Lidentité numérique (« IDN ») est définie comme un lien technologique entre une entité réelle (personne, organisme ou entreprise) et des entités virtuelles (sa ou ses représentations numériques).
Elle permet l'identification de l'individu en ligne ainsi que la mise en relation de celui-ci avec l'ensemble des communautés virtuelles présentes sur le Web.. L'identité numérique est non seulement construite par l'entité réelle ou le « Sujet ». Mais elle est aussi grandement influencée par le rapport qu'entretient ce dernier à autrui de même qu'à la société..
Composantes de l'identité numérique Il existe différents modèles qui permettent de schématiser l'identité numérique et d'en dégager les principales composantes.
Le modèle qu'établit Fanny Georges permet une approche qualitative quantifiée (quali-quanti) de l'identité numérique et des visualisations par graphes égocentrés. L'application quantifiée à Facebook (2008) montre qu'au cours du passage du web 1.0 au web 2.0, l'utilisateur délègue de plus en plus sa présentation identitaire au système informatique et aux autres utilisateurs.. Ce modèle définit trois composantes de l'identité numériqueFanny Georges, L'identité numérique dans le web 2.0, Le mensuel de l'université , juin 2008. (lire en ligne). : L'identité déclarative qui se réfère aux données saisies par l'utilisateur comme son nom, sa date de naissance, ou autres informations personnelles directement renseignées par l'individu. L'identité agissante qui est indirectement renseignée par les activités de l'utilisateur sur la toile. L'identité calculée qui résulte d'une analyse de l'identité agissante par le système, comme le nombre de « likes », le nombre de communautés virtuelles dans lesquelles l'individu évolue, ou encore ses fréquentations sur les réseaux sociaux.
Le modèle d'Erving Goffman considère que l'identité d’un individu se construit dans les interactions.. Deux identités se créent : l’identité définie par autrui qu’il appelle l’identité « pour autrui » et l’identité pour soi. L’identité pour autrui est constituée de . Il souligne cependant que ces deux types d’identité ne sont pas en opposition totale : . Les signes extérieurs que l’individu rejette ou adopte prennent la forme de stigmates sur lesquels se construit l'identité. Un stigmate représente tout attribut social dévalorisant.
Le modèle de Corinne Rostaing dit que l'identité n’est pas un attribut en soi et qu'elle se définit dans le regard d’autrui. Il définit un certain écart par rapport à la norme sociale : toute personne qui ne correspond pas à ce qu’on attend d’une personne considérée comme « normale » est susceptible d’être stigmatisée et s’analyse en termes relationnels.
Facettes de l'identité numérique
La schématisation du concept de l'identité numérique a été abordée par plusieurs auteurs comme Fred CavazzaFred Cavazza, Qu'est-ce que l'identité numérique ?, 22 octobre 2006., Anthony Babkine ou encore Leafar.. Elle se compose de plusieurs facettes, certaines d'entre elles seront abordées plus en détail ci-après : les coordonnées (comment et où me joindre) qui permettent de regrouper les données numériques qui permettent d'entrer en contact avec un individu, de l'identifier et de le localiser (ex : adresse électronique, numéro de téléphone, adresse IP, messagerie instantanée). les goûts (ce que j'aime ou pas), ce qui peut être un avis concernant un produit (ex : Amazon), un service (ex : TripAdvisor), un site Internet... ; un ou plusieurs hobbies (passions) qui se focalisent sur des thèmes divers comme la cuisine, l'automobile, les jeux en ligne, les animaux la consommation (ce que j'achète) qui reflète les achats réalisés, le moyen de paiement utilisé, les pages consultées, les produits les plus visités, la fréquence d'achat la connaissance (ce que je sais) qui est transmise à travers les encyclopédies communautaires (ex : Wikipédia), les foires aux questions collaboratives (ex : Google Answer), les tutoriels, les blogs spécialisés l'expression (ce que je dis) qui prend en compte tous les contenus mis en ligne à partir des logiciels, des plateformes, et des services reconnus comme outils de parole (comme Wordpress, Blogging, Overblog). l'audience (ceux que je connais) qui peut s'étendre à des groupes d'individus (ex : Facebook, Myspace) et des sites de rencontre (ex : Meetic, Tinder). la réputation (ce qui est dit sur moi) qui englobe la notoriété et la fiabilité de l'individu ou de la personne morale sur Internet (ex : Ebay, Vinted). Des services se sont également spécialisés dans la gestion de la notoriété et de la réputation en ligne. les publications (ce que je partage) qui recense tous les contenus partagés par les utilisateurs, tels que les vidéos (ex : Dailymotion, YouTube), les photos (ex : Instagram, Flickr), la musique (ex : SoundCloud) la profession qui est mise en avant à travers les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn. Les certificats permettent de collecter ou recevoir ces informations numériques en authentifiant un utilisateur de manière certaine, unique et sécuriséeAgence nationale des titres sécurisés, Certificats numériques, , 22 décembre 2011. à travers des outils informatiques comme OpenID.
Personnalité numérique Processus de figuration de l'identité numérique
Il existe quatre processus de figuration de l’identité numérique : L'identité civile qui renvoie aux « propriétés génériques et statutaires » fixes de l'individu dans sa vie réelle (nom propre, sexe, âge, localisation, photographies personnelles). L'identité agissante qui caractérise ce que fait la personne dans l'univers numérique, ce qu'elle est à travers ses « œuvres » (réseaux professionnels, passions, goûts). L'identité narrative qui caractérise le récit personnel fait virtuellement, mais se basant sur le « vrai » moi (journal intime, surnom, pseudo). L'identité virtuelle qui caractérise les « projections de soi [qui] prennent des formes ludiques, imaginatives ou fantasmatiques [et] qui n’entretiennent que des correspondances improbables avec l’identité réelle des personnes » (avatar, personnage, jeux en ligne).
