Alexandre Djouhri, né Ahmed Djouhri le à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, est un homme d'affaires franco-algérien.

À partir des années 1986 et suivantes, il se rapproche de la droite politique française, en particulier de l'Union pour un mouvement populaire et des Républicains.

Ses interventions, ses méthodes d'influence et de pression sont controversés.

Il devient intermédiaire dans les contrats internationaux, notamment pour l'industrie de l'armement ainsi que pour des marchés de l'eau, des déchets et du pétrole.

Le , Alexandre Djouhri, poursuivi dans le cadre du proces de l'affaire Sarkozy-Kadhafi, relative aux soupçons de financement libyen, est reconnu coupable de blanchiment aggravé, de trafic d’influence actif, de corruption et d’association de malfaiteurs, il est condamné à six ans d'emprisonnement ferme.

Biographie

Quatrième d’une fratrie algérienne de dix enfants, il est né en 1959 à Saint-Denis. Son père était soudeur et communiste, sa mère, femme au foyer.

Sa famille, originaire de Kabylie en Algérie, s'est installée à Saint-Denis puis à Sarcelles dans les années 1950. Alexandre Djouhri a une jeunesse et vie de jeune adulte liées à des bandes de banlieue et au « milieu parisien du banditisme »Djouhri, de Sarcelles aux palaces, L'Express, 14 septembre 2011..

Il se rapproche des milieux d'affaire dans les années 1980 après avoir fait connaissance de David Tordjman et d'Anthony Delon, avec lesquels il crée une affaire commune. La rencontre avec le fils du Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow, ancien directeur général de l’UNESCO, lui ouvre les portes des réseaux de la Françafrique. Il fréquente les fils de diplomates africains, tisse des liens avec les milieux politiques congolais, guinéen et gabonais. Dans les années 1986 et suivantes, il approche la droite politique, proche de Charles Pasqua, liée à la Françafrique.

En 1987, Alexandre Djouhri crée l’Agence euro-arabe et euro-africaine, publiant des bulletins confidentiels sur abonnement.

Alexandre Djouhri est initié aux affaires par André Tarallo, l’ancien dirigeant d’Elf. À la fin des années 1990, il est recruté par Vivendi Environnement (devenu Veolia). Il est décrit comme un « ami personnel » de son président Henri ProglioLes très chers intermédiaires de la République, Le Monde, 5 novembre 2016..

Les activités de ce bon connaisseur de l'Afrique et du Moyen-Orient consistent, selon la journaliste Raphaëlle Bacqué, à être un intermédiaire sur les marchés internationaux de l'eau, des déchets et du pétrole. La journaliste le présente comme l'un des hommes influents du moment. De ce proche de Dominique de Villepin, Claude Guéant dit : « Il a une connaissance de l’économie et des affaires qui est utile à notre paysGuéant : « Alexandre Djouhri est utile à notre pays », Le Nouvel Observateur, 24 avril 2011.. » Sous la présidence de Jacques Chirac, il devient un intime des conseillers présidentiels Maurice Gourdault-Montagne et Dominique de Villepin. Rallié en 2006 aux réseaux de Nicolas Sarkozy, il accompagne Claude Guéant lors de ses déplacements en Libye et en Algérie.

Proche de Béchir Saleh, directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Alexandre Djouhri gagne la confiance du leader libyen. Il jouera un rôle central dans le règlement de l’affaire des infirmières bulgares détenues en Libye.

Certaines frictions apparaissent toutefois comme en 2009, lorsqu'il s'oppose avec véhémence à Patrick Ouart, conseiller juridique de Nicolas Sarkozy, dans le dossier de l'affaire des ventes d'armes à l'Angola. Il milite alors pour obtenir la libération de l’intermédiaire Pierre Falcone, rattrapé par la justice, alors qu'Ouart préconise la prudence.

