Henri Bourrillon, plus connu sous son pseudonyme de Pierre Hamp (né le à Nice - mort le au Vésinet) est un écrivain français, connu pour ses descriptions hyperréalistes du monde du travail et de la condition ouvrière, un inspecteur du travail et un journaliste.

Socialiste, dreyfusard, philosémite et pacifiste, il prend parti pour la Collaboration durant l'Occupation en adhérant à la Ligue de pensée française et en publiant des articles dans des journaux collaborationnistes. Il collabore après-guerre à des périodiques de droite et continue son activité littéraire.

Biographie Les débuts Henri Louis Bourillon naît le à Nice d'un cuisinier et d'une couturière. Issu d'un milieu modeste, Henri Louis Bourillon est autodidacte, il est successivement apprenti pâtissier à Paris à partir de 1891, cuisinier à Paris puis en Angleterre et en Espagne (1898) — ce qui lui permet de maitriser trois langues —, employé à la Compagnie des chemins de fer du Nord à partir de 1902, sous-chef de gare de diverses villes à partir de 1905, inspecteur du travail — et donc fonctionnaire à partir de 1910 après avoir réussi le concours l'année précédente —, journaliste, etc.František Laichter, Péguy et ses Cahiers de la quinzaine, Editions MSH, 1985, p.161.Notice du MaitronNotice de l'Association d'étude de l'histoire de l'inspection du travail (AEHIT).Henri Bourrillon, dit Pierre Hamp, inspecteur du travail et écrivain humaniste : hommage de sept personnalités, Association pour l'étude de l'histoire de l'Inspection du travail, 1993 (Il est nommé inspecteur du travail stagiaire à Cambrai par un arrêté du 14 janvier 1910).

Il entre à l'Université populaire de Belleville à Paris en 1900, ce qui lui permet de se loger — il bénéficie du statut d'élève-résident — et de s'instruire. Il y rencontre des intellectuels et des patrons qui s'intéressent aux questions sociales comme Jean Schlumberger, Paul Desjardins — il s'abonne à son bulletin de l'Union pour la vérité et y donne des articles — , Charles Gide, Arthur Fontaine, Henri Baulig (son professeur de latin), Jacques Bardoux, Henry PéreireDominique Guyot (dir.), Pierre Hamp, inspecteur du travail et écrivain humaniste, 1876-1962, L’Harmattan, 2006, p. 27-31« Le Mouvement des Universités populaires », Le Mouvement social, avril-juin 1961Pierre Hamp, Il faut que vous naissiez de nouveau, NRF/Gallimard, 1935 .

Devenu employé aux Chemins de fer du Nord, il se rapproche de Charles Péguy et de ses Cahiers de la quinzaine. Abonné des Cahiers, il y publie en 1908 ses premiers textesFrantišek Laichter, Péguy et ses Cahiers de la quinzaine, Éditions MSH, 1985, pp.160-163.Lettres de Pierre Hamp à Péguy et Bourgeois (1904-1913), Feuillets mensuels, n° 96, octobre 1962. Marée fraîche et Vin de champagne sont aussi publiés en même temps dans le bulletin de l'Union pour la vérité, de son ami DesjardinsBulletin d'informations et de recherches / L'Amitié Charles Péguy, n° 4, octobre-décembre 1978.

Il adhère en 1906 à la SFIO et au syndicat CGT des cheminots. Le journal socialiste L'Humanité publie en 1908 un de ses contesPierre Hamp, « Un brave homme », L'Humanité, 16 novembre 1908. L'Aurore a publié la veille un autre de ses contes, Follette. et en 1909 en feuilleton un de ses premiers romans, Marée fraîcheL'Humanité, 12 mars 1909. Hamp y publie par la suite aussi bien des articlesPar exemple : Pierre Hamp, « La réforme des chemins de fer », L'Humanité, 10 mai 1911, P. Hamp, « La juste dette du travail allemand », L'Humanité, 22 décembre 1918 que ses textes à la fois littéraires et documentairesVin de Champagne est publié en 1911., jusqu'en 1919. En tant qu'inspecteur du travail, il rédige une chronique sur son métier pour ce quotidien socialiste.

