Paul Hutin-Desgrées, né le à Bovée (Meuse) et mort le au Rheu (Ille-et-Vilaine), est un journaliste, patron de presse et homme politique français.

Biographie

Origine familiale Né le , Paul Hutin est issu d'une famille nombreuse, catholique, d'exploitants agricoles et d'artisans fromagers meusiens, troisième de 13 enfants, il est le fils d'Henri Hutin, maire de Bovée-sur-Barboure de 1912 à son décès en 1932 et conseiller d'arrondissementLe Bulletin meusien, 2 juillet 1932, L'Est républicain, 25 juin 1932 ( décès de son père ), Ibid., 11 février 1936 (décès de sa mère, née Marie-Caroline Gillard). Elève d'un collège des jésuites, il a suivi des études supérieures à Paris, à la faculté des lettres de l'université de Paris et à l'École libre des sciences politiques.

Ancien combattant de la « Grande Guerre » Réformé, il s'engage cependant dans le bataillon de chasseurs d'Émile Driant, le 59e bataillon de chasseurs à pied. Il est blessé au front à deux reprises, en et à Verdun. Il est promu sergent, reçoit la médaille militaire et la croix de guerre, et est six fois cité, notamment pour son courage lors de la bataille du Bois des Caures près de VerdunRécit de Paul Hutin en 1967, repris par son petit-neveu.. Il reçoit la croix de la Légion d'honneur en 1936 au titre de combattant volontaire, Le Bulletin meusien, 10 octobre 1936, "M. Paul Hutin a reçu, au bois des Caures, sa croix de la Légion d'honneur", Ibid., 4 juillet 1936, L'Ouest-Eclair, 23 juillet 1936, Ibid., 6 juin 1936.

Vice-président fondateur (1919) de la Fédération des combattants volontaires, installé à Rennes après son mariage en 1926 et devenu secrétaire général de L'Ouest-Éclair, il met en place dans la seconde moitié des années 1930 et préside la Fédération des engagés et volontaires de l'OuestJournal des mutilés, 4 avril 1937, L'Ouest-Eclair, 7 mars 1938. Il est aussi vice-président de la Fédération de l'Ouest des anciens chasseurs à piedL'Ouest-Eclair, 15 novembre 1937.

Journaliste engagé dans la Meuse et dans l'Ouest

Après s'être occupé un temps de fromageries, avec son frère Jules dans la Marne, ensuite seul en Haute-Marne puis en Haute-SaôneLa fromagerie du domaine de la Charmotte, il achète en 1922 un hebdomadaire de Bar-le-Duc, L'Echo de l'Est, porte-parole de la droite patriote, animée par l'esprit ancien combattant, : Il annonce un tirage de mais il n'est que de en 1932 puis il diminue fortement par la suite: en 1935, en 1936, en 1938 et 1939. Mais il publie dans le Nord de la Meuse une autre édition, Verdun. les deux éditions fusionnent en février 1939., et en devient le co-directeur avec son frère cadet Henri Hutin, industriel fromager et maire de Lacroix-sur-MeuseBiographie d'Henri Hutin.

Par son mariage le avec Magdeleine Desgrées du LoûL'Ouest-Éclair, 25 novembre 1926, il devient le gendre du fondateur de L'Ouest-Éclair, Emmanuel Desgrées du Loû, qui l'embauche en 1930 dans son quotidien, en tant que secrétaire général. Il signe quelques rares articlesL'Ouest-Éclair, 7 novembre 1932 et s'occupe surtout des relations avec les associations, des ventes et de la promotion du journal, et du tour cycliste organisé par le quotidien. Il s'impose à son poste et devient un pilier du quotidien. Il demeure éditorialiste politique et co-directeur de l'Echo de l'Est« M. P. Hutin sera bientôt chevalier de la Légion d'honneur », Le Bulletin meusien, 15 février 1936, Le Bulletin meusien, 4 juillet 1936Nomenclature des journaux, revues, périodiques français paraissant en France et en langue française à l'étranger / L'Argus de la presse, 1936-1937 (Présenté comme seul directeur)..

