vignette|250px|Entre le et le , la production européenne de livres a été multipliée par un facteur de plus de 70 000Buringh, Eltjo; van Zanden, Jan Luiten: "Charting the “Rise of the West”: Manuscripts and Printed Books in Europe, A Long-Term Perspective from the Sixth through Eighteenth Centuries", The Journal of Economic History, Vol. 69, No. 2 (2009), (416–417, tables 1&2).. L'évènement clé fut l'invention de l’imprimerie à caractères mobiles par Gutenberg au .
L'histoire du livre désigne l'ensemble des innovations technologiques, commerciales et esthétiques qui ont permis d'améliorer la transmission, l'accès, la conservation, la portabilité et le coût de production de textes.
Cette histoire est intimement liée aux contingences politiques et économiques, à l'histoire de l'écriture, des idées et des religions. Elle est étudiée en histoire dans les contributions historiographiques du livre.
Origines Premiers supports vignette|Une tablette de l'épopée de Gilgamesh, deuxième millénaire L'écriture est la condition de l'existence du texte et du livre. C'est un système de signes linguistiques permettant de transmettre et de conserver des notions abstraites. L'écriture semble s'être élaborée entre le , d'abord sous la forme d'images qui sont devenues des ensembles pictographiques par simplification. De là sont nés ensuite les idéogrammes, puis les signes phonétiques symbolisant des sons (syllabes ou lettres).
Mais le livre est également lié à son support, à la volonté humaine de donner une matérialité durable à un texte. La pierre pourrait être le plus ancien support de l'écriture. L'histoire de l'imprimerie en Extrême-Orient commence avec l'estampage de stèles gravées sur papier depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. — 220 ap. J.-C.).. Mais c'est le bois façonné en tablette à écrire, qui permet une grande diffusion du support livresque (xylographie qui se développe en Chine à la fin du , diffusant des images d'abord sur tissu puis sur papier).. Les mots biblos et liber ont pour premier sens écorce intérieure d'un arbreLes origines du livre | Cairn.info. En chinois, l'idéogramme du livre est à l'image de tablettes de bambou. On a trouvé également des tablettes de bois sur l'île de Pâques.
On trouve avant tout des tablettes d'argile utilisées en Mésopotamie au Le calame, un morceau de roseau de section triangulaire, sert à imprimer des caractères dans l'argile encore molle. C'est l'écriture des Assyriens et des Sumériens, en forme de coins, d'où le nom d'écriture cunéiforme. Les tablettes étaient cuites pour être solidifiées. À Ninive, ont été retrouvées, datant du ; c'est la bibliothèque des rois d'Assyrie, qui disposaient d'ateliers de copistes et de lieux de conservation. Cela suppose une organisation autour du livre, une réflexion sur la conservation, le classement, etc.
La soie, en Chine, fut aussi un support de l'écriture. On écrivait à l'aide de pinceaux. Bien d'autres supports furent utilisés : os, bronze, poterie, écaille de tortue, etc. En Inde, par exemple, on utilisa des feuilles de palmier séchées. Tous les matériaux qui permettent de conserver et de transmettre un texte sont donc susceptibles de devenir des livres. Dans ce cas, le corps humain pourrait être aussi considéré comme un livre, avec le tatouage, et, si l'on admet que la mémoire humaine se développe ou se transforme avec l'apparition de l'écriture, il n'est peut-être pas absurde de penser que cette faculté fait de l'homme un livre vivantCette idée est illustrée par Ray Bradbury dans Fahrenheit 451, et par Peter Greenaway dans The Pillow Book.. Il est important de rappeler que pendant des siècles, de nombreux pans de la production textuelle et donc du savoir, passeront par l'oralité et la mémorisation : ainsi, sans parler du védisme, l'Iliade fut transmise par des aèdes.
Le papyrus thumb|150px|right|Papyrus.
Les tablettes ont été remplacées par des volumina, rouleaux de papyrus, plus légers et plus faciles à transporter. Ce sont les principaux supports de l'Antiquité, en Égypte, en Grèce et à Rome.
