La deuxième bataille de Guinegatte, dite Journée des éperons, oppose le à Guinegatte (aujourd'hui Enguinegatte, dans le Pas-de-Calais) les troupes françaises de Louis de LonguevilleLouis I d'Orléans-Longueville devient marquis de Rothelin (Rötteln en Allemagne) par son mariage avec Jeanne de Hochberg et son fils cadet est à l'origine de la maison d'Orléans-Rothelin. Il est cité par un chroniqueur sous le nom de « Rothelin » (infra). et Jacques de La Palice, destinées à libérer la place assiégée de Thérouanne, aux troupes anglo-germaniques commandées par Thomas Wolsey (futur cardinal-archevêque d'York), qui remportent la victoire de façon écrasante. Les deux commandants français, ainsi que le chevalier Bayard et Jacques d'Amboise, fils de Jean IV d'Amboise, sont faits prisonniers par les Anglais et emmenés à Londres.

Cette victoire permet à et Maximilien d'Autriche, coalisés contre au sein de la Ligue catholique (1511), de terminer victorieusement la quatrième guerre d'Italie.

Cette bataille a été immédiatement appelée la « Journée des éperons » parce que la cavalerie française y aurait fait plus usage des éperons pour quitter le champ de bataille que des armes pour combattre.

Contexte

En , le pape a formé la coalition de la Ligue catholique avec la république de Venise et Ferdinand d'Aragon afin de s'opposer aux ambitions territoriales de , maître du duché de Milan ; y entre dès le mois de novembre et Maximilien d'Autriche s'y joint en .

À la suite de sa défaite à Novare (), doit ramener son armée d'Italie afin de défendre le territoire français, en particulier contre une expédition anglaise en préparation à Calais.

Préliminaires : le siège de Thérouanne Les préparatifs anglais à Calais (mai-juin 1513) Au mois de , les troupes anglaises commencent à se rassembler dans Calais pour former l'armée de George Talbot, comte de Shrewsbury, Lord Grand Intendant. Shrewsbury est promu lieutenant-général le , le commandement de la flotte d'invasion incombant à John Hopton.

Le , le roi Henri annonce aux Cinq-Ports et à Édouard Poynings, connétable du château de Douvres, qu'il prend le commandement en chef de l'expédition en France, et qu'il a nommé des commissaires chargés de réquisitionner tout navire en état d'appareiller. Pendant l'absence du roi « outre-mer » (ad partes transmarinas), Catherine d'Aragon doit gouverner l'Angleterre et le Pays de Galles en tant que Rectrix et GubernatrixRymer, Thomas, ed., Foedera, vol. 13 (1712), (bilingue latin et anglais).

La « chronique de Calais » (Chronicle of Calais) d'Edward Hall a conservé les dates d'arrivée sur le continent des officiers d' à partir du .

Le départ de l'expédition anglaise (30 juin) débarque à Calais le avec le gros de son armée, quelque John Gough Nichols, ed., Chronicle of Calais, Camden Society (1846), . Cette armée, réunie par le cardinal Thomas Wolsey, ayant fonction d’aumônier, comprend des corps de toutes armes : la cavalerie, l’artillerie, l’infanterie et les francs-archers, équipés désormais de flèches à pointe en fer pour transpercer les armures avec davantage d'efficacité. Huit cents lansquenets précèdent Henri.

L'armée anglaise prend la direction de Thérouanne, place forte française enclavée dans le territoire du comté d'Artois, qui est alors sous l'autorité de Maximilien d'Autriche, en tant que régent des Pays-BasMaximilien, veuf de Marie de Bourgogne (morte en 1482), exerce la régence des Pays-Bas bourguignons au nom de son petit-fils Charles de Habsbourg, futur Charles Quint, né en 1500.. Shrewsbury commande l'avant-garde forte de et Charles Somerset l’arrière-garde de Mackie, J. D., Earlier Tudors, Oxford (1952), .

Les débuts du siège de Thérouanne Shrewsbury fait monter une batterie et creuser des sapes en avant des remparts de la ville, mais au cours du mois de , il ne fait que peu de progrès contre la garnison composée de Français et d'Allemands.

