, dit « le Désiré » (Sebastião), né à Lisbonne le , jour de la Saint-Sébastien (d’où son prénom), et mort à la bataille des Trois Rois, à Ksar El Kébir, au Maroc le est le seizième roi de Portugal du jusqu'à sa mort. Il est l’avant-dernier monarque de la maison d'Aviz.

Biographie vignette|gauche|Sébastien, roi de Portugal, en 1562. La régence

Fils du prince héritier Jean-Manuel et de l'infante Jeanne d'Autriche, il naît dix-huit jours après le décès de son père. À trois ans, il succède à son grand-père Jean III. Sa mère Jeanne étant rentrée en Autriche peu après la mort de son mari, la régence est menée par sa grand-mère espagnole Catherine de Castille de 1557 à 1562. Très populaire, elle se démet toutefois du pouvoir au bout de cinq ans, et le transmet au grand-oncle du roi, le cardinal Henri de Portugal de 1562 à 1568.. Le jeune roi reçoit l'enseignement des jésuites et des dominicains.. Il est soumis à l'influence de son confesseur, Luis Gonçalves de Camara, et du frère de celui-ci, Martim, qui sera à la majorité ministre principal de Sébastien, faveur qu'il gardera jusqu'en 1576.

L'époque de la régence correspond à l'expansion coloniale portugaise en Angola, au Mozambique, à Malacca et l'annexion en 1557 de Macao. Au niveau législatif, la plus grande partie de la régence est consacrée au développement des affaires de l'Église : nouveaux évêchés en métropole et en outre-mer, renforcement de l'Inquisition et extension de son pouvoir jusqu'aux colonies indiennes, ratification et application des décisions du concile de Trente, établissement d'une nouvelle université à Évora (1559) dont l'enseignement est confié à la Compagnie de Jésus.. L'érection de la cathédrale Sainte-Catherine de Goa est commencée en 1562 pour célébrer la conquête de la ville par Afonso de Albuquerque en 1510.

En échange de cette soumission à l'Église, les régents obtiennent des bulles pontificales qui obligent le clergé portugais à soutenir la défense des colonies et du territoire métropolitain.

Au pouvoir

Dès sa majorité en 1568, Sébastien prend en main le pouvoir. Malgré quelques négociations en vue d'épouser l'archiduchesse Élisabeth d'Autriche, sœur de la reine d'Espagne, le roi ne se mariera pas. “Roi vierge” et “roi chevalier”, dom Sébastien s'intéresse aussi bien au gouvernement qu'aux plans de conquêtes visant l'Afrique du Nord, afin de propager la foi chrétienne. Pour De Oliveira Marques, il est ; pour d'Antas, il est . Religieux, austère, chaste mais d'un caractère violent, emporté, voire despotique ; passionné par tous les exercices du corps, tels la chasse ou la joute, il est également fort belliqueux, trait dans lequel le confortent ses courtisans. S'il laisse encore au début de son règne des bribes de pouvoir à sa grand-mère, il finit par se passer de ses conseils, et se lance avec ses favoris dans la construction d'un Empire. Pour ce faire, il exige de l'Église les fonds nécessaires, et lève des impôts supplémentaires pour prélever sur la population ce que le clergé ne peut débourser. Le financement n'étant toujours pas suffisant, Sébastien est obligé de faire des emprunts, et doit en échange accorder certains bénéfices, comme le monopole de la vente d'épices pour une durée limitée.. Le roi échange également des fonds aux nouveaux convertis contre la promesse papale de ne pas confisquer les biens des condamnés de l'Inquisition. .

vignette|gauche|Sébastien roi. Durant cette période, et jusqu'à la fin du règne de Sébastien, le gouvernement intérieur du Portugal est en proie aux luttes d'influence entre la reine-mère Catherine et ses opposants .. Une loi somptuaire est promulguée en 1570, soutenue par le clergé qui y voit le respect des commandements de l'Église : cette loi définit notamment les viandes permises ou interdites, comment dépenser son argent, proscrivant la majeure partie des importations tout en oubliant de préciser ce qui était luxe et ce qui ne l'était pas. Mais le roi s'intéresse de toute façon trop peu à la situation intérieure de son pays : passer en Afrique se couvrir de gloire est son seul souci. avait abandonné certaines conquêtes africaines pour reconcentrer l'effort colonisateur portugais sur l'Inde, mais Sébastien compte bien cueillir des lauriers là où son grand-père avait renoncé, et étendre encore le Maroc portugais.

