Les gravures rupestres du Sud-oranais sont des gravures préhistoriques d'âge néolithique situées au Sud d'Oran (Algérie). Au long de l'Atlas saharien elles se composent, d'Ouest en Est, des gravures rupestres de la région de Figuig, de la région d'Ain Sefra, de la région d'El-Bayadh, de la région d'Aflou puis de la région de Tiaret. Des gravures comparables ont été décrites, plus à l'est encore, dans la région de Djelfa au sud d'Alger, et dans le le Constantinois ainsi que plus au sud dans la région de Taghit.

De la frontière marocaine à la région de Djelfa plus d'une centaine de stations a été répertoriée.

Localisation De nombreux pitons hérissent la lourde masse de l'Atlas saharien. Les séries gréseuses dégagées et modelées par l'érosion ont éclaté parfois en énormes blocs qui ont basculé lorsque les couches sous-jacentes ont été sapées. Ainsi se sont formés les chaos rocheux sur lesquels se rencontrent souvent les gravures. Les grands rochers isolés, les falaises ou les parois d'abris peu profonds en sont également les lieux privilégiés.

Les gravures du Sud-oranais ne figurent donc pas dans des lieux retirés mais leur ensemble « s'épanouit à découvert »Aumassip (Ginette), Trésors de l'Atlas, Alger, Entreprise nationale du Livre, 1986, p.11, dans les voies de passage naturelles, près de sources ou d'anciens points d'eau.

Leur position souvent assez haute sur les parois des blocs ou sur les falaises rend probable la mise en place et l'utilisation d'échafaudages pour leur réalisation.

Historique Moins célèbres que les figurations du Tassili les gravures du Sud-oranais, découvertes en 1847 à Tiout, font cependant l'objet d'études dès 1849. Les travaux les plus importants sont notamment dus à Auguste Pomel (de 1893 à 1898), Stéphane Gsell (de 1901 à 1927), Georges-Barthélemy Médéric Flamand (de 1892 à 1921), Leo Frobenius et Hugo Obermaier (en 1925), l'Abbé Henri Breuil (de 1931 à 1957), Léonce Joleaud (de 1918 à 1938), Raymond Vaufrey (de 1935 à 1955). Des travaux plus récents et complets sont connus notamment ceux de Malika Hachid (nombreux travaux de terrain, inventaires et publications depuis 1979), du Père François Cominardi (1979), de J. Iliou (1980), de Paul Huard et Léone Allard-Huard (1980).

En 1955 et 1964 Henri Lhote effectue des séjours de plusieurs mois dans la région qui lui permettent de compléter les recherches précédentes, d'ajouter des centaines de descriptions nouvelles et de publier en 1970 Les gravures rupestres du Sud-oranais dans la série des « Mémoires du Centre de recherches anthropologiques préhistoriques et ethnographiques » (CRAPE) dirigé à Alger par Mouloud Mammeri (Arts et Métiers graphiques, Paris, 210 pages et reproductions photographiques), une part notable de l'ouvrage se trouvant plus particulièrement consacrée aux gravures de la région d'El-Bayadh. Pour Henri Lhote la région du Sud-oranais constitue l'un des « trois grands centres d'art d'époque bubaline »Henri Lhote, Les gravures rupestres du Sud-oranais, Arts et Métiers graphiques, Paris, P. 194 avec le Tassili (« Oued Djèrat ») et le Fezzan.

Datation

Dans cet ouvrage Lhote rapporte qu'un foyer se trouvant à la « Station du Méandre », près de Brézina, a été daté de 3900 av. J. C., sans que ce chiffre puisse « être rapporté à une catégorie déterminée des gravures qui ornent les parois de la station »p. 193, note 1. Les plus anciennes de ces gravures, par ailleurs, présentent de nombreuses affinités avec celles du Tassili pour lesquelles il propose le chiffre minimum de vers – 5000. Il y donc a lieu, selon lui, de l'« adopter aussi pour le Sud-oranais jusqu'à meilleure information »p. 163.

