La marche des fiertés, la Gay Pride , la (« fierté gay et lesbienne »), la ou simplement la Pride est la principale manifestation du mouvement LGBT ; elle est destinée à donner une visibilité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, queer, transgenres ou autres et à revendiquer la liberté et l'égalité des orientations sexuelles et des identités de genre.

Créées à la suite des émeutes de Stonewall aux États-Unis en 1969, des marches des fiertés existent aujourd'hui dans de nombreux pays à travers le monde. Elles sont généralement organisées chaque année autour du mois de juin, le mois des fiertés LGBTQ.

Origines

Dans la nuit du 27 au , un groupe de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres se rebellent contre les forces de police venues faire une descente au Stonewall Inn, un bar gay de New York situé dans Christopher Street. La lutte entre les forces anti-émeutes et les personnes présentes fait rage pendant plusieurs jours. Les émeutes de Stonewall sont depuis considérées comme une étape majeure dans la lutte pour l’égalité des droits entre personnes hétérosexuelles, bisexuelles et homosexuelles, transgenres et cisgenres..

Quatre mois après les émeutes, le , Craig Rodwell, son compagnon Fred Sargeant, Ellen Broidy et Linda Rhodes proposent qu’un défilé soit organisé à New York pour commémorer « les manifestations spontanées de Christopher Street ».. La suggestion est faite à Philadelphie lors d’une réunion de la (ERCHO), une organisation rassemblant différents mouvements homophiles. Elle est adoptée à l’unanimité des personnes présentes, à l’exception des membres de la section new-yorkaise de la Mattachine Society, qui s’abstiennent.. À la suite de cette adoption, des militants de Chicago, San Francisco et Los Angeles décident de commémorer également les émeutes de Stonewall.

Les réunions de préparation de la première Pride new-yorkaise commencent début dans l’appartement de Craig Rodwell, au 350 Bleecker Street.. Y participe notamment Brenda Howard, une militante bisexuelle connue comme la « mère de la Fierté ». Cette dirigeante de la première heure du Gay Liberation Front et de la Gay Activists Alliance coordonne l’événement.

Le samedi , la première Pride au monde se déroule à Chicago, suivie par une autre à San Francisco.. Le lendemain, des rassemblements plus importants ont lieu à New York (sous le nom de Christopher Street Liberation Day) et Los Angeles.

En Europe, la première marche se déroule le ; elle réunit à Münster en Allemagne..

Le terme « Gay Pride » a été conçu par , un militant des droits des homosexuels dans le Minnesota. Les activistes Brenda Howard, Robert A. Martin et L. Craig Schoonmaker sont à l'origine de la popularisation du terme « Pride » pour décrire ces festivités.

Organisation Festivités vignette|upright|La chanteuse américaine bisexuelle Lady Gaga à l’Europride de Rome en 2011. Des événements sont souvent mis en place autour de la manifestation : des soirées, des concerts, comme celui de Lady Gaga lors de la clôture de l’Europride à Rome en 2011., ou encore Global Deejays en 2012 à Marseille..

Emprunt d’expression Il est à noter que deux expressions perdurent pour parler de ces défilés : « Gay Pride » et « marche des fiertés ». La seconde n’est cependant pas qu’une simple traduction de la première. « Gay Pride » est la plus utilisée depuis les années 1980 à travers le monde pour définir ces manifestations. Néanmoins, son champ s’est élargi, et définit désormais l’ensemble des événements précédant les défilés (surtout aux États-Unis et au Canada, où une semaine entière est consacrée à la célébration de la « fierté »), la marche en elle-même étant appelée « Gay Pride Parade ». Au Québec, on l’appelle le défilé de la « fierté gaie »..

