thumb|upright=1.5|Caisses de munitions japonaises jetées par des prisonniers de guerre (Japonais) en mer au large de Singapour. Ces munitions avaient été trouvées dans l'île par les Britanniques lors de la réoccupation de Singapour par le Royaume-Uni lors de la Seconde Guerre mondiale (photo d'archive ; collections de l'Imperial War Museums).
La notion de munition immergée désigne les situations où des munitions ont été perdues ou volontairement jetées dans les eaux marines, douces ou saumâtres, parfois continentales ou souterraines.
Il s'agit généralement de séquelles (directes ou indirectes) de guerres ou d'activités militaires.
Pour ce qui est des enjeux, il existe un double risque : parfois d'explosion et dans tous les cas à long terme de pollution induite par les munitions ainsi que contamination chimique des chaînes alimentaires (à court ou moyen terme).
Plus d'un siècle après l'armistice de 1918, et plus de soixante-dix ans après la défaite de l'Allemagne nazie, des centaines de milliers de tonnes de ces armes immergées (armes conventionnelles ou chimiques) reposent encore dans des lacs ou sur les fonds marins et restent dangereuses. En cas de fuites dues à la corrosion, elles peuvent empoisonner ou contaminer des animaux (poissons, coquillages, crustacés) consommés par l'homme ou les animaux d'élevage (sous forme de farines et huiles de poissons).
Étant donné les coûts élevés de traitement du problème et l'absence de consensus sur les solutionsFokin, AV and Babievsky, KK, ‘Chemical “Echo” of the Wars’ , in ‘Sea-Dumped Chemical Weapons: Aspects, Problems and Solutions’, Ed. AV Kaffka, Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, 1996, . et la mesure du risque, sa prise en compte semble avoir été repoussée jusqu'aux années 2000. Les munitions immergées posent de graves problèmes, imparfaitement traités :
Nature et origine des munitions immergées thumb|Lors des attaques (ici un raid sur Zeebruges), de nombreuses munitions ont été perdues ou coulées thumb|Le destroyer HMS Louis de la Royal Navy coulé à Sulva par l'artillerie ottomane, durant la bataille des Dardanelles en 1915 thumb|Le croiseur cuirassé allemand Blücher, coulant après la bataille du Dogger Bank, en 1915 thumb|Des lacs d'altitude sont aussi concernés tel le lago della Piazza au col du Saint-Gothard à d'altitude, en Suisse
Il peut s’agir de munitions chimiques ou conventionnelles.
Souvent, elles ont été volontairement immergées, pour s'en débarrasser à moindre coût, ou pour éviter qu'elles ne tombent aux mains de l'ennemi, ou parce qu'elles risquaient d'exploser ou de fuir en raison de leur état de dégradation.
Une autre partie, qui n'est pas la plus importante, a simplement été accidentellement perdue en mer, à la suite de combats, naufrages, sabordages ou échouages.