La ville était défendue par Antoine de Créquy, lequel répondit jusqu'au bout par des tirs d'artillerie au bombardement anglais. Les Anglais surnomment l'un des canons français le siffletPotter, David, War and Government in Picardy, 1470-1560, (2003), ; Edward Hall et Richard Grafton, Chronicle (1809), , écrit « Bresquy » au lieu de « Créquy » en raison du son qu’il émet.

L'échec des assauts successifs et l'inefficacité du siège sont connus . Sur la route de Thérouanne, les Anglais avaient dû abandonner deux canons, appelés l’un Jean l’Évangéliste et l’autre le Canon Rouge, et les Français, par leurs combats d’escarmouche, parvinrent à les conserver. Edward Hall, l'auteur de la chronique de Calais, cite le comte d'Essex Henry Bourchier comme l'un des protagonistes de cette opération, et évoque un conseil donné par Rhys ap ThomasD’après ; et . Un agent de Marguerite de Savoie rapporte que « deux hommes entêtés » décidaient de tout, à savoir Charles Brandon qu'il appelle le Grand Écuyer et l’aumônier Wolsey. vignette|Les Français marchèrent sur Thérouanne, le long de la Lys.

Henri campait à l'est de Thérouanne, sur une forte position, décrite par les chroniques anglaises comme barricadée d'artillerie : « fauconneaux, serpentins, des arquebuses, des « flèches éprouvées » (tryde harowes), et des tréteaux de bâtons à poudre (tarasnice, arme à feu hussite projetant des carreaux) ». Le mobilier de campagne du roi Henri consistait en une cabine de bois chauffée par un poêle en fonte, couverte d'une grande tente aux couleurs bleu, jaune et blanc, surmontée des animaux héraldiques du roi : le Lion, le Dragon, le Molosse de Richmond, l'antilope, et la Vache de DunD’après ; et : La tente de Henri au camp de Thérouanne est aussi représentée dans les peintures d'époque (cf. liens externes) et on trouve sa description détaillée dans un manuscrit de la British Library, le BL Add MS 11321 fol.97-100.

Rencontre d'Henri VIII avec Maximilien (13 août) L’empereur Maximilien vient à Aire-sur-la-Lys au mois d’août.

part à sa rencontre, en cuirasse, ses gens vêtus de drap d'or, le . La cour de Maximilien de l'épouse de l'empereur, Blanche-Marie Sforza, morte en 1510.

Henri accueille l'empereur sous une tente de drap d’or le . Selon les chroniques, ce jour est marqué par « la pire de toutes les tempêtesD’après , et . »

Apprenant qu'Henri a pu en personne recevoir l'empereur, Catherine d'Aragon écrit à Wolsey qu'elle y voit un honneur pour Henri et pour Maximilien l'occasion d'accroître sa renommée..

L'armée française au secours de Thérouanne Durant l'été, envoie un corps de (cavaliers légers d'origine balkanique) commandés par le capitaine Fonterailles.

Fonterailles, couvert par les batteries de canon de la citadelle, réussit à percer les lignes des assiégeants et à faire entrer dans Thérouanne des vivres et de la poudre à canon, y laissant un renfort de .

Les rapports envoyés à Venise font état de anglaises voire davantage, et citent Fonterailles pour qui « la ville pourra soutenir le siège jusqu'à la fête de la nativité de Marie » (le ) ; mais les Vénitiens supposent que leurs informateurs français travestissent la réalité pour obtenir leur appuiD’après ..

La bataille vignette|Miniature de Georg Lemberger à l’occasion du triomphe de l’empereur (1513–15).

vignette|Vue d’une colline de Bomy, illustrant le champ de bataille.

Premières manœuvres Les Français décident un nouvel assaut pour la mi-août, avec des forces plus importantes.

La cavalerie se regroupe autour de Blangy au sud de Thérouanne. Ce corps d’armée est formé de compagnies de gens d’arme et de piquiers, appuyés de quelques unités auxiliaires. Edward Hall décrit notamment un corps de cavalerie légère formé d’estradiots, « équipés d’éperons courts, de bonnets à poil, de lances et de cimeterres : ce sont sans doute là les auxiliaires dits Albanais »Hall, Chronicle, (1809), , 550 des Français.

