L'Alodie, également connue sous les noms dAlodia, Aloua (en grec : Aρουα, ArouaAdam Łajtar, Varia Nubica -, The Journal of Juristic Papyrology, 39, , 2009. Lire en ligne - arabe : علوة, ʿAlwa) est un royaume médiéval de Nubie. Sa capitale était la cité de Soba, à la confluence entre le Nil Bleu et le Nil Blanc, près de l'actuelle ville de Khartoum. L'Alodie était, avec la Makurie et la Nobatie, l'un des trois royaumes nubiens - le plus méridional - qui ont émergé après la chute du royaume de Méroé, lequel a dominé la région de 800 av. J.-C. à l'an 350.
Mentionné pour la première fois dans les textes historiques en 569, le royaume d'Alodie fut le dernier des trois royaumes nubiens à adopter le christianisme dans sa forme monophysite copte, vers 580. Au , la conquête de l'Égypte par les armées musulmanes coupe la Nubie du reste de la chrétienté. En 651, la zone est envahie par une armée arabe, mais celle-ci est repoussée et un traité connu sous le nom de Baqt est signé, qui instaure une paix relative entre les deux parties. Cette paix durera jusqu'au , lorsque les Musulmans colonisent le pays, inaugurant la conversion forcée des habitants à l'islam.
L'Alodie n'est cependant pas concernée par le traité du Baqt et cet état multiculturel et commerçant atteint son apogée entre le et le , avant de décliner. Au , le pays est probablement ravagé par la peste, tandis que les tribus arabes commencent à migrer dans la haute vallée du Nil. Vers 1500, la capitale, Soba, est conquise militairement ce qui entraîne la fin du royaume. Après la destruction de Soba, les Funj ont établi le sultanat de Sennar, marquant ainsi le début d'une période d'islamisation et d'arabisation.
Sources Littéraires Le royaume d'Alodie est, de loin, le moins étudié des trois royaumes médiévaux de la NubieDerek Welsby, "The Kingdom of Alwa", The Fourth Cataract and Beyond: Proceedings of the International Conference for Nubian Studies, Peeters Publishers, , , 2014.. La plupart des connaissances à son sujet proviennent d'une poignée d'historiens arabes médiévaux. Les plus importants d'entre eux sont les géographes islamiques al-Yaqubi, du , Ibn Hawqal et Ibn Selim el-Aswani, du , qui ont tous deux visité le pays, ainsi que le prêtre copte du Abū al-MakārimRoland Werner, Das Christentum in Nubien. Geschichte und Gestalt einer afrikanischen Kirche, , 2013.Mohi El-Din Abdalla Zarroug, The Kingdom of Alwa, University of Calgary Press, , 1991.. Les événements autour de la christianisation du royaume au ont été décrits par l'évêque contemporain Jean d'Éphèse et diverses sources soudanaises post-médiévales parlent de sa chute.
Archéologiques Bien que de nombreux sites archéologiques soient connus, seule la capitale, Soba, a fait l’objet de fouilles approfondies. Certaines parties du site ont été découvertes au début des années 1950 et de nouvelles fouilles ont eu lieu dans les années 1980 et 1990David Edwards, The Nubian Past: An Archaeology of the Sudan, Routledge, , 2004.. Un nouveau projet de recherche multidisciplinaire devrait débuter à la fin de 2019Mariusz Drzewiecki, Aneta Cedro, Robert Ryndziewicz, Selma Khogli Ali Ahmed, Expedition to Hosh el-Kab, Abu Nafisa, and Umm Marrahi forts. Preliminary report from the second season of fieldwork conducted from November to December 8th, 2018 with an appendix on an aerial survey of Soba East on and December 2018, Omdurman, doi:10.13140/RG.2.2.26111.66724/1, 2018. Lire en ligne. Soba a une superficie d'environ et est recouverte de nombreux monticules de moellons de brique appartenant à des structures monumentales, ainsi, plusieurs églises, un palais, des cimetières et de nombreuses petites découvertes.
