La Belladone (Atropa belladonna) est une plante herbacée vivace de la famille des Solanacées. Elle est parfois désignée par divers noms vernaculaires : « belle cerise », « belle-dame », « bouton noir », « cerise du diable », « cerise empoisonnée », « guigne de côte », « herbe empoisonnée », « mandragore baccifère », « morelle furieuse », « morelle marine », « morelle perverse » ou encore « permenton »...
Cette plante peut se révéler très toxique, ses baies noires contenant de l'atropine, substance active sur le système nerveux du fait de ses propriétés anticholinergiques. Les ophtalmologues l'utilisaient au pour dilater la pupille lors d'un examen des yeux.
Étymologie Linné a nommé la plante Atropa belladonna en 1753 dans Species plantarum 1 :181. Son nom générique, Atropa, donné par Linné, correspond à celui de l'une des trois Moires, Atropos (« inflexible » en grec ancien), celle qui coupait le fil de la vie. Son épithète spécifique belladonna vient de l’italien bella donna .
Cette dénomination de la plante est bien plus ancienne que l’époque de Linné. Deux siècles auparavant, Mattioli l’introduit dans son commentaire la matière médicale de Dioscoride (en italien en 1544, puis en latin en 1554) (ou traduction en français de 1572), avec pour seule justification que c’est l’usage des herboristes et des Vénitiens.
La première explication sera donnée en 1640 par le botaniste anglais John Parkinson dans le Theatrum BotanicumTheatrum Botanicum: The Theater of Plants : Or, An Herball of Large Extent. Chap. 6 Tribe 3 page 348. : les dames utilisent son jus ou son eau distillée, dont la qualité de grand froidure, permet d’obtenir un teint plus pâle. Vingt ans plus tard, le naturaliste John Ray reprend l’idée que les femmes l’utilisent pour 1660 Catalogus plantarum circa Cantabrigiam nascentium. Le même John Ray rapporte une observation importante : en appliquant la feuille de la plante près de l'œil pour soigner un ulcère chancreux, il observe une remarquable relaxation de la pupilleJohn Ray, 1686 Historia plantarum.
La découverte de cette propriété antispasmodique aura deux conséquences 1) la dilatation de la pupille provoquée par la plante sera utilisée par Reimarus, Grasmeyer, Himly, en préparation de l’opération de la cataracte 2) l’étymologie sauvage selon laquelle, la dénomination de belladonna de la plante viendrait de ce qu'à la Renaissance, les Italiennes élégantes instillaient dans leurs yeux du jus de belladone pour faire briller leur regard et se rendre plus attirantes.
Les deux « étymologies » du terme botanique bella donna selon lesquelles l’expression viendrait de l’usage cosmétique de la substance soit comme fard soit comme collyre, par les élégantes italiennes, viennent donc de deux naturalistes anglais, environ un siècle après que le médecin naturaliste Pietro Andrea Mattioli a écrit en italien (en 1544, puis en latin en 1554) à Gorizia au nord-est de Venise, la traduction et les Commentaires de la Matière médicale de Dioscoride.
Toutes ces explications très tardives demandent confirmation et nous obligent à chercher l’origine de l’emploi de belladonna par les herboristes du temps de Mattioli. Selon les étymologistes, le terme serait peut-être de même origine que le latin médiéval bladonna (), adapté en moyen français français sous le nom de bladone (). Le mot d'origine gauloise, en passant dans les dialectes du Nord de l’Italie, devint beladonna, forme adaptée finalement en belladonna « belle dame ».
Taxonomie Atropa belladonna appartient à la famille des solanacées, famille très importante pour l'Homme qui comprend des végétaux alimentaires (par exemple : pomme de terre, tomate, aubergine, piment…), des plantes médicinales (baie de goji, mandragore…) et des plantes à forte toxicité parfois désignées sous le nom vernaculaire de morelles.