En réponse à cette menace, les pontonniers anglais jettent cinq pontons sur la Lys pour permettre un repli éventuel. Le transfère son camp à Guinegatte, après avoir chassé une compagnie de lanciers français postée autour du donjon de GuinegatteGrafton, Richard, Chronicle at Large, vol.2 (1809), .

L'échec de l'offensive française Le matin du , à Blangy, l’armée française se forme en deux groupes : l’un placé sous les ordres du duc Louis de Longueville, l’autre commandée par le duc , qui progressent chacune le long d'une rive de la Lys.

L’attaque se porte contre les lignes de siège de Shrewsbury et de Somerset. Mais l’assaut matinal des Français tourne à un combat long et acharné ; au milieu de l'après-midi, la cavalerie française tourne bride et prend la fuite, poursuivie par la cavalerie anglaise et impérialeRésumé de la bataille, Historic Royal Palaces. .

Comptes-rendus de la déroute Cette défaite reste dans l’histoire de France comme la Journée des Éperons , allusion à la fuite désordonnée des cavaliers français. En 1518, l’ambassadeur anglais en Espagne, Lord Berners, plaisante sur la façon dont les cavaliers ont appris à galoper à la fin de la jurney of SpurresCité par J. G. Niochols, ed., Diary of Henry Machyn, Camden Society (1848), ; cf. également .

Le soir même de la bataille, le maître des Postes impériales, Jean Baptiste de Taxis fait donner nouvelle de la victoire à Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, depuis Aire-sur-la-Lys : Tôt ce jour, l’Empereur et le Roi d'Angleterre ont fait face à français ; l’Empereur, avec seulement , leur a tenu tête jusqu'à 16 heures, lorsqu’ils décidèrent de tourner bride. Une centaine de gens d'arme sont restés sur le terrain, et plus d'une centaine ont été faits prisonniers, parmi les plus valeureux de France ; comme le Sieur de Piennes, le Marquis de Rothelin, et d'autresD’après ..

Henri adresse le lendemain sa propre version du combat à Marguerite d'Autriche. Il écrit que la cavalerie française se porta d’abord contre les lignes de Lord Talbot qui faisaient le blocus de la ville, et firent quelque et . Une manœuvre de la cavalerie impériale repoussa plus tard les chevaliers français à portée des canons, et celle-ci n'eut plus d'autre choix que de fuirD’après .

Mais le chroniqueur Édouard Hall donne un tout autre récit. Hall, par qui l'on sait que les Français qualifièrent cet affrontement de Journée des Éperons, place l'action décisive autour d'une colline, cernée par des archers anglais postés au village de « Bomye ». La cavalerie française se serait élancée après une démonstration des Anglais organisée par le héraut de Clarenceux . Hall affirme que Maximilien avait conseillé à Henri de déployer de l’artillerie sur une autre colline « pour les secours » mais ne dit pas en quoi cela a joué un rôle. Bien que Henri VIII eût désiré prendre part au combat, il demeura, sur les conseils de son allié, avec la garde à pied de l'Empereur.

Suites immédiates

Les prisonniers français

Au terme d'une poursuite de cinq kilomètres, les Anglais font prisonniers Jacques de la Palice, Pierre Terrail de Bayard et Louis de Longueville.

Alors que l’empereur souhaitait que ses troupes combattent sous le commandement des AnglaisLetters & Papers, Henry VIII, vol. 1 (1920), no. 2227, Hall laisse entendre qu'il y a eu une mésentente, non seulement au cours de l'assaut, mais aussi en ce qui concerne le sort des prisonniers capturés par les lansquenets, qui ont été laissés libres sans « être présentés » aux alliés.

La prise de Thérouanne Au cours de l’assaut, la garnison de Thérouanne avait fait une sortie, en se portant contre les lignes de Charles SomersetHall, Edward, Chronicle: Illustrious Union, (1809), . Selon le rapport de Lord Herbert, trois officiers anglais de valeur sont morts dans cette opération, les Français essuyant la perte de hommes. Neuf étendards sont pris, et 21 nobles en habits d'or faits prisonniers.

Le , désormais à l'abri des contre-attaques françaises, Henri rapproche son camp de la ville.

Thérouanne est prise le . .

Shrewsbury reçoit dans la place et lui remet les clefs de la ville.