Milan Kundera (Prononciation en tchèque retranscrite selon la norme API. ), né le à Brno dans l'ancienne Tchécoslovaquie (Moravie) et mort le dans le , est un romancier, essayiste et dramaturge tchèque naturalisé français.

Exilé en France en 1975 après avoir été censuré et exclu du Parti communiste tchécoslovaque en 1970, il est déchu de sa nationalité, qui lui est restituée en 2019. Il obtient la nationalité française le , peu de temps après l'élection de François Mitterrand.. Milan Kundera écrit ses premiers livres en tchèque et utilise exclusivement le français à partir de 1993.

Il reçoit le prix Médicis étranger en 1973 pour La vie est ailleurs, le prix Jérusalem en 1985, le prix Aujourd'hui en 1993 pour Les Testaments trahis, le prix Herder en 2000, le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre en 2001, le prix mondial Cino-Del-Duca en 2009 et le prix de la BnF en 2012.. Son nom est plusieurs fois cité sur les listes du prix Nobel de littérature Voir sur le magazine Capital.. Son œuvre est traduite dans plus de quarante languesMilan Kundera « Le grand pari de la traduction » par Martine Boyer-Weinmann dans Encyclopædia Universalis.« Prague tente de récupérer Milan Kundera après » par Anne Dastakian dans Marianne du 12 novembre 2018..

Biographie Origines et formation Né à Brno en Tchécoslovaquie (depuis 1993, en Tchéquie), Milan Kundera est issu d'une famille où l'art et la culture sont considérés comme importants. Son père, Ludvík Kundera (1891-1971), est un célèbre musicologue et pianiste, recteur de l'Académie Janáček de musique et des arts de la scène de Brno ; il apprend très tôt le piano à son fils..

La musique tient une place notable dans la vie et dans l'œuvre de Milan Kundera. Son cousin Ludvík Kundera (1920-2010), poète et dramaturge, est également connu.

Période stalinienne (1948-1956) Après des études secondaires à Brno, Milan Kundera entame en 1948 des études de littérature et d'esthétique à la faculté des lettres de l'université Charles de Prague. Il change d'orientation au bout de deux semestres et s'inscrit à l'académie du cinéma de Prague.

À cette époque, c'est un communiste convaincu. Il est inscrit dans la branche jeunesse du Parti communiste (PCT) depuis 1947. et accueille avec enthousiasme le coup de Prague en , qui voit le PCT prendre le pouvoir en Tchécoslovaquie avec le soutien de l'Union soviétique. « Vers 1948, moi aussi […] j’ai exalté la révolution », reconnait Kundera en 1981 dans Libération. « Le communisme m’a captivé autant que Igor Stravinsky, Pablo Picasso et le surréalisme », ajoute-t-il en 1984. Il convainc son père d'adhérer lui aussi au PCT..

En 1950, il commet un acte considéré comme délictueux et en est exclu. Cet épisode est évoqué dans La Plaisanterie (le personnage principal, Ludvik, est exclu pour avoir écrit sur une carte postale, en guise de plaisanterie : « Vive Trotsky ! », puis est envoyé faire son service militaire comme ouvrier mineur à Ostrava) et de façon à la fois directe et métaphorique dans Le Livre du rire et de l'oubli :3. « Les anges », :

Il termine ses études en 1952, interrompues quelque temps à la suite d'. Il donne à partir de 1953 des cours sur « l’histoire de la littérature mondiale », puis sur la « théorie du roman » à la faculté de cinéma.

En 1956, il est réintégré dans le parti, mais en est définitivement exclu en 1970 à la suite de ses prises de positions publiques à partir de 1967.

Affaire Dvořáček (1950 et 2008) Cette période de la vie de Milan Kundera revient sur le devant de la scène médiatique, lorsque le magazine tchèque Respekt publie, en , un document sorti des archives d'un commissariat de police de Prague.

Ce document est un procès-verbal d'interrogatoire daté du Lisible ici. selon lequel Milan Kundera aurait dénoncé un de ses concitoyens, Miroslav Dvořáček, un jeune déserteur de l'armée tchécoslovaque passé à l'Ouest puis revenu à Prague, qui a par la suite été condamné à vingt-deux ans de prison dont il effectuera quatorze dans de dures conditions. Le document est retrouvé en 2008 dans l'Institut tchèque d'études des régimes totalitaires.

