vignette|La bande magnétique était souvent utilisée pour créer des bandes master.

La mastérisation., ou matriçage, en anglais mastering (), est un processus audio consistant à préparer et transférer un ensemble d'enregistrements pour en faire un programme sur un support physique ou numérique, lequel servira à une fabrication en série ou à la diffusion. Son but premier est de rendre homogène cet ensemble. Pour l'audio, l'approche diffère selon le type d'album (album original ou compilation).

La mastérisation vise à obtenir un master (enregistrement principal), lequel est l'élément unique destiné aux étapes ultérieures (notamment en vue d'obtenir une matrice pour le pressage de CD). Il est important de garder à l'esprit qu'en matière d'audio, les masters se succèdent. Par exemple, en studio, il y avait une bande master et des copies de cette bande (notons que ces notions s'appliquaient surtout à l'enregistrement analogique, les copies numériques étant en principe identiques à l'original).

Dans le jargon contemporain de la production musicale, le terme ne s'applique qu'à la réalisation d'un produit final directement utilisable, soit en duplication physique, soit en diffusion par internet. Il peut aussi définir l'ensemble des traitements audio, puis l'enregistrement d'un support destiné à être reproduit par un copieur de CD-R ou du matériel de pressage physique ou numérique.

Histoire Période analogique La bande magnétique pour l'enregistrement sonore est inventée en 1928 en Allemagne par Fritz Pfleumer, basée sur l'invention de l'enregistrement sur fil magnétique par Valdemar Poulsen en 1898. La connaissance de cette technologie n'est pas sortie des frontières de l'Europe avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’introduction de cette technique d’enregistrement a permis la gravure des matrices indépendamment du lieu et de la date de l’enregistrement originel. Bien que cette méthode ainsi que d’autres avancées technologiques aient fortement amélioré la qualité audio des enregistrements commerciaux dans l’après-guerre, les mêmes contraintes au niveau du processus du mastering électromécanique demeurèrent. C’est-à-dire que les limites physiques des supports principaux de reproduction sonore commerciale, le disque microsillon vinyle 78 tours et plus tard, le 45 tours ainsi que le 33 tours demeuraient supérieures, au niveau de la qualité sonore, de la gamme dynamique et de la durée, en comparaison avec les supports futurs tels que le CD.

L'industrie de l'enregistrement est révolutionnée par l'introduction de l'enregistrement magnétique à la fin des années 1940.. Cela rend possible l'obtention de copies conformes, avec la préparation précise des éléments enregistrés, même d'origines diverses. Avant la gravure de la matrice, la bande master subissait un traitement électronique par un ingénieur spécialisé. À la suite de l’arrivée de cette technique, il fut découvert que le résultat final sur vinyle de ces enregistrements, en particulier ceux de la pop, pouvait être amélioré grâce à cette étape. Ceci grâce à la possibilité, entre autres manipulations, d’effectuer des réglages fins au niveau de l’amplitude du son sur des bandes de fréquences déterminées (égalisation et compression) avant la gravure de la matrice.

Années 1950–1980 Dans les majors tels que EMI, le processus de mastering était généralement contrôlé par des techniciens spécialisés qui avaient des méthodes de travail conservatrices. Ces grandes maisons évitaient souvent d’apporter des changements dans leurs processus d’enregistrement et de production. Par exemple, EMI se montra très lent à se lancer dans les enregistrements multipistes et attendit la fin des années 1960 pour enfin installer des enregistreurs huit pistes dans leurs studios à Abbey Road, plus d’une décennie après que les premiers appareils commerciaux de ce type aient été installés dans des studios indépendants américains.

Dans l'enregistrement multipiste, chaque signal d’entrée est enregistré sur sa propre piste sur un appareil multipiste. La bande enregistrée, une fois mixée, est copiée sur une bande mono ou stéréo à partir de laquelle la bande master est recopiée. Une bande multipistes peut être remixée plusieurs fois de différentes manières, par différents ingénieurs du son, donnant la possibilité de produire des masters différents (version mono, version stéréo, version pour les ondes AM, version single).

Le mastering prend son essor dans les années 1980.. Les débuts du mastering ont nécessité un investissement très coûteux, d'une part en machines de gravure, notamment pour les disques vinyle puis les CD, et d'autre part en matériels de traitement audio analogiques puis numériques plus ou moins sophistiqués. À l'exception des machines de gravure analogiques, l'équipement de production de masters musicaux s'est fortement démocratisé, notamment grâce à l'arrivée des traitements audio numériques spécifiques au mastering sous forme de plug-ins (ou insérables). Les graveurs de CD, inabordables à la fin des années 1980, ont subi la même tendance lorsqu'ils ont commencé à équiper les ordinateurs à la fin des années 1990..

La durée d’enregistrement était limitée par le diamètre du disque vinyle. La densité des microsillons était limitée par le fait que ces dernières ne devaient pas empiéter sur les sillons adjacents, limitant la gamme dynamique. Celle-ci était également limitée par le fait que si le signal provenant de la bande master était trop élevé, la tête de gravure hautement sensible risquait de sauter du disque durant le processus de gravure de la matrice. Le processus de mastering a traversé différentes étapes depuis les années 1950 jusqu’à l’avènement du support numérique à la fin des années 1970. Une fois l’enregistrement studio effectué sur bande magnétique multipiste, un mixage final était préparé et copié sur une bande master à une piste mono ou à deux pistes stéréo.

Technologie numérique vignette|Analyse d'un spectre audio sur le logiciel Audacity.