Le domicile suisse d'Alexandre Djouhri fait l’objet d’une perquisition en concernant l'enquête sur les soupçons d’un financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007Perquisition à Genève sur la piste d’un éventuel financement libyen de Sarkozy, Le Temps, 31 mars 2015..

En , Djouhri ne se rend pas à la convocation d'un juge du PNF dans le cadre de cette enquête. Selon le magazine Marianne, la justice demande alors à Interpol d'émettre et de diffuser un mandat d'arrêt international contre DjouhriSoupçons de financement libyen de Sarkozy en 2007 : mandat d'arrêt international contre Alexandre Djouhri, Marianne, 15 octobre 2016..

Depuis lors, Djouhri ne met plus les pieds en France ou seulement le week-end, comme il le confie à Alain Marsaud « pour éviter une garde à vue »Alexandre Djouhri, le petit caïd devenu l’encombrant ami de Sarkozy, Le Monde, 5 novembre 2016..

La justice française pense qu’il avait un rôle d'intermédiaire concernant l’argent libyen dont disposait Kadhafi pour ses opérations financières avec la France, il quitte la France en . Il ne répond pas aux convocations qui lui ont été adressées par les juges d'instruction concernant l'enquête du possible financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Début , il est aperçu lors de la réception en l'honneur de la visite du président Emmanuel Macron à l'ambassade de France en Algérie, où il a été invité à la demande du diplomate Maurice Gourdault-Montagne.

Fin , les magistrats émettent un mandat d’arrêt contre lui.

Alors que Nicolas Sarkozy est mis en examen dans le cadre de l'affaire Sarkozy-Kadhafi, Djouhri est interpellé le à l’aéroport d’Heathrow en provenance de Genève par un vol régulier. Relâché puis emprisonné à Wandsworth, la grande prison de Londres, il est victime d'une attaque cardiaque, hospitalisé et placé en coma artificiel..

Après plusieurs mois d’incertitude, la justice britannique décide fin son transfert en France en vertu d’un mandat d'arrêt européen émis par les juges d’instruction français fin à la suite de la soirée à l’ambassade de France à Alger, pour « blanchiment d’argent », « détournement de fonds publics » et « corruption ». Djouhri est extradé vers la France le , placé en détention provisoire puis remis en liberté le , sous surveillance électronique..

Procès

vignette|upright=0.80| Photo de Alexandre Djouhri au Tribunal de grande instance de Paris.

Alexandre Djouhri est cité dans l’enquête sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. L'enquête judiciaire est instruite depuis par deux juges du parquet national financier (PNF), des indices concordants se sont accumulés sur un possible versement de fonds par Mouammar KadhafiFinancement libyen de la campagne de Sarkozy : l’enquête impossible, Le Monde, 3 novembre 2016.. Il est mis en cause entre autres, dans le cadre de l'affaire Airbus en Libye, pour avoir reçu 2 millions d'euros de commission pour la vente d'avions Airbus à la Libye de Kadafi en 2006.

Par ailleurs, certains de ses proches confient aux journalistes Joan Tilouine et Simon Piel avoir à Choukri Ghanem, l’ancien ministre du Pétrole libyen qui, en 2007, consignait à la main dans un carnet les sommes occultes promises à Nicolas Sarkozy, et qui a été retrouvé flottant dans le Danube, à Vienne, en ...

En , Alexandre Djouhri ne se rend pas à la convocation d'un juge du PNF dans le cadre de cette enquête. Selon le magazine Marianne, la justice demande alors à Interpol d'émettre et de diffuser un mandat d'arrêt international contre Djouhri.

Visé par un mandat d’arrêt européen délivré par les juges d’instruction du pôle financier de Paris, il est arrêté le à l'aéroport de Londres HeathrowSoupçons de financement libyen : Alexandre Djouhri, proche de Sarkozy, interpellé à Londres, Le Monde, 8 janvier 2018.. Il obtient sa liberté sous caution dans l'attente d'une audience d'extradition fixée au , puis est de nouveau placé en détention provisoire en , après l'émission par la France d'un second mandat d'arrêt européen à son encontre..

