Les élections législatives suédoises de 2006 ont eu lieu le pour renouveler les 349 membres du Riksdag, le parlement monocaméral de Suède. Des élections municipales et régionales sont organisés simultanément.
Contexte
En Suède, les élections générales concernent le renouvellement des membres du Parlement (à savoir les 349 députés du Riksdag), et celui des élus locaux (conseils d’administration et assemblées locales des 20 comtés et conseils municipaux des 290 municipalités du royaume). Le 17 septembre 2006, les 7 millions de Suédois disposant du droit de vote ont donc eu à choisir en même temps leurs nouveaux représentants nationaux et locaux. Concernant le Riksdag, 310 sièges sont répartis entre les 29 circonscriptions, les 39 autres, au rang national, appelés compensatoires, étant attribués aux différents partis en vue de leur assurer la représentativité la plus exacte possible au niveau national. Le système électoral utilisé est la représentation proportionnelle au scrutin de listes. Depuis les élections de 1998, le vote préférentiel est autorisé.
La Suède est gouvernée par la gauche depuis 1994, le Parti social-démocrate suédois des travailleurs (S ou SAP) détenant depuis des décennies la majorité relative des sièges du Riksdag, soutenu dans son action par le Parti de gauche (V, ancien parti communiste suédois) et le Parti de l'environnement Les Verts (MP). Si les sociaux-démocrates avaient largement contribué au maintien de la majorité lors des élections de 2002, gagnant les 13 sièges perdus par le Parti de la gauche (qui n’avait pas réussi à retrouver son score historique de 1998, à savoir 11,99 % des suffrages exprimés et 43 sièges), cette dernière n’avait pratiquement pas progressé, les verts ne gagnant qu’un siège. Le premier ministre social-démocrate, Göran Persson, en poste depuis 1996, doit maintenant faire face à l’usure du pouvoir, les enquêtes d’opinion donnant toutes la majorité comme l’opposition à jeu égal, avec une conjoncture favorable pour cette dernièreSondages.
La dite opposition est constituée des 4 partis traditionnels de droite : les Modérés (M), parti libéral-conservateur, le Parti du peuple - Les Libéraux (FP), parti libéral de centre-droit, les Chrétiens-démocrates (KD) et enfin le Parti du centre (C), ancien parti agrarien. Durant les élections législatives de 2002, les modérés, principale force de la droite parlementaire depuis le début des années 1980, avaient essuyé une cuisante défaite, perdant 27 sièges au profit des libéraux, qui en gagnaient 31 et manquaient de peu de devancer les modérés quant au nombre de candidats élus (48 contre 55). Les chrétiens-démocrates avaient également souffert de ce bouleversement des rapports de force à droite, tandis que le Parti du centre, écopant de résultats plutôt médiocres depuis la fin des années 1980, commençait à remonter la pente en gagnant quatre sièges Élections législatives suédoises de 2002 Article de Wikipédia en suédois.
Le paysage politique suédois avait également été profondément bouleversé dans son ensemble à l’occasion des élections européennes de 2004, où la Liste de juin, mouvement conservateur profondément eurosceptique, avait effectué une percée phénoménale en rassemblant 14,4 % des suffrages exprimés et en emportant 3 des 19 sièges suédois du Parlement européen. L’extrême droite suédoise, incarnée par les Démocrates de Suède (SD), pourraient également semer le trouble au Riksdag, tirant profit de sa petite percée à l’occasion des élections de 2002 (1,44 % des suffrages exprimés, soit une progression de plus d’un point et une très nette avance sur l’ensemble des partis non parlementaires). SD a réalisé jusque-là ses meilleurs scores dans le sud du pays (9 % des suffrages et 4 sièges au Conseil municipal de Kavlinge lors des dernières élections municipales). Restent enfin quelques partis marginaux implantés localement, comme l’Initiative féministe, le Parti pirate, qui demande l’abrogation des lois sur les droits d’auteur ou le Parti des intérêts des retraités suédois.
Campagne La droite serre les rangs
Pour la première fois depuis l’avènement de la démocratie en Suède, les 4 partis de droite se sont regroupés dans une seule et même coalition baptisée « Alliance pour la Suède ». Menée par le très populaire président du Parti du rassemblement modéré Fredrik Reinfeldt et par le charismatique Lars Leijonborg, représentant des trois autres partis, cette coalition a été officiellement formée le 31 août 2004 à Högfors, village où vit Maud Olofsson, dirigeante du Parti du centre, et s’est doté d’un programme commun, auquel s’ajoutent les programmes individuels de chaque formation. Les quatre dirigeants sont tombés d’accord pour choisir un Premier ministre membre de la composante de la coalition qui récoltera le plus de voix.
Tirant les leçons de l’échec des modérés lors du scrutin de 2002, Fredrik Reinfeldt a abandonné leur traditionnel programme de réduction des dépenses de l’État et de baisses d’impôts au profit de la défense de l’État-providence, jusque-là chasse gardée de la gauche et chose à laquelle les Suédois sont particulièrement attachésAnalyse de l'Observatoire des élections en Europe.
Les sociaux-démocrates victimes de l'usure du pouvoir
À gauche, les sociaux-démocrates se sont une fois encore alliés au Parti de la gauche et aux verts, formant la « Coalition rouges-verts ». L’objectif principal est de conserver la majorité des sièges du Riksdag, d’autant plus que dans ce cas de figure les trois partis seraient prêts à participer activement au nouveau gouvernement (ce qui n'a encore jamais été le cas, les sociaux-démocrates gouvernant habituellement seuls dans le cadre d'un gouvernement minoritaire). La coalition est légitimée par le bon bilan du Premier ministre Göran Persson, qui a contribué, entre 1995 et 2005, à faire croître la productivité suédoise de manière importante (2,5 % par an), de même que le PIB (3 %), succès auxquels il faut ajouter une croissance de 5,6 % au deuxième trimestre 2006, la plus élevée du pays depuis six ans. L’inflation s’est elle maintenue en dessous de 1 % et la dette publique depuis trois ans est tombée en 2005 en dessous des 50 % du PIB. En contrepartie, le taux d’imposition suédois est le plus élevé d’Europe et le plus élevé au monde avec celui du Danemark.
