Ahmed Ben Mohamed Chérif, aussi connu sous le nom d'Ahmed Bey ou Hadj Ahmed Bey (en ), né en 1786, à Constantine, et mort le , à Alger, est le dernier bey de Constantine dans la régence d'Alger, de 1826 à 1848. Il est le successeur de Mohamed Menamenni Bey ben Khan.
Durant son règne au Constantinois, il est connu pour avoir dirigé, avec la population locale, une résistance farouche contre l'expansion française en Algérie.
Sa résistance à l'occupation française a inspiré les nationalistes et révolutionnaires algériens.
Biographie vignette|upright|Dar oum noun, lieu de naissance d'Ahmed Bey.
Origines Ahmed est le fils de Mohamed Chérif, un Kouloughli ayant occupé de hautes fonctions dans le beylik de l'Est et de El Hadja Rékia, fille de Ben Ganah, originaire de petite Kabylie.
Son grand-père paternel est le bey Ahmed El Kolli, qui règne à Constantine de 1756 à 1771.
Débuts Ahmed reçoit une éducation assez variée. En 1805, alors qu'il est âgé de , Abdallah Bey lui concède le titre de Caïd (chef) des tribus Haraktas avec pour titre Caid el Aouassi (titre honorifique et notable), pour ses qualités de cavalier et son courage. Il a sous ses ordres, un corps de cavalerie de , appelés Derras, et plusieurs agents qui l'aident dans l'exercice de ses fonctions.
À l'assassinat d'Abdallah Bey, Ahmed se démet de ses fonctions et se retire de la province, jusque l'arrivée de Naaman Bey, qui le renomme Caid el Aouassi. Naaman, assassiné à son tour, est remplacé par Tchikar Bey, qui épouse une tante d'Ahmed. Sous ce bey, et pendant deux ans encore, Ahmed continue ses fonctions de Caid el Aouassi.
Il entreprend son pèlerinage à La Mecque qui dure , il rencontre en Égypte plusieurs personnages célèbres, notamment Méhémet Ali, son fils Ibrahim Pacha et Toussoun Pacha. Il apprend la mort de plusieurs membres de sa famille, et s’empresse de retourner dans sa province.
En 1818, grâce à l’appui de Hussein Dey, il est élevé au grade de khalifa (officier) du bey Ahmed El Mamelouk - il conserve cette fonction à l’avènement des beys suivants : Mohamed El Mili, et Braham El Gharbi - et l'année suivante, il est chargé de porter à Alger le tribut du bey.
Devenu un personnage important dans le Beylik, Ahmed en vient à gérer les affaires au lieu et place de son bey. Cela lui vaut des jalousies, et des inimitiés. Menacé de mort, il quitte Constantine, pour se réfugier à Alger. Il est remplacé dans sa fonction par Mahmoud, fils de Tchaker Bey, qui deviendra l’un de ses plus farouches ennemis. Entre 1819 et 1826, Ahmed s’installe à Alger, bénéficiant de la protection du dey Hussein.
Le , a lieu un tremblement de terre dans la région de Blida, la ville et sa population est totalement détruite ; sur une population de , au désastre.
Le dey l'envoie à Houna el Kadous, aux environs d'Alger, et lui donne la jouissance de l'haouch Ouled Baba. En cette période, Ahmed Bey se livre à ses passions, comme l'agriculture, la chasse et l'élevage des chevaux, tout en prenant part aux expéditions qui ont lieu de temps à autre contre les tribus des environs. À deux reprises, il sauva l'armée du Dey qui s'était maladroitement engagée en Kabylie, chez les Aït Menad, puis chez les Aït Djennad.
Ces deux actions lui concilient l'affection du dey, qui, pense à lui pour le remplacement du bey en place, Hamza, dont il est mécontent.
Bey de Constantine (1826-1837) vignette|Le Palais d'Ahmed Bey, à Constantine. En , Ahmed est nommé bey de Constantine, puis s'installe à Dar El bey, bâtiment affecté à la résidence officielle des gouverneurs de la province. Durant les premières années de son gouvernement, Constantine s'embellit, et se voit agrandie de plusieurs grandes constructions, dont son palais, commencé en 1828, et terminé en 1832.