Quelques zones réparties un peu partout dans le monde étaient réservées au largage de munitions lourdes (bombes, torpilles, mines) non utilisées lors de missions avortées pour cause de météo ou de contre-ordre. Il était trop dangereux pour les avions d'atterrir avec leurs munitions, ou ces dernières auraient trop augmenté leur consommation de carburant, ne leur permettant pas de rentrer à bon port. Ces munitions étaient donc larguées en mer avant le retour à la base, éventuellement assez près des côtes. Ces zones de délestage sont théoriquement interdites à la navigation (aérienne ou navale). Elles proviennent essentiellement de la Seconde Guerre mondiale, qui a inauguré la méthode des bombardements aériens massifs. En zone OSPAR ou Manche/Mer du Nord, il y en a au moins trois : près du littoral anglais, dans l’estuaire de la Tamise et l'autre dans le pas de Calais. À titre d'exemple, environ incendiaires et près de deux-cents « Cookies » auraient été largués par une flotte de bombardiers 138 Lancaster de la RAF, le en Manche, à la suite de l'attaque de Siegen (à l'est de Cologne), avortée pour cause de brouillardLittle Known Facts of World War II (Faits peu connus de la Seconde Guerre mondiale) "Glen Miller disappears without a trace". Une part significative de ces munitions n'explosait pas et repose vraisemblablement encore sur le fond, à dans cette « Southern Jettison Area » (« jettison » désigne en anglais l'action de jeter à la mer un objet ou un déchet, à partir d'un bateau, sous-marin, avion, ou hélicoptère ; il peut aussi s'agir de l'action pour un avion de délestage de carburant non consommé avant atterrissage sécurisé ou d'urgence. Dans ce cas les zones prédéterminées de délestage (dites FJA "Fuel Jettison Area" pour les anglophones). La « Southern Jettison Area » repose sous l'actuel rail montant du trafic maritime de la Manche, selon Michel DehonMichel Dehon ; Chroniques Historiques - Munitions sous la Manche (cyanopale-histoires)). Son centre se situant à 50°15 N et 0°15 E, avec un rayon de . Ces trois zones de délestage aérien de la Royal Air Force n'ont pas été prises en compte dans l'inventaire fait pour OSPAR remarque Michel Dehon.
Certains sites marins et lacustres ont régulièrement été utilisés comme zones d'exercice de tir sur cible, ou pour des essais, incluant le cas particulier des essais nucléaires. De nombreuses munitions non explosées ont ainsi été perdues lors d'essais ou d'exercices militaires et lors de « ratés », elles n'ont pas toutes été récupérées.
Certains pays (maritimes ou non, comme la Suisse) ont utilisé des lacs et des zones humides comme sites d'exercices et de décharge de munitions devenues désuètes.
Dans l'eau (lac, mer ou zone humide fermée…), même des munitions conventionnelles ayant explosé à l'impact peuvent être à l'origine de pollution par le plomb, le mercure ou d'autres métaux.
Explosifs immergés La mention « Explosifs immergés » inscrite sur certaines cartes marines concerne des lieux de décharge sous-marine établis depuis la fin de la Première Guerre mondiale, mais nombre de dépôts semblent ne pas avoir été signalés sur ces cartes. Depuis, certains dépôts ont en outre été pour partie dispersés par les courants, des tsunamis et les chaluts de pêche.
Ces « objets » particuliers semblent juridiquement assimilables à des « déchets toxiques ou dangereux » susceptibles de libérer dans l'environnement de nombreux polluants, dont des eutrophisants et certains produits très toxiques, en quantité dispersée (DTQD), le plus souvent et dans un premier temps à faible dose, mais de manière chronique. Les risques d'explosion ou de fuite brutale et importante sont encore mal évalués et pourraient varier selon la profondeur, salinité, courants, taux d'oxygène et température de l'eau.
Les conséquences englobent les domaines de l'économie, de l'environnement, de la santé publique, de la sécurité civile et des affaires militaires et de la prospective. Les impacts redoutés par les experts en déminage et en écotoxicologie sont surtout de moyen et long termes et concernent toute la pyramide alimentaire.
En eaux douces Peu de données sont publiées, mais des munitions anciennes ont été massivement trouvées par exemple dans le lac de Gérardmer en France ou dans le gouffre de Jardel (120 m verticalement) d'où coulent les sources de la Loue, dans le Doubs. En Suisse, un lac sur deux en aurait reçu, dont les grands lacs tels que le lac de Thoune, le lac de Brienz ainsi que le lac des Quatre-Cantons.
Risques et dangers thumb|upright=1.5|Le Congre recherche instinctivement des vides tubulaires horizontaux. Il risque donc plus que d'autres espèces de pénétrer des douilles corrodées (de torpilles, bombes ou d'obus à demi vidés de leur contenu) ou de s'introduire dans les interstices de piles de munitions. Là, il peut être en contact avec des toxiques fuyants de munitions corrodées. Une étude de 2012 a montré que des Congres européens vivant près d'un dépôt de munitions immergées contenaient plus de mercure et d'arsenic qu'ailleurs et qu'ils présentaient parfois de graves lésions cutanées
Risques de contacts directs Un premier risque, direct, est celui de mort ou blessure à la suite de l'explosion spontanée ou accidentellement provoquée d'une munition. Ainsi, Commission OSPAR , Bilan de santé 2010.
