vignette|Scribe accroupi. Égypte, 2600–2350 (musée du Louvre). Le mot « regard » exprime l'action de la vue se fixant sur un objet et plus spécialement la manière de regarder quelqu'un ou quelque chose.

Définition D'après le Dictionnaire historique de la langue française, « Regard » (Regart vers 980) est un déverbal, le verbe « regarder » étant dérivé (1080) de garder avec la valeur d' , et le préfixe re- indiquant un mouvement en retour, en arrièreAlain Rey (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française ( éd. 1992), édition petit format, 1998, réimpression, 2000, entrées « Regard », « Regarder », .. Le déverbal « regard » exprime et, plus spécialement, (exemple : on parle du « mauvais œil » pour mauvais regard).

Dans le Dictionnaire international de la psychanalyse, Jean-Michel Hirt donne cette définition : ..

Physiologie du regard et communication Sur le plan philosophique, anthropologique et psychologique, le physiologiste Alain Berthoz donne un aperçu de dont il dégage certaines propriétés perceptivesAlain Berthoz, « L'échange par le regard », Enfances & Psy, 2008/4 (n° 41), . DOI : 10.3917/ep.041.0033. : .. Il se penche sur la question de la pertinence d’une neuroéthologie du regard échangé à partir duquel il y aurait à envisager .

Lors d'interactions en face-à-face chez l'être humain, du début à la fin de la vie, l'expression du regard ., est accessible en continu aux interlocuteurs (sauf s'ils sont aveugles ou dans le noir total).

Lors de conversations en dyades (en face-à-face), les mouvements des yeux suivent des schémas précis et synchronisés avec la pensée et la parole et modulée en fonction du contexte, social notamment.. Le regard contient des signaux subtils pour gérer, réassurer ou clore, souvent sur‑le‑champ et de façon inconsciente, nombre d'interactions quotidiennes ou plus exceptionnelles. Dans les comportements non verbaux, le regard porte et importe de nombreuses informations et soutient le traitement cognitif et attentionnel, et contribue à la gestion des hiérachisations et des « tours de parole » : on détourne brièvement le regard pour garder la parole, on croise un regard pour la céder à autrui, et ces gestes oculaires sont étroitement coordonnés avec certains moments du discours, même si, dans les dialogues multipartites, de légers mouvements de la tête et/ou de la main semblent aussi jouer un rôle crucial dans le signalement de l'intention de prendre, de tenir ou de céder la parole.. L'aversion du regard peut être un mécanisme de signalement d'un désengagement attentionnel ; le regard peut souligner la concentration ou au contraire la lassitude de l'interlocuteur., et un simple regard peut initier un changement de sujet, inviter à une continuation, signaler un danger, exprimer une émotion, remplacer un pointage du doigt..

Lorsque deux personnes discutent, regarder ailleurs se produit plus souvent quand on parle que quand on écoute, et surtout quand on doit réfléchir ou faire un choix difficile dans ce que l'on dit.. Regarder les yeux (en complément d'autres signaux non verbaux de l'interlocuteur) permet de surveiller son degré de compréhension et d'intérêt ; ainsi deux personnes travaillant de concert, éventuellement dans un environnement bruyant, peuvent échanger de fréquents regard pour vérifier qu'elles se comprennent et ajuster leurs paroles ou leurs gestes en temps réel, afin d'éviter erreurs ou malentendus..

Dans les interactions sociales, le regard et le regard mutuel (c'est‑à‑dire combien de temps – et quand – nous regardons l'autre « dans les yeux ») comptent parmi les principaux signaux de la communication non verbale. (sauf pour certaines personnes neurodivergentes (par exemple autistes qui, loin de méconnaître l'importance du contact visuel, l'évitent souvent parce que regarder dans les yeux est pour elle un défi émotionnel : cela peut provoquer chez elles une activation particulièrement intense et désagréable de l'amygdale, à l'origine d'un grand stress et, au final, d'une réduction de leur capacité à interagir avec autrui puis d'une grande fatigue., ou encore pour des personnes touchées par l'alexithymie (difficulté à reconnaître ses émotions et celles des autres).. Selon , l'inconfort à regarder l'autre dans les yeux est lié à la fois aux traits autistiques et à l’alexithymie, tandis que les traits autistiques et prosopagnosiques (difficulté à reconnaître les visages) ralentissent la reconnaissance des émotions. En revanche, cet inconfort visuel n’explique pas directement les performances émotionnelles, ce qui laisse son rôle « médiateur » incomplètement compris..

