L' est une maladie dermatologique courante et chronique du système pilosébacé (qui comprend le follicule pileux, la tige pilaire et la glande sébacée sécrétant le sébum, à la racine du poil). C'est une maladie inflammatoire de la peau dans laquelle les glandes sébacées jouent un rôle clé.
Elle survient généralement à l’adolescence et est liée à l’hypersécrétion de sébum (hyperséborrhée) et à des anomalies de kératinisation aboutissant à l'obstruction du canal excréteur du follicule pilosébacé, et à la formation de comédons.
Ces lésions, dites « rétentionnelles », peuvent se compliquer d'une inflammation, causée par une bactérie anaérobie de la flore cutanée, Cutibacterium acnes, qui prolifère dans le sébum. Cette maladie souvent chronique est considérée comme nécessitant un traitement d'induction puis un suivi, avec un éventuel traitement d’entretien.
Dans la plupart des pays, 80 % des gens subissent l'acné au moins une fois dans leur vie. Elle est modérée à sévère dans 20 % des cas. Elle semble être en augmentation chez l'adulte (pour les deux sexes ; environ 40 % des adultes la subissaient épisodiquement au début des années 2000). Comme c'est une maladie courante et jugée bénigne (dans la plupart des cas), le sujet acnéique consulte rarement (une personne sur deux en moyenne au début du ) et seuls 50 % des jeunes déclarant une acné sévère se traitent. L'antibiorésistance à 3 ou d'antibiotiques est de plus en plus fréquente, dans des pays très variésWalsh T.R, Efthimiou J & Dréno B (2016) Systematic review of antibiotic resistance in acne: an increasing topical and oral threat. The Lancet Infectious Diseases, 16(3), e23-e33.
Étymologie Le mot « acné », emprunté à l'anglais, est une forme erronée du mot grec ακμή (akmế), qui signifie « pointe », « sommet », qui a été transformé par une erreur de copiste en akne (Aestius). Il a été employé alors pour définir les points noirs et autres granules de peau.
Épidémiologie L'acné est le plus souvent primitive et commence généralement à la puberté ; elle marque l'adolescence d'environ 80 % des gens, toutes ethnies confondues, mais son incidence est en fait variable, la gêne occasionnée étant inconstante et les consultations loin d'être systématiques. De plus, la définition de l'acné en tant que maladie est discutée (à partir de combien de boutons ?).
Bien que touchant tous les groupes ethniques, l'acné ne semble pas affecter les populations non occidentalisées de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et du Paraguay.
L'acné touche principalement les adolescents, de façon plus ou moins sévère, et plus rarement les nourrissons. En général, elle cesse spontanément à la fin de l'adolescence. Elle peut persister chez l'adulte, plus souvent chez la femme Collier CN, Harper JC, Cafardi JA « The prevalence of acne in adults 20 years and older » J Am Acad Dermatol. 2008;58:56–59, chez laquelle l'acné semble en augmentation dans les années 2000 pour des raisons encore mal comprises (le stress ou une perturbation hormonale ont été suggérés mais sans preuves claires selon l'anatomiste Gabriel Djafari, qui évoque un possible biais de consultation).
Chez la femme, l'acné est alors inflammatoire, chronique et récidivante, et concerne plutôt le bas du visage. Elle impose une adaptation de la contraception et son traitement passe souvent par l'administration d'isotrétinoïneRevuz J (2010) Acné de la femme adulte - Adult acne in women ; Annales de Dermatologie et de Vénéréologie| Volume 137, , Pages S57-S59| https://doi.org/10.1016/S0151-9638(10)70026-0. Ce médicament ne doit absolument pas être pris en cas de grossesse. L'ANSM s'inquiète :
Il ne faut pas confondre l'acné avec la chloracné qui correspond à des manifestations cutanées après intoxication par des produits chimiques chlorés comme les dioxines.
Causes
En l'état actuel des connaissances il n'y a pas de certitude sur les causes premières de l'acné ; la responsabilité du facteur génétique ou du stress font l'objet de controverses scientifiques ; l’hygiène, l’environnement, l’alimentation et la qualité de vie, à des degrés divers peuvent influer plus ou moins directement sur l’apparition et/ou la gravité des symptômes cutanés. La multiplication de la bactérie Cutibacterium acnes est indispensable au développement.
Un facteur génétique a été avancé V Bataille, H Snieder, A J MacGregor, P Sasieni, T D Spector « » Journal of Investigative Dermatology (2002) 119, 1317–1322 Ghodsi SZ, Orawa H, Zouboulis CC « Prevalence, severity, and severity risk factors of acne in high school pupils: a community-based study » J Invest Dermatol. 2009;129:2136–2141.
Les facteurs hormonaux sont également prépondérants : plus fréquents chez les jeunes, avec une relative exacerbation chez la femme durant les menstruations Stoll S, Shalita AR, Webster GF « The effect of the menstrual cycle on acne » J Am Acad Dermatol. 2001;45:957–960. L'acné apparaît typiquement pendant la durée de la puberté, scène de grands bouleversements hormonaux.
Des altérations de la composition en acides gras du sébum sont constatées lors des crises d'acné (causes et/ou conséquences ?), ainsi que des interactions avec des neuropeptides, une hyperkératinisation folliculaire, conjointement à une inflammation et à des dysfonctionnements de l'immunité (à la fois l'immunité innée et l'immunité adaptative).