Localisations et descriptions

Gravures rupestres de la région de Figuig Gravures rupestres de la région d'Ain Sefra Gravures rupestres de la région d'El-Bayadh Gravures rupestres de la région d'Aflou Gravures rupestres de la région de Tiaret

Autres ensembles comparables de gravures Gravures rupestres de la région de Bou Saâda (Algérie) Gravures rupestres de la région de Djelfa (Algérie) Gravures rupestres du Constantinois (Algérie) gravures rupestres de la région de Taghit (Algérie) Gravures rupestres du Tassili (Algérie) Peintures rupestres de la Tadrart Rouge (Algérie) Gravures rupestres de la vache qui pleure (Algérie) Gravures rupestres du Fezzan (Libye)

Chronologie Premières classifications A. Pomel, s'appuyant sur des identifications d'animaux ultérieurement critiquées, est à l'origine de la position de certains auteurs qui estiment d'abord que les gravures appartiennent à l'époque paléolithique.

Stéphane Gsell, au contraire, juge néolithiques les plus anciennes gravures figurant bubales et éléphants et en détache les images de béliers, selon lui reflet d'un rite antique égyptien, qu'il ramène, ainsi que les figurations de caballins, à la période historique.

La classification proposée par G. B. M. Flamand à partir de l'étude des techniques et des patines distingue un premier groupe de gravures naturalistes (bubales, éléphants, rhinocéros, béliers, ânes, chevaux, antilopes), un deuxième groupe libyco-berbère (gravures de style décadent, petits chevaux, chameaux, caractères alphabétiques) et deux groupes tardifs (inscriptions arabes et graffitis modernes).

Pour H. Obermaier il existe dans les gravures néolithiques deux sous-groupes, le plus ancien de style naturaliste (bubales), le plus récent de style sub-naturaliste (sujets moins élaborés et de petites dimensions). Le culte du bélier à sphéroïde a été selon lui propre aux populations d'Afrique du Nord avant d'être adopté par les Égyptiens.

Henri Breuil distingue quant à lui trois étages. Dans l'étage I, contemporain de la fin du Capsien, il place les grands bubales à cornes annelées, des éléphants et lions de style très achevé ainsi que les grands personnages (Ksar El Amar). L'étage II, qu'il relie au néolithique ancien, réunit le grand bélier de Bou Alem, des bubales, rhinocéros, éléphants et autres animaux de style moins achevé. Le bélier, pour lui, n'est pas encore domestiqué mais seulement apprivoisé et son culte est plutôt l'origine que le reflet de la croyance égyptienne. L'étage III rassemble les figures de style décadent.

R. Vaufrey, étudiant l'outillage de silex recueilli au pied des roches gravées, rapporte les figurations naturalistes au « néolithique de tradition capsienne » dérivant du néolithique d'Égypte et les situe entre 4200 et 2000 av. J.-C. Le bélier, qu'il considère domestiqué, n'est qu'une transposition du culte égyptien d'Ammon et ses représentations ne peuvent être antérieures à 2200 av. J.-C.

Pour Henri Lhote il n'existe cependant aucun argument archéologique qui incline à détacher les béliers, supposés plus tardifs, des grands bubales, éléphants ou rhinocéros. Étant comme eux d'âge néolithique, ils ne peuvent découler du bélier égyptien, mais ne doivent pas pour autant être considérés comme les ancêtres d'un culte dont le bélier d'Ammon constituerait une séquelle tardive.

Classification d'Henri Lhote Henri Lhote distingue sept ensembles dans l'art pariétal du Sud oranais.

1. Les grandes gravures de style naturaliste monumental ou étage bubalin de grandes dimensions

Aux côtés des grands bubales, éléphants, rhinocéros et béliers, Lhote place de nombreuses autruches et antilopes, des sangliers, des lions et panthères. Les animaux sont représentés en profil absolu.

thumb|500px|left|Aperçu sur la localisation des principales stations des Monts des Ksours, du Djebel Amour et des Monts des Ouled Naïl indiquant le nombre de représentations par station