Selon la Commission Ospar Commission OSPAR , Bilan de santé 2010.
Un second risque est celui d'exposition à de l'ypérite, le toxique de guerre qui a été le plus massivement rejeté en mer. Selon Andrulewicz (1996)‘Sea Dumped Chemical Weapons: Aspects Problems and Solutions’ des cas de capture d'ypérite sous forme d'amas visqueux ou de contamination de filets lors du chalutage de fond ont été enregistrés, notamment dans la partie occidentale de la côte polonaise, ce qui est en accord avec les données disponibles sur les lieux de décharge et les itinéraires de décharge en mer. Quelques cas ont été rapportés par la presse : Doyle (2004)pour Reuters, Horten, Norvège 26 janvier 2004 cite un le pêcheur danois Walther Holm Thorsen : ; Il avait 15 ans (en 1969) quand il a rejeté dans la mer Baltique un bidon gris percé piégé dans les mailles de son chalut (…), la douleur est venue au milieu de la nuit, quelques heures après que lui et un autre membre d'équipage eurent rincé la substance huileuse sur le poisson. Ils n'avaient pas idée que cela pût être du gaz moutarde. Thorsen a passé trois mois à l'hôpital, et ses mains sont encore très marquées, en dépit d'une greffe de peau. dit-il Selon Begr Rasmussen, président de l'Association des pêcheurs de Bornholm (proche d'un des principaux dépotoirs de munitions immergées de Baltique), . Selon l'ONG Lietuvos, au Danemark où des incitations financières remercient les pêcheurs qui signalent des munitions à l'armée afin de les récupérer, on a enregistré plus de 400 incidents de ce type dans les deux dernières décennies. Selon Mitretek Systems Des accidents dus à des contacts avec des armes chimiques immergées ont été signalés en mer Baltique, en mer Adriatique, dans l'océan Pacifique et les eaux côtières japonaises. Aux États-Unis où des munitions chimiques ont aussi été immergées avant les années 1970, on a par exemple signalé aux CDC de 2004 à 2012 trois cas d'exposition au gaz moutarde, lors d'un dragage de coquilles marines destinées à orner une allée, et deux fois lors de pêche (commerciale) à la palourdeCenters for Disease Control and Prevention (CDC) 2013, Notes from the field: exposures to discarded sulfur mustard munitions - mid-atlantic and new England States 2004-2012 ; MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2013 Apr 26;62(16):315-6 (cas qui auraient donc pu aussi toucher des consommateurs finaux s'ils n'avaient pas été détectés).Le plus souvent, il s'agit de pêcheurs qui ont par inadvertance touché des objets contaminés par du gaz moutarde dans leurs filets. Souvent les accidents se répètent dans les mêmes zones. Dans l'eau froide l'ypérite s'hydrolyse en surface mais forme une masse visqueuse qui peut perdurer des décennies voire plus longtempsHart, J, ‘A Review of Sea-Dumped Chemical Weapons’, presented at ‘The Environment and the Common Fisheries Policy, Threats to and Constraints on Sustainability’, (Greenwich Forum), The Royal Society, 27 January 2000.. Certaines formes d'ypérite seraient particulièrement peu solubles dans l'eau, dont, selon le Paka, l'ypérite améliorée pour être utilisée par grand froid (“winter mustard”, destinée à être utilisé en Russie notamment) grâce à une formulation contenant 37 % d'arsenic comme additif ; 20 % de l'ypérite produite en Allemagne par les nazis serait de ce typeLietuvos.org, consulté 2012-04-28..
Fuites toxiques avérées