vignette|upright=1.5|Graphe de la valeur du Dow Jones entre et .
Le krach de 1929 est une crise boursière qui s'est déroulée à la Bourse de New York entre le jeudi et le mardi : en quelques jours, l'indice principal qui avait augmenté de plus de depuis le début des années perd presque la moitié de sa valeur.
Cet événement est l'un des plus célèbres de l'histoire boursière, marquant le début de la Grande Dépression, la plus grande crise économique de l'Histoire. Les jours-clés du krach ont hérité de surnoms distincts : le est appelé « jeudi noir », le est le « lundi noir », et le est le « mardi noir ». Conséquence directe, aux États-Unis, le chômage et la pauvreté explosent pendant la Grande Dépression et poussent quelques années plus tard à une réforme profonde et nécessaire des marchés financiers.
Mais outre cette crise économique, de nombreux spécialistes de la crise de 1929, historiens et économistes, montrent comment ce krach boursier a déstabilisé l'économie allemande et ainsi favorisé, dans une certaine mesure, l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler et du parti nazi à la suite du retrait brutal des capitaux américains d'Allemagne1929, William Karel, 2009, présentation sur Arte.tv.. La crise a également induit des déstabilisations économiques, sociales et politiques dans certains pays d'Amérique latine et ainsi mené à plusieurs coups d'États.
Mécanisme vignette|Indice Dow Jones de 1921 à . La crise de 1929 est consécutive à une bulle spéculative, dont la genèse remonte au début des années 1920. La bulle est amplifiée par le nouveau système d'achat à crédit d'actions nommé le (« emprunt à appel »), qui depuis 1926 est permis à Wall Street. Les investisseurs peuvent ainsi acheter des titres avec une couverture de seulement 10 % : pour dix dollars achetés, ils ne déposent qu'un dollar. Le taux d'emprunt varie selon le taux d'intérêt à court terme ; la pérennité de ce système dépend donc, en partie, de la différence entre le taux d'appréciation des actions et ce taux d'emprunt.
Pour l'historien de l'économie Charles Kindleberger, la cause immédiate réside dans le fait que dans les . D'un point de vue technique (il y a aussi pour lui des causes plus politiques Pour lui, l'enchaînement politique part .), c'est le dernier maillon d'une série qui court de la hausse du taux d'escompte à New York en août, à la faillite de l'entreprise Hatry à Londres, laquelle provoque une hausse des taux au Royaume-Uni le (la veille, la bourse de New York avait atteint son maximum), ce qui conduit à des retraits de capitaux de New York.
Histoire Les origines : la bulle des années 1920 gauche|vignette|Scène de satisfaction devant un téléimprimeur. Les années 1920 marquent une période de forte croissance aux États-Unis et en Europe, où se produit tout d'abord une chute des cours de 31 % en un jour à la Bourse de Berlin, appelée krach du . Dès 1928, l'Allemagne entre en récession. Le plan Young allège les réparations, mais en compensation les rend prioritaires par rapport aux dettes commerciales, ce qui fait prendre conscience aux prêteurs américains des risques qu'ils encourent pour leurs prêts passés et accroît la pression sur la balance des paiements à partir de la fin de 1929.
Ainsi, de 1921 à 1929, le monde semble installé dans une période de prospérité. Après des années de tensions politiques entre grandes nations à la suite du règlement difficile de la Première Guerre mondiale, la paix paraît rétablie durablement. La production industrielle augmente de 50 %. Le « boom » boursier n'apparaît donc pas ex nihilo. Mais il est trop rapide : la hausse annuelle des cours pendant la même période est de 18 %, soit une hausse totale de plus de 300 %. Selon l'économiste Jacques Brasseul, . Un élément spéculatif se développe, puis devient prépondérant à partir de 1928, date à laquelle le cabinet Charles Merrill (aujourd'hui Merrill Lynch) recommande de ne plus s'endetter davantage pour acheter des actions, et émet la recommandation suivante : . Ce ne sont en effet plus les dividendes qui attirent les investisseurs, mais la possibilité de revendre avec une importante plus-value ; beaucoup de titres sont achetés à crédit à cette fin.
