L'orgue est un instrument à vent multiforme dont la caractéristique est de produire les sons à l’aide d’ensembles de tuyaux sonores accordés suivant une gamme définie et alimentés par une soufflerie, chaque tuyau émettant un son de hauteur et de timbre uniques. L'orgue est joué majoritairement à l’aide d’un ou plusieurs claviers incluant souvent un pédalier (clavier actionné par les pieds).

Il existe une autre catégorie d'instruments populaires appelés orgues mécaniques car l'émission sonore est assurée par des tuyaux ou flûtes, mais l'activation se fait par un système automatique de reproduction (cylindres, cartons, mémoire électronique). Certains de ces orgues disposent aussi d'un clavier ou d'un pédalier plus ou moins étendus.

Propriétés littéraires du mot Étymologie Le mot orgue vient du grec (en latin organum), « outil, instrument » (recouvrant par là la notion d’instrument de musique, mais sans lien direct avec l’orgue). Au Moyen Âge, le terme organum désignait également une forme de polyphonie vocale.

L’instrument a reçu de nombreuses appellations métaphoriques : roi des instruments (expression attribuée à Guillaume de Machaut au ) ; ancilla Domini, servante du Seigneur ; mais aussi, plus péjorativement, cornemuses du diableFriedrich Jakob, L’Orgue, Van de Veld/Payot, .. Hector Berlioz écrit dans son traité d'instrumentation et d'orchestration (1844) :

Terminologie Le mot orgue est du genre masculin au singulier. Cependant, au pluriel il peut être soit féminin en parlant d’un seul instrument, dans un sens emphatique (de belles orgues, les grandes orgues de Notre-Dame de Paris), soit masculin en parlant de plusieurs instruments (les orgues fabriqués par Clicquot, les beaux orgues de Paris)Depuis le , on écrit « orgue » au masculin singulier et généralement au féminin au pluriel. Considérant comme emphatique l’habitude qui consistait à utiliser fréquemment le pluriel pour un seul instrument, l’Académie française a décidé, en 1960, que le substantif « orgues » resterait masculin, en s’appliquant désormais à plusieurs instruments..

Orgue partage cette particularité avec les mots amour et délice.

Histoire

Préhistoire de l’orgue On s’accorde sur le fait que le premier orgue a été inventé par un Grec d’Alexandrie, Ctésibios., au .. Cet ancêtre fonctionnait avec de l'eau (celle-ci servant à égaliser la pression de l'air) et reçut le nom d’hydraulos, ou hydraule, c’est-à-dire « flûte (du grec aulos : tube, flûte) qui fonctionne avec de l’eau ».

L'iconographie nous apprend que l'hydraule accompagnait les combats de gladiateurs dans l'amphithéâtre romain. Pétrone, dans son Satyricon, dit que l'essédaire, gladiateur qui combattait sur un char, coordonnait ses gestes à la musique de l'hydraulePétrone, dans son Satyricon, chapitre 36..

De petits orgues comparables à nos orgues dits de Barbarie furent en usage chez les Romains, notamment dans les théâtres ; ceci explique la méfiance des premiers évêques chrétiens à l’égard des joueurs d’instruments et des musiciens, toutes catégories confonduesLe concile d’Arles en 314 avait excommunié tous les gens du théâtre, joueurs de cythares et organistes.. Néron aurait découvert cet instrument pendant un voyage en Grèce, il fit vœu d'en jouer pour célébrer son triomphe si la victoire lui était donnée sur les Gaulois lors de la sédition de 67. Ses successeurs, Élagabal, Sévère Alexandre, Gallien, furent de fervents admirateurs de l’orgueJean Guillou Orgue, Souvenirs et Avenir, ..

Plusieurs fragments d'orgue d'époque romaine ont été retrouvés, dont celui d'AvenchesAnne Hochuli-Gysel, « L’orgue romain d’Avanches/Aventicum », Les Dossiers d’archéologie, , mars/avril 2007. en Suisse. L’orgue disparaît néanmoins d'Occident lors des invasions barbares.