D'un point de vue pharmacologique, les solanacées à toxicité élevée sont classées schématiquement en trois groupes : les solanacées à alcaloïdes de type nicotine, comme Nicotiana tabacum. à alcaloïdes de type atropine, comme Atropa Belladona. à glycoalcaloïde de type solanine, comme Solanum nigrum.
Description La belladone est une grande plante vivace à rhizome, robuste et ramifiée. Les tiges sont légèrement velues, de couleur rougeâtre. La plante peut atteindre jusqu'à de hauteur. Son port est dense et très touffu.
Les feuilles sont entières, ovales pointues (15 sur environ), pétiolées, d'odeur un peu fétide. La floraison débute en juin, mais fleurs et fruits peuvent coexister sur un même pied, d'août à octobre en Europe. Les fleurs sont hermaphrodites, en cloche ou en doigt de gant, solitaires, pendantes, brunes à l'aisselle des feuilles, violacées ou parfois jaunes chez les variétés cultivées. L'inflorescence est en cyme multipare. La pollinisation est entomogame.
Les fruits sont des baies noires luisantes de la taille d'une petite cerise (sphérique, de 15 à de diamètre), de couleur noir violet à maturité, luisante. La baie se reconnait facilement par son calice persistant, de forme étoilée (5 dents courtes). La pulpe est juteuse violacée. Les graines sont nombreuses, du gris au noir selon le degré de maturité, d'un diamètre inférieur au millimètre, avec une surface finement chagrinée.
La dissémination des graines est endozoochore, propagées principalement par les oiseaux.
Toutes les parties de la plante sont très toxiques pour l'humain, mais c'est la baie qui provoque le plus grand nombre d'accidents, surtout chez l'enfant par confusion, par exemple la belladone peut se trouver au voisinage de framboisiers sauvages très recherchés.
Il existe une variété assez rare de belladone à fleurs jaunes, dénommée Atropa belladonna var. lutea.
Distribution Elle est inégalement répartie en France, de préférence calcicole (sols riches en calcium), elle se trouve dans les clairières de bois humides mésohydriques, eutrophiles, et neutrophiles.
En Europe, on la trouve surtout dans les régions médioeuropéennes et alpines., plateau suisse et Jura., et de l'Afrique du Nord jusqu'au Caucase, qui sont ses régions d'origine (Europe méridonale et centrale, Asie occidentale).
Cependant la belladone a été cultivée et introduite ailleurs. En Grande-Bretagne, elle n'est indigène que sur les sols calcaires, les sols perturbés, les bords des champs, les haies et les forêts claires. Plus répandue en tant qu'exogène, il s'agit souvent d'un vestige de culture en tant qu'herbe médicinale. Dans le sud de la Suède, elle a été enregistrée en 1870 comme cultivée dans des jardins botaniques près de Malmö.
La belladone est naturalisée dans certaines régions d'Amérique du Nord, où elle se trouve souvent dans l'ombre, les endroits humides sur sol calcaire. Elle est considérée comme une espèce de mauvaise herbe dans certaines parties du monde où elle colonise des zones aux sols perturbés.
Statuts de protection, menaces En 2021 l'espèce est considérée en Danger (EN) dans le monde mais comme non menacée en France où elle est classée Espèce de préoccupation mineure (LC) par l'UICN.
Toutefois localement l'espèce peut se raréfier : elle est considérée Quasi menacée (NT), proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises, en Bourgogne, Nord-Pas-de-Calais et Aquitaine; elle est considérée Vulnérable (VU) en Auvergne; elle est en Danger-critique (CR) en Poitou-Charentes et Pays de la Loire; en Danger (EN) en Limousin, région Centre et Île-de-France.
Culture Atropa belladonna est rarement utilisée dans les jardins, mais, lorsqu'elle est cultivée, c'est généralement pour son port érigé et ses baies voyantes. La germination des petites graines est souvent difficile, en raison des téguments durs qui provoquent la dormance des graines. La germination prend plusieurs semaines dans des conditions de température alternées, mais peut être accélérée avec l'utilisation d'acide gibbérellique. Les plantules ont besoin d'un sol stérile pour éviter la fonte des semis et ressentir les perturbations racinaires pendant le repiquage. [citation nécessaire]
Réglementation Par un arrêté du , l'État français donne l'obligation aux distributeurs et vendeurs de Belladone d'informer leurs clients, via un étiquetage spécifique, de sa toxicité.