En cas de victoire, la majorité promet la création de dizaines de milliers de nouveaux emplois (au même titre que l’opposition) principalement dans le secteur public, une réglementation plus stricte des emplois à temps partiel pour les grandes entreprises (et non pour les petites et moyennes entreprises (PME) à la demande du Parti de la gauche et des verts), une augmentation des subventions pour les bénéficiaires de pensions maladie et de meilleurs investissements dans l’aide sociale à domicile. Göran Persson n’a eu de cesse de critiquer les modérés tout au long de la campagne, les accusant de dissimiler leurs véritables projets (baisses d’impôts et réductions du budget du service public). À noter toutefois que la gauche se trouvait dans une situation difficile : plus aucun parti politique ne parlant désormais de démanteler l’État providence, elle devait convaincre les Suédois que le changement dans la continuité pouvait être possible…
L'épineux problème du chômage Le chômage était une question importante au cœur de la campagne, le gouvernement social-démocrate alors en place étant perçu comme ayant échoué à contenir la montée du chômage dans le pays malgré la bonne santé de l'économie suédoise (à l’échelle de l'Europe). L'opposition a argué que le « vrai » chômage est beaucoup plus important que le chiffre officiel de 4,8 % (en mai 2006)Statistiska centralbyrån. Ils citent un chiffre de (ou de 17,9 % de la main-d'œuvre en janvier 2006) « en dehors du marché du travail parce qu'ils n'ont pas un travail ou étudient »Site des Modérés, et si ceux qui sont « complètement ou partiellement en dehors du marché du travail » sont inclus alors ce chiffre s’élève à Site du Parti du centre. Cette sinistre vision de la situation du chômage a été amplifiée en janvier par Jan Edling, un ancien économiste pour la Confédération des syndicats suédois (LO). Cependant, comparé à d'autres pays de l'OCDE, la Suède a un taux de chômage très bas, comme l’a précisé Peter Eriksson du Parti de l'environnement au cours d’un débatModeraternas fejkade arbetslöshetssiffror, Peter Eriksson, .
L’Alliance pour la Suède proposait alors de régler le problème en opérant des coupes dans l’impôt sur le revenu (en augmentant les allocations exemptes d’impôts) et dans l’impôt sur le salaire (et même en l’abolissant pour certaines parties du secteur des services). Les détracteurs de ces réformes fiscales arguèrent qu’en étant fondées sur des réductions de l’allocation chômage et de la paie maladie, elles attaqueront le plus indigent dans la société au lieu de l’aider comme le voudrait l’Alliance…
En outre, le Parti du centre avait proposé de son côté un nouveau type de contrat de travail plus flexible pour les moins de . Une des particularités de ce contrat serrait la possibilité pour l’employeur de licencier le signataire au bout de deux ans de travailCenterns ungdomsavtal får inte politiskt stöd , Sydsvenskan, 2 avril 2006.. Cette proposition controversée (non retenue par l’Alliance dans son ensemble) aurait pour objectif d’augmenter le taux d’activité des jeunes en permettant aux employeurs de prendre moins de risques en embauchant de nouveaux employés. Les partis de gauche n’ont eu de cesse de s’en prendre à ce projet, accusant les centristes de vouloir plonger les jeunes salariés dans l’insécurité permanente. Un contrat semblable présenté par le gouvernement français (le Contrat première embauche) avait rencontré l’hostilité d’une partie de la population qui avait alors organisé de vastes mouvements sociaux pour empêcher la loi d’entrer en application.
Une étude menée par la Confédération de l'entreprise suédoise () indique que 41 % des compagnies suédoises pensaient alors qu'un tel contrat augmenterait leur volonté de d’engager les jeunes « largement » et que 51 % pensaient qu'il l'augmenterait « dans une certaine mesure ». 7 % des sondés pensaient au contraire que cela ne les rendrait pas plus disposésFöretagen tror på ungdomsavtal, Svenskt Näringsliv, , Svenskt Näringsliv.
Scandale chez les libéraux Le 4 septembre 2006, seulement deux semaines avant les élections, le Parti social-démocrate a déposé plainte à la suite d'un cambriolage d'ordinateur dans le réseau interne des sociaux-démocrate. Il a été rapporté par la suite que des membres du Parti du peuple (FP) ont eu l’occasion de copier des informations jusque-là tenue secrètes pour contrer les propositions politiques du Parti social-démocrate à au moins deux occasions. Le 5 septembre, le premier secrétaire du parti, Johan Jakobsson, a démissionné de son propre chef. Les principaux membres du parti et ceux de son organisation pour jeunes étaient dès lors surveillés par la police pour suspections d’activités criminelles…
Résultats Au Riksdag
130 35 % 97 26,2 % 29 7,9 % 28 7,5 % 24 6,6 % 22 5,8 % 19 5,2 % 5,6 % S M C FP KD V MP ÖVR
Ces résultats définitifs ont été publiés mercredi 20 septembre par l'Autorité électorale suédoise. Des résultats provisoires avaient déjà été publiés au soir de l'élection (tous les électoraux ayant fini leurs premiers comptages)Allmänna val Résultats provisoires publiés par l'Autorité électorale suédoise, mais ils n'incluaient pas les votes par procuration et le vote des expatriés.