Jusque vers l'an 2000, on utilisait le mot prémastering (en studio) pour définir la dernière étape de la postproduction, qui consistait à préparer et transférer sur un support adéquat des mixages ou des enregistrements, avant l'étape du mastering (en industrie) qui consistait à obtenir une matrice en verre (glass-master.), première étape physique de la fabrication d'un disque optique. Venaient ensuite le pressage, puis le conditionnement et enfin la distribution : CD, SACD, DVD-Audio..

Ultime développement, la dématérialisation des supports de mastering en même temps que l'augmentation des bandes passantes sur les réseaux ont permis le travail à distance par l'envoi des fichiers sur Internet (originaux, tests de traitements, ou envoi des fichiers masters sous forme de DDP aux centres de duplication). Certaines productions musicales, directement diffusées sur Internet, suppriment le processus de duplication physique. Toutefois, le matériel audio de très haut de gamme employé pour les productions de qualité n'a pas subi les mêmes variations de prix. Ce sont des équipements construits en petites séries, fréquemment assemblés manuellement et dûment contrôlés en fin d'assemblage.

Les systèmes numériques sont plus performants et permettent d'effectuer le mixage à des niveaux maximums plus bas. En mixant à avec des crêtes entre -3 et -10 dBFS sur un mix, l'ingénieur de masterisation dispose de suffisamment de headroom pour traiter et produire un master final.. Les ingénieurs en mastering recommandent de laisser une marge de manœuvre suffisante sur le mixage pour éviter la distorsion.. La réduction de la dynamique par l'ingénieur du son a entraîné une guerre du volume dans les enregistrements commerciaux..

Domaines Domaines d'intervention Préparation ou l'édition du son, c'est-à-dire l'assemblage, la mise dans l'ordre des morceaux, l'optimisation de débuts et fins de titres, et le réglage de la longueur des silences intercalés ; Ajustement du volume ; Corrections spectrales (égalisation) d'un titre à l'autre ; Corrections dynamiques : Expansion, (compression, limiter…) ; Corrections spatiales (élargissement ou rétrécissement de l'image sonore…) ; Ajout d'effets divers (le plus souvent, réverbération, delay…).

Audio vignette|Optimisation du niveau mesuré dans une échelle dBFS (FS pour Full Scale).

L'objet du mastering est la recherche d'un résultat sonore optimal à partir d'un mixage terminé, par divers traitements et pour chacun des morceaux. La première étape vise à localiser et éliminer certains défauts ou bruits parasites. La seconde étape définit exactement à quel moment chaque titre commence et la manière dont il se termine, plus ou moins abruptement. Ensuite, le processus consiste à régler l'équilibre des fréquences par une égalisation précise, et à rechercher un volume sonore optimal par le traitement de la dynamique, de même qu'un espace stéréophonique optimum. Les mots « volume sonore optimal » sont souvent compris comme densité sonore maximale.

La recherche du volume le plus fort n'est pas une règle immuable. Si tous les styles de musique sont susceptibles d'être améliorés par un mastering, les traitements pour de la musique électronique, du rock, du jazz ou de la musique classique différeront complètement. Plus il y a d’instrumentation acoustique, plus l'ingénieur doit être vigilant, sous peine de « colorer » négativement l'enregistrement. Lors de cette tâche, il est essentiel de s'assurer de la cohérence de perception des morceaux les uns entre les autres, alors qu'ils peuvent avoir été réalisés dans des conditions très différentes.

Audiovisuel Dans le domaine de l'audiovisuel, le mastering désigne l'ensemble des opérations nécessaires avant duplication (par exemple de DVD) ou diffusion télévisuelle (prêt à diffuser de la télévision HD ou autres, ou de film pour le cinéma (analogique et numérique comme le D-cinéma ou cinéma numérique)). Ces masterings spécifiques vont ajouter une étape d'encodage de compression de données adaptée au format de diffusion, d'encodage de matriçage et l'ajout de métadonnées comme celles utilisées pour l'utilisation du Dolby E..

Caractéristiques Processus et techniques Après le mixage audio, un morceau ou un ensemble de morceaux est assemblé pour devenir un « programme ». Celui-ci se voit appliquer une série de corrections, de traitements et d'informations additionnelles en vue de sa mise en forme, son exploitation ou sa diffusion. C'est l'étape entre la finalisation du mixage des œuvres enregistrées et le pressage du support lui-même (CD, SACD, DVD), ou la mise à disposition publique de fichiers via des plateformes musicales en ligne. Concrètement, cette étape vise à étalonner le spectre et la dynamique de l'œuvre musicale pour tendre à un rendu cohérent pendant l'écoute des différents morceaux composant le programme. Ce procédé est réalisé dans des studios de mastering au moyen de matériel spécifique de très haute précision, permettant de ne pas dénaturer l'œuvre originale enregistrée. Pour l'audio, les techniques de mastering sont étroitement liées à l'ingénieur qui les pratique, chaque ingénieur étant associé à un son qui lui est spécifique.

Le mastering des médias numériques est né du fait que l'ingénieur du son, qui travaille sur le mixage d'un album durant une longue période perd inévitablement son objectivité. Son mixage évoluant d'un titre à un autre crée inéluctablement de légères disparités, notamment dans la courbe tonale, dans la dynamique et dans la présence, que l'on peut résumer par le volume moyen. D'autre part, les auditeurs sont mieux équipés depuis l'avènement du numérique et les dispositifs plus à même de restituer des différences sonores subtiles, même si la plupart des systèmes d'écoute sont loin d'être linéaires dans la reproduction des fréquences.

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