Catholique pratiquant, patriotePar exemple ce discours aux obsèques du général Hutin : Le Bulletin meusien, 20 janvier 1934, il soutient des positions politiques qui le rangent dans le camp de la « droite nationale » avant 1939, comme l'attestent ses articles dans L'Écho de l'Est ou bien son soutien apporté aux Jeunesses patriotesL'un de ses frères, Jules, fromager près de Vitry-le-François, conseiller d'arrondissement et maire de Blaise-sous-Arzillières, médaillé militaire et ancien chasseur de Driant lui aussi, a été dirigeant des Jeunesses patriotes locaux puis président de la section locale des Croix-de-feu. Paul Hutin et Jules ont participé en 1928 à une cérémonie des JP au bois des Caures, en présence de Pierre Taittinger: Le Bulletin meusien, 16 juin 1928. Paul publie le témoignage de son frère dans l’Écho de l'Est sur la manifestation parisienne du 6 février 1934 dans les n° des 11 et 18 février 1934, à la Solidarité française: : présentation en "une" de cette ligue avec la publication d'une lettre des frères François (rédacteur en chef de L'Ami du peuple) et Jacques Ditte présentant les principaux points du programme du mouvement, parmi lesquels l'anéantissement de (L'Echo de l'Est, 3 juin 1934, 10 juin 1934, "Un mouvement pour la rénovation politique: la Solidarité française"). L'Echo de l'Est est le seul périodique lorrain à avoir mis en valeur cette ligue. Deux raisons l'expliquent. Les frères Ditte, qui figurent parmi les fondateurs de la Solidarité française, sont issus d'une vieille famille meusienne de Clermont-en-Argonne et sont des amis de Paul Hutin, qui a tendance à grossir leur rôle au sein de la ligue à tel point qu'ils sont obligés de souligner qu'elle est dirigée par Jean-Renaud et Vinceguide. Ensuite, en raison de la radicalisation de Paul Hutin à la suite de la Crise du 6 février 1934. L'Echo de l'Est n'a pas réitéré son soutien à la Solidarité française, sans doute en raison du départ des frères Ditte de la ligue en septembre 1934.. En 1934, lors d'une élection législative partielle à Verdun, il est candidat « antiparlementaire »L’Écho de l'Est, 3 juin 1934-10 juin 1934: Il se présente lui-même comme . Et il précise qu'il a assisté à Paris à une réunion de Philippe Henriot, qu'il présente à raison comme . Son appel aux électeurs propose de et d'abandonner la politique qui divise. Il se dit national (ce qui signifie pour lui: avoir et être partisan de . Il veut l'abandon de la au profit d'une qui s'articule sur les thèmes de bien public, d'ordre, d'autorité, de responsabilité et de compétence. , « républicain indépendant de redressement national et paysan ». Il est battu au second tour dans la circonscription modérée de Verdun par Gaston Thiébaut, radical-socialiste, à la suite d'une élection triangulaire, au maintien de deux candidats sollicitant les mêmes voix, Hutin et le fils du précédent député, plus modéré. Paul Hutin bénéficiait pourtant de l'appui de l'Union catholique localeBulletin de l'Union catholique du diocèse de Verdun, du général Édouard de Castelnau de la Fédération nationale catholique, d'Henri de Kérillis et de son Centre de propagande des républicains nationauxL'Echo de Paris, 20 mars 1934, "L'histoire scandaleuse de l'élection perdue de Verdun", , et des Jeunesses patriotesLe Bulletin meusien, 17 mars 1934, L'Ouest-Eclair, 19 mars 1934, L'Ouest-Eclair, 31 mars 1934, mise au point de Paul Hutin, Ibid., 2 juin 1935 (procès gagné en appel contre l'ancien président de l'Association des anciens chasseurs de Driant, qui l'avait diffamé). Il est ensuite membre du groupement local d'élus et de notables modérés, le Centre républicain meusien, et il soutient les Croix-de-feu. Il écrit dans le numéro du 28 juillet 1935: . L'hebdomadaire publie par la suite les communiqués des Croix de feu et des articles de La Rocque en 1935 et 1936..

Au lendemain des accords de Munich de 1938, conscient du danger allemand, il écrit dans l'Écho de l'Est: . Lui qui vient de voyager en Allemagne se dit conscient de . Il en réduit à espérer un et à condamner toute opposition au gouvernement d'union nationale car ce serait . Il explique cet échec par les et de la politiqueL'Echo de l'Est, 20 novembre 1938, 9 octobre 1938. En revanche, le chroniqueur parlementaire de cet hebdomadaire est résolument pacifiste : son argumentaire est fondé sur un anticommunisme virulent et un refus de toute guerre idéologique, . Cf. aussi les discours d'Hutin prononcés à Pontmain: L'Ouest-Éclair, mai 1938, Ibid., mai 1939.