L'Afrique

Préparatifs et alliances

Ayant organisé un corps d'infanterie d'élite en 1571, Sébastien souhaite l'exercer sur le champ de bataille. En 1574, il se rend donc au Maroc durant trois mois, afin d'affronter les Maures. Mais son armée, peu nombreuse, ne peut que lancer quelques escarmouches sans lendemain. À son retour, il prépare une nouvelle expédition contre les Maures. Dans ce but, il promet son aide à Mulay Muhammad Al-Mutawakkil, Sultan du Maroc détrôné en 1575 par son oncle Mulay 'Abd al-Malik qui avait le soutien du sultan ottoman . Toujours prêt à franchir le détroit, Sébastien tente une nouvelle fois d'intéresser à son expédition. Son émissaire à la cour espagnole négocie également un mariage avec la fille (aînée selon quelques historiens). Le roi d'Espagne accepte de prêter des galères et des hommes, mais ne croit guère en la réussite du projet, tout comme le puissant duc d'Albe, favori de Philippe. Toutefois, Philippe reçoit Sébastien à Guadalupe à la Noël 1576, et accepte l'intervention du Portugal en Afrique, sous conditions que l'expédition se déroule courant 1577, et n'aille pas plus loin que Larache. Mais Philippe abandonne le roi de Portugal face aux Marocains, sans doute en partie à cause de la reprise des hostilités en Flandres, et en partie également à cause du manque de préparatifs du côté portugais.

Malgré l'opposition de Juan de Mascarenhas, général portugais, suivie des conseils de prudence de Catherine d'Autriche., l'offensive tant souhaitée est préparée pour l'été 1578. Le pape accorde apparemment au roi de Portugal une bulle de croisade. Le roi d'Espagne renouvelle encore plusieurs fois ses conseils de prudence (notamment à l'occasion des condoléances offertes après la mort de Catherine, en ), même si certains chroniqueurs avancent que l'Espagne avait beaucoup à gagner quel que soit le résultat de l'aventure africaine. De même, de Tanger, Mulay Muhammad exhorte le souverain à ne pas se mettre à la tête de l'expédition, par crainte, dit-il, que les Maures croient que les Portugais viennent soumettre le pays (ce qui est sans doute le plan de Sébastien). Mais en 1577, la ville d'Arzila, tenue par un partisan d'Al-Mutawakkil, se soumet au gouverneur portugais de Tanger, plutôt qu'aux forces d'Abd al-Malik. Cette « victoire » attise la hâte du roi de Portugal de passer en Afrique à la tête de ses troupes.

Le corps expéditionnaire ne constitue alors qu'une armée faible, indisciplinée et inorganisée. Outre les forces portugaises, des mercenaires « allemands » (en fait flamands, envoyés par Guillaume de Nassau), italiens (devant être envoyés par le Grand-duc de Toscane, et finalement subtilisés au papeLa troupe avait été recrutée par un Anglais, Thomas Esternulie, créé récemment marquis par le pape, et doit servir à lutter contre , en Irlande. Sébastien convainc le marquis de se joindre à son expédition .) et castillans J. M. Anderson, The history of Portugal, Ed. Greenwood Publishing Group, 2000, et suivantes , (enrôlés directement par Sébastien) accompagnent l'expédition : en tout , plus de et quelques centaines de surnuméraires embarquent à Lisbonne le (ou le 24) et débarquent à Tanger le , sous le commandement direct du roi.. La moitié environ des troupes n'est pas portugaise.