En , Ahmed Bey arrive à Alger avec le tribut annuel de sa province (lezma), et en même temps, a lieu l'expédition d'Alger dirigée par le général de Bourmont. Dans ses Mémoires, il indique :
Ahmed Bey, qui se trouvait sur le champ de bataille, propose à Hussein Dey une stratégie : laisser les troupes françaises débarquer sur les plages, et avancer à l’intérieur du pays, pour ensuite les prendre en tenaille entre les forces algériennes déployées à l’intérieur du pays, et celles qui s’infiltreraient à l’arrière des soldats français, afin de couper leurs liaisons avec les bateaux de débarquement. Cette stratégie vise à battre les troupes françaises débarquées sans possibilité pour les bateaux d’intervenir. Mais le dey d’Alger préfère s’en tenir aux avis de son gendre, l’Agha Ibrahim, et combattre sur les plages l’armée française, mieux équipée expérimentée, d’où une défaite cuisante en huit jours. Il s’ensuit, toujours dans ses Mémoires :
Les troupes françaises ayant triomphé de l'armée algérienne à la bataille de Staoueli, se portent sur le Bordj Mouley Hassan (le fort l'Empereur), qu'elles attaquent. Une capitulation est alors signée entre le dey et le général Bourmont, et, le lendemain, les Français entrent dans Alger.
Ahmed Bey, à l'attaque du fort, est à l'Ouled el kélaï ; il s'avance ensuite jusqu'à Aïn Rebat, il est toujours accompagné des siens, auxquels sont venus se joindre tous les fuyards de la ville, au nombre de . Le lendemain de l'entrée des Français dans la ville, Ahmed campe au pont d'El-Kantara, de l'autre côté de la rivière. Le lendemain, au matin, il se dirige vers le Khamis, et, le soir, il campe au Fondouk (Sel-Fenadek).
Après la chute d'Alger (1830) et le départ du dey Hussein, Ahmed Bey prend le titre de Pacha.
Le lendemain, Ahmed poursuit sa marche vers l'Est, en se portant sur les Ouled Zetoun, où il reçoit une dépêche du général Bourmont, qui l'engage a venir demander l'aman : il y répond en continuant sa marche. Il s'approche de Constantine lorsqu'on vint lui annoncer que, pendant son absence, un autre bey avait été proclamé à sa place : il s'en défit facilement, aidé, par son officier, Ali ben Aïssa.
Dès son retour à Constantine, en 1831, Ahmed Bey et sa communauté se considèrent en guerre sainte (djihad) contre les Français.
Modernisation de l'armée et résistance Il réorganise l'armée sur le modèle égyptien d'abord, il détruit le corps de janissaires, avec l'aide de tous les habitants de la province, puis se concentre sur une force permanente de (Kabyles) à pied, et arabes. Il crée divers ministères, et place à la tête du principal d'entre eux, Moustapha Saheb Ettabaa. Il s'attache en même temps à se concilier l'amitié de ses oncles maternels dont l'influence dans le Sahara peut lui apporter du soutien en cas d'attaque française.
En 1832, il confie à son lieutenant, Ali ben Aïssa, le soin de soumettre la population de Bône, dont les habitants repoussent l'autorité du bey, et sollicitent la protection de la France.
En 1835, le choléra, qui vient d'affliger Alger, se porte sur Constantine, où il règne avec force pendant . Ahmed en est atteint lui-même. Il raconte, dans ses Mémoires, comme témoignant de l'intensité de l'épidémie.
Premier siège de Constantine
vignette|Retraite de l'armée française à Constantine, en . En 1836, l’armée française, composée de , commandée par le Maréchal Clauzel, gouverneur général de l’Algérie, secondé par l’un des fils du roi de France, le Duc de Nemours, quitte Bône le , pour se présenter devant Constantine le dans l’après-midi. L’armée constantinoise, composée de deux corps distincts, l’un assurant la défense en ville ( dirigés par Ali ben Aïssa et Mohamed Belebdjaoui), l’autre battant la campagne sous la barrière d'Ahmed Bey ( et ), laisse venir à elle l’ennemi, pour l’enfermer entre l’attaque et la défense. La stratégie constantinoise s’avère payante, et l’armée française, contrairement à ses espérances, doit livrer bataille et essuyer une lourde défaite qui a un profond retentissement tant en France, qu’au niveau international.