Les bubales (un dixième des gravures du Sud-oranais) sont aussi figurés en profil relatif, trois ou quatre membres étant gravés (la formule dioculaire étant fréquente). Leur corps massif porte, inclinée, la tête basse. Leur cornage cannelé, séparé par un chignon, est presque toujours figuré de face en perspective tordue. La queue, petite, est généralement ramenée sur la fesse. Lhote situe dans cet ensemble les figurations humaines qui les accompagnent (dont les pieds et mains comportent presque toujours six traits). Aucun personnage à tête zoomorphe ne s'y rencontrant, il observe que « l'ensemble bubalin de l'Atlas saharien s'oppose à ceux du Tassili-n-Ajjer et du Fezzan où ces figures sont courantes »p. 197. Dans le Constantinois, à l'est, les représentations de bubales sont exceptionnelles et à l'ouest d'Ain-Sefra se raréfient.

Les béliers (Ovis logipes) sont avec les bubales les animaux les plus représentés sur les gravures. Casqués de sphéroïdes, ils portent généralement au cou des colliers. Leurs têtes sont surmontées de casques avec pendants souvent ornés de plumes. Des hommes, souvent aux bras levés (orants) leur sont associés.

Paul Huard et Léone Allard-Huard précisent que « sur les 41 béliers du Sud-Oranais connus en 1970, 10 portent des sphéroïdes, 2 des attributs foliacés, 12 des colliers et 4 ont les cornes relevées en arc de cercle au-dessus de la tête »Paul Huard et Léone Allard-Huard, Nouvelles gravures rupestres du Sud-Oranais, dans Bulletin de la Société préhistorique française, tome 77, n°10-12, 1980. Études et Travaux. pp. 442-462..

Henri Lhote pense par ailleurs que la domestication du chien était acquise en cette période et que le Sud-oranais en présente les témoignages rupestres les plus anciens. Ce premier étage rassemble également les « animaux mythiques ».

Toutes ces gravures procèdent d'un piquetage de petites cupules plus ou moins jointives puis, le plus souvent, d'un polissage vraisemblablement à l'aide d'un outil de bois avec adjonction de sable mouillé. Certaines gravures présentent un début de polissage de la partie endopérigraphique (tête), d'autres un polissage total.

À la fin de ce premier étage, Henri Lhote suggère dans ses dernières analyses d'individualiser une période naturaliste de moyennes dimensions. Les traits de ces gravures sont polis et leur patine foncée. Le bélier y est plus rare, le bœuf fréquent. Les lions y sont figurés de profil.

2. Les petites gravures de style naturaliste ou étage bubalin de petites dimensions

L'étage serait constitué par l'ensemble des gravures de dimensions plus réduites dont le style a été désigné comme « l'école de Tazina », d'après le nom de l'un des sites. Ces figures naturalistes figurent la même faune (bubale, éléphant et rhinocéros) que celle de l'ensemble précédent mais sous des formes très conventionnelles, les pattes et queues des animaux se trouvant très effilées, les lignes des cornes et du museau prolongées de façon « fantastique » (Flamand), l'allongement des corps, des cous et des têtes ayant provoqué des interprétations fautives. Le style n'est cependant pas uniforme et sur certaines parois ces déformations caractéristiques coexistent avec des formes plus réalistes.

Alors que les gravures de l'étage précédent se situent sur de hautes parois, celles du style de Tazina se rencontrent sur de petits rochers ou des affleurements. D'un point de vue technique la finition des gravures est toujours très régulière, le trait poli et profond ne laissant paraître aucune trace d'un piquetage préalable et la patine est semblable à celle de l'étage précédent. Les figurations humaines présentent les mêmes caractères mais les parties terminales des membres, pieds et mains, sont généralement arrondies.

D'un point de vue chronologique, une seule station (Koudiat Abd El Hak) manifeste une superposition indiscutable, une petite antilope aux pattes effilées étant surchargée par un grand éléphant, alors qu'une autre semblerait lui être postérieure. Le fait oblige Lhote « à se demander si l'école de petites dimensions est antérieure à celle des grandes gravures ou bien si les deux écoles étaient contemporaines ». Cette dernière hypothèse impliquerait l'existence « de deux groupements humains différents vivant côte à côte ou, au moins, deux écoles artistiques opérant parallèlement ».