y a eu continuité ; d'autre part, même si d'anciens élèves de l'institution occupèrent ensuite d'importantes fonctions, il ne semble pas qu'elle ait eu un caractère officiel : il s'agissait, là encore, de simple mécénat impérial P. Speck, Die kaiserliche Universität von Konstantinopel. Präzisierungen zur Frage des höheren Schulwesens in Byzanz in 9. und 10. Jahrhundert (Byzantin. Archiv, 14), Munich, 1974..

L'enseignement à Byzance était une affaire essentiellement privée, même pour ceux qui étaient destinés à la haute fonction publique. Les grammatikoi des enseignaient surtout isolément dans des locaux privés ; au se développèrent des écoles collectives organisées. Le gouvernement impérial et aussi le patriarcat accordaient éventuellement des subventions ; parmi les empereurs, si certains, comme Constantin VII Porphyrogénète, étaient passionnés de culture et s'entouraient de « philosophes » et de savants, d'autres, comme son petit-fils Basile II, étaient indifférents ou hostiles et n'accordaient aucun soutienMichel Psellos (Chron., I, 29) dit que Basile II « avait un total mépris » (παντάπασι καταπεφρονήκει) des gens savants, et que sous son règne les gens qui s'adonnaient aux lettres, d'ailleurs assez nombreux, ne pouvaient le faire que de façon purement désintéressée.. Mais d'autre part, plusieurs sources des prouvent que les écoles étaient organisées en corporation, et qu'il fallait pour en ouvrir une postuler une licence auprès du collège professionnel et ensuite une confirmation du gouvernement impérial : la distinction « public » / « privé » n'était pas aussi nette dans cette société. ( ou est la référence ? )

Il faut dire un mot de l'enseignement du droit avant Constantin Monomaque. Au temps de Léon VI le Sage, qui réforma cet enseignement, les professeurs des écoles de droit formaient deux classes : les didaskaloi, chargés de la culture générale (egkyklios paideusis) nécessaire aux futurs juristes, et les nomikoi, qui enseignaient le droit lui-même ; les deux catégories faisaient partie juridiquement de la corporation des notaires (taboularioi), et c'est le collège de cette corporation qui choisissait les titulaires des chaires, confirmés par l'éparque. Les notaires, au nombre de vingt-quatre dans toute la ville, avaient leur étude, appelée aussi « chaire » (kathedra), dans les enceintes d'églises, et les écoles de droit étaient attenantes à des « chaires » de notaireLivre de l'Éparque, 13 sqq.. L'église des Quarante-Martyrs, par exemple, où Léon le Mathématicien fut installé par l'empereur Théophile, possédait une « chaire » de notaire et une école de droit, et conserva ensuite des professeurs d'enseignement général.