vignette|Guerrier scythe, peut-être une œuvre grecque des

Les Scythes sont un ensemble de peuples iraniens d'Eurasie, en grande partie des cavaliers nomades. Répartis en Europe orientale et en Asie centrale dans la steppe eurasienne, une vaste zone allant de l'Ukraine actuelle à l'Altaï, en passant par la Russie et le Kazakhstan, ils ont vécu leur apogée entre le avant d'être supplantés par les Sarmates, un peuple apparenté aux Scythes vivant au départ plus à l'Est.

Les Scythes migrent depuis l'Asie centrale au cours du et remplacent les Cimmériens comme puissance dominante dans la steppe pontique au nord de la mer Noire. À partir de cette époque, les Scythes et les peuples qui leur sont apparentés dominent toute la steppe eurasienne, des Carpates à l'ouest au plateau d'Ordos à l'est, créant ce que des historiens appellent le « premier empire nomade » d'Asie centrale. Après avoir été expulsés d'Asie du Sud-Ouest par les Mèdes vers , les Scythes se retirent dans la steppe pontique où ils forment un royaume puissant, s'opposant notamment aux Perses lors de la campagne menée par Darius en 513 et aux Macédoniens sous le règne de Philippe II. À partir du , ils sont progressivement supplantés par les Sarmates. À la fin du , Néapolis Scythe, la capitale des Scythes alors largement hellénisés, est prise par du royaume du Pont et leurs territoires incorporés au royaume du Bosphore. Au , les Sarmates et les derniers Scythes sont submergés par les Goths, et au début du Moyen Âge les Scythes et les Sarmates sont largement absorbés par les Slaves.

Après la disparition des Scythes, les auteurs des périodes antiques, médiévales et modernes ont utilisé le terme de « Scythes » ou de « Scythiques » pour désigner diverses populations des steppes eurasiennes n'ayant pas forcément rapport entre elles. Le consensus scientifique actuel veut que les Scythes proprement dits soient les peuples iraniens antiques d'Eurasie centrale qui parlent des langues scythes faisant partie du groupe des langues iraniennes.

Les Scythes ont entretenu des relations commerciales étroites avec les colonies grecques du nord de la mer Noire et joué un rôle important dans la route de la soie, un vaste réseau commercial reliant dès l'Antiquité la Grèce, l'Empire perse, l'Inde et la Chine. Les métallurgistes scythes sont réputés pour leurs objets décoratifs portables affiliés à l'art des steppes. Selon les territoires et les époques, les Scythes ont pu être nomades comme sédentaires.

Étymologie et désignation 400px|vignette|Guerriers scythes, d'après une représentation sur un vase en or du kourgane de Koul-Oba (Crimée). Le mot « Scythes » provient du grec ancien Skúthoi () qui est dérivé de l'endonyme scythe Skuδatā, signifiant « archers ». En raison du changement de son de /δ/ à /l/ dans la langue scythe, le mot a évolué vers la forme Skulatā. Cette désignation a été enregistrée en grec sous le nom de Skōlotoi (), qui, selon Hérodote, est l'autodésignation de la tribu des Scythes royaux, l'aristocratie guerrière des Scythes. Le terme « scythique » est lui relatif aux phénomènes linguistiques et culturels.

Les Assyriens désignent les Scythes notamment sous le nom de Ishkuzai qui est dérivé de Skulatā Simo Parpola, Neo-Assyrian Toponyms. Kevaeler: Butzon & Bercker, 1970, .. Les Perses les désignent sous le nom de Sakas en vieux perse, d'une racine verbale iranienne sak-, « aller, errer » et signifiant ainsi « nomade ». Le terme de Sakas est utilisé par les Perses pour désigner tous les peuples nomades de la steppe eurasienne, dont les Scythes. Les Chinois les connaissent sous le nom de Sai.

De nos jours, le nom « Scythes » est utilisé spécifiquement pour les anciens nomades de la steppe occidentale tandis que « Saka » est utilisé pour un groupe de nomades apparenté vivant dans la steppe orientale.

