Le château de Gisors est un ancien château-motte, construit entre la fin du , puis transformé en château fort., dont les vestiges se dressent sur la commune française de Gisors dans le département de l'Eure, en région Normandie. Le château bâti sur une motte castrale est constitué d'un donjon circulaire ajouté à une forteresse déjà existante. Cette forteresse frontalière du Vexin normand qui devait défendre le duché de Normandie contre les prétentions du roi de France sera plusieurs fois cédée et reprise par les ducs de Normandie.
Le château est classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862..
D'importants travaux de restauration s'y déroulent depuis 2021.
Propriété de la Ville de Gisors, le parc du château est accessible aux visiteurs toute l'année. Des visites guidées du château sont organisées par l'office de tourisme du Vexin Normand.
Localisation Les vestiges du château surplombent le centre-ville de Gisors, dominant la vallée de l'Epte, dans le département français de l'Eure. La place, établie à l'extrémité arrondie d'un plateau s'avançant dans le coude que forme l'Epte devant le Vexin français., était la clef d'une ligne fortifiée de châteaux sur la rivière avec Neaufles-Saint-Martin, Château-sur-Epte, Baudemont (Bus-Saint-Rémy), Dangu., qui devait défendre le duché de Normandie contre les prétentions du roi de France.
Historique Les origines Les origines de cette forteresse remontent à la seconde moitié du . Une motte castrale est édifiée dès 1097 par , sur l'ordre du roi d'Angleterre le Roux (1087-1100)., régent du duché de Normandie. Celle-ci est complétée un an plus tard par un donjon de bois, probablement ceint d'une palissadeLe château de Gisors.. En 1113, ce site fortifié, dominant la vallée de l'Epte, accueille une rencontre entre les souverains et . Il connaît son premier siège en 1120, lors de la rébellion des seigneurs normands en faveur de Guillaume Cliton, petit fils de Guillaume et héritier présomptif de son père Robert Courteheuse, contre son oncle devenu le roi d'Angleterre et sa tutelle en Normandie. La place forte, défendue par le gouverneur « Robert de Chandos »Louis Régnier, Quelques mots sur les monuments de Gisors, 1919. eût beau tenir bon, cette sérieuse alerte conduira le souverain anglais à juger plus sûr de repenser les fortifications, lesquelles seront reprises dès 1123. Cette première campagne de reconstruction verra l'adjonction d'un donjon en pierre de taille de forme octogonale, ceint d'une chemise en gros appareil.
disparaît en 1135, sans laisser d'héritier mâle. Sa fille Mathilde l'Emperesse, veuve de l'empereur germanique , écartée du trône, épouse, en 1128, un noble angevin, Geoffroy Plantagenêt, lequel devient, en 1144, duc de Normandie. Le , Geoffroy fait allégeance à son suzerain . et lui remet le château de Gisors et le Vexin normand. Dans le même temps, le trône d'Angleterre est confié à Étienne de Blois. La mort de celui-ci en 1154, sans héritier mâle, fait du fils de Geoffroy, , le nouveau roi d'Angleterre, et inaugure une nouvelle ère : celle des Plantagenêt.
Un bastion anglo-normand
Une rencontre entre le nouveau roi d’Angleterre et le roi des Francs le Jeune a lieu en 1158 au château de Gisors. Afin de sceller la réconciliation entre les deux royaumes, le souverain capétien accorde au jeune fils d', Henri le Jeune la main de sa fille Marguerite de France, âgée de seulement six mois, lui remettant en dot la forteresse de Gisors avec le Vexin normand. Dans l'attente de la célébration du mariage, la place forte sera confiée à l'ordre du Temple, à l'instar de deux autres châteaux. Trois chevaliers templiers sont chargés de veiller sur la forteresse : Robert de Piron (ou Pirou), un chevalier du Temple de Saint-Malo, Tostes de Saint-Omer (ou Otton), maître de France, et Richard d'Hastings., alors maître de l'ordre pour la province d'Angleterre. Cependant, dès 1160, Henri ordonne la célébration des noces ; ce faisant, Gisors redevient normand. À eux deux, les mariés ont à peine neuf ansSources : site de la ville de Gisors..
