Le microcrédit consiste en l'attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs ou à des artisans qui ne peuvent pas accéder aux prêts bancaires classiques. Le microcrédit se développe surtout dans les pays en développement, où il permet de concrétiser des microprojets, favorisant l'activité et la création de richesses, mais se pratique aussi bien dans les pays développés ou en transition. Il est une composante de l'inclusion financière.
Le microcrédit s'inscrit dans une sphère plus complète qui comprend d'autres outils financiers, tels que l'épargne, la micro-assurance et d'autres produits qui forment la microfinance. Le , la mise en place et le développement à grande échelle de ce système ont été récompensés par le prix Nobel de la paix attribué conjointement au Bangladais Muhammad Yunus et à la banque qu'il a créée, la Grameen Bank.
Les Nations unies ont décrété 2005 l'Année internationale du microcrédit.
Description L'origine du microcrédit
On peut trouver des antécédents au microcrédit dans la pratique de prêt sur gage à taux faibles ou nuls des monts-de-piété, les tontines en pays émergents, dans les mutuelles de crédit agricole, les banques populaires, créées en Europe à la fin du .
Dans l'Andalousie de la fin du , on a attesté une activité de micro-crédit chez des marchands comme Luis Alfonso Condesil, qui prêtait
L'écrivain anarchiste Piotr Kropotkine, dans son ouvrage L'Entraide, un facteur de l'évolution paru en 1902, fait référence à l'une de ces expériences de micro-crédit tentée en Europe, le Fond des Petites Marchandes de Fleurs et de Cresson, créé par Anthony Ashley-Cooper ( comte de Shaftesbury) (cf. Chapitre VIII, note 22) : Toutefois, au cours du , le mouvement ouvrier organisé est particulièrement porteur des pratiques de crédit mutuel. Ce sont notamment les militants socialistes imprégnés des idées de Pierre-Joseph Proudhon qui les mettent en œuvre. Un exemple parmi tant d'autres, dans le Jura suisse, dans la seconde moitié des années 1860 :
Dans le dernier tiers du , le système est repris et développé par le professeur d'économie Muhammad Yunus. En 1976, le Yunus crée la Grameen Bank, organisme qui propose des prêts aux plus pauvres du Bangladesh Grammen Bank at one glance GrameenBank. À fin , la Grameen Bank a accordé environ 10 milliards de dollars de crédits à plus de 8,3 millions de membres Data Report Grameen Bank, 12 avril 2011. Yunus a reçu le prix Nobel de la paix en 2006.
Depuis 1999, la méthodologie de crédit adoptée par les institutions de microfinance prend de manière croissante la forme d'un produit individuel flexible, ressemblant plus aux produits bancaires classiques. La forme choisie à l'origine était basée sur la méthodologie de crédit collectif, utilisant les mécanismes d'épargne locale et de caution solidaire et la supervision des pairs pour couvrir le risque de crédit. Se sont rapidement ajoutés des financements extérieurs reposant sur un système de titrisation des portefeuilles de crédit.
Les institutions de microcrédit
La Banque mondiale a recensé 10 000 institutions de microfinance dans 85 pays, au service de 130 millions de personnes pour un encours de 30 milliards d'euros. En , a eu lieu un sommet à New York sur ce sujet qui a rassemblé 2000 délégués de plus de 100 pays.
Créé en 1979, le Centre international du Crédit mutuel est une association qui organise et met sur pied des réseaux coopératifs de microfinance en Afrique et en Asie. Il est notamment présent au Sénégal, au Niger, au Congo, en Centrafrique, au Cameroun, au Cambodge et aux Philippines. En France, le principal opérateur est l'Association pour le droit à l'initiative économique. Elle délivre à microcrédits par an à des chômeurs ou Rmistes créateurs de leur propre emploi, ou à des travailleurs pauvres. L'association compte plus de 130 agences sur toute la France.
La France voit également se développer le microcrédit personnel avec toutefois un impact limité. Ce dernier a pour objectif de favoriser l’insertion sociale, professionnelle ou un mieux-être physique ou moral du demandeur. Il permet de financer des projets ou des besoins tels que des formations professionnelles, l’achat d’un véhicule, de l’équipement pour le logement, des frais de santé… Les principaux opérateurs pour le microcrédit personnel sont référencés sur le site www.france-microcredit.org. En région Ile-de-France, le microcrédit personnel se développe essentiellement grâce à un dispositif mis en place par le Crédit municipal de Paris. Un réseau d’établissements financiers, de services sociaux, d’associations et de Conseils généraux s’est constitué autour du Crédit municipal de Paris pour l’accompagnement des demandeurs et l’instruction de leurs dossiers.
En Belgique, deux institutions dominent cette sphère sur le plan national, le Fonds de participation et la coopérative Crédal. En Suisse, une des institutions les plus connues est la fondation Microcrédit Solidaire Suisse (anciennement ASECE). Nous pouvons citer également l'Aga Khan Agency for Microfinance, gérée selon le droit suisse, établie à Genève.
Sur les scènes européennes, le microcrédit reste marginal et dépend largement de subsides publics. Sur le plan international, des volumes beaucoup plus importants sont déployés auprès des institutions de microfinance actives dans les pays en développement et émergents. Les leaders du refinancement des institutions de microfinance sont les sociétés suisses (ResponsAbility, Symbiotics et BlueOrchard). Les sociétés néerlandaises (Triodos, Triple Jump, Oikocrédit) et belges (Incofin, Alterfin) sont parmi les autres acteurs clefs dans le domaine des investissements privés aux institutions de microcrédit avec de résultats généralement positifs.
