Edgard Varèse ou Edgar Varèse (les deux graphies ont été utilisées par le compositeur lui-même à différentes époques de sa vie) est un compositeur français naturalisé américain, né le à Paris et mort le à New York.

Formé, dans un premier temps, à la Schola Cantorum et au Conservatoire de Paris, Varèse trouve auprès d'artistes plus indépendants, comme Debussy et Busoni, les encouragements nécessaires pour son expression personnelle.

En effet, bien avant 1914, Varèse envisage l'abandon des méthodes de composition classiques, le système tempéré et les instruments de musique traditionnels pour employer . Cet idéal le conduit à détruire ses premières partitions jusqu'à Amériques et à encourager les recherches dans le domaine acoustique, du dynamophone aux réalisations de Léon Thérémine et de Maurice Martenot.

Varèse abandonne l'orchestre à partir dArcana, pour des ensembles instrumentaux plus réduits et individualisés. Cependant, l'absence de moyens techniques, de studio d'enregistrement ou de laboratoire le réduit au silence pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'au milieu des années 1950, lorsque se développent les techniques d'enregistrement du studio d'essais de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Varèse peut alors réaliser une œuvre comme le Poème électronique, pour l'Exposition universelle de Bruxelles en 1958.

Entretenant des relations étroites avec d'importants représentants de la communauté scientifique de son temps, l'intérêt de Varèse pour les sciences se traduit dans les titres qu'il donne à ses œuvres, évoquant les mathématiques (Intégrales), la métallurgie (Densité 21,5), la cristallographie (Hyperprism), la botanique (Octandre), la chimie (Ionisation) et même l'alchimie (Arcana). L'œuvre de Varèse a d'abord paru très abstraite. Pour autant, sa musique a une grande puissance d'incantation, dès qu'intervient la voix humaine (Offrandes, Ecuatorial, Nocturnal).

Le scandale de la création de Déserts, le à Paris, le révèle pour une nouvelle génération de compositeurs classiques (dont Iannis Xenakis et Bruno Maderna) et populaires (comme Frank Zappa) qui ont reconnu en lui, bien plus qu'un « précurseur », un modèle à suivre et l'un des grands innovateurs du avec Arnold Schönberg, Igor Stravinsky, Anton Webern, Alban Berg, Béla Bartók, Henry Cowell, Luciano Berio, Luigi Nono, John Cage, Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen.

Biographie Enfance et formation vignette|upright|Edgar Varèse en 1910. Edgard Varèse est né à Paris le Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance , état civil complet tel qu’il figure sur l’acte : Edgard Victor Achille Charles Varese (consulté le 2 janvier 2013). Son père, ingénieur, est italien, et sa mère française d'origine bourguignonne. Quelques semaines après sa naissance il est envoyé chez son grand-oncle dans le village du Villars près de Tournus en Bourgogne. Là, il s'attache à son grand-père maternel, Claude Cortot (également grand-père du pianiste Alfred Cortot, un cousin germain de Varèse). Son affection pour son grand-père surpassait tout ce qu'il ressentait pour ses propres parents.

À la fin de l'année 1892, il est récupéré par ses parents et en 1893, le jeune Edgard est contraint de s'installer avec eux à Turin. C'est là qu'il prend ses premières vraies leçons de musique, avec le directeur du conservatoire de Turin, Giovanni Bolzoni. En 1895, il compose son premier opéra, Martin Pas, qui a depuis été perdu. Adolescent, Edgard est soumis à l'influence de son père, et doit s'inscrire à l'École polytechnique de Turin car son père désapprouve son intérêt pour la musique, et exige qu'il fasse des études d'ingénierie. Ce conflit latent se développe, surtout après la mort de sa mère en 1900, si bien qu'en 1903, Varèse quitte la maison et part pour Paris.

