L'espérance de vie en bonne santé (EVBS ; en anglais ou HLY) est . C'est un indicateur difficile à évaluer, et donc souvent remplacé par celui de lespérance de vie sans incapacité (EVSI), un indicateur sanitaire et démographique structurel recommandé par l'Union européenne. La valeur de cet indicateur dépend de la fiabilité statistique des données médicales d'incapacité (handicap physique ou mental, réversible ou non selon les cas).

vignette|redresse=1.6|Espérance de vie en bonne santé par rapport à l'espérance de vie en Europe en 2019, selon le pays. C'est en Espagne que les personnes vivent le plus longtemps en bonne santé.

Cet indicateur fait partie de la famille des « espérances de santé », et plus précisément des espérances de vie sans incapacité (permanentes ou temporairesL'OMS a proposé un indicateur Espérance de vie corrigée de l'incapacité et l'OCDE a recommandé de prendre aussi de mieux prendre en compte les incapacités temporaires qui dégradent la qualité de la vie et ont chez les travailleurs une incidence importante sur l'économie, c'est-à-dire ). Il décrit le nombre d'années que l'on peut espérer vivre en bonne santé ou en étant bien soigné, c'est-à-dire . Histoire Au et depuis les succès de l'hygiénisme, l’espérance de vie a longtemps été considérée comme le meilleur indicateur d’efficacité des politiques de santé et de développement. Mais il est apparu que les progrès de la médecine (et parfois l’acharnement thérapeutique) pouvaient allonger la vie tout en dégradant la qualité de vie, et être source de biais d'interprétation.

L'espérance de vie en bonne santé apparait alors être un indicateur plus pertinent, mais il est cependant très difficile à évaluer.

L'espérance de vie sans handicap physique ou mental, sans restrictions de déplacement ni d'activité est un indicateur qui a alors été développé et qui est de plus en plus utilisé. L'EVSI a été proposé par D.F Sullivan au début des années 1970Sullivan D.F (1971) «A simple Index of Mortality and Morbidity». HSMHA Health reports, avril, vol. 86, 347-354 à partir du constat qu'il avait fait dans les années 1960 de l'imprécision de certains critères d'évaluation de la santé publiqueSullivan D.F (1966) "Conceptual Problems in Developing an Index of Health». Vital and Health Statistics, NCHS, number 17,, série 2, 35 p. , notamment concernant la bonne prise en compte des situations individuelles d'incapacitéSullivan D.F (1971) Disability components for an index of Health. Vital and Health Statistics, NCHS, série 2, n°42, 35 p.. Au milieu des années 1970, cet indicateur a été recommandé par l'OCDE parmi les indicateurs sociaux et de santé à retenirJazairi N.T (1976) Approches to the development of health indicators. Paris, OCDE, Social Indicators Programme, 66 p. OCDE (1976) Measuring Social Well-Being : A progress Report on the development of Social Indicators, Paris, OCDE, 210 p..

Cet indicateur présente aussi un intérêt prospectif pour l'organisation des systèmes de santé, et pour évaluer la durabilité du développement. Il est cependant resté longtemps inutilisé Council of National living Tokyo (1974) Social Indicators of Japan ; Research Comittee Washington DC, US Department of Health (1969) Toward a Social Report. Education and Welfare, 101 p., en raison notamment d'un manque de fiabilité des données statistiques quantitative et qualitative disponibles sur le handicap et l'incapacitéRobine J.M (1982) La Mesure des Incapacités. Une approche de l'état fonctionnel de la population. Mémoire d'Economie appliquée |INSERM, U164| 75 p..

À partir des années 1980 dans les pays riches, l'amélioration de la statistique de santé publique (notamment permise par les progrès de la définition des maladies et d'une classification Internationale des Handicaps [Déficiences, Incapacités, Désavantages] réaliséeWood Ph (1980) « Comment mesurer les conséquences des maladies chroniques » OMS, 34 : 400-405 OMS (1980) International Classification of Impairments, Disabilities and Handicap. Genève — Version française C.I.H. : Déficience, Incapacité et Désavantage INSERM/Le Vésinet. sous l'égide de l'OMS) a permis de mieux prendre en compte et mesurer le handicap et les incapacités dans les enquêtes nationales de santé, et par suite de calculer cet indice, en France à l'INSERM (au sein Unité de recherches 164, sur l'évaluation de l'état de santé et des systèmes de soins et de prévention)Colvez A, Robině J.M (1983) « L'espérance de vie sans incapacité à 65 ans, outil d'évolution en santé publique ». In VII colloque national de démographie. Les âges de la vie, INED. Cahier 102, 103-108Robině J.M, Colvez A (1984) « Espérance de vie sans incapacité et ses composantes : de nouveaux indicateurs pour mesurer la santé ». Population, 1, 27-46. et aux États-UnisKatz S, Branch L.G, Branson M.H & al. (1983) "Active life expectancy". The New England J. of Medicine, vol. 309, n°20, 1 218-1 224. puis dans de nombreux autres pays, permettant peu à peu des comparaisons de pays à pays ou inter-régionales. Au milieu des années 1980, les experts rappelaient qu'il ne faut pas confondre durée de vie et qualité de vieDillard S (1983) — Durée ou qualité de la vie ? CASF — Québec, Ed. officielle du Québec, 70 p. et estimaient toutefois qu'il fallait encore significativement améliorer la mesure de l'incapacité pour rendre cet indicateur plus précisColvez A (1979) Quatre documents sur l'introduction de nouveaux indicateurs de santé pour la planification. M.A.S. Service des études épidémiologiques. Québec, doc. ronéo 111p. Colvez A & Blanchet M (1981) "Disability Trends in the United States Population 1966-76, Analysis of Reported Causes". American Journal of Public Health, 71 : 466-71.Colvez A & Blanchet M (1983) "Potential gains in life expectancy free of disability : a tool for health planning". Int. J. of Epidemiol., 12, 2, 224-229Wilkjns R & Adams O.B (1983) "Health expectancy in Canada, late 1970 : Demographic, Regional, and Social Dimensions". Am. Journal of Public Health, vol. n°9 : 1 073-1 080 Wilkins R (1982) La distribution de l'espérance de vie parmi les différents états de santé : composantes, méthodes de calcul et résultats pour le Québec, 1978. Communication au 5e Congrès de l'ACFAS, 10 p.Wilkins R. & Adams O.B (1983) Healthfulness of life. The Institute of Research on Public Policy. Montreal..

