Antonio Pignatelli, né à Spinazzola, près de Bari (Italie) le , et décédé à Rome le , issu de la grande famille aristocratique Pignatelli et descendant des familles princières Carafa et Caracciolo, est le évêque de Rome et donc pape de l’Église catholique qu'il gouverne de 1691 à 1700 sous le nom d’ (en latin , en italien ). Il succède à .
Il est principalement connu pour avoir mis fin au népotisme, pratiquée jusqu'alors très régulièrement par ses prédecesseurs dont le pape Paul IV, par la bulle Romanum decet pontificem de 1692, qui interdit la nomination de cardinaux-neveux et limite les privilèges accordés aux familles des papes. Il entreprend également un assainissement des finances pontificales et réduit les dépenses de la cour romaine. En 1693, il apaise le conflit entre la papauté et Louis XIV en reconnaissant les évêques nommés par le roi de France. Enfin, en 1700, il soutient de manière décisive l’accession de Philippe V, petit-fils de Louis XIV, au trône d’Espagne, avant de mourir la même année, peu avant le déclenchement de la guerre de Succession d’Espagne.
Issu de la haute aristocratie, Innocent XII se distingue par son humilité et sa simplicité, refusant les privilèges excessifs pour lui-même et pour sa famille. Il développe des politiques d'aides envers les plus démunis et soutient de nombreuses oeuvres caritatives et sociales.
Biographie vignette|Médaille annuelle en or du Vatican à l'effigie du Pape , 1695. Antonio Pignatelli est le fils de Francesco, marquis de Spinazzola, et de Porzia Carafa, princesse de Minervino, fille de Fabrizio Carafa, duc d'Andria (la famille Carafa a déjà donné un pape au 16e siècle, ). Il est donc issu de la très haute noblesse italienne. Il est baptisé dans l'église San Giovanni Battista di Regina di Lattarico (Cosenza).
Le jeune Antonio fait ses études au Collegio Romano des Jésuites de Rome. À vingt ans, il reçoit un poste à la cour du pape . Pendant les pontificats suivants, il sert comme vice-légat d'Urbino, puis comme gouverneur de Pérouse.
Il devient ensuite inquisiteur à Malte du au . Deux ans plus tard, on le retrouve gouverneur de Viterbe. Le , il est ordonné évêque. Fin 1652, il devient nonce apostolique, c'est-à-dire ambassadeur du Vatican, à Florence, en 1660 en Pologne puis en 1668 à Vienne. Pendant onze ans, sa carrière diplomatique le mène dans toute l'Europe, en particulier en dans le Saint-Empire romain germanique et dans la république des Deux Nations.
En 1671, il reçoit la charge de diriger le diocèse de Lecce, mais pour deux ans seulement du fait qu'il a la charge du secrétariat de la Congrégation des évêques et des réguliers.
Le , il est créé cardinal par , puis l'année suivante est nommé archevêque de Faenza et légat apostolique de Bologne. En 1687, il devient archevêque de Naples. Il participe en tant que cardinal à deux conclaves. Le premier en 1689 qui élit Alexandre VIII puis en 1691 qui l'élut pape.
Le conclave de 1691 Innocent XII fut élu pape le au Palais apostolique et couronné le par le cardinal Urbano Sacchetti.
Ouvert le , ce conclave fut le plus long depuis plus de 300 ans : pour trouver une élection papale plus longue, il faut remonter à 1314-1316, c’est-à-dire au conclave qui élut Jean XXII.
Soixante-cinq cardinaux participèrent au conclave et, conformément à la tradition, formèrent trois groupes : les pro-français, les pro-espagnols et les « zelanti ». Ce dernier groupe était mené par le cardinal Giovanni Francesco Negroni, qui joua un rôle déterminant dans l’échec de Giovanni Dolfin, détesté par les pro-espagnols. Les deux favoris restaient Gregorio Barbarigo et Antonio Pignatelli.