Le terme « marche des Fiertés » est apparu en France en 2001 après un litige entre la Lesbian and Gay Pride, qui désignait également l’association organisatrice, et la société précédemment responsable de l’organisation : la SOFIGED. Cette dernière avait en effet déposé les marques commerciales « Gay Pride », « Lesbian & Gay Pride » et « Europride », ce qui fait que l’organisation de cet événement devait donner lieu à paiement de royalties. Un nouveau nom fut donc choisi pour la marche parisienne, « Marche des Fiertés », et c’est sous ce nom que sont maintenant appelés les défilés français. Par ailleurs, l’association Lesbian and Gay Pride changea de nom pour s’appeler l’Inter-LGBT (Interassociative lesbienne, gay, bi et trans). D’autres villes, comme Nice, préfèrent une appellation moins formelle comme « Pink Parade », elles se positionnent ainsi en dehors des polémiques et des conflits et marquent leur indépendance.

Dans le monde Des marches des fiertés ont lieu actuellement dans le monde entier. Néanmoins, leur développement ne s’est pas fait de la même manière dans tous les endroits du globe.

Certains pays ont connu des défilés alors que l’homosexualité était encore un délit et considérée comme une maladie mentale : c’est le cas des États-Unis et de l’Europe de l’Ouest par exemple. Dans ces cas-là, l’objectif des défilés était de faire entendre la voix d’une minorité qui se sentait oppressée, par exemple pour réclamer la dépénalisation de l’homosexualité. Une fois ces revendications obtenues, un deuxième mouvement consistant en la recherche d’égalité des droits et à la lutte contre l’homophobie peut avoir lieu. D’autres pays sont passés directement à la deuxième phase du mouvement, la première phase étant impensable compte tenu du régime peu ou pas démocratique dans lequel ils vivaient. Ainsi, les allosexuels d’Europe de l’Est n’ont pu se mobiliser qu’après la chute du bloc soviétique et alors que l’homosexualité était déjà dépénalisée.

L’ensemble des marches est coordonné par l’InterPride, une association créée en 1982 à Boston : on peut retrouver sur son site internet l’ensemble des dates des événements ayant lieu dans le monde Site de l'interpride..

Afrique vignette|Affiche pour la première Gay Pride d’Afrique, à Johannesbourg en 1990.

Pendant longtemps, le seul pays africain accueillant une marche des fiertés a été l’Afrique du Sud : un défilé a en effet lieu chaque année à Johannesbourg depuis 1990 et un autre dans la ville du Cap depuis 2001. L'édition 2023 à Johannesbourg rassemble plus de participants.

En 2012, une marche est organisée à Entebbe en Ouganda..

En 2018, l'Eswatini (ex-Swaziland). et le Kenya. voient leur premier défilé.

Amériques États-Unis et Canada Le mouvement a commencé aux États-Unis : dès 1970, certaines personnes de New York décident de célébrer le premier anniversaire de la révolte du Stonewall. À l’initiative du Gay Liberation Front dirigé par Craig Rodwell, le , remontent la entre Waverly Place (Greenwich Village) et Central Park. La manifestation porte alors le nom de « Christopher Street Liberation Parade » et son slogan officiel est « Come Out ! ». D’autres défilés ont également lieu à San Francisco et Los Angeles ou encore Toronto, Montréal et Ottawa au Canada.

Dans les années 1970, deux appellations distinctes sont utilisées aux États-Unis : à New York et Atlanta, on parle de « Gay Liberation Marches » alors que les villes californiennes qualifient plutôt ces événements de « Gay Freedom Marches ». En 1978 apparaît pour la première fois à San Francisco le drapeau arc-en-ciel, nouveau symbole de la communauté LGBT. Dans les années 1980, d’autres militants prennent le relais des premiers organisateurs : les noms des marches, considérés comme étant trop revendicatifs, sont remplacés par la formulation plus neutre de « Gay Pride ». Les défilés deviennent plus festifs et plus colorés.

Au Canada, en 1981, on assiste à un événement similaire aux émeutes de Stonewall : le , sont arrêtées dans différents saunas de Toronto lors de l'opération Savon, les noms des prévenus étant publiés dans la presse. Des manifestations ont alors lieu dans la ville, et en , la première marche des fiertés de la ville a lieu.