Avantages et inconvénients de l'indicateur EVSI Avantages de l'indicateur Cet indicateur de santé (sanométrie) présente l'avantage d'être synthétique, accordé à l'indice d'espérance de vie et d'éclairer sur la qualité de vie. Les indicateurs d'« espérance de santé » ont été développées pour répondre à la question : « Vit-on plus longtemps mais aussi plus longtemps en bonne santé ? », question par exemple posée en 1980 par J.F. Fries. et par M. Kramer..

Il permet de . Les « espérances de santé » permettent en effet d'ajouter une dimension de qualité de vie au nombre d'années vécues. On peut mesurer l'évolution de cet indicateur dans le temps, mais aussi comparer la situation des pays ou celle de groupes au sein d'une population (selon le sexe par exemple).

Alors que l'OMS proposait de mesurer les conséquences des maladies à l'aide de cinq dimensions dites « rôles de survie » : 1) mobilité physique, 2) indépendance physique, 3) occupations, 4) intégration sociale et suffisance économique., cet indicateur a apporté un jugement qualitatif sur les capacités fonctionnelles (ou inversement sur le degré d'invalidité) des individus, ce qui peut aussi grandement aider à quantifier les besoins de santé et la nature de ces besoins pour mieux planifier l'évolution et le développement des services de santé..

Inconvénients ou limites de l'indicateur Cette mesure dépend fortement de la précision de l'indicateur synthétique d'incapacité, par exemple calculé sur la base de l'évaluation de la mobilité et des capacités physiques (locomotion, agilité, préhension...), de l'indépendance physique et du dégradé d'occupation d'une personne, sur la base d'un indicateur de confinement (au domicile ou dans une institution de soins), de dépendance/autonomie et de restriction des occupations.

À cause des méthodes de calcul utilisées, il a comme inconvénient (ainsi que l'espérance de vie du moment) de ne pas s'appliquer à des individus en particulier, ni à une génération mais à un groupe d'individus (qui connaîtraient successivement aux différents âges de leur vie, la mortalité et les incapacités des différentes générations présentes une année donnée). Le calcul de l'EVSI se fait , or en réalité, dans chaque génération l'espérance de vie des sujets âgés sera sûrement supérieure à la valeur calculée pour cette année.

Ceux qui sont déjà en institution ou en incapacité permanente à 65 ans cette même année ont une EVSI nulle ou quasi nulle, alors que leurs homologues survivant au même âge (65 ans), sans incapacité, ont sûrement une EVSI réelle plus grande.

À ses débuts, l'indicateur ne distinguait pas ou mal les handicaps temporaires ou permanents. Des arrêts de travail pour soins aux enfants ou à des proches malades, pour grossesse ne sont pas des handicaps physiques ou mentaux personnels mais peuvent être des sources de confusion. Les incapacités liées aux grossesses influent considérablement sur les courbes d'incapacité des femmes comparées à celles des hommes entre 20 et 50 ans.

Relativité de l'indicateur et contexte d'utilisation Il y a autant d'« espérances de santé » que de dimensions de la santé, dont l'« incapacité » qui permet de mesurer les difficultés et les limitations rencontrées dans les activités du quotidien (au travail, au domicile, pour les soins personnels) à cause d'un problème de santé.

Par exemple l'indicateur européen EVBS décompte les années de vie avec et sans « limitations dans les activités usuelles ».

Une pathologie peut être invalidante, puis être traitée de manière à supprimer les incapacités, sans que la personne en soit vraiment guérie, c'est le cas par exemple du sida autrefois fortement invalidant puis mortel, aujourd'hui traité par une trithérapie. Le patient vit alors sans invalidité, mais sans être pour autant vraiment guéri et donc en « bonne santé ».

De même une pathologie légèrement invalidante peut ne pas nuire à la vie courante dans un pays riche où des moyens de la compenser sont facilement accessible, et fortement réduire l'indépendance d'une personne dans une région isolée ou dans un pays pauvre.

Cet indicateur quand il est différencié selon les secteurs économiques ou de la société apporte aussi des informations sur les inégalités de santé, avec par exemple la « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte..

L'EVSI est un indicateur qui devient incontournable dans les études économiques et sociales, comme en témoignent les prospectives de l'Institut national de la statistique et des études économiques sur l'emploi, la pauvreté, et le vieillissement démographique en France et en Europe.. À mesure que l'espérance de vie sans incapacité diminue, l'EVSI devient l'un des indicateurs les plus pertinents pour orienter rationnellement les politiques de gestion des réformes du système de retraite, en particulier regard des marges de manœuvre sur les durées de cotisation et des limites d'âge de départ à la retraite (d'un point de vue statistique, lorsque l'âge d'une personne atteint ou dépasse l'ESVI, la probabilité qu'elle soit au chômage pour inaptitude devient quasi certaine, elle ne peut plus cotiser).

Alternative au calcul de l'indicateur