Alphonse François Henry Esquiros, né le dans l'ancien de ParisVincent Wright, Éric Anceau, Jean-Pierre Machelon, Sudhir Hazareesingh, Les Préfets de Gambetta, Presses Paris Sorbonne, 2007, 482 pages, . et mort le à Versailles, est un auteur romantique et un homme politique français. Plusieurs fois député, il est élu sénateur le et meurt lors de son mandat.
Biographie Issu d'une famille de la bourgeoisie parisienne, Alphonse Esquiros est le fils d'Alexandre-François Esquiros (1779-1847), viticulteur à Épernay et fabricant de coton en 1814, puis employé, et de Françoise-Henriette Malin (1782-1860).
Quatrième d'une famille de sept enfants, il a trois frères : Charles (né en 1808, mort jeune) ; Eugène-Antoine (né en 1814, mort en bas âge) ; Henri (né en 1820, mort en bas âge) ;
Et trois sœurs : Aglaé (née en 1805, morte en bas âge) ; Élisabeth (née en 1806, morte en bas âge) ; Marie (1823-1859).
Après des études à l'école de l'abbé Hubault et au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet de Paris, il entre au lycée à Paris puis à la Sorbonne, où il suit les cours mais ne passe pas la licence. Élevé dans la foi catholique, il s'écarte de la religion catholique sous l'influence de son ami Lamennais et devient un libre-penseur et un anticlérical militant.
Il débute dans les lettres en 1834 par un volume de poésies, les Hirondelles, dont Victor Hugo fait l'éloge, et deux romans, Le Magicien en 1834 et Charlotte Corday en 1840, qui connaissent un grand succès. D'opinion démocrate et socialiste, il écrit ensuite L'Évangile du peuple (1840), un tableau de la vie et du caractère de Jésus, vu comme un réformateur social. Ce livre est considéré comme une offense à l'égard de la religion et de la décence, et, le , Esquiros est condamné à une amende de et emprisonné huit mois à Sainte-Pélagie. Pendant sa détention, il écrit un deuxième recueil de vers, Les Chants d'un prisonnier (1841).
Puis il publie trois petits ouvrages d'inspiration socialiste, les Vierges martyres, les Vierges folles (contre la prostitution) et les Vierges sages (1847), où il s'affirme comme un républicain de sentiment et un partisan enthousiaste de la Convention nationale, de la Montagne et des Jacobins.
Le , il épouse à Paris, dans la paroisse Saint-Sulpice, une femme de lettres, Adèle Battanchon, avec qui il écrit une Histoire des amants célèbres et Regrets, souvenir d'enfance, avant de s'en séparer en 1850.
En 1848, il accueille avec enthousiasme la proclamation de la République et publie un journal, Le Peuple, bientôt rebaptisé l'Accusateur public, organe du Club du Peuple, qu'il préside, et dont quatre numéros paraissent du 11 au .
Lors d'un premier exil à Londres après les journées de Juin, il se met en couple avec une Anglaise, Anne BuntingJacobus Petrus van der Linden, Alphonse Esquiros de la bohème romantique à la république sociale, ., avec laquelle il a un fils, WilliamEn 1870, avec Léo Taxil, William Esquiros fonde une de trois cents jeunes gens. Voir Sudhir Hazareesingh, « », , vol. 17, , mars 2003, ., né à Londres en 1849Naomi J. Andrews, Socialism's Muse : Gender in the Intellectual Landscape of French Romantic Socialism, Lexington Books, 2006, 179 pages, . et mort de la typhoïde à Marseille le .
Il est élu le lors d'une élection partielle député démocrate-socialiste (démoc-soc) de Saône-et-Loire à l'Assemblée nationale, le sur 6 par sur et , et prend place sur les bancs de la Montagne. L'élection est invalidée, mais il est réélu le de la même année par sur et . Votant parmi les membres les plus avancés de la minorité républicaine, il doit s'exiler lors du coup d'État du 2 décembre 1851.
