Colomban de Luxeuil, né en 543 à Myshall dans le comté de Leinster en Irlande et mort le à Bobbio près de Plaisance, en Italie, le plus célèbre des saints Colomban, est un moine irlandais qui a évangélisé les populations campagnardes de Gaule, d'Alémanie, d'Helvétie et d'ItalieSaint Colomban, apôtre et père de l'Europe, le très Orthodoxe fondateur de Luxeuil et Bobbio vu par ses descendants dans l'Église orthodoxe. Hagiographie, histoire, iconographie, hymnographie.. Il est fêté le selon le martyrologe romain. Il est parfois considéré comme le saint patron des motards, notamment en Italie.

Colomban, après avoir quitté l'Irlande, sillonne la Cornouailles britannique. Il aurait débarqué en Bretagne, à Saint-Coulomb près de Saint-Malo, dans les années 580 ou 590, puis, jusqu'en 615, évangélisé la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche et l'Italie. Après les troubles apportés par les invasions germaniques, son œuvre évangélique en Europe occidentale fut capitale pour la conversion des populations germaniques et la rechristianisation des campagnes.

Ce portrait est cependant à nuancer. Jonas de Bobbio, l'hagiographe de Colomban et son panégyriste, nous raconte la querelle d'un moine franc de Luxeuil, Agrestius, qui s'est insurgé contre certains usages irlandais. Cette affaire d’Agrestius met en lumière « le travail accompli à Luxeuil pour transformer le personnage historique de Colomban, dont l’orthodoxie restait incertaine, en une figure apaisée et acceptable pour tous..

Missionnaire de l'Europe du thumb|Peinture murale de la cathédrale de Brugnato Après l'éclatement de l’Empire romain au , la Gaule est envahie par les Germains venus de l'Est. Les Francs sont au nord, les Wisigoths au sud-ouest et les Burgondes au sud-est. Clovis étend le royaume franc à toute la Gaule mais, au début du , sa succession divise à nouveau le pays. En se faisant baptiser à la fin du , Clovis devient le premier roi barbare à se convertir à la religion catholique. Au nord-ouest, la Neustrie est gouvernée par Clotaire II et Frédégonde, à l'est se trouve l'Austrasie de Thierry II et Brunehilde, au sud-est la Burgondie. L'Armorique reste un monde à part.

Colomban est formé dans le contexte particulier du christianisme celtique, coupé de l'Église romaine, et de la . Le monachisme irlandais est caractérisé par la règle de saint Colomban qui met l'accent sur l’ascèse, le jeûne et autres mortifications. Sur le territoire de ce qui deviendra la France, il y a plus de , mais, aucune règle ne fait encore consensus. La vie ecclésiale se base sur un clergé séculier centré sur la cité ou diocèse ; l’évêque réside dans le chef-lieu et s'occupe de la cathédrale. La qualité du clergé est parfois contestable, surtout dans les paroisses rurales. Les populations ont mêlé le paganisme à leurs pratiques chrétiennes. Au , saint Benoît définit sa règle de vie monastique. Mais celle-ci ne prend de l'importance que plus d'un siècle plus tard.

Ses pérégrinations En l'an 543, Colomban naît à Myshall, dans une riche famille du comté de Meath dans la province de Leinster du centre de l'Irlande. Sa mère voyait pour lui un bel avenir, mais, très vite, Colomban rejette les plaisirs du monde pour devenir étudiant de Semell à Cluain Inis dans le comté de Donegal. Vers , il devient moine, sous la direction de Comgall, au monastère de Bangor près de Belfast. Il remplit plusieurs fonctions pendant près de et il fonde le cloître de Durrow. Dans la tradition des moines voyageurs irlandais, il décide de s'exiler définitivement vers 585. Il part avec douze compagnons vers l'Europe : Gall, Autierne, Cominin, Eunoch, Eogain, Potentin, Colomban le jeune, Desle, Luan, Aide, Léobard, Caldwald. Ils traversent la mer d'Irlande sur leur curragh, bateau souple fait de lattes enveloppées de cuir. Puis ils longent les côtes de la Cornouailles anglaise et font étape près de Tintagel. Les deux villages de Saint-Colomb-Major et Saint-Colomb-Minor témoignent de ce passage.