Engagé volontaire en 1914 lorsque débute la Première Guerre mondiale, il est bientôt réformé pour raisons médicales. Il est mis à la disposition du ministère de l’Armement et des Fabrications de guerre à partir de 1916. Le socialiste Albert Thomas est à la tête de ce ministère. De à 1918, Pierre Hamp est directeur de la publication du Bulletin des usines de guerreXavier Vigna, L’espoir et l’effroi. Luttes d’écritures et luttes de classes en France au XXe siècle, La Découverte, 2016, Chap « La classe sous l’œil du ministère Thomas ».

Son épouse meurt en 1919, à 32 ansLe Populaire, 29 mars 1919. Il est inspecteur du travail honoraire en 1922.

Écrivain reconnu Écrivain du social, Pierre Hamp est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages sur la condition ouvrière et son époque, le surtitre La Peine des hommes réunissant la plupart d'entre euxGerald Prince, Guide du roman de langue française : 1901-1950, University Press of America, 2002, p.72.. Il est aussi l'auteur d'enquêtes, dont une sur les mineurs (Gueules noires), une autre sur la vie aux États-Unis dans les années 1930 (Perdu dans le gratte-ciel). Il est également l'auteur de quatre pièces de théâtre — la première est donnée en 1923 à Paris — et de plus de trois cents articles publiés dans une centaine de journaux et revuesBiographie sur le site de la Société d'Histoire du Vésinet.. Hamp . Ses livres . Vin de Champagne décrit ainsi le travail des souffleurs de verre, des viticulteurs, des intermédiaires, jusqu'aux clients des boîtes de nuitMichel Ragon, Histoire de la littérature prolétarienne de langue française, Albin Michel, 1986.

Publié et édité depuis l'avant-guerre par La Nouvelle Revue française, grâce à Jean SchlumbergerAuguste Anglès, « Quelques lectures du premier groupe de « La Nouvelle Revue Française » (1909-1914) », Esprit, n° 453, janvier 1976, , il écrit de contre des écrivains homosexuels liés à la NRF, visant notamment Marcel Proust ou André GideDominique Guyot (dir.), Pierre Hamp, inspecteur du travail et écrivain humaniste, 1876-1962, L’Harmattan, 2006, Dominique Fernandez, Amants d'Apollon : L'Homosexualité dans la culture, Grasset, 2015 : l'auteur cite un texte violemment homophobe de Pierre Hamp, publié en 1925 dans La Tribune juive et intitulé « A propos des disciples de Corydon ». Texte également cité par le Bulletin des Amis d’André Gide, n° 179/180, juillet-octobre 2013, ..

Il devient une figure du monde français des lettres à partir de la Première Guerre mondiale. Admis en à la Société des gens de lettresDominique Guyot (dir.), Pierre Hamp, inspecteur du travail et écrivain humaniste, Paris, Collection « Mémoires du travail », L'Harmattan, 2006, Le Figaro, 21 juin 1918, il reçoit le prix Lasserre en 1920, décerné par un jury, sous les auspices du ministère de l'Instruction publique, et doté de Excelsior, 11 décembre 1920« Un prix mérité », Le Populaire, 28 novembre 1920. Il devient la même année membre d'un jury littéraire, qui attribue à partir de 1921 le prix de La Renaissance à un auteur (romancier, dramaturge ou poète). Il y côtoie notamment Colette, Léon Bérard, Abel Hermant ou Georges LecomteLe Gaulois, 6 mai 1920. Il est encore membre de ce jury après l'affaire Laval-Homberg en 1927, aux côtés de la plupart des autres membres originels mais aussi d'autres personnalités comme Georges Duhamel ou Roland DorgelèsLe Gaulois, 5 mai 1928. Il reste membre du jury jusqu'à la Seconde Guerre mondiale« Le prix de la Renaissance au commandant de sous marin Maurice Guierre », Excelsior, 8 juin 1939. Il publie des articles ou ses textes littéraires dans des journaux (Le Figaro, durant la Première Guerre mondialePar exemple : P. Hamp, « L'héroïsme ouvrier », Le Figaro, 31 juillet 1915, P. Hamp, « Les preux ouvriers », Le Figaro, 13 juin 1916, « Les rubans du masque », Ibid.,, 13 août 1917, L'Information financière, économique et politique, L'Heure, Le Matin (1919)Le Matin, 14 janvier 1919 (Enquête sur les villes dévastées), Le Populaire en 1921, Le Quotidien, Le Petit Journal, en 1926Il y publie une enquête sur la stabilisation du franc, interviewant plusieurs personnalités. et en 1930-1931, L'Œuvre, en 1918, en 1930, de 1936Par exemple : P. Hamp, « Le délégué patronal », L'Oeuvre, 29 juin 1936 à 1940, Paris-Soir (1934), La République (1935-1936), Le Petit Parisien, etc.) et des revues : La Grande revue, La Renaissance (à partir de 1918), Europe — il y a fait paraitre les douze nouvelles de son recueil, Gens, au cours de l'année 1923Yvon Houssais, « L'esthétique de la nouvelle dans Europe », Revue d'Histoire littéraire de la France, avril-juin 2009 —, La Revue hebdomadaire (à partir de 1915), où il publie Mes Métiers en 1930Pierre Hamp, « Mes Métiers (I) », La Revue hebdomadaire, 2 août 1930, Ibid. 9 août 1930, Ibid., 16 août 1930, Ibid., 23 août 1930Ibid., 30 août 1930 , La Revue de Paris, etc..