Expulsé de France, il se retire à Nivelles, en Belgique, puis en Hollande (1856-1859), avant de passer en Angleterre (1859-1869), où il devient professeur d'histoire et de littérature à l'école militaire de Woolwich et publie ses observations et ses études dans la Revue des deux Mondes, publiées en volume sous le titre : l'Angleterre et la vie anglaise en 1859-1869 (5 vols.). Plein de mépris pour l'institution maçonnique en 1851, il se fait pourtant initier lors de son séjour en Angleterre, en même temps que Gustave NaquetEmmanuel Gustave Naquet, préfet de Léon Gambetta en Corse, directeur du journal Le Peuple. Comme la plupart des préfets de Gambetta, il est entré en fonction moins fortuné que ses collègues d'élite, mort dans l'indigence sans héritier ni succession.. Apprenti à La Réforme de Marseille le , il devient compagnon le suivant puis maître le .
De retour en France en 1869, il se présente comme candidat de l'opposition radicale dans la circonscription des Bouches-du-Rhône, où il est élu, le , député au Corps législatif par sur et , contre pour M. de Rougemont, le candidat officiel. Siégeant à l'extrême-gauche, il s'oppose en toute occasion au gouvernement et vote contre la déclaration de guerre à la Prusse. En , il est l'un des dirigeants de la campagne contre le plébiscite à Paris et à Marseille. thumb|right|150px|Tombe d'Alphonse Esquiros, sculpture de Lucien Chauvet, cimetière Saint-Pierre de Marseille. Le lendemain de la proclamation de la République, le , il est nommé administrateur supérieur des Bouches-du-RhôneÀ ce poste, il fonde la Ligue du Midi, une organisation patriotique républicaine, à Marseille en . Voir Sudhir Hazareesingh, « », , vol. 17, , mars 2003, ., où il gagne la confiance de la population en prenant des mesures énergiques en faveur de la défense nationale et en créant un comptoir d'escompte. Toutefois, plusieurs de ses arrêtés, notamment la suspension de la Gazette du Midi, journal légitimiste, et la dissolution de la congrégation des jésuites de Marseille, déplaisent au gouvernement, et il est désavoué par Gambetta. Aussi donne-t-il sa démission le , avant de la retirer.
Après avoir définitivement abandonné ses fonctions le , il est à nouveau élu à l'Assemblée nationale le , le sur 11, par sur et . Puis il se fait élire au Sénat le par 86 voix sur 171 votants. Membre de l'extrême-gauche, il signe et vote la proposition d'amnistie plénière déposée par Victor Hugo. Peu après, il tombe malade et meurt à Versailles le .
Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre de Marseille après des obsèques civiles, qui sont suivies par plus de . Sa tombe sur laquelle est placé son buste sculpté par Lucien Chauvet devient un centre de manifestation de la libre-pensée.
Parmi ses nombreux ouvrages sur la question sociale, on peut noter une Histoire des Montagnards (2 vols., 1847), Paris, ou Les sciences, les institutions, et les mœurs au (2 vols., 1847) et une Histoire des martyrs de la liberté (1851).
Alphonse Esquiros a collaboré à plusieurs revues, en particulier L'Artiste, La Revue de Paris et la Revue des deux Mondes. De même, il a dirigé L'Accusateur public en 1848 et participé, avec Eugène Pelletan, Théophile Thoré et Paul Mantz, à La République des arts. Peinture, statuaire, architecture, archéologie en 1848, avec François-Vincent Raspail, à La République de Marat en 1871.
Œuvres
Poésie Les Hirondelles, 1834 Chants d'un prisonnier, Paris, Challamel, 1841, 246 p. Fleur du peuple, Paris : F. Sartorius, 1848, 71 p.
Romans Le Magicien, Paris, L. Desessarts, 1838, 2 vol. Charlotte Corday, Paris, Desessarts, 1840, 2 vol.