Le caractère stratégique de ce point de la vallée de l'Epte n'échappe pas au nouveau maître des lieux, et une nouvelle campagne de reconstruction est entreprise en 1170. Celle-ci durera dix ans.Au cours de cette longue période, le donjon sera consolidé et surhaussé de deux étages supplémentaires, tandis que dans le même temps, les fossés sont agrandis. Une nouvelle enceinte (l'enceinte basse), longue de et flanquée de huit tours, achève de protéger le siteJean-Louis Magnier, Gisors, le château médiéval : Les rois de France et d'Angleterre qui ont fait Gisors lorsque le bourg était ville frontière..
L'annexion par Philippe Auguste En 1188, à la veille de la troisième croisade, une entrevue royale entre les souverains anglo-normand et français Philippe Auguste se déroule au château, à l'issue de laquelle une trêve est décidée et où ils promettent ensemble de se croiser et de partir pour la Terre sainte reprendre Jérusalem à l'émir Saladin..Cependant, Henri meurt l'année suivante et c'est accompagné de son successeur, Richard Cœur de Lion, que le Capétien part guerroyer. Lorsque à l'issue de la croisade, Richard est retenu prisonnier par l'empereur du Saint-Empire romain germanique , l'occasion apparaît trop belle pour le souverain français, qui s'empare de la forteresse en 1193 ; il y fait effectuer plusieurs remaniements, dont la construction d'un second donjon de forme cylindrique, la « tour du Prisonnier », inspirée du château du Louvre, de la barbacane, orientée vers la ville, ou encore du logis royal, détruit au début du .
Libéré en 1194, Richard prend les armes pour récupérer son fief. Cependant, les deux parties choisissent l'apaisement et signent en 1195 les traités de paix du Vaudreuil et d'Issoudun, complétés l'année suivante par le traité de Gaillon, qui place le Vexin normand, et donc Gisors, sous l'autorité de la couronne de France.. Pour compenser la perte de plusieurs de ses places fortes et tenter de protéger ses terres, Richard entreprend alors la construction d'un redoutable château : Château-Gaillard, bâti en seulement deux ans.
La prison des Templiers
Privé de portée stratégique, le château de Gisors est alors transformé en prison. Celle-ci accueillera des hôtes célèbres lors de la vague d'arrestation des chevaliers templiers : la forteresse devint ainsi, de à , le lieu de détention du grand-maître de l'ordre, Jacques de Molay, rejoint dans les geôles du château par trois autres dignitaires de l'ordre : Hugues de Pairaud, Geoffroy de Gonneville, maître de la province du Poitou et d'Aquitaine, et Geoffroy de Charnay, précepteur de NormandieAlain Demurger, Jacques de Molay, le crépuscule des Templiers, Biographie Payot, 2002 , ..
Conquête anglaise En 1419, de Paul Bonenfant., une campagne du duc de Clarence permettra la conquête du château par les Anglais. Ceux-ci n'en seront délogés qu'en 1449.
Retour à la couronne de France Revenu à la couronne de France, le château, devenu inutile à la fin du conflit franco-anglais, fut peu à peu délaissé. En 1591, la forteresse est déclassée.
Description La place se présente sous la forme d'une très large enceinte flanquée, de sur qui enferme en son centre le donjon sur motte dressé par les ducs de Normandie. Un profond fossé en arc de cercle rejoignant les vallées qui encadrent le site, protège la place du plateau sur les dernières pentes duquel elle est bâtie. La ville, s'est établie, au niveau de la rivière, au pied du château.
