L’arc long anglais (en anglais ), également appelé arc droitarc droit est l'appellation officielle adoptée par la Fédération internationale de tir à l'arc., est une évolution de l’arc gallois. Il s’agit d’un arc médiéval très puissant, d’environ de long, très utilisé par les Anglais, à la fois pour la chasse et la guerre.
Son utilisation par l’armée anglaise naît de ses déconvenues lors des guerres en pays de Galles et en Écosse. Les Anglais décident alors d’y recourir massivement, ce qui permet de vaincre les piquiers gallois, puis écossais. Cette arme se révèle encore décisive pendant la plus grande partie de la guerre de Cent Ans (particulièrement lors des batailles de Crécy, de Poitiers et d’Azincourt).
De nombreuses solutions sont essayées par les Français pour neutraliser cette arme redoutée : mise à pied des combattants montés, augmentation de la surface protégée par des plates dans les armures, protection des chevaux, neutralisation des archers ou création des compagnies d’ordonnances et des francs-archers. Les Français doivent longtemps se résoudre purement et simplement à éviter de combattre les Anglais de front en rase campagne et réorientent leur stratégie vers une guerre de siège, utilisant la tactique de la terre déserte qui laisse les chevauchées anglaises libres de piller le pays. La stratégie défensive qu’implique l’utilisation de l’arc long est seulement battue en brèche par l’apparition de l’artillerie de campagne : l’armée anglaise est alors écrasée à Formigny et à Castillon après avoir été défaite à la bataille de Patay où les archers n'ont pu se retrancher à temps et ont été anéantis par la cavalerie lourde française.
À partir de 1361 et jusqu’environ 1430, l’arc long anglais connut également une présence limitée dans le nord et le centre de l’Italie grâce à la présence des mercenaires anglais de la Compagnia Bianca, au point qu’à la fin du XIVᵉ siècle, des artisans capables de fabriquer des arcs et des flèches « à la manière anglaise » sont attestés à Milan et à Florence.
Au , les archers sont définitivement supplantés par les arquebusiers particulièrement par ceux de l'armée espagnole qui combattent au sein des Tercios.
Description
L’arc
L'étude des 137 arcs longs retrouvés dans l'épave du navire Mary Rose, coulé en 1545, a permis d’enrichir la connaissance de cette arme. Il s'agit d’un arc simple, façonné d’une seule pièce dans de l'if, bois dont les qualités intrinsèques font qu'il se comporte comme un arc composite. D’autres bois d'arc de substitution (par efficacité décroissante : orme, frêne, noisetier, voire chêne) peuvent être utilisés, mais au prix d’une perte notable d’efficacité.. Il mesure entre et . Sa section est circulaire au niveau de la poignée et en forme de D aux extrémités.. Les largeurs sont de en tête de branche, de en milieu de branche et de au niveau de la poignée. La forme de l’arc devant suivre les nervures du bois, l’arc peut parfois avoir une forme bosselée (l’efficacité primant sur l’esthétique). Il ne comporte pas de repose flèche : en position de tir, celle-ci repose sur la main d’arc de l’archer.
L’arc en if présente cette particularité paradoxale d’être un arc simple, façonné dans un matériau d’une seule pièce, tout en se comportant comme un arc composite. En effet, l’if est mis en forme de telle sorte qu’il comprend une partie d’aubier (au dos) et une partie de cœur (ventral), le duramen. L’aubier travaille en traction et le cœur en compression. Leurs propriétés se complètent et confèrent à cette arme des qualités balistiques bien supérieures aux arcs simples tirés d’autres essences..
À partir du début du , le est équipé d’extrémités en corne dotées d’une échancrure où est fixée la corde. Cet accessoire sert d’amortisseur et d’arrêt de corde et accentue la propulsion de la flèche, tout en limitant ses vibrations. La fabrication de l’arc demande environ une journée de travail.