Début de l'expédition

vignette|gauche|Le port d'Arzila en 1572. Trois jours après Tanger, les troupes s'embarquent pour Arzila, où elles attendent encore douze jours les fournitures de l'expédition. Durant cette attente, un affrontement a lieu avec un petit corps envoyé en reconnaissance par Abd al-Malik, promptement repoussé par l'armée portugaise et ses alliés. Sébastien est trompé par ce léger succès, au point de mépriser les avertissements que lui fait Abd al-Malik le . Celui-ci lui envoie par lettre des remarques, notamment sur le fait que le roi de Portugal soutient celui qui a assiégé Mazagan, et y a massacré des chrétiens ; malgré les promesses de Mulay Muhammad, ce dernier n'a aucun territoire sous son autorité alors qu'Abd al-Malik peut proposer, en échange de la paix, de donner certains territoires et villes (sauf les plus importantes) au protégé du Portugal. Sébastien voit cette missive comme une preuve de la terreur que ses troupes susciteraient chez l'ennemi . ., et convoque aussitôt un conseil de guerre pour décider de la conduite à tenir.

Trois options sont examinées lors de ce conseil : transporter par bateau la troupe et débarquer à Larache pour prendre la ville, conduire la troupe le long de la côte sans perdre de vue la flotte, passer par l'intérieur des terres afin d'abréger le trajet et de rencontrer l'ennemi directement. La dernière proposition est celle que retient le roi, malgré les recommandations du , qui recommande la prise rapide de Larache, afin d'y avoir un havre qui rendrait plus simple toute autre opération . .. Mais Sébastien souhaite partir au plus court, directement sur l'armée ennemie, prendre au besoin Alcácer-Quibir et ensuite se rabattre sur Larache. La flotte a pour ordre de rejoindre directement Larache par la mer.. Ne prenant que quelques jours de vivres, l'armée terrestre quitte Arzila le , et, après un détour pour se ravitailler en eau, progresse désormais difficilement dans le territoire africain, en butte à la chaleur et aux harcèlements des troupes autochtones.. Il est rapidement décidé de rentrer sur Arzila, mais la flotte a déjà quitté ce point, et ne peut donc les secourir : Sébastien ordonne le de reprendre la marche en avant, suivant l'Oued al-Makhazin, affluent du Loukkos, qui n'est pas encore à sec.

Pressés par la difficulté de traverser le Loukkos, les Portugais préfèrent franchir le Makhazin afin de s'affranchir des contraintes de la marée.. Après ce franchissement, fait le , l'armée se trouve dans une position très favorable, couverte par le Makhazin et les différents bras du Loukkos. Deux choix s'offrent à eux : traverser à son tour le Loukkos, en direction d'Alcácer-Quibir, où se trouve l'armée d'Abd al-Malik, ou se diriger sur le gué en direction de Larache. Malgré les exhortations de Mulay Muhammad, qui se retrouve bientôt menacé directement par les favoris royaux, la troupe se dirige vers les forces ennemies, qui font de même : la confrontation se fait aux heures les plus chaudes de la journée, celles qui sont les moins favorables aux Européens..

Bataille

vignette|gauche|La bataille des Trois Rois, les troupes portugaises (à gauche) font face aux Maures (à droite). vignette|Reconnaissance du corps de Sébastien. L'armée de Sébastien, outre les qui avaient débarqué à Tanger, compte désormais plus de grâce aux fidèles de Mulay Muhammad, ainsi que trente-six canons.. Toutefois, cette armée est composée essentiellement de troupes lourdement armées, alors qu'il aurait fallu pour combattre dans ces conditions des troupes bien plus légères.. En face, l'armée d'Abd al-Malik est forte de plus de et plus de , et accompagnée également de troupes irrégulières et d'une quarantaine de canons. De plus, les espions maures sont parfaitement au courant de la composition des troupes portugaises. Les Portugais ne connaissent pas la composition de l'armée adverse, ignorant totalement la présence de l'artillerie chez leurs adversaires..