L'an 585 - Le débarquement Colomban arrive sur le continent dans les années 585-590Jean Markale, Le Périple de Saint Colomban, éd. Georg, Genève, 2001..Colomban, un acteur historique du massif vosgien. Dans les traditions, Colomban et ses compagnons débarquent sur la plage du Guesclin en Saint-Coulomb près d'Alet (Saint-Malo) en Bretagne. Une croix en marquerait le souvenir et un lieu-dit portant le nom d'ermitage serait une trace que le groupe a séjourné en ce village. Ensuite, ils se dirigent vers Reims, en passant par Rouen et Noyon. Colomban souhaite rencontrer Childebert II, le roi d'Austrasie pour solliciter un lieu de séjour. Il obtient le droit de s'installer dans ce royaume. Le groupe repart alors vers Châlons-en-Champagne, Langres, à la recherche d'un endroit propice à leur installation.

L'an 592 - Annegray et 595 - Luxeuil thumb|Grotte, source et chapelle de saint Colomban à Sainte-Marie-en-Chanois ; la chapelle a été reconstruite au .

Ils arrivent dans les Vosges saônoises et se fixent sur le site d'AnnegrayLa chapelle de Saint Colomban. (Anagrates) au pied de la montagne Saint-Martin, sur la commune actuelle de La Voivre dans la Haute-SaôneLa légende de la roche de Saint-Colomban, sur le site d'un ancien castrum romain ruinéJonas de Bobbio, le biographe de saint Colomban, écrit : « . » (Il y avait en effet alors un vaste désert nommé Vosge, dans lequel se trouvait un château depuis longtemps ruiné, que la tradition des anciens appelait Anagrates. (…) C'est là qu'il s'établit avec les siens). Luxovium (Luxeuil) et ses environs avaient été rasés en 451 par Attila.. Les moines entreprennent le défrichement des bois, la construction de bâtisses de chaume. En même temps, ils accueillent les malades et commencent la formation de nouveaux moines. Colomban effectue une première retraite dans une grotte de la montagne (actuellement sur le territoire de Sainte-Marie-en-Chanois). Selon la légende, la grotte était occupée par un ours qui la lui céda, et Colomban lui-même aurait fait jaillir la « source miraculeuse » située à proximité.

Devant le succès des vocations, Colomban décide de créer un nouveau monastère à LuxeuilColomban, acteur historique du massif vosgien, lieu plus accessible et pourvu de sources aux vertus thermales. Lui et ses moines y pratiquent une vie contemplative équilibrée par un fort travail manuel. Ils se consacrent à l'éducation, aux œuvres charitables, à l'évangélisation.

L'an 603 - Conflit avec l'Église franque Le concile de Chalon est réuni en 603 pour statuer sur la question du calcul de la date de Pâques qui est fixée différemment par l’Église romaine et les Irlandais. L'Église franque suit le canon ou cycle pascal déterminé pour , à partir de la de l'ère, en 457 ou 462 par Victorius d'Aquitaine, qui utilise le calendrier julien. Il a été adopté par le concile d'Orléans de 541. Le calendrier irlandais est calculé à partir du comput de saint Anatole évêque de Laodicée qui vivait en Syrie au (vers 276). Colomban s'oppose aux évêques mérovingiens, ne cède pas, en appelle au pape, Grégoire .

L'an 607 - Le conflit avec Brunehilde Colomban rencontre à Boucheresse (Trévilly) la reine Brunehilde, grand-mère du roi Thierry II. Alors qu'elle souhaite lui présenter ses petits-enfants, Colomban s'insurge : « Ils ne recevront pas le sceptre royal car ils sont issus de mauvais lieux ». Pour lui, ce sont des « bâtards ». En effet, le roi Thierry II de Bourgogne n'avait pas d'épouse légitime et ses enfants étaient issus de plusieurs concubines. De guerre lasse, Thierry II avait épousé Ermenberge, princesse wisigothe en 607, mais elle fut répudiée au bout d'un an. Cette entrevue est le début des ennuis de Colomban avec Brunehilde.