Terminologie moderne Les historiens modernes utilisent le terme de Scythes pour désigner spécifiquement les peuples nomades ou semi-nomades de la steppe eurasienne, même si les Babyloniens, Perses et Grecs de l'Antiquité désignent sous ce nom tous les nomades des steppes : Le nom « Scythes » fait généralement référence chez les chercheurs modernes au peuple nomade iranien qui a dominé les territoires de steppe et de forêt au nord de la mer Noire (ou Pont-Euxin), la Crimée, la vallée du Kouban, ainsi que les péninsules de Taman et de Kertch du au ; Le nom « Sakas » désigne spécifiquement les Scythes orientaux qui vivent dans la steppe eurasienne du nord et de l'est et dans le bassin du Tarim ; Les Cimmériens sont souvent décrits par les auteurs antiques comme étant culturellement scythes mais ils forment une tribu différente des Scythes proprement dits qui les ont remplacé dans la steppe pontique au Sergei R. Tokhtasev, « Cimmerians » dans Encyclopædia Iranica, Brill Publishers, 1991..

Les Scythes partagent plusieurs similitudes culturelles avec d'autres populations d'Asie centrale, en particulier pour les armes, les équipements pour chevaux et l'art des steppes, des éléments qui forment la « triade scythe ». Les cultures partageant ces caractéristiques sont souvent désignées comme étant « scythiques ». Les peuples associés aux cultures scythes comprennent donc les Scythes eux-mêmes, qui constituent un groupe ethnique distinct, mais aussi les Sakas, les Cimmériens, les Sarmates (ou Sauromates pour les proto-Sarmates), les Massagètes, les Alains (les ancêtres des Ossètes) et les Roxolans. Divers peuples méconnus de la steppe forestière d'Europe de l'Est sont souvent apparentés à la culture scythique, tels que les premiers Slaves, les Baltes et les Finno-Ougriens Stephanie West, Scythians (2002) dans Brill's Companion to Herodotus, Brill, .. Dans cette définition large du terme « Scythe », les Scythes les plus occidentaux sont souvent distingués des autres groupes par les termes « Scythes classiques », « Scythes occidentaux », « Scythes européens » ou « Scythes pontiques » Martina Unterländer, « Ancestry and demography and descendants of Iron Age nomads of the Eurasian Steppe », Nature Communications, , 2017.

Dans un sens large, les terme de Scythes est parfois utilisé pour désigner tous les premiers nomades eurasiens, mais la validité d'une telle terminologie est contestée.

Sources antiques vignette|redresse=1.3|Le monde selon Hérodote.

De nombreuses sources antiques attestent l'existence des peuples scythes. Les Assyriens mentionnent les Scythes sous le nom de Ishkuzai dès 640 . Les textes assyriens donnent les noms de deux chefs scythes : Iskpakāy et Partatûa. Les sources perses désignent quant à eux les Scythes par le nom de Sakas (ou Saces).

Le peuple et la culture scythes nous sont essentiellement connus grâce aux textes des géographes grecs et romains. Au , les Grecs fondent des colonies au nord de la mer Noire, comme la cité d'Olbia du Pont où séjourne l'historien Hérodote au Cette présence grecque au Nord de la mer Noire met les Grecs en contact direct avec les Scythes. Leurs relations commerciales, culturelles et artistiques ont été très intenses, une véritable culture gréco-scythe riche en productions a fleuri sur le territoire de l'actuelle Ukraine et de la Crimée, en dépit des inévitables conflits entre Grecs sédentaires et Scythes nomades. Le terme « Scythe » désigne parfois au sens strict seulement ces Scythes de la mer Noire qui forment alors un sous-groupe distinct parmi les peuples scythiques, mais les Grecs utilisent le terme également pour nommer tout l'ensemble des populations scythiques d'Asie. Souvent, les deux populations n'entretiennent pas de relations continues, mais se rencontrent au gré de la remontée des fleuves par les marchands grecs. Ainsi, pour les géographes grecs, le monde scythe, situé au Nord de la Grèce, constitue l'un des quatre mondes barbares, répartis géographiquement selon les points cardinaux.