L'auteur nie catégoriquement les faits et se dit très choqué par de telles accusations« Milan Kundera dément avoir dénoncé un déserteur », 20minutes.fr, 13 octobre 2008.. Il reçoit le soutien de l'ancien président tchèque Václav Havel« Milan, restez au-dessus de la mêlée », article du Nouvel Observateur, 20 octobre 2008. et de l'historien tchèque Maurin Picard, « Milan Kundera : un nouveau témoignage », Le Figaro, 17 octobre 2008..

Entre-temps, plusieurs écrivains à la notoriété internationale (Yasmina Reza., Juan Goytisolo, Philip Roth, Salman Rushdie ou Carlos Fuentes)., dont quatre prix Nobel de littérature (J.M. Coetzee, Gabriel García Márquez, Nadine Gordimer et Orhan Pamuk) s'associent pour défendre le romancier« Quatre éminents prix Nobel de littérature défendent Kundera », ActuaLitté.com, 4 novembre 2008. et exprimer leur .

Bernard-Henri Lévy écrit : L'analyse de cette séquence, du côté tchèque et du côté français, est publiée dans Revolver RevueAnnée XXX, 2015, ..

Premières œuvres littéraires (1953-1957) Son premier texte imprimé, en 1947, est un poème dédié « À la mémoire de Pavel Haas », son professeur de musique (et père de sa première femme, Olga), assassiné à Auschwitz.

Son premier livre, L'Homme, ce vaste jardin (Člověk zahrada širá) en 1953, est un recueil de vingt-quatre poèmes lyriques dans lequel il essaie d'adopter une attitude critique face à la littérature dite de « réalisme socialiste », mais ne le fait qu'en se positionnant du point de vue marxiste.

En 1955, il publie Le Dernier Mai (Poslední máj), un livre de poésie consistant en un hommage à Julius Fučík, un héros de la résistance communiste contre l'occupation de l'Allemagne nazie en Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Suit en 1957, Monologues (Monology), un recueil de trente-six poèmes dans lequel Kundera rejette la propagande politique et accentue l'importance de l'authentique expérience humaine. C'est un livre de poésies d'amour (le sous-titre est Kniha o lásce : Le Livre sur l’amour), d'inspiration rationnelle et intellectuelle.

Années 1960 et Printemps de Prague Dans la préface au roman de Josef Škvorecký, Miracle en BohêmePp.VII-XI., Kundera évoque assez longuement le Printemps de Prague (c'est-à-dire la période entre l'avènement d'Alexandre Dubček en janvier et l'invasion soviétique en ) en parallèle avec Mai 68. Il en fait remonter l'origine au scepticisme et à l'esprit critique tchèque, qui aboutissent à ce que, dès 1960, le régime est, dit-il, , situation très favorable à une intense création culturelle (Miloš Forman, Václav Havel).

Un moment important est le de l'Union des écrivains tchécoslovaquesMilan Kundera emploie souvent tchèque plutôt que tchécoslovaque, mais dans le cadre de la Tchécoslovaquie socialiste, l'Union des écrivains était « tchécoslovaque ». en . Les écrivains manifestent, pour la première fois publiquement, leur désaccord total avec la ligne politique des dirigeants du parti. Kundera participe activement à ce mouvement et y prononce un discours importantIl le classe cependant en 1990 dans ses œuvres de circonstances (cf. infra), qu'il n'y a pas lieu de rééditer..

En ce qui concerne le soulèvement de à Paris, il le considère comme radicalement différent du Printemps de Prague : celui-ci était un mouvement sceptique sur le plan politique, mais valorisant la culture traditionnelle à l'encontre de la culture soviétique ; celui-là était un mouvement révolutionnaire « lyrique » qui « mettait en cause ce qu'on appelle la culture européenne et ses valeurs traditionnelles ».