Essais Philosophie du Christ, 1835 L'Évangile du peuple, Paris, Le Gallois, 1840, 139 p. (commentaire philosophique et démocratique de la vie de Jésus) Les Vierges sages, Paris, P. Delavigne, 1842, 252 p. Les Vierges martyres, Paris, P. Delavigne, 1846, 256 p. Paris, ou Les sciences, les institutions, et les mœurs au , 1847 Histoire des amants célèbres (en collaboration avec Adèle Esquiros), Paris, bureau des publications nationales, 1847 Histoire des Montagnards, Paris, V. Lecou, 1847, 2 vol. Regrets. - Souvenirs d'enfance. - Consolation. - Jalousie, (en collaboration avec Adèle Esquiros), Paris, imprimerie de Bénard, 1849 Le Droit au travail, de son organisation par la réforme des institutions de crédit, Blois, C. Groubental, 1849, 40 p. De la Vie future au point de vue socialiste, Marseille, bureaux de la Voix du peuple, 1850, 144 p. Histoire des martyrs de la liberté, Paris, J. Bry aîné, 1851, 240 p. Les Confessions d'un curé de village, Paris, J. Bry, 1851, 48 p. Les Fastes populaires, ou Histoire des actes héroïques du peuple et de son influence sur les sciences, les arts, l'industrie et l'agriculture, Paris, administration des publications populaires, 1851-1853, 4 vol. Le Château d'Issy, ou les Mémoires d'un prêtre, Bruxelles, J. B. Tarride, 1854, 238 p. (rééd. Leipzig, A. Durr, 1860) Les Vierges martyres, Les Vierges folles, Les Vierges sages 1840–42, La Morale universelle, 1859 (réédition) La Néerlande et la vie hollandaise, Paris, Michel Lévy frères, 1859, 2 vol. La Vie des animaux : histoire naturelle, biographique et anecdotique des animaux, Paris, L. Hachette, 6 tomes, 1859-1860 (selon le chercheur Anthony Zielonka, l'auteur, le docteur Franklin Jonathan, et le traducteur, Alphonse Esquiros, sont probablement la même personne.) Itinéraire descriptif et historique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande (en collaboration avec Adolphe Joanne), Paris, L. Hachette, 1865, 739 p. L'Angleterre et la vie anglaise, Paris, J. Hetzel, 1869, 5 vol. L'Émile du dix-neuvième siècle, Paris, Librairie internationale, 1869, 422 p. Les Paysans, Paris, librairie de la Bibliothèque démocratique, 1872, 191 p. Ce qu'on pensait de l'Empire à l'étranger, Paris, Le Chevalier, 1875, 35 p.
Correspondance Choix de lettres, (textes réunis, présentés et annotés par Anthony Zielonka), Paris ; Genève, Champion-Slatkine, 1990, 144 p.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Adolphe Robert, Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Paris, Edgar Bourloton, 1889, tome 2, Escars à Estagniol, -570. Sudhir Hazareesingh, « », , vol. 17, 1, , -78. Loïc Rignol, « Anthropologie et progrès dans la philosophie de l'histoire d'Alphonse Esquiros. Le système des Fastes populaires », Revue d'histoire du , 2000 20/21 Varia Sylvie Aprile, « "Translations" politiques et culturelles : les proscrits français et l'Angleterre », Genèses, 38 dossier « Figures de l'exil », 2000/1 Anthony Zielonka, Alphonse Esquiros (1812-1876) : a study of his works, Paris, Champion ; Genève, Slatkine, 1985, 300 p. Gian Mario Bravo, Les Socialistes avant Marx (3 tomes), Paris, F. Maspero, 1970, 243 p. Jacques P. Van der Linden, Alphonse Esquiros, de la bohème romantique à la république sociale, Heerlen, Winants ; Paris, A.-G. Nizet, 1948, 237 p. Benjamin Pifteau (1836-1890), Le Biographe illustré (tome 3 comprenant : Louis Blanc, Émile de Girardin, Edgar Quinet, Jules Michelet, Félicité Robert de Lamennais, Alphonse Esquiros), Sceaux, imprimerie de M. et P.-E. Charaire, 1877 Serge Sautreau (1943-2010), La Filière Esquiros, nouvelles ; Éditions Impeccables, Falaise, 2012, 112 p.
Articles connexes Liste des députés de Saône-et-Loire Politique en Saône-et-Loire Liste des députés des Bouches-du-Rhône
Liens externes
Œuvres d'Alphonse Esquiros sur Gallica
Poème : Paris aux réverbères Histoire des Montagnards
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