À Byzance, l’orgue devient un instrument de la pompe impériale après le transfert du siège de l’Empire romain. Un orgue a été offert par une ambassade de Constantin V, empereur de Byzance, à Pépin le Bref en 757. Cette réintroduction de l’instrument en Occident, n’a d’abord servi qu’à rehausser la pompe profane des palais.

Ce n’est que plus tard qu’il fait progressivement son entrée dans la chrétienté occidentale : dans les cloîtres d’abord (comme « guide-chant ») au dans les églises. Au , les grandes églises européennes rivalisent entre elles : elles agrandissent leurs instruments ou en construisent de nouveaux. L’orgue est définitivement reconnu par le monde religieuxLe concile de Milan de 1287 admet l’orgue à l’exclusion de tout autre instrument pour l’office..

Du Moyen Âge à nos jours

vignette|gauche|Gravure d'une organiste, 1568. Du vont apparaître les progrès techniques qui susciteront le développement du répertoire. Ainsi sera inventé l’abrégé qui permettra de regrouper les touches en un clavier (les notes étaient alors jouées par des tirettes directement positionnées sous le rang de tuyaux correspondant, empêchant toute virtuosité) à 23 et .. Le pédalier fera également son apparition : une pédale indépendante est attestée dès le pour les instruments suédois de Sundre et Norrlanda, ainsi qu’à Florence ou Halberstadt. Durant cette période, le buffet se développera, les claviers seront multiples pour un même instrument et la possibilité de différencier les jeux qui permettent de faire plusieurs instruments en un seul, abandonnée au début du Moyen Âge, sera redécouverte.

La diffusion de l’orgue fixe dans les églises reste étroitement liée à celle de la polyphonie à quatre parties. Du début du , les progrès techniques accompagnent et suscitent le développement du répertoire, aboutissant à un apogée au cours des dans les principaux centres européens : Italie, France, pays germaniques, Pays-Bas, Angleterre et Espagne, créant des écoles associées de styles différents. En France, apparaît un ouvrage qui sera et restera la référence pour la construction des orgues dans l'esprit et la technique du français : L'Art du facteur d'orgues, Dom Bédos de Celles, 1766.

Du milieu du , l'orgue disparaît complètement du registre musical (phénomène du même ordre que pour le clavecin) au profit de l'orchestre symphonique, y compris dans le registre religieux, et la facture d'orgues cesse lors de cette période.

Au , l'orgue renaît avec l'apparition du style musical romantique et, par la même occasion, de la facture du même nom. La facture romantique renoue avec les progrès technologiques, sous l'impulsion notoire d'Aristide Cavaillé-Coll : ces progrès concernent au premier chef les modes de transmission et la production du vent (avec notamment la première Machine Barker sur son premier opus à Saint-Denis), mais aussi l'esthétique musicale qui allie la puissance à la délicatesse. Les compositeurs à l’utiliser à l'époque seront notamment César Franck et Felix Mendelssohn. La fin du consacrent un orgue-orchestre : l’esthétique symphonique. Dans le même temps apparaît la facture de l'orgue de cinéma qui met en place l'esthétique moderne du son d'accompagnement de l'image avec des bruits (qui peuvent être de la percussion) et des sons mélodiques. Ce mouvement correspond à la mise en place du style laïc, essentiellement aux États-Unis où on trouve de la technologie moderne (par exemple par l'« orgue à vapeur » où le vent est remplacé par de la vapeur d'eau). Le voit cependant un intérêt grandissant pour les instruments anciens et leur style. Ce mouvement initié en Allemagne dans les années 1920 dans le même temps où les parties techniques du clavier sont modernisées avec l'électricité et la commande hydropneumatique, est poursuivi en France et dans les autres pays jusqu'à nos jours. Dans un premier temps, il constitue une esthétique nouvelle tentant une synthèse des orgues du aux styles antérieurs : l'orgue néo-classique. Puis, plus tard, on se met à construire des orgues dans les styles d'avant le que l'on redécouvre, dans un mouvement néo-baroque.