Le , un rapport de la Banque mondiale en a dressé un bilan positif. Le nombre de bénéficiaires y est estimé à 500 millions (sur les 3 milliards de personnes pauvres). L'Asie et le Pacifique totalisent 83 % des comptes ouverts dans les pays en développement, ce qui représente 17 comptes pour 100 habitants. Au Cambodge, sont concernées, et nouveaux comptes sont ouverts chaque année au Kenya. C'est toutefois en Amérique latine et en particulier en Bolivie que le système connaît son plus grand essor, faisant apparaître ce pays comme l'un des plus avancés et des plus compétitifs de la microfinance. D'après Kofi Annan, le microcrédit s’est révélé « une arme efficace contre la misère et la faim »Extrait du message vidéo du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, à l’occasion du lancement de l’Année internationale du microcrédit, le 18 novembre 2004. L'organisation a déclaré 2005 Année internationale du microcrédit, dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement. Le , le prix Nobel de la paix a été conjointement attribué à Muhammad Yunus et à la Grameen Bank. « Une paix durable ne peut pas être obtenue sans qu'une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté », a déclaré Ole Danbolt Mjoes, le président du comité Nobel. En France, la présidente de l’Adie et du Réseau européen de microfinance Maria Nowak salue l’attribution du prix Nobel de la Paix à Muhammad Yunus et se réjouit ainsi de la reconnaissance portée au microcrédit.
Développements Selon l'ONG The Microcredit Summit Campaign, le microcrédit représentait 11 milliards de dollarsÉtat de la Campagne du Sommet du Microcrédit Rapport 2011, rapport 2011 de l'ONG The Microcredit Summit Campaign, selon Le Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres (CGAP), voir p12/92, et comptait 190 millions de clients fin 2009. Parmi lesquels 140 millions de femmes (74 %), ou encore 128 millions de clients les plus pauvres, parmi lesquels 105 millions de femmes les plus pauvres (82 %)État de la Campagne du Sommetdu Microcrédit Rapport 2011, rapport 2011 de l'ONG The Microcredit Summit CampaignAppel de Paris pour une microfinance responsable, 02/05/2011, Le MondeLe système de la microfinance en crise, 06/04/2011, Le Figaro. En France, 12 000 microcrédits ont été accordés durant l'année 2010, pour des prêts de 6 000 euros maximum, avec un taux d'intérêt d'environ 9,7 %, et un taux de remboursement de 94 %Le microcrédit en France, cinq chiffres à retenir, 07/06/2011, [L'Expansion.com http://lexpansion.lexpress.fr/]. Les entreprises créées grâce au microcrédit enregistreraient un taux de réussite équivalent à la moyenne nationale, 68 % étant toujours en activité deux ans plus tard. En 2012, le microcrédit distribué par plus de 3000 institutions de microfinance (IMF) dans le monde représentait 90 milliards de dollars d'encours de crédit (25 à 30 milliards pour l’épargne) et comptait 200 millions de clients. D’après la dernière Campagne du Sommet du microcrédit (CSM), fin 2013, date des dernières données disponibles, le nombre d’emprunteurs a atteint le record de 211 millions pour un cumul de 3 080 instituts de microfinance (IMF) dans le mondeReed L. R., The State of the Microcredit Summit Campaign Report 2015, Washington DC, Microcredit Summit Campaign (MSC), 2016, 42 p. .
La crise liée à la pandémie de Covid-19 a augmenté les risques de surendettement pour les de microemprunteurs dans le monde, dont 80% sont des femmes. Leur encours est estimé à de dollars
Les progrès permis par le microcrédit Une finalité orientée vers le développement local L'activité de microcrédit encourage les microprojets au niveau local. Cela permet d'induire des mutations « à la base ». Celles-ci sont souvent plus efficaces et ont un plus grand effet d'entraînement - en créant un maillage économique dans le pays - que certaines infrastructures ou certains gros projets industriels qui bénéficient rarement aux plus pauvres. Cet effet de levier permet d'agir efficacement auprès de ceux qui prennent des initiatives en s'engageant personnellement, c'est-à-dire les entrepreneurs ou les artisans.
Mais au-delà du simple aspect financier, les programmes de microcrédit ont aussi un impact sur le développement local. En effet, ils touchent des secteurs aussi divers que l'agriculture (groupements villageois, coopératives paysannes, organisations professionnelles agricoles), l'artisanat (groupements d'artisans, associations artisanales féminines), le financement de l'économie sociale (mutuelles d'épargne et de crédit, banques villageoises), la protection sociale (mutuelles de santé, caisses de santé primaire) ou l'éducation. Ainsi, ils contribuent à l'amélioration de l'accès aux services sociaux de base, aux soins de santé, aux services de planification familiale et à l'eau potable.
Des bénéficiaires souvent féminins Au Bangladesh, 97 % des bénéficiaires directes des prêts de la Grameen Bank seraient des femmes, contre 74 % au niveau mondial. Touchant des secteurs faiblement capitalisés employant souvent une main d'œuvre féminine, le microcrédit a pu être présenté comme un levier de revalorisation de la condition de la femme dans les pays en voie de développement, d'amélioration directe de leur sort (et de celui de leur famille) et comme un facteur d'évolution profonde des sociétés par le rééquilibrage qu'il induit entre les sexes.