Le stress est considéré comme un facteur aggravant Yosipovitch G, Tang M, Dawn AG « Study of psychological stress, sebum production and acne vulgaris in adolescents » Acta Derm Venereol. 2007;87:135–139 ainsi que le tabagisme Klaz I, Kochba I, Shohat T, Zarka S, Brenner S. « Severe acne vulgaris and tobacco smoking in young men » J Invest Dermatol. 2006;126:1749–52.
Le bronzage épaissit la peau, et aggrave l'acné, malgré une amélioration transitoire en début d'exposition (due à l'effet bactéricide des rayonnements UV et à la couleur du bronzage qui diminue l'apparence des lésions). De même, l'exposition permanente à un milieu chaud et humide favorise l'éruption (« acné tropicale ») Tucker SB « Occupational tropical acne » Cutis 1983;31:79–81. .
Les cosmétiques, notamment gras ou huileux, peuvent également contribuer à boucher les pores et à donner des boutons, points noirs ou microkystes.
L'exposition à certains polluants., notamment ceux chlorés semble être un facteur de risque ; la catastrophe de Seveso a eu parmi ses conséquences de déclencher une épidémie d'acné chez la population touchée par les dioxines. Certains pesticides, peut-être en raison de leur caractère de perturbateur endocrinien, semblent capables de déclencher des épisodes d'acné dite « chlorique » ou chloracné. Certains médicaments favorisent également l'acné : antiépileptiques, géfitinib (anticancéreux), stéroïdes anabolisants Melnik B, Jansen T, Grabbe S, « Abuse of anabolic-androgenic steroids and bodybuilding acne: an underestimated health problem » J Dtsch Dermatol Ges. 2007;5:110–117, certains corticoïdes et antidépresseurs.
Parasites Selon certains chercheurs, la présence d'acné serait liée à la présence d'un arthropode localisé dans la peau dénommé Demodex folliculorum qui vit en symbiose avec une ou plusieurs bactéries présentes dans les boutons. Un traitement combinant un antibiotique et un antiparasitaire pourrait donner de l’espoir aux personnes porteuses de ce type d'affectionSite lesechos.fr, article de Paul Molga, "La symbiose, nouvelle arme thérapeutique", consulté le 22 avril 2020.
Alimentation D'après une revue systématique de 2015, l'acné serait étroitement liée à l'alimentation de type occidental, et en particulier aux glucides à indice glycémique élevé Thiboutot DM, Strauss JS. « » Arch Dermatol. 2002;138:1591–1592, aux produits laitiers , www.aad.org, notamment non fermentés, et aux acides gras saturés et trans.
Ces produits sont soupçonnés d'agir par le biais de l'hormone IGF-1 qui stimule entre autres la synthèse d'androgènes et la prolifération des cellules des glandes sébacées. Le cacao serait aussi en cause.
L'efficacité du traitement par la vitamine B pourrait laisser penser que l'une des causes de l'acné soit une carence en vitamine B entraînant une déficience en coenzyme A, essentielle à l'activation de la dégradation des acides gras par la β-oxydation .
Physiopathologie L'acné est une maladie de la peau et plus précisément des follicules pilosébacés. Lors de cette affection, le canal pilaire se retrouve obstrué par du sebum et des cellules mortes, entraînant diverses lésions consécutives à la rétention du sébum, à l'inflammation ou à l'infection des follicules pilosébacés.
Hyperséborrhée C'est une production excessive de sébum, d'origine hormonale, qui confère un aspect luisant à la peau.
Le sébum sert à protéger la peau des agressions extérieures, en formant un mince film lipidique à sa surface. Lors de la puberté, la brutale augmentation du taux des hormones circulantes (testostérone en particulier) provoque un excès d'activité des glandes pilosébacées (via une enzyme : la 5-alpha réductase).
Obstruction des follicules La prolifération chaotique des cellules favorise la surproduction de sébum et sa rétention d'où la multiplication des points blancs. L'épaississement de la partie externe de la glande peut entraîner aussi l'inflammation des follicules pileux. Cette obstruction d'une glande remplie d'un excès de sébum entraîne l'apparition d'un comédon, qui en se kératinisant et en s'oxydant va devenir un point noir.
Prolifération d'une bactérie Cutibacterium acnes (anciennement Propionibacterium acnes) est une bactérie qui vit normalement chez tout le monde, dans les follicules. Elle ne provoque pas d'infection, mais aggrave l'inflammation du follicule lorsqu’il y a un excès de sébum, à l'origine des boutons rouges.
Formes typiques On recherche les lésions suivantes, souvent associées, de gravité et d'étendue variables. Les régions les plus fréquentes sont le visage (dermatose faciale), le cou, le décolleté, les épaules, le dos, correspondant aux endroits à plus grande densité de follicules pilosébacés Williams HC, Dellavalle RP, Garner S. « Acne vulgaris » Lancet 2012;379:361-372 : hyperséborrhée (peau grasse) ; comédons et point noirs ; papules : les papules sont des surélévations de la peau, inflammatoires (rouges, chaudes, tuméfiées, douloureuses parfois), qui font suite à un comédon (= microkyste), de moins de de diamètre. Elles disparaissent toutes seules, ou donnent une pustule ; pustules : elles contiennent un contenu jaune purulent ; nodules : les nodules sont des lésions inflammatoires profondes, de plus de de diamètre. Elles finissent par se rompre et laissent une cicatrice sur la peau.
Conséquences sociopsychologiques