Poursuite de la lutte
vignette|upright|La prise de Constantine. , par Horace Vernet. En 1837, fort de son premier succès, Hadj Ahmed Bey adopte la même stratégie pour affronter l’ennemi dans sa nouvelle tentative. Le général Damrémont, nouveau gouverneur général de l’Algérie, tirant les leçons de la précédente bataille, met au point un nouveau plan pour assiéger Constantine. Cette nouvelle stratégie, et les erreurs et contradictions du commandement constantinois permet aux troupes françaises d’entrer en ville le .
Depuis deux jours déjà, Constantine est au pouvoir de la France, qu'Ahmed est encore dans ses environs. Le troisième, après avoir rallié tous les siens, il se dirige dans le sud, d'après les conseils que lui en avait donnés son plus proche parent, Bou-Aziz-Ben-Gannah. Ahmed est à El Asnam lorsqu'il reçoit, du général Valée, une dépêche par laquelle il l'invite à venir demander l'aman. Trois jours après cette dépêche, il en reçoit une nouvelle, qu'il laisse sans réponse, comme la première. Il continue sa marche pour se rendre à Bouacif, aux confins du Tell. Dans cette marche il est arrêté par Ferraht-Ben-Saïd, qui s'est engagé a le capturer, et à le livrer à la France. Un combat s'engage entre ces deux chefs : Ferraht y perd environ , et s'enfuit ensuite à Souf, au-delà des Zibans.
Il écrit au sultan ottoman Mahmoud II, qui, depuis longtemps, lui faisait espérer des secours pour pouvoir se maintenir dans son indépendance contre la France.
Bou-Aziz accompagne Ahmed depuis son départ de Constantine : ils se séparent à Bouacif, après quelques différends survenus entre eux. Ahmed passe alors chez les Haraktas, où il reste deux mois.
En 1839, l'armée française franchit les portes de fer, sous le commandement du duc d'Orléans. Cette même année, une colonne, partie de Constantine, s'approche du camp d'Ahmed ; et il reçoit une dépêche qui devait être suivie d'une attaque, s'il n'y faisait pas une réponse dans le sens désiré : il lève aussitôt son camp, et se porte vers le Dhir, où il passe l'hiver. vignette|Gravure de Constantine en 1840. Au printemps une nouvelle colonne marche sur les Haraktas, probablement à cause de leurs relations avec Ahmed. Ceux-ci, aussitôt, appellent Ahmed à leur secours : il s'y rend. Après quoi, Ahmed rentre dans le Dhir, ou il fixe sa demeure. Il y est depuis lorsqu'il passe chez les Hanenchas, où il ne séjourne que deux mois. Il se porte alors dans les Aurès, avec l'intention d'y réunir sa famille, ainsi que tous les objets qu'il y avait fait passer après la perte de sa capitale.
Après un an de séjour dans l'Aurès, Ahmed en sort avec les Ouled Djerradj, qui sont venus lui demander de se rendre avec eux dans le Hodna. Toutefois, avant d'obtempérer à leur demande, il se porte avec eux contre Ahmed bel Hadj, officier de l'émir Abdelkader, qui occupe Biskra. Un combat s'est engagé entre ces deux chefs, le dernier perdit et , et se renferma d'y rester longtemps aussitôt dans la ville, où Ahmed ne peut pénétrer.
Celui-ci prend alors la route de l'Hodna, avec les Ouled Djerradj, et s'y établit, dans l'intention d'y rester longtemps. Mais il n'est plus dans la destinée du bey déchu de pouvoir compter encore sur quelques jours de repos. Et, en effet, informé bientôt après, par le cheikh des Righa, qu'une colonne française, sortie de Sétif, marche sur lui, il part pour se rendre auprès de ce même chef, afin de se concerter avec lui sur la défense. Chemin faisant, une rencontre a lieu entre son goum et la colonne : le goum perd et , et Ahmed ne va pas plus loin. Il rentre alors dans l'Hodna, où il séjourne encore quatre mois. Après quoi, il se rend chez les Ouled Soltane, avec lesquels il vécut pendant un an et demi. Une colonne, partie de Sétif, s'est portée contre ces montagnards, Ahmed les rassemble pour marcher sur la colonne, mais il ne peut que les accompagner de ses vœux, retenu, bientôt après, par une maladie grave.