L'économie, elle, montre des signes de faiblesse dès le début de 1929 : ainsi, la production automobile chute de véhicules à entre mars et septembre. La production industrielle, elle, recule de 7 % entre mai et octobre. Ce ralentissement est en partie dû à un phénomène d'asphyxie : les capitaux disponibles accourent à la bourse plutôt que vers l'économie « réelle ».
Entre et , le cours des actions augmente de 120 %. Le , l'indice Dow Jones atteint 381,17, son plus haut niveau avant 1954. Le , l'économiste Irving Fisher déclare : « Stock prices have reached what looks like a permanently high plateau » (« Les cours ont atteint ce qui semble être le plateau perpétuel »).
Le krach
vignette|L'indice Dow Jones pendant le krach de 1929. Quelques jours avant le krach (les , et ), les premières ventes massives ont lieu. Ce sont encore des prises de bénéfices, mais elles commencent à entraîner les cours à la baisse.
Le jeudi (jeudi noir ou Black Thursday) marque la première grande panique. Le matin, il ne se trouve presque pas d'acheteurs, quel que soit le prix, et les cours s'effondrent. À midi, l'indice Dow Jones a perdu 22,6 %. Une émeute éclate à l'extérieur du New York Stock Exchange, après que les gardes du bâtiment et la police ont empêché des actionnaires d'entrer. La galerie des visiteurs est fermée. Les rumeurs les plus folles circulent : onze spéculateurs se seraient suicidés, la bourse de Chicago et celle de Buffalo auraient déjà fermé, celle de New York serait sur le point de le faire. Une réunion d'urgence entre cinq des principaux banquiers de New York se tient au siège de J.P. Morgan & Co. pendant une vingtaine de minutes. À son issue, Thomas Lamont, un des dirigeants de J.P. Morgan, déclare : . Le marché rebondit légèrement à la nouvelle que les banques vont intervenir pour soutenir les cours. En effet, vers , des investisseurs institutionnels menés par , vice-président du NYSE, interviennent directement : Whitney s'approche du poste de cotation d'U.S. Steel, demande le cours en vigueur (195), et annonce : . Dès que les premiers titres s'échangent, il recommence l'opération pour une autre action, et fait ainsi le tour d'une douzaine de postes. Les cours se redressent rapidement, et la baisse pour la journée est limitée à 2,1 % (indice Dow Jones : 299,47). Par exemple, le titre Montgomery Ward vaut à l'ouverture, 50 en milieu de journée, 74 à la clôture. Deux titres enregistrent leur plus haut niveau de l'année, tandis que leur plus bas niveau. Les volumes échangés atteignent d'actions pour la journée , et le précédent record de seulement . Les téléimprimeurs ont jusqu'à une heure et demie de retard sur les cours ; ainsi les vendeurs paniqués ne savent pas encore à quel prix ils ont cédé leurs titres. vignette|Page couverture d'un journal d'Indianapolis, le 29 octobre 1929: "Le krach boursier le plus important de l'histoire" Les nombreux investisseurs qui ont emprunté pour spéculer sont néanmoins contraints de liquider leurs positions (appels de marge ou margin calls) à partir du lendemain. Les cours restent stables le vendredi (Dow Jones : 301,22) et samedi (avant-guerre, il y avait une demi-session le samedi).
Le cycle s'emballe le lundi , qui restera dans les mémoires comme le « lundi noir » (Black Monday), où de titres sont échangés. Les banques n'interviennent pas, contrairement au jeudi précédent. L'indice Dow Jones perd 13 % (260,64), un record qui ne sera battu que lors du krach d'. Certains titres sont massacrés : General Electric perd 48 points, Eastman Kodak 42, AT&T et Westinghouse 34, U.S. Steel, 18.