Production Après avoir extrait la moelle des tiges, une suite d'opérations (humidification, pressage, séchage, collage, découpage) permettait d'obtenir des supports de qualité variable, les meilleurs étant utilisés pour les écritures sacrées. On écrivait avec un calame (tige de roseau taillée en pointe) ou avec des plumes d'oiseau. L'écriture des scribes égyptiens est appelée hiératique, ou écriture sacerdotale ; ce n'est pas l'écriture hiéroglyphique, mais une forme simplifiée, plus adaptée à l'écriture manuscrite (les hiéroglyphes étant généralement gravés ou peints).
Le livre en papyrus thumb|left|300px|Papyrus égyptien. Le livre en papyrus a une forme de rouleau, collage de plusieurs feuilles atteignant les . Certains livres dépassent les (chronique du règne de Ramsès III). Il se déroule de manière horizontale ; le texte est d'un seul côté, disposé en colonnes. Le titre était indiqué par une étiquette liée au cylindre pour enrouler le livre. Les livres en papyrus que nous avons viennent de tombeaux où on déposait des prières et des textes sacrés (Livre des morts, début du ).
Ces exemples nous montrent que l'importance de retranscrire les valeurs politiques (histoire des pharaons) et religieuses (croyance à un au-delà) a probablement influencé l'évolution du livre en tant que support, tant par la quantité d'information à faire figurer (Papyrus en rouleau), que par le besoin de pérennité (amélioration de la conservation des textes).
Les scribes
Le parchemin Progressivement le parchemin remplaça le papyrus. La légende attribue son invention à Eumène II, roi de Pergame, d'où le nom de pergamineum qui a donné parchemin. Sa production commence vers le Réalisé à partir de peaux animales (mouton, veau, âne, antilope, etc.), il permet une meilleure conservation dans le temps ; plus solide, il permettait aussi d'effacer le texte (Palimpseste). C'était un support très cher, à cause de la rareté de la matière et du temps de préparation.
thumb|right|Fresque d'une femme de Pompéi avec des tablettes de cire en codex et un stylet.
Grèce et Rome Le rouleau de papyrus s'appelle volumen en latin, mot qui signifie mouvement circulaire, enroulement, spirale, tourbillon, révolution et enfin, rouleau de feuilles écrites, manuscrit roulé, livre.
Les Romains utilisaient aussi des tablettes de bois enduites de cire, où l'on pouvait imprimer et effacer des signes à l'aide d'un stylet, dont une extrémité était une pointe et l'autre une sphère. Ces tablettes de cire pouvaient être assemblées sous une forme proche du codex. Elles servaient par exemple pour apprendre l'écriture aux enfants (selon les méthodes évoquées par Quintilien dans ses Institutions Oratoires).
right|thumb|Rouleau de la Torah.
Description Le volumen est enroulé autour de deux axes verticaux en bois. Il ne permet qu'un usage séquentiel : on est obligé de lire le texte dans l'ordre où il est écrit et il est impossible de poser un repère pour accéder directement à un endroit précis. Il est en cela comparable à nos vidéo-cassettes. Mais le lecteur a en outre les deux mains occupées à tenir les axes verticaux et ne peut donc pas écrire en même temps qu'il lit. Les seuls volumens encore en usage de nos jours sont les rouleaux de la Torah, dans les synagogues.
Culture du livre Les auteurs de l'Antiquité n'avaient aucun droit sur leurs œuvres publiées ; il n'y avait ni droits d'auteurs ni droits d'éditeurs. Chacun pouvait faire recopier un livre, et même en modifier le contenu. Les éditeurs gagnaient de l'argent, et les auteurs y gagnaient surtout de la gloire : le livre rend son auteur immortel. Cela tient à la conception traditionnelle de la culture : un auteur se conforme à des modèles, qu'il imite en s'efforçant de les améliorer. Le statut de l'auteur n'est pas perçu comme un statut absolument personnel.