Présentation de soi en ligne
La question de l’identité en ligne est intimement liée à celle de la présentation de soi et du cyberselfJulie Denouël, Identité, Communications, vol. 88, , , 2011 (association du préfixe cyber- et de self : soi). Les travaux d'Antonio Casilli se sont penchés sur l'étude des comportements en société, selon la perspective des allers-retours entre réseau et vie hors-ligne. Avant l’arrivée d’Internet, la sociologie interactionniste avait analysé les comportements en société comme des processus dialectiques, des allers-retours incessants entre une scène (espace de la monstration de soi) et des coulisses (lieux en principe inaccessibles au public, où l’acteur peut ne pas être ce qu’il dit être quand il est sur la scène). Si l’on remplace les notions de « scène » et de « coulisses » par celles de « réseau » et de « vie hors ligne », le cadre théorique tient toujours.
Selon Fanny Georges, la représentation de soi se définit comme les signes observables de l'utilisateur par les autres individus. Ce n'est cependant qu'une partie de l'identité numérique puisqu'elle est généralement associée à l'identité déclarative. L'individu fait ainsi abstraction de certains critères pour apparaître tel qu'il le désire. Il effectue un arbitrage entre « les informations qu'il juge non pertinentes et celles qu'il juge plus adéquates pour définir sa personne, c'est-à-dire plus conformes à l'idée générale qu'il se fait de lui-même ». Cependant, les interactions avec les autres individus sur la toile et les informations demandées sur certains sites invitant l'utilisateur à définir son profil peuvent modifier son schéma de pensée initial. Par ailleurs, l'individu est amené à exister sur Internet et à se représenter pour communiquer puisqu'il ne peut pas être identifié par sa seule présence physique comme cela serait le cas dans le monde réel.
Exposition de soi
Fabien Granjon, sociologue et professeur universitaire en sciences de l'information et de la communication, développe une réflexion sur l'usage des réseaux sociaux en fonction de l'évolution des normes sociales relatives à la pudeur. Selon lui, les règles de pudeur qui prévalaient jusqu'alors font place à une pudeur intersubjective dépendante du contexte. Aussi, l'exposition de soi procède aujourd'hui d'une logique de « contrôle du dé-contrôle » de la part d'un public plus réflexif et distancié.
Ce que montrent différentes recherches., c'est que l'exposition de soi en ligne demande une certaine maîtrise des outils de sécurité et de confidentialité pour contrôler ses données personnelles. Or, il semblerait, toujours selon Fabien Granjon, que plus de la moitié des utilisateurs des sites de réseaux sociaux pensent détenir les compétences nécessaires pour garder la main sur leurs données informationnelles, ce qui n'est pas le cas.
L'exposition de soi sur Internet s'explique de différentes façons : dans un premier temps, à un besoin humain d'exister aux yeux des autres, mais aussi de se connaître. Il n'est donc pas si anodin que l'évolution technologique soit accusée de renforcer l'individualisme et la solitude comme le démontre une étude américaine. Les internautes mettent l'accent sur leur personne en premier lieu, parce qu'ils cherchent naturellement à se connaître et également à explorer leur identité. De plus, la structure numérique est agencée de sorte que les utilisateurs se dévoilent (personnalisation toujours plus poussée, publications facilitées, visibilité développée...). Dernièrement, le public influence le contenu des publications qui sont ainsi plus nombreuses et plus personnelles.
Extériorisation et simulation de soi
L'identité numérique se mesure aussi par la distorsion entre le virtuel et le réel. En partant du postulat d'une « pluralité [chez l'individu] à facettes multiples », Dominique Cardon, sociologue au médialab de Sciences Po, explique que l'identité numérique se développe selon deux dynamiques : l'extériorisation de soi et la simulation de soi.
L'extériorisation de soi renvoie au caractère fixe, de l'individu, à des informations durables et incorporées : son sexe, son âge, son statut matrimonial, mais renvoie aussi à des faits moins clairs et tangibles, plus subjectifs, c'est-à-dire à ses goûts, ses activités, ses opinions affirmées, ses œuvres, ses projets, ou encore ses productions (son faire). C'est la manière avec laquelle l'individu se présente qui est le principal objet d'étude dans ce cas.
La simulation de soi, pour sa part, renvoie aux modifications que l'individu apporte à son identité lorsqu'il entre dans l'univers numérique, dans les mondes virtuels. Cet axe d'étude s'intéresse aux relations entre les informations avancées dans l'identité numérique forgée : il s'agit d'étudier si elles se rapprochent ou plutôt s'éloignent de l'identité réelle. Il s'agit ici d'étudier comment l'individu se fait fiction.
Dominique Cardon propose ainsi cinq formats de visibilité pour faire le lien entre le monde réel et le monde virtuel : Le Paravent : les individus se rencontrent dans la sphère numérique et vérifient leur affinité dans la vie réelle à travers des critères seulement connus par ceux que l'on vise à rencontrer. En s'appuyant sur l'« opacité » des plateformes, l'objectif est d'être peu visible, ou uniquement découvert dans certaines interactions sélectionnées notamment à travers des moteurs de recherche. Le Clair-Obscur : les individus renforcent leur relation par des échanges virtuels et entrent ainsi en contact avec des personnes interposées (les amis des amis). Les personnes partagent leur vie privée, mais en ciblant avant tout un cercle de contacts proches.