Étendue géographique vignette|Extension maximale de l'Alodia selon Ibn Hawqal au Le royaume d'Alodie était situé en Nubie, une région qui, au Moyen Âge, s'étendait d'Assouan, dans le sud de l'Égypte, à un point indéterminé au sud de la confluence des Nils Blanc et Bleu, Le cœur du royaume était la Gezira, une plaine fertile délimitée par le Nil Blanc à l'ouest et le Nil Bleu à l'est. La vallée du Nil Bleu est riche en sites archéologiques, parmi lesquels la ville de Soba, au contraire de celle du Nil Blanc. Les limites du royaume au sud ne sont pas claires, mais les sites archéologiques les plus méridionaux se trouvent à proximité de Sennar.
À l'ouest du Nil Blanc, Ibn Hawqal indique qu'Al-Jeblien qui correspondait probablement avec le Kordofan du Nord était contrôlé par le royaume de Makurie et qu'Al-Ahdin, identifié aux Monts Nouba était sous contrôle Alodiens, ce contrôle s'exerçait peut-être aussi loin au sud que le Jebel al Liri, près de la frontière moderne avec le Soudan du SudJay Spaulding, « Early Kordofan », dans Kordofan Invaded: Peripheral Incorporation in Islamic Africa, Brill, , , 1998. .
La région nord du royaume s'étendait probablement du confluent des deux Nils à Abou Hamad, près de l'île Mograt. Abou Hamad était probablement l'avant-poste septentrional du royaume connu sous le nom d'al-Abwab (« les portes »). Certains spécialistes suggèrent cependant pour cet avant-poste, un emplacement plus au sud, plus proche de la rivière AtbaraDerek Welsby, The Medieval Kingdoms of Nubia. Pagans, Christians and Muslims Along the Middle Nile, British Museum, , 2002.. Aucune preuve d'un établissement majeur n'a été découverte au nord du confluent des deux Nils, bien que plusieurs forts y aient été recensés. Les récits d'Ibn Hawqal et d'Al-Aswani suggèrent que le royaume d'Alodie contrôlait également le désert le long de la côte de la mer RougeDerek Welsby, C.M. Daniels, Soba. Archaeological Research at a Medieval Capital on the Blue Nile. The British Institute in Eastern Africa, , 1991..
Histoire vignette|L'Alodie en l'an 600, au sud de l'Égypte, alors province de l'Empire romain d'orient. Origine Le nom du royaume, Alodie, apparait peut-être sous la forme Alut sur une stèle kouchite de la fin du avant notre ère. Il apparaît à nouveau sous la forme nom dAlwa sur une liste de villes koushites de l'écrivain romain Pline l'Ancien (). Selon lui, elle se trouverait au sud de Méroé. Une autre ville nommée Alwa est mentionnée dans une inscription aksoumite du , et serait située cette fois près du confluent du Nil et de l'AtbaraGeorge Hatke, Aksum and Nubia: Warfare, Commerce, and Political Fictions in Ancient Northeast Africa, NYU, , 2013..
C'est vers 350 que s'effondre le royaume de Méroé, dernier avatar de la culture koushite, possiblement en raison de déplacements de population. Ces déplacement auraient provoqué des conflits entre nouveaux arrivants, Koushites de Méroé, et le royaume d'Aksoum. De ces événements dont la séquence est mal définie sont issus trois royaumes qui succèdent au royaume de Méroé, les royaumes de Nobatie, de Makurie et d'Alodie. La formation de l'Alodie est achevée au , période ou il commence à apparaître dans les textes. En 569, le royaume d'Alodia est mentionné pour la première fois. Jean d'Éphèse le décrit comme un royaume à l'aube de la christianisation. Indépendamment de Jean d'Éphèse, l’existence du royaume est également confirmée par un document grec datant de la fin du , émanant de l’Égypte byzantine et décrivant la vente d’une esclave alodienneRichard Holton Pierce, A sale of an Alodian slave girl: A reexamination of papyrus Strassburg Inv. 1404, Symbolae Osloenses. LXX: 148–166. doi:10.1080/00397679508590895. ISSN 0039-7679, 1995. Lire en ligne.