Le , le « mardi noir » (Black Tuesday), le volume échangé atteint de titres. Les téléimprimeurs ont jusqu'à deux heures et demie de retard sur les cours. L'indice Dow Jones perd encore 12 % (230,07) et les gains d'une année de hausse disparaissent. Winston Churchill, qui se trouve alors à New York, affirme être le témoin du suicide d'un spéculateur qui se serait jeté par la fenêtre. L'événement n'a jamais été confirmé, et il est à l'origine des légendes sur les nombreux spéculateurs qui se seraient ainsi défenestrés (en tant que phénomène massif, il a été démontré statistiquement que les suicides d'acteurs du système financier à cause du krach sont une légende urbaine.). Entre le et le , l'indice Dow Jones passe de 326,51 à 198,69 (-39 %), ce qui correspond à une perte virtuelle de de dollars, dix fois le budget de l'État fédéral américain et plus que ce que les États-Unis avaient dépensé pendant toute la Première Guerre mondiale..
Après le krach
vignette|La salle des échanges de la bourse de New York peu après le krach. vignette|L'American Union Bank ferme ses portes le . Par un effet de dominos, c'est l'ensemble de la Bourse qui s'effondre, et la chute de 1930 à 1932 est supérieure à celle de l'année 1929. Le , l'indice Dow Jones tombe à 41,22, son plus bas niveau depuis sa création en 1896.
Parmi les effondrements spectaculaires, Goldman Sachs passe de en 1929 à 1,75 en 1932, American Founders Group (société d'investissement) passe de à 0,75 en 1935, U.S. Steel passe de à 22 le , General Motors passe de à 40 en 1932 et General Electric de à 154 en 1932. Le Dow Jones perd, dans cet intervalle, 89 % de sa valeur, il faudra attendre 1959 pour que le Dow Jones retrouve sa valeur initiale. La valeur virtuelle de l'ensemble des titres perd en fin de compte, quant à elle, de dollars.
Parmi les perdants célèbres, avec leurs pertes en dollars de l'époque, citons : J. P. Morgan, Jr. qui perd entre de dollars, la famille Vanderbilt (40 millions), la famille Rockefeller qui voit fondre environ 80 % de son patrimoine, Eddie Cantor perd , Winston Churchill s'appauvrit de et Groucho Marx de .
La perte de confiance due à la crise boursière affecte la consommation et les investissements lors des mois suivant le krach. Les investisseurs qui ont spéculé en empruntant ne peuvent plus rembourser et causent des pertes sèches, ce qui conduit les banques à restreindre leur crédit. Les grandes entreprises connaissent alors des difficultés de trésorerie croissantes. Les plus faibles font faillite, ce qui accroît la fragilité des banques. Les épargnants paniquent et se précipitent auprès de leur banque pour retirer leur argent. Sans mécanismes de stabilisation, les banques les plus faibles sont dévastées par l'hémorragie de fonds et doivent faire faillite à leur tour : la crise devient alors une crise bancaire à partir de 1930.
Les crédits se tarissent, la consommation, l'investissement et la production continuent de chuter, le chômage explose (de à en 1933), et la crise bancaire devient une crise économique en 1931.
La crise affaiblit le mouvement ouvrier. Les travailleurs qui avaient un emploi craignaient tellement de le perdre qu'ils suivaient le plus souvent les appels à la modération des dirigeants parlementaires et syndicauxChris Harman, Une histoire populaire de l'humanité, La Découverte, 2015, p. 522.
Une tentative de redressement de l'économie américaine sera amorcée par le New Deal et en particulier le National Industrial Recovery Act de 1933, mais une rechute se produit en 1937. Ce n'est qu'avec l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale fin 1941 que le pays se redresse durablement.
Les indices boursiers ne reprendront des valeurs comparables à celles précédant la crise de 1929 que plus tard (le pic du est dépassé le ).. Les pratiques d'investissement prennent une nouvelle forme, avec des investissements pensés à plus court terme. Ces pratiques commencent à être défendues après le Krach par Gérald M. Loeb, alors banquier d'investissement dans une société à Wall Street.