Quand une question devient complexe ou difficile, détourner plus souvent le regard peut aider à mieux réfléchir et/ou mémoriser, en réduisant les distractions et la charge cognitive. ; un simple regard peut aussi indiquer que l'on est en train de chercher un mot ou un souvenir..

vignette|Portrait en hidjab. À la question que lui pose Claudine Haroche, de savoir s'il existe des « codes, des usages, des coutumes, des cultures » qui, à l'instar des gestes, postures et contenances, gouvernent le regard, l'anthropologue Françoise Héritier répond qu'on « en trouve partout » : il existerait tout un code de séduction. Ainsi, entre les sexes, elle relève l'« œillade assassine », même « dans les sociétés où les femmes sont voilées »Françoise Héritier, « Regard et anthropologie », Communications, , « Le sens du regard », sous la direction de Claudine Haroche et Georges Vigarello, 2004, , DOI : (https://doi.org/10.3406/comm.2004.2145) ..

On observe une maîtrise du regard, socialement apprise, dont témoignent de nombreuses expressions en français : « regard en coin », « regard en coulisse », « regarder par en-dessous », « regarder effrontément », « regarder dans les yeux », le regard qu'on esquive, celui qu'on cherche. L'éducation importe beaucoup, relativement aux sociétés concernées : l'enfant d'esclave, dans les sociétés qui connaissent l'esclavage, ne regarde pas, n'a pas le droit de regarder de la même manière que le fils de chef, et « l'erreur est punissable ».

Masculin / féminin ; regard et sexualité Lié à la notion de personne, le regard est relatif au masculin et au féminin, précise Françoise Héritier. Une personne étant quelqu'un qui gère son propre corps, les femmes ne sont pas des personnes au même titre que les hommes quand elles n'ont pas la maîtrise de leur corps : tandis que le regard de l'homme peut se poser librement sur tout, y compris sur les femmes, les femmes sont celles dont le regard ne peut se poser que sur fort peu de choses, et en tout cas jamais librement sur les hommes.

Des chercheurs ont développé et validé en 2022 une échelle mesurant deux comportements liés à l’objectification sexuelle : le fait de regarder de manière insistante le corps d’autrui ; le fait de chercher à attirer ce type de regard. Dans deux études combinant questionnaires et eye‑tracking, ils montrent que ces comportements sont mesurables, fiables, liés à certaines attitudes sexuelles, et que les hommes présentent plus souvent un regard centré sur le corps des femmes. Les mesures auto‑rapportées correspondent en partie aux comportements observés, ce qui confirme la pertinence de cette nouvelle échelle pour étudier l’objectification sexuelle..

Entre deux personnes, le regard diffère selon que l’on éprouve ou exprime un sentiment d’amour ou un désir sexuel, deux intentions souvent difficiles à distinguer dans les interactions humaines, mais que les chercheurs peuvent distinguer en étudiant les schémas oculaires qui varient systématiquement selon l’objectif émotionnel de la personne, avec des signatures visuelles distinctes pour l’amour et pour la convoitise (deux sentiments que la neuroimagerie cérébrale distingue bien) Diamond, L. M., & Dickenson, J. A. (2012). The neuroimaging of love and desire: review and future directions. Clinical neuropsychiatry, 9(1).PDF, .. Ceci pourrait aider à mieux comprendre les dynamiques relationnelles, et offrir un outil utile en thérapie de couple quand les intentions affectives sont ambiguës..

