Le château de Prague (en tchèque : Pražský hrad) est le château où les rois de Bohême, les empereurs du Saint-Empire romain germanique, les présidents de la République tchécoslovaque, puis de la Tchéquie, siègent ou ont siégé. Les joyaux de la couronne de Bohême y sont conservés. Le Livre Guinness des records l'a classé comme étant le plus grand château ancien du monde. ; il a en effet une emprise au sol de de long sur 130 de largeSelon le responsable du château chargé de l'entretien, le territoire du château occupe, avec ses dépendances et ses jardins, une surface de ; le château lui-même occupe une surface au sol de ..

Situé sur la colline et dominant la Vieille Ville de Prague et Malá Strana, cet ensemble monumental émerge d'une couronne de jardins et de toits et déploie sa longue façade horizontale d'où jaillissent les tours de la cathédrale Saint-Guy et de la basilique Saint-Georges.

Toponymie vignette|redresse=2.0|centre|Le château vu depuis la Vieille Ville de Prague avec le pont Charles au premier plan qui enjambe la Vltava.

En tchèque, hrad signifie « château ». On retrouve, dans les langues slaves, ce mot sous d'autres formes, comme gorod, grod, grad, horod et signifiant alors ville, bourg, dans les toponymes de Hradec Králové (« la ville de la reine »), Volgograd (« la ville de la Volga »), Novgorod (« la nouvelle ville »), Oujhorod (« la ville sur l'Ouj »), Grodna, Graz (en Autriche), etc.

Le Hradčany (Hradschin en allemand) désigne le quartier du château de Prague qui domine Malá Strana (le Petit Quartier, au sud du château, sur la même rive gauche de la Vltava) et Staré Město (la Vieille Ville, sur la rive droite en face du château). Il comporte nombre d’églises et de palais Renaissance et baroque (entre autres), les nobles cherchant la proximité du pouvoir. Par métonymie, le Hradschin désigne souvent « le château » lui-même.

Histoire Les débuts Le château de Prague occupe un oppidum, colline naturellement fortifiée dont les défenses naturelles sont renforcées par la présence humaine, habité dès le néolithique. Des fouilles archéologiques ont révélé la présence d'un habitat de la culture de la céramique cordée et de l'âge du cuivre. En tout état de cause, il a fallu attendre jusqu'aux années 1980 pour infirmer la croyance selon laquelle l'église Notre-Dame, fondée peu après 885 par , marquait la première trace tangible de l'homme sur ce lieu naturellement fortifiéLéon et Xavier de Costner datent de 870 la fondation de la forteresse entourée de palissade de bois, dans Léon de Costner, Xavier de Costner, 15 promenades dans Prague, Casterman, coll. « Découvrir l'architecture des villes », 1992.. Cette croyance, ce mythe dira-t-on, n'est pas neutre puisqu'elle soutiendrait la prééminence temporelle des Tchèques (peuple slave) au château, symbole du pouvoir, qui domine, de sa masse imposante, la capitale, Prague et par suite toute la Bohême, niant par conséquent une possible présence antérieure franque (donc allemandeVoir au sujet des enjeux nationalistes entre Tchèques et Allemands l'article Allemands des Sudètes.) sur les lieux. L'une des premières sources historiques concernant les Tchèques mentionne qu'ils se choisirent pour roi un Franc, Samo de Bohême.

En 1928, l'archéologue Ivan Borkovský découvre, sous la troisième cour du château, la tombe d'un guerrier richement dotée (avec épée de fer, hache, arc, carquois et flèches, rasoir et bouclier de bois) datant de la deuxième moitié du , preuve qu'une élite y aurait été présente avant que les Přemyslides, avec le duc Spytihněv, n'en fassent leur résidence.