En 1919, il publie dans L'Humanité des articles en faveur de son ami Jacques Sadoul, qui s'est mis au service du régime bolchevik en Russie et qui est alors jugé par contumace en FranceP. Hamp, « Jacques Sadoul et la tradition française », L'Humanité, 7 novembre 1919, P. Hamp, « Jacques Sadoul et M. Clemenceau », Ibid., 8 novembre 1919, P. Hamp, « L'apologie d'un fait qualifié crime », Ibid., 9 novembre 1919. Il assiste au procès par contumace de Sadoul, aux côtés de la femme de ce dernier et de militants socialistes (L'Humanité, 7 novembre 1919, p. 2). Il jugeait en 1917, dans une lettre adressée à l'épouse de Sadoul que : L'opinion publique européenne devant la révolution russe de 1917, Strasbourg, Centre universitaire des hautes études européennes, 1968, . Après le retour de Sadoul en France, il témoigne à nouveau en sa faveur lors d'un autre procès en 1925Notice biographique de Sadoul dans le Maitron en ligne. Il s'est cependant opposé publiquement au socialisme et critique le Le Populaire, 21 décembre 1922. Il cosigne en 1924 une pétition du groupement de défense des révolutionnaires emprisonnés en Russie, protestant contre « Contre les bagnes de Russie », Le Populaire, 2 juin 1924, La Bataille, 2 juin 1924.

En 1925, il signe un manifeste proposé par Henri Barbusse, adressé aux « travailleurs intellectuels » et publié dans L'Humanité, devenu le journal des communistes depuis la scission de Tours en . La pétition dénonce la guerre du Rif au Maroc et défend le droit des peuples à disposer d'eux-mêmesAlain Ruscio, La question coloniale dans l'Humanité 1904-2004, La Dispute, 2005, L'Humanité, 2 juillet 1925Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au XXe siècle, Fayard, 1990. Pour autant, il émet des réserves sur le chef marocain de la résistance, AbdelkrimAlain Balandier, Marc Ferro, Au temps des colonies, L'Histoire-Seuil, 1984, . Il a séjourné au Maroc en 1923, en compagnie d'André Gide et de son ami Paul DesjardinsDominique Guyot (dir.), Pierre Hamp, inspecteur du travail et écrivain humaniste, 1876-1962, L’Harmattan, 2006, . Ses propos sur exaspérèrent GideDaniel Rondeau (dir.), L’Appel du Maroc, Paris, Institut du monde arabe, 1999, .

Il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1920, au titre du ministère du TravailJournal officiel, 21 octobre 1920. Il est nommé en 1925 chef adjoint du cabinet du ministre des Travaux publics, l'ancien socialiste Pierre LavalJournal officiel, 26 avril 1925. Cela lui vaut d'être promu officier de la Légion d'honneur la même année, au titre du ministère de l'Instruction publique et des beaux-arts.

De 1922 à 1928, il est coéditeur du journal La Dépêche coloniale et maritime, possédé par le financier Octave Homberg. Il y publie des articles jusqu'en 1930. L'un de ses derniers articles de 1930 évoque la mosquée de Paris et un hôpital « musulman » dans la capitale. Hamp y voit la preuve que la Méditerranée Pierre Hamp, « Les Nord-Africains de Paris », La Dépêche coloniale, 5 février 1930.