Vers la fin des années 1980, les « Gay Pride » commencent à être appelés « Lesbian & Gay Pride », voire « Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender ». Cette appellation sera néanmoins rapidement abandonnée pour faire place au terme de « Pride Parade », plus percutant. Les défilés commencent à parler du sida. Des festivals se créent, certains durant près d’une semaine entière, et la parade, bien que conservant une importance particulière, ne devient « que » le défilé de clôture de ces événements.

Dans les années 1990, l’égalité entre les couples homosexuels et hétérosexuels sont les revendications principales de défilés très festifs. De nombreuses villes d’Amérique du Nord ont alors une parade et/ou un festival LGBT, souvent calqués sur le modèle américain (avec un « grand marshal » en tête de cortège, la participation d’hommes politiques au défilé, etc.).

En 2000, le Canada se distingue des États-Unis par une égalité complète entre hétérosexuels et allosexuels (mariage et adoption étant désormais autorisés). Les mots d’ordre relèvent alors beaucoup plus de la célébration de l’amour homosexuel que de véritables revendications.

De nos jours, la San Francisco Pride est la plus grande marche des fiertés des États-Unis ; elle a lieu à San Francisco..

Amérique latine vignette|Marché des fiertés à São Paulo au Brésil en 2014.

En Amérique latine, la allie souvent l’esprit revendicatif à de grandes festivités : c’est pourquoi les chiffres des affluences sont parfois très importants.

Au Brésil, un défilé est organisé depuis 1997. La première année, on compte à peine . Dix ans plus tard, en 2006, trois millions de personnes défilent lors de la marche des fiertés de São Paulo, faisant de cette manifestation la plus importante des Gay prides.. Le mot d’ordre est alors « l’homophobie est un délit ». Comme l’année précédente, il est demandé la légalisation de l’union civile pour les couples de même sexe, comme le Parti des travailleurs (PT) du président Lula l’avait envisagé.

D’autres défilés, de moindre importance, ont également lieu au Mexique, au Pérou, en Colombie, en Argentine ou encore au Venezuela.

Cuba En 2019, la marche contre l’homophobie est interdite par les autorités.. En réaction, les associations LGBT cubaines organisent une manifestation le . Celle-ci, non autorisée, est dispersée par les forces de l’ordre..

Asie Asie de l’Est vignette|Taiwan LGBT Pride, en 2012, à Taipei. vignette|Première marche des fiertés népalaise en 2019. Au Japon, la première marche d’Asie a lieu à Tokyo en 1994. Osaka organise sa première marche en 2006.. En Corée du Sud, la première marche publique a eu lieu à Séoul en 2000.. Ces deux pays connaissent une relation à l’homosexualité assez similaire : le mariage est une quasi-obligation sociale et la société phallocratique empêche l’expression du lesbianisme. C’est vraisemblablement la raison pour laquelle on retrouve souvent dans ces défilés plus de femmes que d’hommes..

À Taïwan, Taipei organise sa première marche en 2003. Jusqu’à aujourd’hui, elle est la plus grande marche d’Asie de l'Est.. Elle attire des participants de tous les pays asiatiques et mondiaux. Récemment en 2019, le est la première marche après la législation sur le mariage homosexuel à Taïwan avec plus de . Tous les ans, les villes de Taichung et Kaohsiung organisent une marche mais avec moins de participants.

En Thaïlande, depuis 1999, une marche des fiertés est organisée. Les participants viennent de tous les pays. D’autres villes thaïlandaises telles que Phuket et Pattaya organisent également des festivals conclus par des défilés colorés.

En Chine, bien que l’homosexualité soit dépénalisée depuis 1997, les défilés sont actuellement inenvisageables.

Moyen-Orient Au Proche et au Moyen-Orient, l’homosexualité est légale uniquement en Israël, en Jordanie, en Cisjordanie et en Turquie. Illégale dans les autres pays, elle peut y être passible de la peine de mort ou d’une peine de prison.