À la suite de la décision du tribunal de Westminster, Alexandre Djouhri est finalement extradé vers la France le . Il est mis en examen le lendemain pour les chefs de mise en examen suivants : faux et usage de faux, corruption active, corruption active d’agent public étranger, complicité de détournement de fonds publics par une personne chargée d’une mission de service public, recel de détournement de fonds publics par une personne chargée d’une mission de service public, blanchiment de détournement de fonds publics par une personne chargée d’une mission de service public en bande organisée, blanchiment de corruption active et passive en bande organisée, blanchiment de corruption active et passive d’agent public étranger en bande organisée, blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. Il est ensuite placé en détention provisoire à la requête du PNF..

Face à la propagation du coronavirus, considéré comme une personne à risque de Covid-19 en raison de ses problèmes cardiaques, Alexandre Djouhri, jusqu'alors en détention provisoire, est remis en liberté le ; il est placé sous surveillance électronique.

Selon Saïf al-Islam Kadhafi dont les affirmations ont été reçues par RFI en , des valises d'argent ont été remises à Claude Guéant par l’intermédiaire d’Alexandre Djouhri, l'argent étant transmis par Béchir Saleh. Dans cet échange il rappelle qu’il avait transmis en 2018 son témoignage au juge Serge Tournaire.

Alexandre Djouhri est jugé aux côtés de Nicolas Sarkozy et onze autres personnes entre le et le devant la chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il comparaît pour faux et usages de faux, corruption, trafic d’influence, complicité de détournement de fonds, blanchiment de corruption et de fraude fiscale en bande organisée et association de malfaiteurs.

Durant le procès, il est interrogé sur son rôle dans la sortie du territoire français à bord d'un avion privé qui décolle discrètement de l'aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis) le , quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle, de l'ex-argentier du régime libyen Béchir Saleh, visé par une notice rouge d'Interpol à la suite d'une plainte déposée par la Libye pour détournement de fonds. Béchir Saleh est aussi jugé en son absence dans ce procès soupçonné d'avoir fait transiter des fonds en faveur de l'entourage de Nicolas Sarkozy. Cette exfiltration a couté Hors Taxes.

Au procès, la défense de l'intermédiaire Alexandre Djouhri plaide sa relaxe, contestant le rôle de "bandit" et de "personnage central" qui lui est attribué dans l'affaire.

Le , Alexandre Djouhri est reconnu coupable de blanchiment aggravé, de trafic d’influence actif, de corruption et d’association de malfaiteurs. Il est condamné à six ans d'emprisonnement ferme et d'euros d'amende. Le tribunal correctionnel délivre un mandat de dépôt. Recevant la peine la plus lourde du procès, il repart du tribunal sous escorte policière pour son incarcération. Alexandre Djouhri ayant fait appel de sa condamnation en première instance, son incarcération est maintenue sur critères de la détention provisoire.

Le , la cour d'appel de Paris accepte la libération sous contrôle judiciaire d'Alexandre Djouhri avec interdiction de sortir d'Ile-de-France, de s'absenter de son domicile en région parisienne entre 8 heures et 20 heures ou d'entrer en contact avec ses coprévenus. Il doit pointer une fois par semaine à la gendarmerie, remettre à la justice ses passeports français et algérien. Il a l'interdiction de mener une activité d'intermédiation économique. Il devrait comparaître libre pour le jugement en appel.

Relations privées

Selon Ariane Chemin et Marie-France Etchegoin, Alexandre Djouhri était un proche d'Henri Proglio quand celui-ci était pdg d'EDF (2009-2014) et espérait réorganiser la filière nucléaire française.

Alexandre Djouhri est l'ami de Béchir Saleh, ancien directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi et responsable du Libya Africa Investment Portfolio contrôlé par la Libyan Investment Authority.