En ayant fini avec ses études d'ingénierie à l'École polytechnique de Turin, il retourne à la musique et étudie avec Vincent d'Indy et Albert Roussel à la Schola Cantorum de Paris (1903-1905) et Charles-Marie Widor au Conservatoire de Paris (1905-1907). Il se déplace ensuite à Berlin, où il rencontre notamment Richard Strauss, Ferruccio Busoni et Karl Muck. En 1913 il revient à Paris, où il fait la connaissance de Romain Rolland et de Debussy. Ces diverses rencontres sont décisives pour son développement futur. Mais en 1915, déçu par les moyens offerts aux compositeurs, il décide d'émigrer à New York.

Aux États-Unis vignette|gauche|redresse=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme assis de profil|Edgard Varèse en 1915. Il passa ses premières années aux États-Unis à rencontrer les principaux acteurs de la musique américaine, promouvant sa vision de nouveaux instruments de musique électronique, dirigeant des orchestres, et créant le New Symphony Orchestra, qui eut une existence éphémère. C'est à peu près à cette période que Varèse commença à travailler sur Amériques, qui fut achevée en 1921. Dans cette œuvre Varèse est particulièrement attentif à donner corps à la matière sonore protéiforme : il transforme des masses sonores en couleurs timbrales, jeux d’interactions réciproques déliés de l’emprise d’un système. Il lui fallait pour cela intégrer de nouveaux concepts de sonorité qui transforment les paramètres classiques de la musique en catégories plus larges, donc en « champs ».

C’est après l'achèvement de cette œuvre que Varèse fonda l’ (Association Internationale des Compositeurs), dédiée à l’interprétation de nouvelles œuvres de compositeurs américains et européens, et pour laquelle il composa plusieurs de ses pièces pour instruments et voix : Offrandes en 1922, Hyperprism en 1923 (scandale à la création), Octandre en 1924, et Intégrales en 1925.

Retour à Paris En 1928, Varèse retourne à Paris pour modifier certaines parties d’Amériques en y incluant les ondes Martenot qui venaient d’y être inventées. Il compose en 1931 Ionisation, qui est sans doute son œuvre non électronique la plus connue et l'une des premières œuvres de musique occidentale utilisant principalement des instruments à percussion. Bien qu’écrite pour des instruments existants, Ionisation fut conçue comme une recherche de nouveaux sons et de nouvelles méthodes pour les créer.

En 1933, alors que Varèse était toujours à Paris, il écrivit à la Fondation Guggenheim et aux Laboratoires Bell dans l’espoir d’obtenir des fonds pour développer un studio de musique électronique. Sa composition suivante, Ecuatorial, terminée en 1934, contenait des parties pour thérémines, et Varèse, anticipant une réponse favorable à sa demande de fonds, retourna aux États-Unis pour y créer sa musique électronique.

Retour en Amérique, silence et reconnaissance tardive Varèse écrivit Ecuatorial pour deux thérémines, voix de basse, vents et percussions au début des années 1930. Il fut créé le , sous la direction de Nicolas Slonimsky. Puis Varèse quitta New York, où il vivait depuis 1915, et se rendit à Santa Fe, San Francisco et Los Angeles. Lorsque Varèse revint en 1938, Léon Thérémine était rentré en Russie. Ceci désespéra Varèse, qui avait espéré travailler avec Thérémin à une amélioration de l’instrument. Varèse avait aussi présenté le thérémine lors de ses voyages dans l’Est, et en avait fait une démonstration le lors d’une conférence à l’université du nouveau Mexique à Albuquerque.

Dans Le Cauchemar climatisé (1945), Henry Miller revient sur sa rencontre avec Varèse, le chapitre donne lieu à un remarquable exercice d'analyse des thèmes chers au musicien et de ses travaux en cours — dont un qu'il appelle le Désert de Gobi : en 1940, Varèse rédige un court essai intitulé Son organisé pour piste sonore, préfigurant ses travaux enregistrés sur bande magnétiqueH. Miller, Le Cauchemar climatisé, Paris, 1954, ..

Lorsque, vers la fin des années 1950, Varèse fut contacté par un éditeur pour publier Ecuatorial, il ne restait que très peu de thérémines, et il décida donc de réécrire ces parties pour ondes Martenot. Cette nouvelle version fut créée en 1961.

