La Bande à Bonnot est une organisation criminelle illégaliste française de la Belle Époque, active entre 1911 et 1912. Formée principalement d'anarchistes et de marginaux, cette bande mêlait idéologie politique et criminalité. Elle est notamment célèbre pour avoir introduit des innovations technologiques dans ses activités, comme l'utilisation des automobiles et des armes à feu modernes, donnant ainsi naissance à un nouveau genre de banditisme motorisé.
Sous la direction de Jules Bonnot, la bande a perpétré une série de braquages, de cambriolage et de meurtres, marquant l'imaginaire collectif par leur audace et leur violence. Parmi les événements marquants, on compte l'attaque motorisée de la Rue Ordener, le premier braquage de ce type en France, et les fusillades qui ont suivi. La bande s'inscrit dans le contexte des mouvements anarchistes du début du , exprimant une révolte sociale et politique radicale.
Pourchassés par les forces de l'ordre et traqués, les membres de la Bande à Bonnot ont été progressivement éliminés ou arrêtés dans une série d'opérations violentes, dont les assauts à Choisy-le-Roi et à Nogent-sur-Marne. La mort de Jules Bonnot, tué lors d'un siège en , a marqué la fin de cette aventure criminelle.
Bien que leurs activités criminelles aient dominé les gros titres, la Bande à Bonnot a aussi cristallisé un certain romantisme anarchiste, mêlant désespoir et défiance envers une société perçue comme injuste. Leur histoire a inspiré de nombreuses œuvres culturelles, notamment au cinéma et à la télévision, immortalisant cette bande comme un symbole d'insoumission et de violence.
Composition
Composée d'individus qui s'identifiaient au milieu illégaliste, la bande utilisait des technologies de pointe, dont des automobiles et des fusils à répétition qui n’étaient pas encore disponibles pour la police française.
La bande était composée d'un nombre important d'anarchistes et de criminels.
Crimes
Vol avec meurtre du curé et de sa servante à Damprémy (Charleroi) Au début de 1911, le , à Damprémy, section de Charleroi, quatre anarchistes tuent le curé François De Jong (ou De Jonghe), et sa servante. Ils volent . Garnier et Bonnot sont sur place.
Le , huit jours plus tard, Bonnot et d'autres commettent un cambriolage dans le café où Marie Vuillemin travaille comme femme de ménage, boulevard du Nord à Charleroi. Une patrouille de police intervient. Des coups de feu sont tirés. Bonnot quitte la Belgique.
Bonnot tue son complice Platano et le vole En , il est à Lyon, chez son ami Joseph Sorrentino dit Platano ; ce dernier connaît quelques membres d’une communauté d’anarchistes, à Romainville, près de Paris, qui pourraient les abriter. Platano et Bonnot partent ensemble. Platano emporte . Bonnot le tue en route. À Romainville, il explique que son ami s’est blessé en manipulant un revolver, et qu’il l’a achevé afin d’abréger ses souffrances. À Romainville, Bonnot va recruter des complices.
Fin , Jules Bonnot est à Paris, se rend au siège du journal L'Anarchie, dirigé par un certain Victor Serge (Kibaltchitch). Bonnot fait la connaissance de sympathisants, ils vont devenir membres de sa nouvelle équipe.
L'attentat de la rue Ordener
Le 14 décembre, Bonnot, Garnier et Callemin volent une voiture Delaunay-Belleville et la cachent dans un garage de Bobigny. Le , Emest Caby, un garçon de recettes, descend du tramway, se dirige vers la succursale de la Société générale, au 146, rue Ordener. Il porte une sacoche renfermant une collection de titres d'un montant de , plus un petit sac contenant de monnaie. Dans une poche intérieure de ses habits, un portefeuille contient en billets et rouleaux d'or.
Trois ou quatre individus barrent alors son chemin : Jules Bonnot, Octave Garnier, Raymond Callemin et peut-être une quatrième personne, non identifiée à ce jour. L'un d'eux se campe devant lui et fait feu. Le garçon de recettes, atteint à la poitrine, tombe à genoux. Il tente de résister, l'inconnu lui tire dans le dos un deuxième coup de revolver et lui arrache la sacoche.