Le regard joue un rôle important dans les relations sentimentales, romantiques, érotiques ou amoureuse : on a montré que, souvent, deux inconnus fixant mutuellement leurs regard durant deux minutes déclarent ensuite plus de sentiments d’affection, d'attirance, voire d’amour passionné envers cette personne (par rapport à des participants placés dans d’autres conditions expérimentales) ; néanmoins, cet effet n’apparait que chez les individus qui tendent à s’appuyer sur leurs propres comportements pour comprendre leurs émotions d'autrui..

Culture Culture d'images Dans le domaine de l'histoire de l'art, Giovanna Zapperi écrit : Giovanna Zapperi, « Regard et culture visuelle », dans : Juliette Rennes (éd.), Encyclopédie critique du genre, Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2021, . DOI : 10.3917/dec.renne.2021.01.0654. . L'auteure remarque notamment qu'une perspective féministe a permis de . Elle considère même que et se demande si « Regarder » n'est pas une entreprise de domination. Il y aurait un et des .

Histoire, peinture, sexualité En présentant Le sexe et l'effroi à la quatrième de couverture de son livre, l'écrivain Pascal Quignard rapporte qu'au moment de l'histoire où Auguste réorganise le monde romain sous la forme de l'Empire, se transforme en Pascal Quignard, Le sexe et l'effroi (1994), Paris, Gallimard, 1997, , présentation sur le site de l'éditeur .. . En s'interrogeant sur les années qu'il lui a fallu pour écrire ce livre, Pascal Quignard observe qu'il se serait agi pour lui d'. vignette|Panneau central d’un sol en mosaïque avec la tête de Méduse, après JC, Musée national de Rome, Thermes de Dioclétien, Rome.

Psychanalyse Tandis qu'en psychanalyse, Sigmund Freud, qui n'ignore pas l'importance de la « pulsion de regarder » (Schautrieb)André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, Traduire Freud, entrées : « Désir » (J. Laplanche, « Terminologie raisonnée »), « regarder » (F. Robert, « Glossaire »), Paris, PUF, 1989, , ., impose dans le cadre de la cure où il privilégie le transfert, Jean-Pierre Kameniak rapporte qu'il écrit par ailleurs à Arnold Zweig en 1930Jean-Pierre Kamieniak, « Freud et l’énigme du regard », Revue française de psychanalyse, 2019/1 (Vol. 83), . DOI : 10.3917/rfp.831.0025. :

Dans le glossaire de Traduire Freud pour les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, il est indiqué que « regarder » traduit en français le verbe simple allemand schauen et le verbe composé anschauen. Schaulust est traduit par « désir de regarder » et Schautrieb par « pulsion de regarder ». À l'entrée « désir » de « Terminologie raisonnée », Jean Laplanche précise que Lust signifie plaisir et « désir ». Le sens de « désir » est surtout développé par la doctrine lacanienne, et à sa suite par la psychanalyse française, mais selon Laplanche, dans la terminologie freudienne. Lust est un .

La Tête de Méduse

Bien que le terme en soit absent du texte de Freud La Tête de Méduse (1922), la fonction du regard joue un rôle central dans la « fascination », phénomène comparable à ce que provoque, dans le mythe, le regard de Gorgo : selon Catherine Desprats-Péquignot, il en va là d'une .. Avec Sándor Ferenczi (Symbolisme de la tête de Méduse, 1923), Freud interprète la tête de Méduse : la vue du sexe féminin appelle .

Pulsion scopique

Pour Freud, le regard est un élément de la scopophilie (pulsion scopique), ce qui, selon Jean-Michel Hirt, ouvre la voie en métapsychologie à l'étude du couple voyeur-exhibitionniste.

Alain de Mijolla souligne l'erreur de la Standard Edition du terme scoptophilia qui devrait être scopophilia pour traduire ce qui chez Freud s'appelle la Schaulust, le « plaisir de regarder »..