thumb|right|250px|Cathédrale anglicane Saint-Paul de Londres.
Au sein des églises anglicanes, l'acceptation de l'homosexualité est sujette à débat. Certaines églises de la Communion anglicane ordonnent des évêques ouvertement LGBTQ et procèdent à des bénédictions de mariage entre personnes de même sexe.
Situation dans les différentes églises de la communion Deux églises, celles du Canada et des États-Unis, se démarquent du reste de la Communion par une série d'innovations qui testent les limites du modèle anglican de pleine communion entre églises autonomes, mais liées par des organes de concertation et de collaboration. À l'autre bout du spectre, les églises du Global South tiennent des positions conservatrices sans compromis et s'organisent de plus en plus sous forme d'un réseau mondial pour défendre leurs vues.
Église anglicane du Canada En , au terme d'un long processus, le diocèse de New Westminster est le premier qui décide d'autoriser certaines paroisses à mettre en place un rituel de bénédiction pour les couples de même sexe. Cette décision aura un fort impact médiatique et provoquera la sécession d'autres paroisses du diocèse Chronologie de cette prise de décision., ce qui marque le début du mouvement du réalignement anglican : dans la décennie suivante, plusieurs communautés vont chercher à changer d'obédience au sein de la communion anglicane car ils rejettent ces changements doctrinaux.
La première mise en œuvre de cette nouvelle disposition a lieu en , et l'évêque Michael Ingham indique qu'il « ne s'agit pas d'une cérémonie de mariage mais de la bénédiction d'un engagement fidèle entre personnes de même sexe » Same-sex couple exchange vows in Anglican church. En 2009, sur les 76 paroisses de ce diocèse, huit ont effectivement mis en place un tel rituel de bénédiction.
Entre-temps, le Canada a procédé à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe, processus achevé lors de l'adoption d'une loi fédérale en 2005. Les évêques anglicans décrètent en un moratoire de deux ans sur les bénédictions des unions de personnes du même sexe Stéphane Lavignotte, Au-delà du lesbien et du mâle: La subversion des identités dans la théologie « queer » d'Elizabeth Stuart, Van Dieren Éditeur, « Débats », Paris, 2008, .. Mais au terme des deux ans, le synode général aborde la question à nouveau : une motion affirme que ce rite de bénédiction « n'entre pas en conflit » avec la doctrine de l'église. Cependant, une autre motion visant à reconnaître aux diocèses le droit de mettre en place un tel rite est mise en échec.
Depuis, trois autres synodes diocésains ont voté des résolutions similaires à celle du diocèse de New Westminster. Pour les diocèses de Montréal et Ottawa, les évêques concernés ont souhaité mener des consultations préalables sur le plan national avant de donner leur accord. Au contraire, l'évêque de Niagara a mis en place de telles bénédictions Voir l'article : Diocese of Niagara to offer same-sex blessings de l'Anglican Journal, 10 juillet 2009..
Église épiscopale des États-Unis thumb|Gene Robinson, évêque du New Hampshire, en 2005. Peu après l'apparition des premières bénédictions de couples homosexuels au Canada, l'Église épiscopale des États-Unis (ECUSA) va poser à son tour un problème nouveau à la Communion anglicane. Le , un prêtre vivant ouvertement en couple homosexuel, Gene Robinson, est élu pour occuper le siège d'évêque du New Hampshire. Après des débats houleux, l'élection est confirmée en août au niveau de la convention générale de l'Église épiscopale US Church approves gay bishop, BBC News..
Le Conseil anglican américain, groupe de pression aux vues conservatrices, condamne cette élection comme « une hérésie, un blasphème et un péché » et indique dans un communiqué « Aujourd’hui est un jour affreux dans l’histoire de notre église. L’hérésie a été portée au niveau du sacré ». Vingt-quatre évêques et dignitaires de quelque 500 diocèses américains se retrouvent à Dallas, le , pour défendre « le maintien de l’orthodoxie biblique »Mounia Daoudi, « Gene Robinson, évêque anglican et homosexuel », RFI, archive du 3 novembre 2003. Voir article en ligne..
Dans la période qui sépare la nomination du nouvel évêque de sa consécration, les discussions s'étendent à l'ensemble de la Communion anglicane. L'archevêque de Cantorbéry Rowan Williams convoque une réunion extraordinaire des primats de la Communion, dont l'évêque président de l'ECUSA, Frank Griswold. Dans une déclaration commune, ils disent "regretter profondément" ces développements, et proclament que « nul n'a autorité pour introduire unilatéralement un nouvel enseignement comme si c'était celui de la Communion tout entière » Voir le texte de la déclaration et l'analyse de sa portée réelle.. Malgré cela, Gene Robinson sera effectivement consacré trois semaines plus tard par l'évêque président Griswold, plaçant de façon durable la Communion au bord du schisme Rowan Williams criticises election of lesbian bishop, Mary Glasspool, The Times..
Lors de la même convention générale, une autre mesure controversée est prise : la tolérance de la mise en place, au niveau local, de liturgies pour célébrer et bénir les unions entre personnes de même sexe Out of Africa, Christianity Today.
Pour tenter de préserver l'unité, lors de la convention suivante (2006), l'Église épiscopale accepte de mettre en place un moratoire de trois ans sur la nomination des homosexuels à l'épiscopat. À son expiration lors de la convention de 2009, toutefois, ce moratoire n'est pas renouvelé. Le principe de l'ordination des homosexuels est adopté, ainsi que celui de la bénédiction des couples de même sexe. L'éventualité d'une rupture de la Communion anglicane est clairement envisagée. Dans un mouvement de changement d'obédiences appelé réalignement, des groupes dissidents s'organisent pour quitter l'ECUSA et fonder une église concurrente, l'ACNA Anglican church leader worried by US gay bishop vote.. Celle-ci cherche actuellement à être reconnue par la Communion, voire à y supplanter l'ECUSA et l'Église anglicane du Canada.