L'an 610 - L'expulsion ratée La reine Brunehilde profite du conflit de Colomban avec l'Église franque pour lui ordonner de partir avec ses disciples irlandais et armoricains. C'est donc le départ de Luxeuil vers Nantes en suivant la Loire. Ils passent par Besançon, Autun, Auxerre, pour atteindre la Loire à Nevers. Ils continuent en bateau vers Orléans, Tours puis Nantes où ils embarquent sur un navire en partance vers l'Irlande. Mais c'est un faux départ. Après un échouage, ils se retrouvent sur la côte sud de Bretagne.

Colomban décide de rester sur le continent et d'aller voir le roi de Neustrie. Lui et ses compagnons remontent vers le nord en longeant l'Armorique où règne le jeune roi breton Judicaël. Colomban le connaît par l'intermédiaire de son conseiller saint Malo qui a séjourné à Luxeuil. Ils poursuivent leur route par Rouen, puis Soissons. Colomban est très bien accueilli par Clotaire II qui lui accorde son amitié et l'invite à s'installer près de lui.

L'an 612 - Brégence Colomban préfère poursuivre son périple vers les peuples germaniques. Le groupe passe par Meaux, La Ferté-sous-Jouarre, puis Metz, capitale du roi Thibert II d'Austrasie. Le roi l'invite à s'installer sur son domaine. Cependant Thibert II est battu par son frère Thierry II à Tolbiac. Il est enfermé dans un monastère puis tué sur ordre de Brunehilde, grand-mère de rois rivaux. Thierry II s’approprie l’Austrasie. Colomban est contraint de quitter l’Austrasie et poursuit sa route avec la barque qui fut mise à sa disposition.

Descendant la Moselle jusqu'à Coblence, le bateau remonte le Rhin par Mayence jusqu'à Bâle puis Waldshut. En suivant l'Aar et le lac de Zurich, ils arrivent à Tuggen. Ils repartent pour aller s'installer à Brégence, sur la rive sud du lac de Constance, sous la protection du roi Clotaire II de Neustrie. Ils construisent un nouveau monastère. Colomban s'isole à nouveau en montagne. thumb|Retable de saint Colomban dans l'église de Pezzolo Valle Uzzone.

L'an 614 - Bobbio À nouveau menacé par la haine de Brunehilde (elle est morte en 613), au faîte de sa puissance après la victoire de Thierry sur Thibert, Colomban préfère quitter Brégence et passer les Alpes. Le groupe des moines irlandais a vieilli. La maladie atteint Gall qui s'arrête en route et fonde le monastère qui porte son nom. À Coire, le moine Sigisbert se sépare du groupe et serait parti fonder un monastère à Disentis. Enfin, Colomban atteint le col du Septimer et redescend vers le lac de Côme et la plaine du Pô.

Colomban sollicite d'Agilulf, roi de Lombardie, l'octroi d'une terre. Il obtient la protection du roi et, surtout, de la reine Théodoline. Après quelque temps à Milan, Colomban part s'installer dans la vallée de Bobbio. Lui et ses moines construisent de nouveau un monastère autour d'une vieille chapelle.

Le roi des Francs Clotaire II ayant vaincu Brunehilde, il députe l'abbé de Luxeuil Eustaise pour rappeler saint Colomban en France..

La communauté de Bobbio a pris son rythme. Colomban s'est retiré dans un ermitage sur les hauteurs de Coli. C'est là qu'il meurt le .

Œuvre littéraire Les textes laissés par saint Colomban, tous en latin, sont édités dans le volume LXXX de la Patrologie latine. Ce sont : un pénitentiel ; dix-sept brefs sermons ; six lettres ; des poèmes religieux ; une règle monastique succincte, en dix chapitres.

Hagiographie La vie de saint Colomban a été rédigée par un moine de l'abbaye de Bobbio, Jonas de Bobbio, Vie de saint Colomban et de ses disciplesJonas de Bobbio, Vie de Saint Colomban et de ses disciples, Éditions du Cerf, Paris, 1988 . Introduction, traduction et notes par Adalbert de Vogüé, moine de la Pierre-qui-Vire, en collaboration avec Pierre Sangiani. Vie monastique (Abbaye de Bellefontaine).. Une traduction française a été rédigée en 1988 par un moine de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire - Dom Adalbert de Voguë. Elle est disponible aux éditions de l'abbaye de Bellefontaine.

Héritage