La candidature de Barbarigo était contestée par les Français ; les négociations en vue de son élection se poursuivirent jusqu’en juillet, date à laquelle sa candidature fut retirée et Pignatelli élu. Le nouveau pape, âgé de soixante-seize ans, prit le nom pontifical d'Innocent XII en l'honneur d'Innocent XI, grâce auquel il avait reçu la pourpre cardinalice.
Le pontificat
Relations avec les institutions ecclésiales
Décisions ecclésiastiques générales Le , le nouveau pontife proclama un jubilé extraordinaire pour implorer l'aide divine. Durant son pontificat, la vie des peuples européens fut souvent marquée par des guerres. Innocent XII proclama un jubilé extraordinaire le et un autre le pour appeler à la paix entre les monarques chrétiens. vignette|Innocent XII Par la constitution apostolique Speculatores du , Innocent XII établit les normes canoniques concernant le bas clergé. Par une autre constitution en date du , il confirma que tous les prêtres réguliers et les jésuites devaient obéir au pape.
Convaincu de la nécessité pour le clergé de se montrer exemplaire aux fidèles, le pape publia la constitution apostolique Sanctissimus in Christo Pater (), exigeant de chaque ordre religieux une observance plus stricte de ses règles et une préparation plus attentive de ses jeunes novices. Il créa ensuite une commission spéciale de cardinaux chargée de veiller à l'application de cette constitution. Le , par la constitution Debitum pastoralis, il supprima la Congrégation pour le Statut des Réguliers, établie en 1649, et pérennisa la commission créée en 1695, la transformant en un dicastère à part entière, la « Congrégation pour la Discipline des Réguliers », dont les attributions étaient distinctes de celles de la Congrégation pour les Évêques et les Réguliers. Avec la constitution apostolique Nuper (De celebratione missarum) de 1697, il rend obligatoire l'enregistrement des legs et des messes selon leur typologie.
Le , Innocent XII publia un décret sur la musique dans la liturgie. Cette mesure, dissipant la confusion engendrée par les différentes interprétations et éclairant la question, interdisait généralement le chant de toute cantilène ou motet. Lors des messes solennelles, il n'autorisait que le chant de l'introït, du graduel et de l'offertoire, en plus du Gloria et du Credo. Aux vêpres, il n'autorisait aucun changement, même minime, dans les antiennes récitées au début et à la fin de chaque psaume.
En 1695, il abolit la pratique (en usage en Allemagne) selon laquelle les évêques et les abbés étaient nommés par des chapitres électifs. En 1699 par la bulle Regi saeculorum, il proclama le jubilé de 1700.
Curie romaine Le , il publia la bulle papale Romanum decet pontificem, abolissant la charge de cardinal-neveu et transférant ses pouvoirs au cardinal secrétaire d'État. Cette disposition, rédigée par le cardinal Giovanni Francesco Albani, interdisait aux papes d'accorder des biens, des charges ou des revenus à un parent ; de plus, aucun parent ne pouvait être élevé au cardinalat. Ce document est entré dans l'histoire car il a sanctionné la fin du népotisme, pratique courante chez ses prédécesseurs. L'un des parents d'Innocent XII, le pape Paul IV issu de la célèbre famille princière Carafa, a, peut-être plus que tout autre pape, pratiqué la népotisme. Parallèlement, il s'efforça de lutter contre l'achat et la vente de charges au sein de la Chambre apostolique et, à cette fin, instaura un mode de vie plus simple et plus économe à sa cour. Il déclara lui-même : « Les pauvres sont mes neveux », comparant ainsi le népotisme de nombre de ses prédécesseurs à sa propre politique de charité publique. Par une série de brefs (publiés le ), il réglementa les attributions de la Congrégation pour la Visitation apostolique.
Il abolit le document de 1352 qui réglementait les relations entre le pape élu et les cardinaux électeurs, selon lequel le premier devait se sentir lié par les demandes des seconds et devait les satisfaire dans les premiers mois de son pontificat.
Ordres et instituts religieux Piaristes
Le pontife accorda à leur ordre le droit d'enseigner à l'Université de Rome.
Ordre du Saint-Sacrement
Il reconnut la règle de l'ordre par un bref daté du .