Christianisation et apogée Le récit de Jean d'Ephèse décrit en détail les événements relatifs à la christianisation du royaume. L'Alodie, le plus méridional de trois royaumes nubiens, a été le dernier à se convertir au christianisme. Selon le témoignage de Jean, le roi d'Alodie, averti de la conversion de la Nobatie en 543, lui demande d'envoyer un évêque afin de baptiser également son peuple. La demande fut acceptée en 580, entraînant le baptême du roi, de sa famille et de la noblesse locale. Ainsi, le royaume d'Alodie rejoignit le monde chrétien sous le patriarcat copte d'Alexandrie. Après la conversion, il est probable que plusieurs temples païens, comme celui de Musawwarat es-Sufra, aient été convertis en églises. Néanmoins, malgré la conversion de la noblesse, il est probable que la christianisation de la population rurale se soit déroulée lentement, voire que la population rurale soit demeurée païenneDavid Edwards, « The Christianisation of Nubia: Some archaeological pointers », Sudan & Nubia, 5, , , 2001..
Entre 639 et 641, les Arabes musulmans font la conquête de l’Égypte, la retirant du contrôle de l’empire byzantin. Le royaume de Makurie, qui à cette époque était unifiée avec la Nobatie, a résisté à deux invasions musulmanes subséquentes, l'une en 641/642 et l'autre en 652. Au terme de ces combats, la Makurie et les Arabes sont convenus de signer le Baqt, un traité de paix comprenant un échange annuel de cadeaux et nombre de réglementations socio-économiques entre Arabes et Nubiens. L'Alodie est alors explicitement mentionnée dans le traité comme n'étant pas concernée par celui-ci. Alors que les Arabes n’ont pas réussi à conquérir la Nubie, ils ont commencé à s’installer le long de la côte ouest de la mer Rouge. Ils ont fondé les villes portuaires d'Aydhab et de Badi au et Suakin, mentionnées pour la première fois au Tim Power, « The Origin and Development of the Sudanese Ports ('Aydhâb, Bâ/di', Sawâkin) in the early Islamic Period », Chroniques Yéménites, 15 , , , 2008.. À partir du , ils ont poussé plus loin à l'intérieur des terres, s'installant parmi les Beja à travers le désert oriental.
L'archéologie suggère que la capitale du royaume d'Alodie, Soba, connait son développement maximum entre le et le P. Shinnie, Excavations at Soba, Sudan Antiquities Service, OCLC 934919402, 1961.. Au , l'Alodie fut décrite pour la première fois par l'historien arabe al-Yaqubi. Selon son court récit, il s'agit du plus puissant des royaumes nubiens, un pays nécessitant trois mois pour le traverser. Il a également déclaré que les musulmans s'y rendaient occasionnellement.
Un siècle plus tard, au milieu du , le voyageur et historien Ibn Hawqal a visité le pays, ce qui lui a permis de faire le compte-rendu le plus complet du royaume. Il en a décrit la géographie et le peuple avec beaucoup de détails, donnant l'impression d'un grand État pluri-ethnique. Il a également noté sa prospérité, ayant « une chaîne ininterrompue de villages et une bande continue de terres cultivées ». Le roi au pouvoir, à cette époque, était Eusebius. Son neveu Stephanos lui succède à sa mort. Un autre roi de cette époque avait pour nom David, il est connu par une pierre tombale à Soba. Son règne est daté, de manière assez large, des Adam Lajtar, Catalogue of the Greek Inscriptions in the Sudan National Museum at Khartoum, Peeters, , 2003. .
Abū al-Makārim a été le dernier historien à décrire l'Alodie en détail. Le pays était encore décrit comme un grand royaume chrétien abritant environ 400 églises. Selon son rapport, une église particulièrement grande et finement construite se trouverait à Soba, elle aurait porté le nom d'« église de Manbali ». Deux rois, Basile et Paul, sont mentionnés dans des textes arabes du retrouvés à Qasr Ibrim.
Déclin, fragmentation et chute