Les relations entre les églises anglicanes se tendent plus encore avec la consécration d'une femme vivant elle aussi en couple homosexuel, Mary Glasspool, en . L'archevêque de Cantorbéry Rowan Williams, avait vainement appelé l'Église épiscopale à éviter tout geste de division, mais le nouvel évêque président, Katharine Jefferts Schori, passe outre, ayant déclaré auparavant qu'elle consacrera évêque toute personne dont l'élection a suivi les règles. Un de ses confrères dans l'épiscopat, Jon Bruno, dresse un parallèle entre l'élection de Mary Glasspool et les combats pour les droits civiques, citant Martin Luther King : « Maintenant, il est temps que la justice devienne une réalité pour tous les enfants de Dieu » Savitri Hensman, Mary Glasspool is ordained, The Guardian, 17 mai 2010.
L'église épiscopale créée un nouveau précédent quand l'évêque du Massachusetts, Tom Shaw, procède au mariage de deux femmes membres du clergé de cette église, lors du jour de l'an 2011. L'État du Massachusetts ayant légalisé les unions homosexuelles en 2004, l'évêque avait annoncé en qu'il accepterait de « solenniser toutes les unions » dans son diocèse. Cette action controversée se produit alors que les canons et les formulaires de l'ECUSA affirment encore que « le mariage est entre un homme et une femme », même s'il est demandé d'« offrir une réponse pastorale généreuse aux besoins des membres de l'église » dans les états où la juridiction permet les unions homosexuelles Ed Thornton, Lesbian clerics married by bishop in US, The Church Times..
Le , lors de sa convention générale, l'Église épiscopale adopte un rite commun de bénédiction pour les couples de même sexe. La mesure est soumise à l'autorisation de l'évêque du lieu et les prêtres peuvent demander à être exemptés de conduire ce type de cérémonies US Episcopal Church approves same-sex blessing service, BBC News, 11 juillet 2012.
Église d'Angleterre thumb|left|Rowan Williams en 2007. Perçu comme « pro-gay » avant son élection, ses opinions personnelles semblent plus complexes et il cherche surtout à maintenir le dialogue entre les différentes parties. Même s'il n'exerce qu'une prééminence d'honneur, la présence de l'archevêque de Cantorbéry, chef spirituel de la Communion anglicane, explique l'attention particulière manifestée à l'égard de la situation dans l'Église d'Angleterre par le reste de la communion. Depuis 2003, date de l'élection de Rowan Williams, réputé favorable à une meilleure intégration des fidèles homosexuels, s'est manifesté une certaine polarisation entre groupes d'opinions divergentesHenri Tincq, La communion anglicane déchirée par ses évêques homosexuels, Le Monde, 19 juin 2003., même si on n'observe aucune initiative comparable à celles observées aux États-Unis ou au Canada.
Une crise est ainsi évitée de justesse dès le printemps 2003, avec l'annonce, puis le retrait de la nomination de Jeffrey John comme évêque de Reading, avec le soutien de l'évêque d'Oxford Richard Harries. Jeffrey John, homosexuel affiché et militant pour cette cause, vivait en effet depuis 1976 une relation avec un autre membre du clergé, même s'il affirmait que cette relation était platonique. Face à une importante vague de protestations issues de son église et du reste de la communion, l'archevêque de Cantorbéry se voit alors contraint d'imposer à Jeffrey John son retrait. L'affaire illustre l'importance prise par l'aile évangélique au sein de l'Église d'Angleterre, lui permettant un lobbying efficace, y compris en termes financiers Ruth Gledhill, The rise and fall of Jeffrey John..., The Times.. D'autres groupes militent cependant avec insistance pour un changement dans la doctrine concernant l'homosexualité, comme Affirming Catholicism.
À partir de 2004, l'introduction des (forme d'union réservée aux homosexuels) dans la loi civile relance le débat sur les bénédictions des couples de même sexe. Les évêques publient une instruction interdisant la bénédiction de ce type d'unions. Ils interdisent également aux membres du clergé de contracter un civil partnership à moins de s'engager à rester abstinents. Cela n'empêche pas l'évêque émérite de Durham, David Jenkins, de bénir lui-même en l'union d'un prêtre du diocèse avec un autre homme Voir les deux articles de Jonathan Petre dans The Telegraph du 22 décembre 2005 : Church blessing for homosexual vicar, Gay pride or unholy alliance?.
L'Église d'Angleterre est la seule de la Communion anglicane à jouir du statut de religion d'état, ce qui donne d'autant plus d'impact aux interventions du pouvoir législatif. C'est ainsi qu'en , un projet d'autorisation de célébrations religieuses pour les civil partnerships suscite les protestations de plusieurs personnalités du clergé, et notamment de l'archevêque d'York John Sentamu. Cette autorisation pourrait en effet ouvrir la porte à des procédures judiciaires contre les religieux qui refusent de les célébrer Sentamu: don't force churches to conduct gay weddings. L'archevêque de Cantorbéry essaie d'obtenir une clause explicite d'exemption pour les confessions qui refusent ce type de cérémonieSébastien Martin, L’Église d’Angleterre rejette la célébration des mariages homosexuels, La Croix.