Les agresseurs sautent dans une automobile, qui stationnait à quelques pas. Des passants tentent de s'interposer. Des coups de revolver retentissent sans atteindre personne. L'auto disparaît. C'est le premier braquage motorisé.
Ernest Caby est transporté dans une pharmacie voisine, reçoit les premiers soins, puis à l'hôpital Bichat. Deux balles l'avaient atteint, l'une à la base du cou, l'autre au côté droit de la poitrine. Son état apparaît grave.
Le lendemain, l'auto du crime est retrouvée, à Dieppe, rue Alexandre-Dumas. Divers objets y sont découverts : une peau de chèvre marron, une pince-monseigneur, plusieurs bidons vides. La plaque d'immatriculation est retrouvée dans un jardin : « ». La voiture appartenait à M. Normand, propriétaire à Boulogne-sur-Seine, qui avait déposé une plainte pour vol dans son garage, durant la nuit du 13 au .
Ces découvertes ne conduisent pas à identifier les malfaiteurs.
Quelques semaines plus tard, le sieur Chaperon, appariteur de la commune de Bobigny, déclarera au commissaire de police de Pantin qu'une auto semblable à celle de M. Normand avait été garée, dans sa commune, chez un certain Dettweiller. La police s'y rend et perquisitionne. Elle arrête Dettwiller et son épouse, ainsi qu'une femme qui vivait chez eux avec son amant et sa fille. Le compagnon de cette femme se nomme Édouard Carouy, dit « Le Rouquin », connu comme anarchiste.
Le , le juge d'instruction, M. Gilbert, accompagné de MM. Guichart et Louis François JouinLouis François Jouin né le 20 octobre 1871 à Paris. Après cinq ans de service militaire il quittait le 2e régiment de zouaves avec le grade de sergent le , il entre à la préfecture de police en qualité d'inspecteur. Attaché au commissariat de Puteaux, en 1899 et de Pantin en 1900, il est nommé secrétaire du commissariat du quartier de la Gare puis de celui du quartier d'Amérique en 1901. Secrétaire au service de la sûreté le il devient commissaire de police et sous-chef de la sûreté le .Commissaire de police Louis François Jouin, se rend à l'hôpital Bichat, où le garçon de recettes Ernest Caby commence à se remettre de ses blessures. Il examine plusieurs photographies d'individus soupçonnés d'avoir participé à l'attentat, et indique : en reconnaissant Octave Garnier.
Vol de voiture - Double meurtre à Gand Le , Bonnot et sa bande fuient en Belgique. Pour voler une voiture, ils tuent son propriétaire, ainsi qu'un veilleur de nuit.
Le crime de Thiais Le , M. Moreau, un rentier de quatre-vingt-onze ans, habitant de l'Église à Thiais, et sa bonne, veuve Arfeux, soixante-douze ans, sont assassinés au marteau et au couteau. Ce crime est attribué aux malfaiteurs que l'on appelait désormais « Les bandits en auto ».
La propriété de la victime se compose d'un grand pavillon, d'une cour et d'un jardin, le pavillon donnant d'un côté sur la rue et de l'autre sur la cour, avec un mur d'environ trois mètres de haut qui entoure le jardin. Le propriétaire est un vieillard alerte, qui sort fréquemment de chez lui avec un cheval et une voiture qu'il conduit lui-même. Il est par ailleurs connu dans le pays pour garder chez lui une somme importante d'argent et de titres.
Le propriétaire et sa bonne se lèvent généralement de bonne heure. Aussi, lorsque le , une voisine, , est surprise de voir la maison close et silencieuse, elle appelle et cogne à la porte avec d'autres voisins. Face à l'absence de réponse, ils décident de pénétrer dans la maison avec l'aide d'un serrurier et font prévenir le commissaire de police de Choisy-le-Roi.