Histoire
Antiquité Très rare en Grèce, la belladone était ignorée ou très peu connue dans l'Antiquité. Il est difficile de reconnaître cette plante dans les textes classiques. Toutefois, elle est probablement décrite par Théophraste sous le nom de Mandragore à fruit noir, de saveur vineuse. Il est donc possible que Atropa belladonna soit considérée comme une plante capable de provoquer à une certaine dose les effets d'une plante magique, hallucinations et transes, associées à la magie noire, mais pouvant provoquer la mort.
En grec ancien, le terme de renvoie à diverses plantes toxiques, parfois soporifiques, entre lesquelles il est difficile ou impossible de choisir, d’autant plus que Pline et Dioscoride ont mêlé souvent dans leurs notices les caractères morphologiques, Pline compilant (sa source commune avec Dioscoride) avec Théophraste..
Moyen Âge et Renaissance Au , sainte Hildegarde indique : Elle recommande de l'utiliser en onguent pour soigner les rages de dent, la belladone étant nommée sous le terme dolo, de l'allemand ( signifiant « rage » aujourd'hui).vignette|upright|Atropa belladonna
Selon Jules Michelet, au Moyen Âge, les sorcières auraient été les seules à savoir utiliser la belladone par voie interne dans du lait, de l'hydromel, du vin ou par voie externe sous forme d'onguents. Du point de vue moderne, une telle utilisation reste confuse. Selon P. Delaveau, il existe une hypothèse selon laquelle le sabbat des sorcières serait en fait un délire atropinique. Pour se rendre au sabbat, la sorcière chevauchait un manche enduit d'onguent. La résorption au niveau de la vulve, plus intense et plus rapide, aurait entrainé un délire hallucinatoire (lévitation, transport dans un autre lieu, vision du diable)P. Delaveau 1982, op.cit, donne comme référence de cette hypothèse « R. Mauny, Communication personnelle » sans autre précision..
La belladone est nommée et clairement figurée à partir du . Elle perd son caractère de plante magique ou de sorcellerie pour devenir plante médicinale, cultivée dans les jardins d'apothicaires.
Poison mortel, la belladone fut aussi utilisée pour parfaire la beauté des femmes de la Renaissance. Les Italiennes élégantes appliquaient sur leurs yeux quelques gouttes d'une infusion à base de belladone qui avait pour effet de dilater leurs pupilles et de leur donner de profonds yeux noirs (« yeux de biche »). D'où l'expression , c'est-à-dire « belle femme » en italien. Un regard sombre lié à la dilatation de la pupille avait semble-t-il le pouvoir de susciter la convoitise de la gent masculineSelon Delaveau 1982, il ne s'agit pas de regard sombre mais de regard brillant, ce qui parait plus plausible. En matière de regard, il semble bien qu'un regard profond n'est pas forcément sombre.. Ce serait l'une des manifestations de l'excitation sexuelle et du désir.. La belladone faisait aussi légèrement loucher, ce qui, à l'époque, était caractéristique de la beauté (cf. l'expression « avoir une coquetterie dans l'œil »).
En 1548, Mattioli donne les doses à employer selon l'effet désiré. Ainsi : (Commentaires sur Dioscoride).
Temps modernes vignette|Cigarettes de Belladone, première moitié du 20e siècle. Musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris Au début du , les préparations à base de belladone sont utilisées par les médecins allemands (1787-1855) et Karl Himly (1772-1837) pour effectuer des examens des yeux.
Bien dosé, un poison peut aussi être un médicament. Ainsi des principes actifs de la belladone, comme l'atropine, sont toujours utilisés en médecine moderne.
Pharmacologie
Composition et toxicité