Le château à motte primitif est constitué d'un imposant donjon polygonal, établi sur une motte castrale d'environ de haut et un diamètre à sa base de . Le donjon sera enchemisé par un mur de pierre, renforcé à intervalles réguliers de contreforts plats pour supporter des hourds et des bretèches, construit au sommet du tertre afin de le protégerAction thématique programmée en archéologie métropolitaine : « inventaire des fortifications de terre » (groupe Rhône-Alpes), Château de Terre : de la motte à la maison-forte - histoire et archéologie médiévales dans la région Rhône-Alpes, juin 1987-décembre 1988, .. À l'intérieur de l'enceinte sommitale se dressait notamment une chapelle, une cuisine et un puits.. Cette enceinte est percée d'une grande porte à laquelle on accédait depuis le pied de la motte par un escalier monumental encadré de deux murs.
On a augmenté la superficie du château par l'adjonction d'une enceinte, précédée par un fossé, qui se développe sur approximativement d'est en ouest, sur du nord au sud, sur de haut, flanquée de tours, dont la plus célèbre reste la tour du Prisonnier, constituant un témoignage de l'architecture philippienne dans la région. Plusieurs caves souterraines ont été aménagées sous le château pour stocker les réserves.
Donjon Gisors est un bon exemple de l'évolution d'une motte castrale vers un château fort reprenant dans la pierre les trois éléments constitutifs des châteaux de l'an Mil, la motte, la palissade, le donjon.
Robert de Bellême introduit à Gisors deux innovations : la chemise circulaire (de diamètre environ ) nouée au flanc du donjon (shell-keep) et le plan polygonal de ce dernier dont le tracé permettait le tir rayonnant. À l'origine le donjon, construit par Robert II de Bellême à la fin du ne comprend qu'un étage. C'est qui, en 1161, ajoute deux étages planchéiés supplémentaires au donjon et ses contreforts très saillants au niveau des angles. Il est fait mention de la chambre du roi où dès 1184, le verre à vitre est mentionné. L'escalier à vis et la tourelle seront construits au .
La chemise, innovante, et pourtant assez sommaire, un mur épaulé de contreforts, est issue des légères palissades qui encerclaient à la base de la motte les donjons primitifs. Celle-ci sera adaptée à tous les donjons voisins : Château-sur-Epte, Fréteval, La Roche-Guyon, Château-Gaillard avec un plan festonné, supprimant tout angle mort au pied du mur. Les contreforts de la chemise seront ajoutés par . Ils sont destinés à recevoir des hourds et des bretèches de bois.
Chapelle Saint-Thomas-Becket Bâtie par , il n'en subsiste que peu de vestiges : ceux-ci se limitent à quelques traces de l'abside, de style roman, prise dans le mur de la chemise côté est.
L'enceinte extérieure On doit cette grande enceinte à . Contemporaine de celle du château d'Arques, vers 1120, elle remplace la basse-cour des châteaux de l'époque. Celle-ci est encore très irrégulièrement flanquée de tours (murs nord et est). La partie sud, édifiée cinquante ans plus tard par est mieux équilibrée, avec au nord, la tour du Diable, au centre de la courtine sud, la tour du Gouverneur et au sud-est ses deux entrées principales, la porte des Champs, annonçant les réalisations de Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.
Tour du Prisonnier C'est un grand donjon cylindrique bâti par Philippe Auguste sur l'enceinte extérieure, dans les années (1197-1200) qui ont précédé la conquête de la Normandie. Le donjon n'est plus l'ultime réduit au centre de la forteresse, mais assis sur la courtine, il communique aussi bien avec l'extérieur que l'intérieur, et joue un rôle actif lors d'une contre-attaque. On peut en voir d'autres exemples à Verneuil (tour Grise), Lillebonne, Falaise (tour Talbot). La tour a une élévation de au-dessus des fossés, et de au-dessus de la cour intérieure. Elle comprend trois salles rondes superposées voûtées sur croisée d'ogives à six compartiments, renforçant ainsi l'ensemble, en progrès sur les planchers de bois, sujets aux incendies.