La corde est un élément noble tissé en chanvre et parfois en soie. Son coût compte pour la moitié du coût total d’un arc. Elle est cirée pour être prémunie contre la pluie. D’après les encoches des flèches trouvées sur l’épave de la Mary Rose, on déduit que la corde devait mesurer environ de diamètre.
La fabrication des arcs, des flèches et des cordes d’arc était du ressort d’ouvriers spécialisés, qui bénéficiaient de franchises fiscales et même de remises de dettes..
Les flèches
Les flèches employées avec le sont relativement standardisées, car fabriquées en grande série (il faut pour une campagne entre .). Elles sont volontairement lourdes (pour augmenter leur capacité de perforation), entre au lieu de pour une flèche moderne. Les retrouvées dans l’épave de la Mary Rose mesurent entre ( en moyenne) et sont taillées dans du peuplier ou du frêne The Ship - Armament - Page 7 - Bows The Mary Rose.. L’empennage est confectionné en plume d’oie et mesure entre , selon que l’on souhaite privilégier la précision ou la portée. L’encoche est dégagée sur et peut être renforcée par une petite lamelle d’os ou de corne placée perpendiculairement à la corde.
Accessoires Les flèches sont transportées sur des chariots et fournies aux archers par faisceaux ligaturés de 12 ou 24. Le carquois n’est pas fréquent chez les archers anglais du : le fait de sortir la flèche du carquois prenant trop de temps et ralentissant la cadence de tir, les flèches sont donc plantées à même le sol devant le tireur. Au début du apparaît la trousse, un cylindre de toile cirée ou de cuir fin huilé, dont une extrémité est cousue d’un rond de gros cuir percé de 12 ou 24 trous afin de passer les flèches. Ce carquois très léger permet à la fois de protéger les flèches de l’humidité et aux archers montés de transporter leurs munitions à cheval..
La puissance de l’arc et la technique de tir à 3 doigts imposent le port de gants de cuir. Le modèle type est un demi-gant de cuir fixé au poignet couvrant l’index, le majeur et l’annulaire.
Un brassard en cuir, sanglé sur l’avant-bras qui tient l'arc, protège le tireur du véritable coup de fouet produit par la corde après le décochage.
Performances Considérations mécaniques
Pour obtenir un arc puissant, il faut utiliser un bois nerveux, car la vitesse d’expulsion de la flèche est proportionnelle à la rapidité avec laquelle l’arc reprend sa forme lors du tir. La surface faisant face au tireur est appelée ventre et travaille de manière concentrique (en compression), contrairement au dos qui est face à la cible et travaille de manière excentrique (en traction). Le bois utilisé doit donc offrir la meilleure résistance à ces contraintes de flexion. On utilise pour ce faire la différence de structure entre l’aubier (les cernes extérieurs plus jeunes et plus tendres) et le duramen (les cernes les plus centraux, très durs et très résistants à la compression). Dans le cas d’un arc non composite comme l’arc droit anglais, l’aubier, plus élastique, forme le dos de l’arc et le duramen, plus résistant à la compression, est utilisé comme ventre..
L’if est le bois cumulant le plus grand nombre de qualités nécessaires à la réalisation d’un arc puissant et résistant. Ses fibres de lignine ont un agencement qui leur confère une grande élasticité (en spirales orientées à soixante degrés par rapport à l’axe de la branche, ce qui leur permet de s’étirer en cas de travail excentrique). Il pousse très lentement et ses cernes sont très fins et rapprochés, ce qui divise d’autant le déplacement dévolu à chaque fibre : plus les cernes sont petits, plus le bois est résistant et nerveux. Il a peu de nœuds et est dénué de poches résinifères qui représentent autant de points de fragilité potentiels. Enfin, il est imputrescible, ce qui, avec ses qualités de résistance, lui confère une grande durée de vie.. Il a par contre le défaut d’être toxique (et dangereux pour l’élevage) et a donc été souvent abattu, ce qui en fait un bois rare dont les qualités sont encore améliorées s’il pousse lentement, ses cernes étant alors d’autant plus serrés (les meilleurs exemplaires poussent en altitude et sur un sol pauvre). Les Anglais en importèrent (principalement d’Italie, mais aussi de France et d’Espagne). Richard II et Charles VII en firent planter.