Toujours est-il que la première trace écrite concernant le château est le fait de Cosmas de Prague, un moine qui écrit les Chronica BoemorumChronica Boëmorum peu après l'an mil et mentionne qu'« autrefois » un autel païen s'élevait au point le plus élevé de l'oppidum. Sur cet emplacement, une église est édifiée par Venceslas ; elle est dédiée à Saint Guy, saint patron des Saxons, signant ainsi l'orientation politique, culturelle et religieuse de l'État tchèque naissant. Dans la mesure où l'autel païen mentionné par Cosmas était, toujours selon ce dernier, consacré à Žiži, une déesse dont le nom évoque la vie (život en tchèque), il n’est pas interdit de voir également, dans cette dédication de la première cathédrale des souverains de Bohême à Saint Guy (Vitus en latin, Vít en tchèque, nom qui se rapporte à vita, la « vie »), un geste empreint de syncrétisme.

Le palais ducal puis royal des Přemyslides Le site du château présente des défenses naturelles, des pentes abruptes vers Malá Strana au sud et vers la Fosse aux Cerfs au nord qui en font un endroit facilement défendable. Seul le front ouest monte en pente douce vers le Hradschin. Spytihněv y fait creuser un fossé profond de et large de 24 à l’endroit de l’actuelle Première Cour et de la place du Hradschin. Un pont-levis défend l’accès du château qui est par ailleurs entouré d’une palissade de bois. Une rue pavée rejoint les portes ouest et est.

vignette|upright=1.0|Tours romanes, façade baroque et cloître de l’église Saint-Georges. Le cloître Saint-Georges Sous le règne de , une deuxième église, la basilique Saint-Georges, est édifiée ; elle est dédiée à Saint Georges et sert d'église principale du château jusqu'en 973. C'est une église romane à une nef, orientée est-ouest dans l'axe général du château. Elle est surmontée de deux tours situées au niveau du chœur. En 973, un couvent bénédictin lui est adjoint. entreprend par la suite une reconstruction totale de l'église qui comporte désormais trois nefs. Elle sert de chapelle mortuaire pour les membres de la dynastie régnante. Spytihněv II lui adjoint deux tours construites au niveau du chœur.

Bien plus tard, la basilique Saint-Georges se voit ajouter une façade baroque. On y donne régulièrement, de nos jours, des concerts de musique classique tandis que le cloître attenant fait partie de la Galerie nationale et héberge les collections d'art Renaissance et baroque.

Le premier palais de pierre En 1067, , alors en conflit avec son frère Jaromír, évêque de Prague, décide du transfert du siège ducal du château de Prague vers celui de Vyšehrad, une autre forteresse distante de près de à vol d'oiseau et située au sud de la Vieille Ville de Prague sur l'autre rive. Néanmoins, les travaux ne cessent pas au château, les murs de défense en bois sont remplacés par des murailles de pierre et trois portes y donnent accès : la porte Noire à l'est, la porte Blanche à l'ouest et la porte Sud qui donne un accès latéral. Il faut attendre 1140 et le règne de Vladislav II de Bohême pour que les ducs de Bohême décident de siéger à nouveau au château.

À cette époque, la pierre est réservée pour les constructions militaires et religieuses. Le palais ducal est donc en bois. Il faut attendre pour qu'une première construction en pierre voie le jour.

est l'un des souverains européens les plus importants de son temps. Les mines d'argent de Kutná Hora expliquent cela et elles lui donnent aussi les moyens de reconstruire le palais royal (les ducs de Bohême ont le titre de roi et prince-électeur du Saint-Empire depuis ) et les fortifications : à l'ouest, le fossé est étendu et, à l'est, l'accès par la porte Noire est condamné.

Le siège impérial des Luxembourg La dynastie des Přemyslides s’éteint avec , mort sans héritier. La couronne de Bohême (et les riches mines d’argent de Kutná Hora) passent par alliance à Jean de Luxembourg, le fils de l’empereur , qui a épousé Elisabeth Přemysl, fille de et sœur de . C’est surtout leur fils, , roi de Bohème et empereur d'Allemagne, qui apporte des changements radicaux au château dont les embellissements reflètent l’âge d’or que vit alors la Bohême. Outre l’attention portée à l’édification de la cathédrale, Charles IV fait édifier la chapelle de Tous-les-Saints, dans le prolongement du palais impérial, où repose saint Procope de Sázava.