Clercs mariaux
En 1699, il reconnut la congrégation comme ordre de clercs réguliers.
Hospitalier de Saint-Hippolyte
Par une bulle papale datée du , il transforma la congrégation en ordre religieux, avec des vœux solennels de pauvreté, d'obéissance, de chasteté et d'hospitalité, sous la règle de saint Augustin et avec les privilèges des ordres mendiants.
Autres décisions
Le , il établit une congrégation de Lorette à Rome et nomma le cardinal secrétaire d'État son préfet.
Relations avec les autres Églises chrétiennes Sous le pontificat d'Innocent XII, l'union des orthodoxes de Transylvanie avec Rome fut conclue (). Le clergé orthodoxe de Transylvanie et celui des autres territoires occidentaux peuplés de fidèles roumanophones (Banat, Crișana, Sătmar et Maramureș) y participèrent.
Le pape s'efforça de ramener l'Église copte au sein du catholicisme. Il nomma missionnaires les Pères mineurs réformés de San Pietro in Montorio à Rome. Ces derniers se rendirent auprès du patriarche d'Alexandrie pour le prier de rejoindre l'unité catholique. La réponse du patriarche fut hésitante ; il accepta toutefois d'autoriser des missionnaires envoyés d'Italie à s'installer au Caire.
Décisions en matière de doctrinale
Jansénisme La controverse janséniste se poursuivit sous le pontificat d'Innocent XII. En 1668, sous le pontificat de Clément IX, le clergé français avait signé la Formule de condamnation papale des propositions contenues dans l'Augustinus de Jansen. Cependant, les jansénistes français et flamands, intolérants à l'autorité papale, refusèrent de signer la Formule. Lorsqu'ils demandèrent des modifications au texte, le pontife répondit par la négative, d'abord par un décret de la Sainte Inquisition, puis par deux brefs (le , aux évêques de France, et le , aux évêques de Flandre), qui mirent définitivement fin à la question. Une nouvelle condamnation du jansénisme fut promulguée en 1699.
Autres décisions
Innocent XII autorisa la publication de l'ouvrage théologique Fundamentum theologiae moralis du jésuite espagnol Tirso González de Santalla, confirmant ainsi l'approbation déjà accordée par Innocent XI. vignette|Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud. Paris, musée du Louvre. En 1697, le Saint-Siège dut trancher une controverse doctrinale apparue en France trois ans auparavant et restée irrésolue. Les protagonistes étaient Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, et François de Salignac de La Mothe, dit Fénelon, archevêque de Cambrai. En 1694, les deux hauts prélats s'étaient entendus pour condamner les écrits d'une mystique, Madame Guyon, mais des désaccords les opposèrent par la suite. En 1697, Fénelon publia Explications des maximes des saints sur la vie intérieure, dans lequel il proposait une nouvelle interprétation de la condamnation de Madame Guyon. Cet ouvrage suscita l'ire du roi Louis XIV, qui nomma une commission chargée d'examiner ses idées. Fénelon prit les devants en envoyant son ouvrage à Rome, espérant ainsi obtenir l'approbation du Saint-Siège. La controverse s'éternisa pendant deux ans. Finalement, le pape trancha en faveur de Bossuet : 23 propositions du livre de Fénelon furent condamnées comme contraires à la doctrine chrétienne (Cum alias, ).
Innocent XII, cependant, ne condamna pas les écrits du cardinal Celestino Sfondrati, que Bossuet accusait également de quiétisme.
Le pontife fut appelé à trancher une autre controverse, cette fois entre l'ordre des Carmes et les bollandistes. Ces derniers, un groupe d'érudits appartenant à l'ordre des Jésuites, contestaient l'attribution de la fondation même de l'ordre au prophète Élie. La controverse se prolongea pendant plusieurs années. En 1695, les bollandistes furent autorisés à se défendre. Le père Daniel van Papenbroeck publia ses idées dans un ouvrage de plus de 900 pages. La discussion s'envenima et l'intervention du pape Innocent XII fut sollicitée ; celui-ci imposa le silence aux parties en 1698.
Décisions en matière liturgique
La querelle des rites