Dans cet esprit, il développe dans La Plaisanterie (1967) un thème majeur de ses écrits : il est impossible de comprendre et contrôler la réalité. C'est dans l'atmosphère de liberté du Printemps de Prague qu'il écrit Risibles amours (1968) ; ces deux œuvres sont vues comme des messagers de l'antitotalitarisme.

Risibles Amours (1968) est un recueil composé de plusieurs nouvelles traitant des relations intimes humaines et, à travers cela, du dysfonctionnement de la parole - un thème qui apparaît dans toutes les œuvres de Kundera dans sa maturité. Il analyse les thèmes de l'identité, de l'authenticité, du phénomène de l'illusion : comment les faits peuvent se changer en leur contraire, comme de manière insaisissable. La plupart des récits se déroulent dans la société tchèque du stalinisme tardif, et témoignent de la réalité de cette époque.

Tchécoslovaquie soviétisée (1968-1975) L'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en août 1968 met fin à cette période de liberté d'expression des médias, plongeant le pays dans le néo-stalinisme. Cette atmosphère étouffante reste inchangée jusqu'à la chute du communisme en Tchécoslovaquie, en 1989.

Réhabilité au sein du parti communiste après la déstalinisation (en 1956), Kundera en est à nouveau exclu en 1970. Il perd son poste d'enseignant à l'Institut des hautes études cinématographiques de Prague, et ses livres sont retirés des librairies et des bibliothèques.

Il évoque cette période des « petits boulots » dans Le Livre du rire et de l'oubli, indiquant notamment qu'il a gagné de l'argent en fabriquant des horoscopesLe Livre…, ., et qu'il a même pu en publier, sous un pseudonyme, dans un magazine pour jeunes.

Il met aussi à profit ses compétences musicales pour - comme il l'écrit dans sa préface à une édition américaine de La Plaisanterie - jouer « avec un groupe de musiciens ambulants dans les tavernes d'une région minière ».

Malgré tout, il continue d'écrire. La vie est ailleurs est pour lui une forme de catharsis ; il se confronte à son passé de communiste, à sa place en tant qu'artiste, et il s'en libère. Ce livre est publié en France (1973), où il reçoit le prix Médicis étranger.

L'ambiance de La Valse aux adieux (1976), supposé être son dernier roman (le titre original était Épilogue), est influencée par le régime aride qui règne en Tchécoslovaquie après l'invasion soviétique. Dans ce livre, il n'est pas question de politique ; la situation dramatique qui règne alors en dehors du monde de la fiction n'apparaît dans le récit que de manière occasionnelle.

Période française (1975-2023) En été 1975, avec sa femme Věra Hrabankova, il quitte en voiture la Tchécoslovaquie pour la France avec l'autorisation d'y séjourner pendant « ».. Deux membres du jury du prix Médicis étranger, prix qu'il avait remporté en 1973, vont permettre son installation en France : la romancière Lucie Faure intervient auprès de son mari Edgar Faure, alors président de l'Assemblée nationale, pour lui obtenir un permis de séjour et l'italianiste Dominique Fernandez, alors professeur à l'université de Rennes, lui trouve un travail d'enseignant. Valéry Giscard d'Estaing fait pression pour qu'il obtienne un visa permanent.. Kundera s'installe alors dans la cité bretonne (il va résider au trentième et dernier étage d'une des deux tours des HorizonsPlace Publique Rennes.com, « Milan Kundera : La plus haute tour dans une ville vraiment moche »., gratte-ciel construit cinq ans auparavant en bordure du centre de Rennes, une ville qu'il jugera alors « vraiment moche »). Il enseigne, en tant que professeur invité, en littérature comparée à l'université Rennes-II jusqu'en 1979, année où il est élu à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Toujours en 1979, la nationalité tchécoslovaque lui est retirée ; deux ans plus tard, le , François Mitterrand lui octroie la nationalité françaiseLéa Colombo, Mort du romancier franco-tchèque Milan Kundera à , Les Échos, 12 juillet 2023., en même temps qu'à l'écrivain argentin Julio Cortazar.

L'ouverture des archives, après la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie, montrera qu'il est resté sous surveillance de la StB - les services de renseignements tchécoslovaques - même pendant son séjour en France .