D’autre part, plus l’arc est long, moins il se courbe quand on l’arme et moins il risque d’atteindre ses limites d’élasticité. On peut potentiellement le contraindre davantage, gagnant alors encore en puissance. C’est pourquoi l’arc anglais est particulièrement long : il se déforme moins, donc il perd moins ses caractéristiques avec le temps, risque moins de se briser et gagne encore en portée.
Grandeurs physiques La puissance d’un arc se mesure en livres pour d’allonge (), correspondant à une masse qu’il faudrait attacher à la corde d'un arc horizontal pour la tendre d'autant. Il s'agit en physique d'une force et non d'une masse ou d'une puissance. Traditionnellement, toutes les mesures d'archerie sont en mesures impériales. Pendant la guerre de Cent Ans, où les archers étaient particulièrement entraînés, les arcs nécessitant pour être bandés une force de (soit ou ) étaient particulièrement répandus : les arcs retrouvés sur la Mary Rose nécessitent une force de ().
La vitesse des flèches est initialement d’environ () et chute à () à . Pour une flèche de , l'énergie cinétique initiale à cette vitesse est de l'ordre de 110 joules, et la quantité de mouvement de , ce qui équivaut à une impulsion de même valeur fournie par tireur soit (newtons·seconde). Le temps d'impulsion peut être estimé à ( parcouru à la vitesse moyenne de la moitié de la vitesse finale, soit ) et la force moyenne appliquée à la flèche pendant cette impulsion de 155 N. La puissance développée par l'arc pendant le tir est de l'ordre de .
Portée Leur portée est estimée entre , bien qu’une réplique d’un des arcs trouvés à bord du Mary Rose ait tiré une flèche de à et une flèche de à Mary Rose: The Ship - Armament - Page 6 of 10 - Bows The web site of The Mary Rose Trust.. Les flèches sont cependant incapables de percer une armure de plates à cette distance. Elles sont efficaces contre les cottes de mailles quand la distance est inférieure à et contre les armures de plates en deçà de ..
Pouvoir perforant
En fonction de l’effet recherché, l’archer a le choix entre plusieurs types de flèches. Les plus fréquemment utilisées sont les bodkin pointues de section carrée, particulièrement perforantes et faciles à produire. Les flèches ayant une énergie cinétique modérée (comparativement à celle du projectile d’une arme à feu), elles ne produisent ni effet de choc, ni effet de cavitation. En revanche, du fait de leur grande longueur, elles ont une bonne densité sectionnelle et donc un grand pouvoir perforant.. Dès lors, ce type de flèche est utilisé à courte distance contre l’infanterie lourde ou la cavalerie. Ces flèches, très efficaces contre les cottes de mailles, peuvent cependant ricocher sur les armures de plates si elles n’arrivent pas perpendiculairement à la surface. Pour un tir à moins de , elles peuvent s’enfoncer de plusieurs centimètres, causant des blessures plus ou moins graves.
C’est particulièrement à la tête qu’une pénétration de profondeur limitée est dévastatrice. Cette partie du corps est cependant bien protégée par le profil des bassinets de l’époque, étudiés pour dévier les lances. Les autres points vulnérables du combattant sont le cou et les membres, où passent des troncs artériels susceptibles d’être sectionnés. Pour cette raison, les armures des chevaliers ont progressivement évolué au cours de la guerre de Cent Ans, recourant de plus en plus à l'usage de plates. Les capacités de perforation peuvent être améliorées par lubrification des pointes à la cire, ce procédé permettant aussi de limiter l’oxydation de l’acier (l’utilisation de ce procédé par les archers anglais est probable mais non vérifiée)..