En France, ce mouvement se fait en parallèle avec un vaste chantier de restauration du patrimoine instrumental au titre des monuments historiques.

De nos jours, de nouvelles créations, poussées par le retour des orgues dans les salles de concert qui sont devenues, par leur capacité d'accueil et leurs caractéristiques sonores, plus importantes que les églises (notamment au Japon, en Russie et aux États-Unis), s'inscrivent dans la continuité de la facture de l'orgue néo-baroque ou symphonique en les reprenant avec des technologies nouvelles grâce à l'électricité et l'informatique ou des techniques de tuyaux à anche ou à sifflet dans l'ensemble réétudié des matières porteuses du son de l'orgue.

Caractéristiques et particularités L’orgue se distingue de tous les autres instruments de musique par un certain nombre de caractéristiques qui le rendent à la fois unique en son genre et exceptionnel par bien des aspects : il peut être monumental, aussi grand qu’une maison de plusieurs étages (hauteur maximale du buffet du positif de dos : plusieurs mètres sur certains grands instruments ; hauteur maximale du buffet du Grand Orgue : plusieurs dizaines de mètres pour les plus grands ex : Saint-Eustache, de haut, en vue de face ; tous deux réalisés en bois massif) ; sa tessiture est la plus large de tous les instruments et englobe celle de tous les instruments. Un orgue de dimension moyenne comporte généralement des jeux allant du de Roy, soit , au de Roy, soit (les petits tuyaux de montre), ce qui lui donne une tessiture allant de (premier ut grave du jeu de ) à (fréquence produite par la note la plus aiguë d’un larigot ou deux rangs de mixtures). Sur un orgue plus imposant, on peut trouver un ou plusieurs jeux de (il n'y a pas de tuyaux d'orgue de de Roy, soit dans la facture d'orgue française), et sept orgues au monde comportent un jeu de , le Boardwalk Hall Auditorium Organ à Atlantic City, le Wanamaker Organ de Philadelphie., l'orgue classique du Sydney Town Hall, l'orgue de la First Congregational Church de Los Angeles. le Royal Albert Hall de Londres, celui de la cathédrale de Liverpool, et le grand orgue de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille à LilleCathédrale Notre-Dame-de-la-Treille#L'orgue de tribune.. Parmi ces sept instruments, seuls deux (le Boardwalk Hall Auditorium Organ et celui du Sydney Town Hall) disposent d'un tuyau de réel. Les cinq autres utilisent la résultante entre un jeu de et la quinte d'un jeu de . Le Boardwalk Hall Auditorium Organ dispose en outre d'un jeu de , à partir duquel il est techniquement possible de produire une résultante très basse de en le couplant au jeu de (C-2 qui équivaudrait à un ut d'un jeu de ). La note la plus grave d’un jeu de (inconnu dans la facture d'orgue française), (toujours un ut) fait entendre (C0) et le premier ut du jeu de produit une onde sonore de (C-1) dont la restitution sur CD ne peut être entendue qu'avec un casque. De telles fréquences se situent bien en dessous de la limite audible couramment admise (), seuls les harmoniques sont audibles, ces jeux servent à produire une très basse fréquence fondamentale qui se ressent physiquement plus qu'elle ne s'entend ; l’orgue est le seul instrument qui peut offrir au musicien une console comportant plus de deux claviers (quelques très rares clavecins et harmoniums en comportent trois, mais ce sont des exceptions) et pouvant aller jusqu’à sept claviers, pédalier non compris ; le clavecin et l'harmonium n'existent plus sur le marché des instruments à vent et à cordes pincées depuis la fin du ; bien qu’il ait existé des clavecins et des pianos avec pédalier, aujourd’hui tombés dans l’oubli, et en dehors de la batterie, l’orgue est le seul instrument à clavier et à pédalier, qui se joue à la fois avec les mains et les pieds et qui dispose d’un grand pédalier permettant la virtuosité (toutefois, certains grands carillons ont des pédaliers d'une étendue comparable) ;