Les Grecs et les Scythes n'ont pas entretenus de relations continues, mais se sont rencontrés au gré de la remontée des fleuves par les marchands grecs. Pour les géographes grecs, le monde scythe constitue l'un des quatre mondes barbares, avec celui des Perses, des Éthiopiens et des Indiens, ces mondes étant répartis géographiquement selon les points cardinaux. La culture des Scythes est principalement connue grâce aux récits d'Hérodote qui constituent une source d'information très riche, même si l'historien évoque les Scythes d'Europe (Ukraine actuelle), , 11-12.. Selon Hérodote, les Scythes habitent originellement de l'autre côté d'un fleuve qu'il appelle l'Araxe, peut-être la Volga, et sont très hostiles à toute coutume étrangère, particulièrement à celle des Grecs, , 76.. Le fait qu'ils forment un peuple nomade les rendent en plus insaisissable à ses yeux. Pour lui, le Scythe est l'incarnation du barbare et l'antithèse du Grec des cités du fait de son nomadisme à travers les steppes et de ses mœurs sanguinaires. Militairement, le guerrier scythe s'oppose à l'hoplite grec en évitant le combat rapproché. À la suite d'Hérodote, le jugement des Grecs envers les Scythes n'est plus si catégorique.

Apparence physique selon les sources antiques vignette|Reconstitution de guerriers scythes.

Au , le poète grec Callimaque décrit les Arimaspes de Scythie comme étant blondsCallimaque, Hymne à Délos, 291.. À la fin du ou début du , le médecin grec Galien déclare que les Sarmates, les Scythes et les autres « peuples du Nord » ont les cheveux rouxGalien, Que les mœurs de l'âme sont la conséquence des tempéraments du corps, 2, 5.. Au le philosophe grec Polémon englobe les Scythes parmi les peuples nordiques caractérisés par les cheveux blonds ou roux et les yeux bleu-gris John V Day, Indo-European origins, Institute for the Study of Man, 2001 .. Le médecin Adamantios, qui suit Polémon, écrit que les Scythes sont blonds. Au l'évêque Grégoire de Nysse écrit que les Scythes ont le teint clair et les cheveux blondsGrégoire de Nysse, Contre Eunomios, 2, 12.. Dans lHistoire Naturelle, l'auteur romain Pline l'Ancien au caractérise les Serres, identifiés comme Iraniens (Scythes) ou Tokhariens, aux cheveux roux et aux yeux bleusPline l'Ancien, Histoire Naturelle, VI, 88.. À Alexandrie à la fin du , le théologien chrétien Clément d'Alexandrie écrit que les Scythes sont blonds. Zhang Qian, un envoyé et explorateur de la dynastie des Han, décrit les "Sai" (Scythes) comme étant blonds avec les yeux bleus. L'historien romain du Ammien Marcellin écrit que les Alains, un peuple étroitement lié aux Scythes, sont grands, blonds et aux yeux clairsAmmianus Marcellinus, Histoire Romaine, , 2, 21..

Il convient néanmoins de remarquer que les auteurs grecs affirment que les Thraces et les Slaves ont aussi les cheveux roux, ce qui semble être un trait commun aux peuples « barbares » vivant au nord de la Grèce. Quant aux descriptions physiques de la fin de l'Antiquité, elles pourraient se référer à des tribus germaniques orientales, notamment les Goths, présentes dans les mêmes régions et qui ont souvent été confondues avec les Scythes dans les sources romaines tardives.

Études génétiques vignette|redresse=1.5|Constitution génétique des Scythes.

Une étude génétique de 2009, portant sur échelonnés sur deux millénaires a suggéré que les populations du sud de la Sibérie, de l'âge du bronze (culture d'Andronovo et de Karassouk, qui sont ancêtres des Scythes), et de l'âge du fer (cultures scythes proprement dit), avaient très majoritairement un phénotype européen du nord avec une peau claire, et en majorité des yeux et cheveux clairs, ces populations sont également porteuses de l'haplogroupe Y R1a1 originaire d'Europe du Nord et de l'estChristine Keyser Ancient DNA provides new insights into the history of south Siberian Kurgan people, Springer, 2009.