Néanmoins, après cette œuvre, il entra dans une longue période de silence créatif (voir, par exemple, les esquisses pour Étude pour Espace). Il fallut attendre 1954 et la création de Déserts, qui provoqua un immense scandale, comparable à celui qui avait eu lieu à la première du Sacre du printemps de Stravinsky, pour que le compositeur soit connu et reconnu à la fois par les spécialistes et par un large public.

Dernières années En 1958, le Concret PH (Parabole - Hyperbole) de Iannis Xenakis, courte pièce de deux minutes, servit d’interlude pendant le concert au pavillon Philips de l’exposition universelle de Bruxelles : il préparait les auditeurs au Poème électronique d’Edgard Varèse. L’espace sonore redistribué jouait alors un rôle bien plus important qu’un simple médium, qu’un support de l’œuvre : il y accède au rang de paramètre de la composition. Varèse avait appelé de ses vœux une telle intégration ; dès Hyperprism (1923), il parvenait à créer une musique qui intègre la composante spatiale pour une nouvelle dimension de la représentation, pour une musique spatialisée. Il meurt à New York le . Son épouse Louise est décédée en 1989 à 98 ans.

Œuvres vignette|redresse=1.2|Edgard Varèse, figurant dans le film Docteur Jekyll et Mister Hyde de John S. Robertson. Catalogue des pièces les plus connues Un grand sommeil noir (1906), sur un poème de Paul Verlaine, pour soprano et piano ; Amériques (1921), pour grand orchestre symphonique ; Offrandes (1921), pour soprano et orchestre de chambre ; Hyperprism (1922-23), pour percussions et vents ; Octandre (1923), pour huit instruments solistes (flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trompette, trombone et contrebasse) ; Intégrales (1924-25), pour petit orchestre et percussions ; Arcana (1926-27), pour grand orchestre symphonique ; Ionisation (1931), pour 13 percussionnistes ; Ecuatorial (1934), pour chœur, 4 trompettes, 4 trombones, piano, orgue, deux ondes Martenot et percussions ; Densité 21,5 (1936, révisé en 1946), pour flûte seule ; Tuning Up (1947), pour orchestre (reconstruction et édition Chou Wen-chung, 1998) ; Dance for Burgess (1949) pour orchestre ; Déserts (1954), pour instruments à vent, percussions et bande magnétique ; Poème électronique (1958), pour bande magnétique (« sons organisés ») ; Nocturnal (1959-61), pour soprano, chœur et orchestre (inachevé et reconstitué par Chou Wen-chung).

Œuvres inachevées, inédites et détruites Le Fils des étoiles, opéra d'après l'œuvre de Sâr Péladan (1905), partition perdue Souvenir (1905), partition perdue Chanson des jeunes hommes, pour orchestre (1905), partition perdue Colloque au bord d'une fontaine, pour orchestre (1905), partition perdue Poème des brumes, pour orchestre (1905), partition perdue Prélude à la fin d'un jour, poème symphonique pour orchestre (1905), partition perdue Rhapsodie romane, poème pour grand orchestre (1905), partition perdue Trois pièces pour orchestre (1905), partition perdue Apothéose de l'océan, poème symphonique pour orchestre (1906), partition perdue Le délire de Clytemnestre, tragédie symphonique (1907), partition perdue Bourgogne, pour grand orchestre (1907-1908), partition perdue Œdipus und die Sphinx, opéra inachevé (1908-1914), partition perdue Gargantua, pour orchestre (1909), inachevé et partition perdue Les cycles du Nord, pour orchestre (1911), inachevé et partition perdue Mehr Licht, pour orchestre (1911), inachevé et partition perdue The One-All-Alone, œuvre scénique inachevée, avec voix solistes, chœur, mimes et grand orchestre (1927-1935), inédit Espace (1929-1936), 15 minutes, inachevé et inédit The Great Noon, musique de scène inachevée (1932) Metal poème, pour soprano et orchestre (1932), inachevé et inédit Fernand Léger in America. His New Realism, musique pour le film de Thomas Bouchard (1945), 30 minutes, partition inédite