En 1940, à l'approche des Allemands à Rennes, il quitte son poste au journal L'Ouest-Éclair et tente, vainement, de rejoindre l'Angleterre le . Patriote plutôt que résistant, il refuse de cautionner la reparution du quotidien sous le joug des Allemands et se retire à Saint-Pabu, village de la commune d'Erquy (Côtes-du-Nord) en Armor. Toutefois, il demande en 1941, avec le soutien de sa belle-mère, à être réintégré au conseil d'administration de l’Ouest-Éclair, mais son dirigeant, Jean des Cognets, refuse car le quotidien appuie le régime de Vichy et la collaboration. Un de ses beaux-frères est l'un des responsables du journal sous l'Occupation..

Le , il est dénoncé aux Allemands par un agent de la Gestapo (Maurice Zeller) pour « propagande gaulliste ». Il est arrêté le et transféré à la prison Jacques-Cartier de RennesLe Bezen Perrot, Kristian Hamon, édition Yoran Embaner, 2001. Il est cependant libéré un mois plus tard. Il entre ensuite dans la clandestinité.

Directeur-fondateur du quotidien Ouest-France vignette|Meeting pour la libération des prisonniers et internés politiques de Madagascar, du Maroc, de Tunisie, d’Algérie et d’Afrique Noire, en présence de P. Hutin-Desgrées, 24 juin 1954 À la libération, il fonde avec son beau-frère François Desgrées du LoûFrançois Desgrées du Loû (1909-1985), entré à l'Ouest-Éclair comme rédacteur en 1936, est directeur général-adjoint et éditorialiste depuis 1944, et cogérant jusqu'en 1972 le quotidien Ouest-France, sur les cendres de l'Ouest-Éclair, interdit par les nouvelles autorités. Il revient dans les locaux de ce quotidien le , alors que Jean des Cognets et d'autres dirigeants du journal sont emprisonnés. Ouest-France paraît 3 jours plus tard pour la première foisDavid Bensousan, "La naissance d'Ouest-France", Parlement(s), revue d'histoire politique, 2014/2, n° HS 10, "Une" du 7 août 1944.

Pour faire accepter son journal par les autorités parisiennes issues de la résistance, il a bénéficé de l'appui d'Émilien Amaury, qui fait partie des nouveaux sociétaires de la SARL possédant le journal, fondé en , aux côtés de personnalités d'un nouveau parti politique, le MRP démocrate-chrétien, comme Georges Bidault, Pierre-Henri Teitgen, ministre de l'information de à , Maurice Schumann, ou Francisque Gay. Son beau-frère François Desgrées du Loû, directeur général-adjoint du quotidien de 1944 à 1965, et son frère Henri Hutin, résistant, membre du Comité de libération de la Meuse, font aussi partie des sociétaires originels, , Actionnaires de la SARL, 1944-1957. Fondation de la SARL le 29 septembre 1944, au capital de , divisé en parts de mille francs..

Hutin, qui signe désormais ses éditoriaux sous le nom d'Hutin-Desgrées, est le directeur général du nouveau quotidien et le reste jusqu'en 1965. Ses éditoriaux valorisent la patrie, l'Église, la famille, la morale, la construction européenneCf. par exemple: "Ouest-France face au Gouvernement de Pierre Mendès France (juin 1954 - février 1955)", Annales de Normandie, 1986, vol. 36; , Le Monde, 23 août 1954 et dénigrent le communismeLe Monde, 3 janvier 1961 : extrait d'un éditorial de Paul Hutin et les ambitions des politiciens. Il critique aussi le système politique de la République et l'instabilité gouvernementale, dans ses éditoriaux et à la Chambre des députés. . . . . , écrit-il ainsi en 1953.

En 1950, il demande un geste de clémence à l'égard du maréchal Pétain dans son éditorial. En 1966, pour le cinquantième anniversaire de la bataille de Verdun, il plaide pour l'inhumation du maréchal à DouaumontJacques Le Groignec, L'étoile jaune: la double ignominie, NEL, 2003, .

Il a appuyé le général de Gaulle à partir de 1958. . , mais avec des réserves. . . . Il a critiqué les ultras de l'Algérie française et fait partie du comité de patronage de l'Association de solidarité des journalistes contre l'OAS.