D'un point de vue politique et religieux, les livres furent très tôt censurés : ceux de Protagoras furent ainsi brûlés, parce qu'il niait que l'on pût savoir si les dieux existent. D'une manière générale, les conflits culturels entraînèrent d'importantes destructions de livres : en 303, l'empereur Dioclétien ordonnait de faire brûler les livres chrétiens ; et les chrétiens, à leur tour, détruisirent des bibliothèques. Ces pratiques sont courantes dans toute l'histoire de l'humanité. On voit quel peut être l'enjeu de ces luttes autour du livre : il s'agit de faire disparaître toute trace des idées de l'adversaire et de le priver ainsi de la postérité ou de l'immortalité qui faisait partie du sens de son œuvre. On frappe donc violemment un auteur quand on s'attaque à ses œuvres : c'est une forme de violence qui a peut-être plus d'efficacité que la violence physique.
Mais il y a aussi une forme de censure moins visible, mais tout aussi efficace, dans la mesure où le livre est réservé à une élite ; le livre n'est pas à l'origine un support de la liberté d'expression. Il peut servir à conforter les valeurs d'un système politique, comme à l'époque d'Auguste, empereur qui réunit habilement de grands écrivains autour de lui : c'est un bon exemple antique du contrôle d'un média par le pouvoir politique.
Diffusion et conservation du livre en Grèce Nous n'avons pas beaucoup de renseignements concernant les livres en Grèce classique. Certains vases () représentent des volumina. Il n'y avait sans doute pas de commerce étendu du livre, mais il existait quelques emplacements consacrés à la vente.
La diffusion, la conservation et la réflexion sur le catalogage du livre et la critique littéraire se développent pendant la période hellénistique avec la création de grandes bibliothèques, répondant à un désir encyclopédique que l'on trouve déjà par exemple chez Aristote, et sans doute aussi pour répondre à des raisons de prestige politique : à Alexandrie, bibliothèque créée par Ptolémée Sôter et constituée par Démétrios de Phalère. Elle aurait contenu volumes (dans la partie du Museion) et au temple de Sérapis (Sérapeion). Le Museion est détruit partiellement en 47 av. J.-C. (voir bibliothèque d'Alexandrie). à Pergame, fondée par Attale ; elle contenait volumes qui furent déplacés au Sérapeion par Marc-Antoine et Cléopâtre, après la destruction du Museion. Le Sérapéion fut ensuite détruit en partie en 391 apr. J.-C. par les chrétiens, et les derniers livres disparaissent en 641 avec la conquête arabe. à Athènes, le Ptolemaion, qui prit de l'importance à la suite de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; la bibliothèque du Pantainos, vers le ; la bibliothèque d'Hadrien, en 132. à Rhodes, une bibliothèque tentant de rivaliser avec Alexandrie. à Antioche, une bibliothèque publique dont Euphorion de Chalcis fut directeur à la fin du .
Les bibliothèques avaient des ateliers de copistes et l'organisation générale des livres permettait d'assurer les fonctions suivantes : Conservation d'un exemplaire de chaque livre ; Traduction (Bible des Septantes par exemple) ; Critique littéraire pour établir les textes de référence pour la copie (exemple : L'Iliade et L'Odyssée) ; Constitution de catalogues de livres ; La copie elle-même qui permettait de diffuser les livres.
Le développement de l'édition à Rome L'édition du livre se développe à Rome au avec la littérature latine influencée par l'hellénisme. Cette diffusion concerne surtout des cercles de lettrés. Ainsi Atticus est-il l'éditeur de son ami Cicéron. Mais le commerce du livre s'étend progressivement à tout l'Empire romain : il y a par exemple des libraires à Lyon. Le livre se diffuse donc grâce à l'extension de l'Empire qui implique l'imposition de la langue latine à un grand nombre de peuples (en Espagne, en Afrique, etc.).
Les bibliothèques sont privées ou créées à l'instigation d'individus. Jules César voulait par exemple en créer une à Rome : on voit là encore que la bibliothèque est un instrument de prestige politique.