La cathédrale Saint-Guy

vignette|redresse=1.0|gauche|Tour Sud et porte d'Or de la cathédrale. vignette|redresse=1.0|Chœur de la cathédrale Saint-Guy.

À l'origine de la cathédrale, il y a le présent fait aux environs de l'an 925 par le roi de Francie orientale, , au duc : une relique de saint Vit, que celui-ci place dans l'église en forme de rotonde qu'il fait édifier à cet effet sur un lieu de culte païen.

Lorsqu'en 973, Prague est élevée au rang d'évêché, c'est cette rotonde, plutôt que l'église Saint-Georges qui est celle des ducs de Bohême, qui est choisie par le nouvel évêque pour y abriter sa chaire, le trône épiscopal. En 1060, une basilique romane à trois nefs s'élève à la place de la rotonde originelle ; construite sur ordre de , elle est en pierre blanche, sa nef fait de long et l'admiration de ses contemporains.

Le , Prague est élevée au rang d'archevêché par le pape et sous l'impulsion du roi Jean, la construction d'une cathédrale métropolitaine est entreprise le de la même année. Mathieu d'Arras en est l'architecte (), puis Peter Parler (). Comme pour nombre de cathédrales, le chantier s'étale sur plusieurs siècles ; celui de la cathédrale de Prague ne s'achève qu'en 1929. Mathieu d'Arras conçoit une église dans la tradition des grandes cathédrales du nord de la France, en s'inspirant probablement du plan de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne. Peter Parler apporte de nombreuses innovations, faisant par exemple du triforium un élément autonome qui, au lieu de buter sur les piliers, se brise et les contourne pour créer un mouvement ondulatoire sur toute la longueur de la nef.

À la mort de Parléř, ses fils prennent la tête du chantier, mais en 1420 les guerres hussites mettent un terme à la construction. Elle ne reprend qu'en 1560, après le grand incendie qui a ravagé Malá Strana et le château, avec l'architecte Bonifác Wohlmut qui coiffe la tour Sud d'un bulbe renaissance à tourelles d'angles. En 1770, Nicolò Pacassi reconstruit la tour Sud incendiée par la foudre et la surmonte d'un toit baroque en forme de bulbe.

C'est entre 1861 et 1929, avec le voûtement de la nef et construction de la façade ouest et de ses tours néogothiques que la cathédrale est finalement achevée. Le pouvoir impérial s'est désintéressé de Prague et c'est essentiellement grâce à une souscription populaire liée au mouvement de la « Renaissance tchèque » que le chantier est achevé, à temps pour célébrer le millénaire de saint Venceslas qui la fonda et qui lui donne aussi partiellement son nom.

Chapelles et chefs-d’œuvre de la cathédrale Les vitraux ont été réalisés d'après les esquisses des peintres et graveurs tchèques les plus célèbres du moment dont Max Švabinský, František Kysela, Alfons Mucha, Cyril Bouda, Karel Svolinský et bien d'autres. L'œuvre de Mucha de style Art Nouveau tardif représente La Légende de Cyrille et Méthode (1931). Outre ce fameux vitrail, on remarque les autres réalisés pour la plupart dans les années 1930, et de style bien différent..

La chapelle funéraire de saint Venceslas est ornée de peintures murales représentant la vie du saint sur la partie haute et d’un parement de pierres semi-précieuses sur la partie basse. Elle contient le tombeau du saint.

La crypte funéraire des rois de BohêmeElle est restaurée en 1927-1933 avant son ouverture au public par l'architecte Kamil Roškot. Certains des sarcophages, pour être à la « hauteur » des monarques enterrés datent de cette époque. Source : Jana Švábová, Tomáš Rygl, Prague, detail picture guide, ATP, Prague, 2005 renferme les tombeaux de et de ses trois épouses, de et de son frère Jean de Görlitz, de Georges de Poděbrady, de et d'autres membres de la famille impériale du Saint-Empire ou royale de Bohême.

Le tombeau en argent de saint Jean Népomucène (1736) fut conçu par Fischer von Erlach.

vignette|gauche|redresse=1.0|Mosaïque du tympan de la porte d'Or : le Jugement dernier.