Les autorités font enfoncer la porte cochère et entrent dans la cour. La porte de derrière du pavillon est grande ouverte. Au rez-de-chaussée, il règne un grand désordre : tiroirs ouverts et vidés, chaises renversées, meubles déplacés. Au premier étage, M. Moreau est sur son lit, les bras allongés, le visage crispé. Son corps porte la trace de treize coups d'un instrument tranchant. Dans la seconde pièce, la servante est sur son lit, où elle a été assommée et ligotée, puis étranglée.
L'enquête donne des détails : les empreintes digitales des assassins sont relevées. Dans le jardin, des traces de pas conduisant au pavillon, ainsi que des traces d'escalade, permettent d'établir que les malfaiteurs portaient des espadrilles, qu'ils avaient franchi le mur, traversé le jardin et étaient entrés dans le pavillon par la porte donnant sur la cour.
Après avoir tué les deux vieillards, les assassins avaient fouillé les meubles et saisi, dans un secrétaire, environ vingt mille francs de titres et des pièces d'or de quarante, cinquante et cent francs.
Le crime avait été commis vers les quatre heures du matin. Le médecin constata que le vieillard avait reçu des coups de marteau et de couteau. La servante portait des traces de coups au visage et avait le nez cassé.
Les soupçons se portent immédiatement sur un certain Boniface Grau, cordonnier et voisin de la victime : il aurait tenu des propos menaçants dans les cabarets du pays. L'acte d'accusation conclut cependant que : .
Le crime sera, par la suite, imputé à Édouard Carouy et Marius Metge.
Le drame de la rue du Havre : Meurtre d'un agent de police Le , vers sept heures du soir, une voiture automobile descend la rue d'Amsterdam à vive allure, tandis que la circulation est au maximum de densité dans ce quartier de la gare Saint-Lazare. Près de la gare, elle manque de heurter un autobus ; quelques mètres plus loin, elle renverse une femme. Au carrefour des rues d'Amsterdam, Saint-Lazare et du Havre, un agent de police, Garnier, donne un coup de sifflet pour arrêter le conducteur. Ce dernier n'en fait rien, va pour s'échapper, lorsque l'autobus Montmartre-Saint-Germain-des-Prés le bloque rue du Havre et l'oblige à freiner, faisant caler net le moteur. L'agent Garnier s'avance alors pour houspiller le conducteur. Les trois occupants de la voiture restent silencieux. L'agent prend son calepin pour dresser un procès-verbal, mais le chauffeur, sans un mot, descend de son siège, tourne la manivelle pour faire redémarrer la voiture, puis remonte et accélère doucement. L'agent Garnier bondit alors sur le marchepied, quand trois détonations retentissent. L'agent roule sur la chaussée. La rue du Havre étant dégagée, la voiture prend de la vitesse, traverse le boulevard Haussmann et part en direction de la Madeleine, puis disparaît au loin, vers la place de la Concorde.
Atteint de trois balles, le poumon gauche et le cœur perforé, l'agent Garnier ne tarde pas à succomber.
Le lendemain, l'enquête montre que l'auto appartenait à un certain M. Buisson, négociant à Saint-Mandé dont la porte du garage avait été fracturée, et que, de Saint-Mandé, la voiture avait roulé vers Montereau et Villeneuve-la-Guyard, s'était arrêtée à Pont-sur-Yonne et à Villeneuve-sur-Yonne, et avait regagné Paris, en repassant par Montereau.
À Pont-sur-Yonne et à Montereau, des passants et des curieux ont vu les occupants. L'enquête établit qu'il s'agit des bandits de la rue Ordener : Octave Garnier, Jules Bonnot et Raymond Callemin. Caillemin était à l'arrière, Bonnot au volant et c'est Garnier, assis à ses côtés, qui a tiré trois fois au revolver sur son homonyme, l'agent de police Garnier. Octave Garnier écrira plus tard au juge d'instruction pour confirmer que c'était bien lui qui avait tiré.
Le cambriolage de Pontoise